“Freud n’a point conçu le psychisme inconscient comme le siège de la vérité ou le locus de l’âme humaine. Il a admis que les prétentions de l’inconscient à connaître et à constituer la totalité du sujet étaient aussi infondées que celles du sujet conscient et parlant. Il n’a pas idéalisé l’inconscient en y voyant, avec romantisme, un résidu de l’ »homme naturel », pas plus qu’il n’en a fait le vilain de l’histoire… Conscience et inconscience sont conçues comme mutuellement dépendantes, chaque terme définissant, niant et conservant l’autre”, écrit  Thomas Ogden.

Ce que l’on a nommé naguère la “Querelle du sujet”, au cœur des débats philosophiques des années soixante sur l’existence de l’Ego et des illusions du sujet, trouve sans doute une part de ses motifs dans la révolution freudienne visant à destituer les prétentions du Moi et de la conscience. Mais quelle est au juste la place et la nature du sujet dans l’analyse ? Dans cet ouvrage de référence pour la psychanalyse contemporaine, Thomas Ogden réinterprète et précise le concept psychanalytique de sujet à partir d’une lecture originale des contributions de Freud, Klein et Winnicott. Selon Ogden, le Das Ich freudien ne coïncide pas avec le sujet, et ne résulte pas non plus de son simple déplacement derrière la barrière du refoulement. C’est justement dans l’écart, dans la tension entre le conscient et l’inconscient que nous devons chercher cette nouvelle entité conceptuelle : le sujet psychanalytique en tant que tel. 

Appliquée au dispositif analytique, une telle réflexion redéfinit le statut et la place de l’analyste et de l’analysant dans la séance, qui ne sont désormais plus conçus comme des entités séparées et irréductiblement isolées. Leur relation intersubjective, négatrice et conservatrice – instaurée à travers les propriétés dialogiques du cadre analytique –, engendre un sujet tiers, qui devient dès lors l’enjeu de la cure.

Je suis d’avis que chaque forme de psychopathologie représente, chez l’individu, un type spécifique de limitation de sa capacité d’être pleinement vivant en tant qu’être humain. Le but de l’analyse est dès lors plus large que celui de résoudre un conflit intrapsychique inconscient, réduire la symptomatologie, renforcer la subjectivité réflexive et la connaissance de soi, accroître la faculté d’initiative personnelle. Bien que la sensation d’être vivant soit intimement mêlée à chacune des capacités sus-mentionnées, l’expérience de la vitalité possède, je crois, la qualité de leur être hyperonymique, et doit par conséquent être estimée comme un aspect de l’expérience analytique selon ses propres termes.

Thomas H. Ogden, Analyser les formes de vie et de mort dans le transfert/contre-transfert

Cet art qu’est la psychanalyse est une introduction indispensable à la théorie et à la clinique d’un des psychanalystes les plus éminents de notre époque. C’est à travers l’exploration (clinique, surtout) du rôle du rêve dans le monde psychologique que Thomas Ogden nous offre ici une approche novatrice de la psychanalyse contemporaine.
Revenant sur les travaux de Freud, Klein, Winnicott et particulièrement inspiré par Bion, l’auteur développe l’idée que la souffrance psychique est une manifestation de l’échec de l’individu à rêver son expérience. Ses recherches sur le rôle d’un analyste qui, par le biais du transfert/contre-transfert, participerait à l’activité onirique du patient sont illustrées par le compte rendu élégant et très détaillé de sa clinique, proposant ainsi non seulement des perspectives inédites pour la pratique, mais aussi une façon différente d’aborder l’écriture analytique. Le chapitre sur ce qui est vrai dans une séance ou celui sur les valeurs qui guident sa conduite avec ses patients (l’éthique de l’analyste) sont à ce titre des exemples clairs et directs de sa conception de la position d’analyste. Loin de se borner à nous transmettre un ensemble de préceptes ou de techniques, Ogden raconte et explicite, à l’aide de nombreux exemples, une façon d’être avec les patients – avant tout, humanisée, présente, disponible, impliquée et généreuse.