« Dictionnaire freudien » parce que, de même que l’inconscient est une découverte de Freud, la psy­chanalyse est sa création. Tous les concepts qui s’y rencontrent sont, de fait, des concepts freudiens, seraient-ils récents.
D’usage aisé pour l’analyste comme pour l’étudiant, voire le lecteur curieux, ce dictionnaire est un outil universel, utilisable tant pour des tâches aussi simples que de retrouver une référence de Freud, que complexes (préparer un livre sur l’un de ses concepts). C’est pourquoi les différentes parties de chaque article (la définition proprement dite ; une mise en situation historique, linguistique et culturelle ; le suivi de la notion dans le texte freudien ; les questions et enjeux qu’elle peut susciter) sont immédiatement repérables par leurs présentations distinctes. Les passages des textes de Freud évoqués (et bien évidemment les citations) sont référés en notes, avec précision, leurs paginations données dans l’édition française « commune », dans les Œuvres complètes de Freud en français et dans le texte allemand des Gesammelte Werke.
En reprenant les évolutions dans la pensée freudienne des notions et des concepts, à travers plus de cent entrées, ce dictionnaire offre une occasion de redécouvrir la pensée de Freud — et aussi, au gré de chacun et pour lui-même, de la réinventer.

Sigmund Freud et Romain Rolland ont entretenu de 1923 à 1936 et ne se sont rencontrés qu’une fois. Au fil d’échanges aussi sobre qu’intenses, ils abordent des thèmes tels que la nature de la croyance et l’origine du sentiment religieux – Freud se considérait comme un « juif athée » face à son ami, chrétien sans Église, et le malaise dans la civilisation, qui les préoccupait l’un et l’autre après les massacres de la première guerre mondiale qui précédèrent la montée des totalitarismes et la menace d’un nouveau conflit.
Si le courant passe entre ces deux créateurs fort différents, c’est que des affinités latentes les rapprochent, comme leur stature de héros romantiques et un lien commun avec Goethe et les romantiques allemands. Mais plus encore, en sourdine, un deuil qui les a affectés l’un et l’autre dans l’enfance.
Freud admirait en Romain Rolland l’intellectuel engagé qui défendait les valeurs de la civilisation en dénonçant l’absurdité de la guerre de 1914-1918 et en s’opposant à Hitler. Mais il était plus lucide sur les illusions idéologiques de son ami qui, dans sa période de soutien à l’URSS, oubliera sa dénonciation du totalitarisme stalinien et s’éloignera momentanément de Freud, confirmant ainsi les ambivalences et les impasses de ce passionnant dialogue qui éclaire l’œuvre entière.

Sándor Ferenczi, médecin hongrois, pionnier de la psychanalyse, membre du Comité secret qui entoure le fondateur, entreprend, avec des séances réparties en trois sessions sur deux ans, une psychanalyse avec Sigmund Freud.
De cette cure, «finie sans être terminée» selon Freud, inachevée pour Ferenczi, nous n’avons aucun témoignage direct. Cependant, il est permis d’en reconstituer l’essentiel à partir de l’importante correspondance échangée entre les deux hommes, comme de leurs publications. C’est ce travail de défrichage inédit que propose Yves Lugrin. Transmission de la psychanalyse, distinction entre auto-analyse, analyse personnelle et analyse didactique, ainsi que durée et fin de la cure sont quelques-unes des questions – longtemps occultées par les instances officielles de la psychanalyse – mises au jour dans cette expérience. Cet ouvrage permet de saisir tout ce que cette cure, aux acteurs exceptionnels et aux accents alternant enthousiasme et déception, soulève d’interrogations toujours actuelles.

Qui était véritablement Freud ? Un théoricien à prétentions scientifiques détaché des soucis de la clinique, ou un clinicien génial, inventeur d’une nouvelle technique dont il a tracé en même temps les grandes lignes théoriques ? Un maître jaloux de son autorité prêt à exclure tous ceux qui lui résistent – tels Abraham et Jung – ou un praticien soucieux de transmettre son savoir clinique et théorique, préoccupé, donc, par la question de la formation ? Un père de famille de l’ancien temps, entouré d’un vaste cercle d’amis ou un éternel déçu des rapports humains, qu’il s’agisse de ses propres fils ou de ses disciples et amis?

