Sándor Ferenczi, médecin hongrois, pionnier de la psychanalyse, membre du Comité secret qui entoure le fondateur, entreprend, avec des séances réparties en trois sessions sur deux ans, une psychanalyse avec Sigmund Freud.
De cette cure, «finie sans être terminée» selon Freud, inachevée pour Ferenczi, nous n’avons aucun témoignage direct. Cependant, il est permis d’en reconstituer l’essentiel à partir de l’importante correspondance échangée entre les deux hommes, comme de leurs publications. C’est ce travail de défrichage inédit que propose Yves Lugrin. Transmission de la psychanalyse, distinction entre auto-analyse, analyse personnelle et analyse didactique, ainsi que durée et fin de la cure sont quelques-unes des questions – longtemps occultées par les instances officielles de la psychanalyse – mises au jour dans cette expérience. Cet ouvrage permet de saisir tout ce que cette cure, aux acteurs exceptionnels et aux accents alternant enthousiasme et déception, soulève d’interrogations toujours actuelles.

Personnage central de l’histoire de la psychanalyse, Sándor Ferenczi (1873-1933) n’en reste pas moins encore en marge des auteurs classiques. Cette situation prolonge le malentendu qui a déchiré son compagnonnage avec Freud. Yves Lugrin pressent que ce malaise est l’écho de l’inaboutissement de l’analyse originelle, celle de Sigmund Freud.
Sándor Ferenczi est l’initiateur de la psychanalyse didactique, c’est-à-dire de la nécessité pour chaque psychanalyste d’avoir été analysant. Pour lui, la question, toujours actuelle, de devenir et de rester analyste est donc cruciale. Yves Lugrin montre que son dialogue inachevé avec Freud permet de comprendre la question, à jamais ouverte et combien contemporaine, de la transmission institutionnelle de la psychanalyse. Dialogue qui retrace aussi les péripéties et les rebondissements de la naissance de la psychanalyse, en s’appuyant sur les correspondances de Freud, Fliess, Jung, Ferenczi, Rank, Jones et Eitingon.