En septembre 1909, Freud débarque en Amérique, accompagné de Ferenczi et de Jung. Il n’y reviendra jamais. Mais la psychanalyse, elle, s’y implantera, pas toujours à la satisfaction du fondateur.
Avant de consacrer quelques jours au tourisme et de rencontrer un porc-épic sauvage dans les monts Adirondacks, Freud prononce en allemand et sans notes cinq conférences à l’occasion du vingtième anniversaire de la Clark University de Worcester que préside Stanley Hall, un vieux monsieur respectable très favorable à la psychanalyse.
Ce n’est pas le cas de tout l’auditoire. Freud doit donc conquérir son public, mais le conquérir en douceur, sans trop le heurter dans ses habitudes mentales, scientifiques et morales. Pas de grandes spéculations donc, peu de théorie, peu de rêves, mais des faits exposés avec une rare clarté, des observations, des comparaisons dont celle, restée fameuse, destinée à illustrer le refoulement et la résistance, de l’intrus qui s’introduit de force dans la salle de conférences. Ce bref séjour de Freud marquera pour lui, selon ses propres dires, le début d’une reconnaissance officielle et la fin de son «splendide isolement». Il constituera aussi le point de départ de l’irrésistible diffusion de la psychanalyse dans le Nouveau Monde.