À ces questions, Paul Roazen tente d’apporter des éléments de réponse à travers une galerie de portraits d’anciens patients de Freud qu’il a pu rencontrer, après avoir, dans un livre précédent (Mes rencontres avec la famille de Freud) esquissé ceux de quelques membres de sa famille. Le souci – et l’ambition – de l’auteur est d’offrir un contrepoids à l’image publique et officielle de l’inventeur de la psychanalyse, telle qu’elle apparaît dans ses nombreux écrits publiés, mais aussi par le truchement de la fiction que ses héritiers les plus orthodoxes ont essayé d’imposer.

De ces descriptions de personnages dont certains ont laissé leur nom dans l’histoire de la psychanalyse, émergent des figures tantôt passionnées et tragiques, comme Ruth Brunswick, tantôt d’une authenticité émouvante comme Albert Hirst, ou encore profondément originales tels les époux Strachey.

Le 29 mars 1922, Ernst Blum commence une analyse avec Freud, qu’il achève quatre mois plus tard. Immédiatement après ses séances avec le fondateur de la psychanalyse, et avec son accord, il en retranscrit le contenu.

Les notes de Blum nous montrent Freud hors de toute convention. Elles donnent à voir le psychanalyste au travail et permettent de nous figurer quel clinicien il était : un Freud ouvert, spontané, plein d’idées et d’humour, qui se présente comme partenaire de son analysant. Sur la base d’un dialogue avec Blum lui-même, Manfred Pohlen reprend et présente les procès-verbaux des séances et met en lumière les origines juives de la psychanalyse et la pratique de l’analyse.

Un document unique sur la pensée et l’activité freudiennes.

Freud était-il freudien ? Les conseils et les règles qu’il donnait à ses élèves, les suivait-il lui même ? Fallait-il vraiment être cultivé pour devenir son analysant ? Quelle opinion avait-il de l’homosexualité? De la science ? Du théâtre ? De la formation des analystes ? De la durée de la cure ?

« Impuissance. Trois mois. » écrivait-il à l’un de ses disciples à qui il adressait un patient. Mais aussi : « Une analyse peut durée des années » , et : « Certains patients devront avoir recours à l’analyse tout au long de leur vie »…

Ainsi l’auteur de la Saga freudienne dessine t-il la figure du plus rigoureux et du moins orthodoxe des praticiens de la psychanalyse – son inventeur lui-même, bien placé s’il en est pour savoir que l’analyse se pratique au cas par cas et que l’analyse doit d’abord se plier au savoir de l’inconscient. En témoignent ici les portraits aussi variés que contradictoires que font du maître ses patients et ses élèves.

Dans Psychanalyse et Télépathie (1921), Freud évoque certaines analyses au cours desquelles ses patients lui rapportent des phénomènes qui relèvent pour lui de la «transmission de pensée». Comment a-t-il été amené à les identifier ainsi ? Comment les a-t-il nommés ? Quelle place, quelle valeur ou quelle portée leur a-t-il accordées dans sa théorie ?

Wladimir Granoff et Jean-Michel Rey – respectivement psychanalyste et philosophe – se proposent de ressaisir cette dimension encore peu explorée et pourtant essentielle de la pensée freudienne. Ils commentent les différentes positions esquissées par Freud, ses investigations sur la transmission de pensée, mais aussi sur l’occulte, la télépathie, certaines superstitions. Autant de phénomènes qui ont permis au fondateur de la psychanalyse de mettre à l’épreuve ses concepts, ses hypothèses et de redistribuer les frontières reconnues du psychisme en donnant droit de cité à un matériel hétéroclite.

Ce travail est aussi l’occasion pour les auteurs de revenir sur l’élaboration de la psychanalyse comme discipline : son vocabulaire, sa manière de désigner les «faits», ses procédures, ses modalités de développement, ses emprunts à la littérature. Une discipline où les façons de dire et de nommer occupent une place de tout premier plan ; où, par conséquent, les questions de traduction et d’appropriation représentent, aujourd’hui encore, un enjeu majeur.

