Le traumatisme s’inscrit, dans la théorie et la pratique psychanalytiques, dans une perspective bipolaire : source classique de désorganisation, il peut aussi avoir des effets positifs pour la psyché. C’est à l’élucidation de cette double perspective que se consacrent les différentes contributions. Le rappel des divergences entre Freud et Ferenczi ouvre sur l’opposition : impact du fantasme ou réalité du traumatisme sexuel ? En privilégiant le traumatisme précoce ne court-on pas le risque d’escamoter l’importance de la conflictualité intra-psychique ? N’est-ce pas la mauvaise qualité de l’environnement primaire qui confère leur caractère désorganisateur aux expériences de perte que l’enfant vit au cours de son premier développement ? Pourtant, ces traumatismes peuvent contribuer au déploiement de la dimension structurante des fantasmes originaires. Dans les traumatismes collectifs, la cruelle expérience des héritiers des génocides confirme aussi une grande inégalité de l’intégration de la souffrance. Comment les effets désintégrateurs peuvent-ils être  » rattrapés  » ? Dans cette clinique du traumatisme, entre désorganisation et réorganisation, l’aptitude du psychisme à faire émerger du nouveau sera dévoilée dans sa complexité créatrice.

Ferenczi occupe, dans l’histoire de la psychanalyse, une place particulière. l’un des cliniciens les plus doués, l’un des penseurs les plus inventifs, et sans doute le plus estimé de Freud, il fut aussi l’un des plus controversés.

Nous présentons un Ferenczi « patient et psychanalyste », tout à la fois l’homme de passion et l’homme de savoir. La première partie prend en compte, à partir de sa correspondance avec Freud, ou de son Journal Clinique, la dimension pathétique de son transfert à Freud. La seconde analyse, à travers les aspects les plus originaux de sa pensée et de son œuvre, sa contribution spécifique à la théorie psychanalytique, et son apport, parfois contesté concernant les développements récents dans le champ de la clinique et des thérapeutiques.

Sándor Ferenczi a été non seulement l’un des prestigieux fondateurs du mouvement psychanalytique international mais aussi un psychanalyste d’exception. Pendant les vingt-cinq années de son engagement comme praticien et théoricien de l’analyse, de 1908 à 1933, il tint une place essentielle, tant auprès de Freud – dont il fut à la fois le disciple, le patient, l’ami et le confident – que parmi les premiers psychanalystes. Actif et des plus novateurs, il est celui qui, le premier, a indiqué les frayages de la clinique psychanalytique moderne. Un bon nombre de concepts théoriques et d’idée fortes communément adoptées aujourd’hui sont un héritage direct de ses avancées : le concept d’introjection, le contre-transfert mis au service de la cure, les implications métapsychologiques du concept de traumatisme ou encore l’idée de clivage narcissique. Passionné par les « limites de l’analyse » et de « l’analysable », Sándor Ferenczi est le pionnier que de nombreux psychanalystes ont suivi de telle sorte qu’une nouvelle clinique psychanalytique, une nouvelle écoute, et une nouvelle vision de la cure ont pu voir le jour. En ceci on est en droit d’affirmer que Ferenczi reste un « psychanalyste d’aujourd’hui ».