Etre analysé par le père de la psychanalyse, comment était-ce ? Très peu de patients du Dr Freud ont gardé des traces écrites de leur analyse et plus rares encore sont ceux qui les ont publiées. Les souvenirs intimes réunis dans ces pages constituent l’un des premiers témoignages d’une analyse conduite par Sigmund Freud.

Le Dr Smiley Blanton, professeur, psychiatre et cofondateur de la Fondation américaine pour la Religion  et la Psychiatrie, a conservé soigneusement des notes et un journal intime de ses rencontres avec Freud. Le lecteur en vient ainsi à connaître la personnalité de Freud aussi bien que celle du Dr Blanton. On apprend également – ce qui est plus important – de quelle façon Freud travaillait : ce qu’il disait, ses diverses réactions, comment le patient était questionné, etc.

Le journal retrace l’analyse du Dr Blanton de septembre 1929 à juin 1930 et durant trois périodes ultérieures : en 1935, 1937 et 1938.

Des notes biographiques et une introduction de Margaret Gray Blanton, veuve de l’auteur, complètent le journal et le replacent dans son contexte historique.

Portrait sonore illustré de témoignages du premier cercle, pour tenter d’apprivoiser Freud dans son particulier. Le récit de sa vie, son parcours familial, les lieux où il a vécu, sa passion pour les objets, ses interrogations et ses fulgurances.
Emporté par sa voix et celle de Marie Bonaparte, Anna Freud, Edmund Engelmann, Gaston Bachelard et bien d’autres.

Parmi les nombreux textes de Wladimir Granoff (1924-2000), nous n’en avons retenu que quelques-uns pour constituer ce recueil qui ne prétend donc pas donner une vue d’ensemble des travaux et des intérêts de l’auteur.
Trois noms. Celui de Lacan d’abord. L’entretien «Propos sur Jacques Lacan» donnera au lecteur une idée de ce que fut la relation, intense, difficile, comme l’est tout amour qui connaît la déception, entre Granoff et Lacan.
Ferenczi : Granoff fut le premier à faire connaître en France cet analyste d’exception.
Freud enfin, dont Granoff resta tout au long de sa vie un lecteur fervent. Sa lecture n’était pas celle d’un universitaire ou d’un «freudologue». Ce polyglotte à la croisée des langues , également exercé à la pratique du russe, de l’allemand, de l’anglais, du français, se montra singulièrement attentif à la langue de Freud et en conséquence aux problèmes que pose sa traduction, comme si, pour lui, il n’y avait d’autre voie d’accès à la pensée que ce qui s’inscrit dans les langues et voyage à travers elles. Le méconnaître, ce serait déjà s’apprêter à «quitter Freud», ce à quoi Granoff ne se résolut jamais.
On trouvera en fin de volume les hommages rendus à ses deux vieux compagnons de ce qui, à un moment particulièrement chaud de l’histoire de la psychanalyse, s’appela la «troïka» : François Perrier et Serge Leclaire.

Le Musée d’Israël réunit des chevalières que Freud offrait à ses disciples

Jérusalem – Le musée d’Israël à Jérusalem va exposer ensemble pour la première fois six chevalières que Sigmund Freud avait offert à certains de ses disciples réunis dans une société secrète de psychanalyse défendant ses enseignements.

www.imj.org.il/en/exhibitions/freud-rings

Cette exposition, proposée à l’occasion des vingt ans du mahJ, est la première présentée en France sur Sigmund Freud (1856-1939). Par un ensemble de 200 pièces – peintures, dessins, gravures, ouvrages, objets et dispositifs scientifiques –, dont des œuvres majeures de Gustave Courbet (L’Origine du monde), Oskar Kokoschka, Mark Rothko ou Egon Schiele, elle jette un regard nouveau sur le cheminement intellectuel et scientifique de l’inventeur de la psychanalyse.

Vienne, 26 avril 1921, dans le cabinet du professeur Freud. Allongée sur le divan, Anna G. lui déclare : «Je vous aime d’une façon si indescriptible, comme jamais auparavant je n’ai aimé quelqu’un.» Cette jeune femme de vingt-sept ans est entrée en analyse il y a un mois. Elle a quitté Zurich pour la capitale autrichienne, laissant derrière elle son fiancé, sa famille et le Burghölzli, la clinique où elle exerce le métier de psychiatre. Après sept ans de fiançailles vécues dans l’ambivalence et le doute, son mariage est annoncé pour l’automne. Cependant, Anna G. continue d’hésiter. La découverte posthume de deux cahiers d’écolier, dont Anna G. n’avait jamais parlé et qu’elle ne destinait pas à la publication, jette une lumière inattendue sur Freud : une partie des séances et des propos échangés y sont consignés. À l’écoute des rêves, des associations, des fantasmes sexuels de son analysante, Freud, alors en pleine maturité, explique, interprète, provoque, sonde. Et il évoque ses propres théories : le complexe d’Œdipe, le transfert, le cas Dora, le fantasme de l’enfant battu (que sa fille, prénommée Anna elle aussi, lui a inspiré)… La petite-fille d’Anna G., Anna Koellreuter, docteur en philosophie et analyste à Zurich, a dirigé l’édition de cet ouvrage, paru en 2009 en Allemagne. Elle a convié des historiens et des psychanalystes allemands et anglo-saxons à réagir à ce document exceptionnel, témoignage aussi de la façon dont une jeune femme peut, par l’analyse, sortir d’une souffrance affective et se découvrir un nouveau destin.

En 1933, poussée par une crise personnelle autant que par les événements historiques, Hilda Doolittle se rend à Vienne pour entreprendre une analyse avec Freud, qui la considérera à la fois comme sa patiente et comme son « étudiante ». Pour l’amour de Freud est le récit de cette analyse, publié pour la première fois aux États-Unis en 1956 sous le titre Tribute to Freud.
Une première traduction française, Visage de Freud, a été publiée en 1977 par Denoël, dans la célèbre collection, dirigée par Jacqueline Rousseau-Dujardin, « Freud et son temps ».
À la belle préface de Françoise de Gruson, traductrice du texte, s’ajoutaient quinze lettres inédites de Freud à H.D. Notre édition propose également des lettres inédites de H.D. à Freud, ainsi que des photographies. Une partie de la correspondance entre H.D. et Bryher, sa compagne, ajoute à ces récits une perspective privilégiée sur l’analyse de H.D., son écriture, et ses rapports avec son entourage.

Sigmund Freud a écrit environ 20 000 lettres ; sa correspondance avec Paul Federn ouvre autant sur l’exhumation de situations cliniques que sur des incises théoriques. Ces lettres offrent également un point de vue sur l’homme Freud, sur sa vie relationnelle et sur ses contacts scientifiques, dévoilant le paysage d’une époque.

L’échange épistolaire présenté ici se compose de 143 documents, rédigés essentiellement par Freud, les lettres de Federn ayant été perdues, à quelques exceptions près. Au-delà de la singularité du lien entre les deux hommes, ce sont les débuts de la psychanalyse qui sont revisités. On voit ainsi à quel point Freud a pu s’appuyer sur celui qu’il considérait comme son bras droit pour défendre la cause de l’analyse profane ; par rebond, la publication de ces lettres rétablit la place de Federn dans l’histoire du mouvement psychanalytique. Leurs échanges témoignent de préoccupations qui restent d’une actualité étonnante.

Le mal-être psychique se spécifie de plus en plus, de nos jours, dans ce qu’il est convenu d’appeler les états limites : les dysfonctionnements de la pensée, les difficultés de la procréation, les troubles psychosomatiques, les agirs de la sexualité. La pensée psychanalytique a ainsi entrepris l’analyse métapsychologique de certains concepts ou notions qui guident sa réflexion alors que ceux-ci ne font pas toujours partie du corpus métapsychologique freudien. Elle s’intéresse à la signification de ce qui pourrait leur être attribué comme position limite, d’un point de vue psychique. Cinq volets organisent cet ouvrage : ils traitent de la position et de la signification limite des concepts de pulsion, de perceptif, de pensée, de Moi-idéal ainsi que des liens de ce dernier avec la création et la culture. En filigrane, ces concepts s’articulent avec la notion même de concept qui, à elle seule, occupe déjà une position limite par rapport à la spécificité de la recherche théorique en psychanalyse.

Cet ensemble, qui couvre une longue période, de 1890 à 1938, est publié sous le titre Résultats, idées, problèmes. Cet intitulé avait été donné par Freud à quelques notes rédigées par lui en juin, juillet, août 1938, à Londres.
Ce deuxième volume contient des textes écrits entre 1921 et 1938. Certains n’avaient jamais été traduits, d’autres ont paru dans diverses revues françaises mais sont ici retraduits. Parmi les plus importants nous citerons : Psychanalyse et télépathie, Résistances à la psychanalyse, La prise de possession du feu, Pourquoi la guerre ?, L’analyse avec fin et l’analyse sans fin, Constructions dans l’analyse, Le clivage du moi dans le processus de défense.

Si Freud n’a pas construit à proprement parler une théorie de la mémoire, c’est sans doute parce que toute son œuvre, des Études sur l’hystérie à L’homme Moïse, en passant par L’interprétation du rêve et Au-delà du principe de plaisir, ne traite que de la mémoire et de ses défaillances – oublis des noms propres, impressions de «déjà-vu», répétition prenant la place de la remémoration, amnésie infantile..
Comment rendre compte de la complexité de la mémoire humaine, de ses lacunes et de ses troubles, sinon en affirmant l’existence de différents «systèmes mnésiques», autrement dit de plusieurs mémoires? Comment l’éphémère et l’indestructible peuvent-ils aller de pair?

Ce volume contient les textes suivants :
– Sur le mécanisme psychique de la propension à l’oubli
– Un trouble de mémoire surt l’Acropole
– Sur la fausse reconnaissance («déjà raconté») pendant le travail psychanalytique– Sur les souvenirs-écrans
– Éphémère destinée
– Note sur le «bloc-notes magique»
– Remémoration, répétition et perlaboration
– Constructions en analyse

Les textes rassemblés dans ce volume jalonnent, de 1894 à 1924, l’évolution de la pensée freudienne concernant la psychopathologie. « Définition, délimitation, description des modes de défense spécifiques des névroses, des psychoses et des perversions, c’est la tâche centrale que se propose Freud tout au long de l’élaboration de sa psychopathologie. » (J. Laplanche)

« L’importance fonctionnelle du Moi s’exprime en ceci qu’il lui est concédé normalement la maîtrise des passages à la motilité. Il est semblable ainsi, par rapport au Ça, au cavalier censé tenir en bride la force supérieure du cheval, à ceci près que le cavalier tente la chose avec des forces propres, tandis que le Moi le fait avec des forces empruntées. Cette comparaison nous emmène un peu plus loin. De la même façon qu’il ne reste souvent pas d’autre solution au cavalier, s’il ne veut pas se séparer du cheval, que de le conduire là où il veut aller, le Moi a coutume lui aussi de convertir la volonté du Ça en action, comme si cette volonté était la sienne propre. »

Sigmund Freud

Prenant appui sur la théorie de l’appareil psychique développée dans Le moi et le ça, Freud retravaille des concepts présents dès l’origine comme la défense et le refoulement. Une place importante est donnée à la névrose de contrainte et deux histoires de phobie sont réexaminées Le petit Hans et L’homme aux loups. Une nouvelle configuration se fait jour, selon laquelle c’est l’angoisse qui provoque le refoulement, au lieu qu’elle soit produite par lui. En dernière analyse, c’est le trauma de la naissance qui constitue le prototype de toute situation ultérieure de danger ; l’angoisse réapparaîtra chaque fois qu’il y a un danger majeur sous forme d’angoisse de la perte d’objet.

Après un quart de siècle consacré à des recherches en neurophysiologie qui lui valent une renommée internationale, Sigmund Freud, en un geste audacieux de rupture, s’engage dans cette étrange autoanalyse qui lui fait inventer la psychanalyse – sur la base d’un examen de ses propres rêves et d’une perception singulière des hystéries et des névroses.
À vocation clinique, la pensée freudienne se fixe pour tâche d’explorer tous les domaines de la condition humaine : érotique, onirique, esthétique, mais aussi anthropologique, esquissant au passage la possibilité d’une psychanalyse politique.
Roger Dadoun présente le « roman intellectuel » de ce savant qui, longtemps seul, regroupa autour de lui une « horde sauvage » et étendit son emprise bien au-delà de son cabinet. Ainsi se donne à voir le médecin, penseur, humaniste, libérateur, théoricien de la sexualité et de la pulsion de mort, chasseur d’illusions, confronté à l’« inquiétante étrangeté » du monde contemporain.

« L’angoisse est la réaction au danger. »

Vertiges, tremblements ou frissons, nausées, palpitations, maux de ventre, poitrine oppressée – notre corps manifeste de mille façons que nous sommes pris d’angoisse. Mais comment déchiffrer un affect aussi impalpable et protéiforme ? Que nous signale l’angoisse ? Renvoie-t-elle au présent ou au passé ? Peut-on s’en protéger ? Pour le savoir, deux célèbres essais (l’un de 1895, l’autre de 1926) où Freud ‒ éclairant au passage des troubles comme l’agoraphobie, l’anorexie ou la boulimie, mais évoquant aussi bien la douleur et le deuil ‒ se livre à une véritable enquête sur le rôle du corps dans notre vie psychique.

La névrose est caractérisée par le fait qu’elle donne à la réalité psychique le pas sur la réalité de fait, qu’elle réagit à l’action des idées avec le même sérieux avec lequel les êtres normaux réagissent devant les réalités.

Sigmund Freud, Totem et tabou

« La question cruciale pour le genre humain me semble être de savoir si et dans quelle mesure l’évolution de sa civilisation parviendra à venir à bout des perturbations de la vie collective par l’agressivité des hommes et leur pulsion d’autodestruction. Sous ce rapport, peut-être que précisément l’époque actuelle mérite un intérêt particulier. Les hommes sont arrivés maintenant à un tel degré de maîtrise des forces de la nature qu’avec l’aide de celles-ci il leur est facile de s’exterminer les uns les autres jusqu’au dernier. Ils le savent, d’où une bonne part de leur inquiétude actuelle, de leur malheur, de leur angoisse. Il faut dès lors espérer que l’autre des deux « puissances célestes », l’éros éternel, fera un effort pour l’emporter dans le combat contre son non moins immortel adversaire. Mais qui peut prédire le succès et l’issue ? » Sigmund Freud

« Prenons en considération la genèse psychique des représentations religieuses. Celles-ci, qui se donnent pour des dogmes, ne sont pas des précipités d’expériences ni des résultats d’une pensée, ce sont des illusions, des accomplissements des désirs les plus anciens, les plus forts, les plus urgents de l’humanité ; le secret de leur force est la force de ces désirs. »

Sigmund Freud

S’appuyant sur des extraits de l’œuvre freudienne, Patrick Mahony étudie un aspect encore mal connu de Freud exceptionnels talents d’écrivain et d’orateur. Il se livre à l’analyse textuelle en profondeur de deux grands textes de Freud éclairant ainsi d’un jour nouveau la naissance des concepts psychanalytiques, car chez Freud, la théorie est inséparable d’une expérience littéraire dont tous les germanistes s’entendent à reconnaître l’exceptionnelle qualité.

Cette approche qui se concentre sur la langue, le style et la forme apporte des aperçus nouveaux à l’étudiant spécialiste et le chercheur en psychanalyse.

Voici sans doute le plus étrange et le plus freudien des écrits de Freud. Composé par strates successives en trois essais, il garde tout au long des traces de sa fabrication insolite. Étrange aussi par son audacieuse hypothèse de départ – «Si Moïse était un Égyptien ?» -, il est bien loin de s’y réduire. À travers l’histoire de l’homme Moïse, c’est en effet la formation d’une religion, celle de l’identité juive (et de l’antisémitisme), enfin le passage de la sensorialité à la vie de l’esprit qui font ici l’objet de l’enquête, avec, en arrière-plan, la question du père mort qui, tout comme la figure de Moïse, n’a cessé de hanter Freud.
«Roman historique» au dire de son auteur, Bildungsroman ou roman secret – l’homme Moïse, c’est aussi l’homme Freud -, ce livre appelle autre chose qu’une interprétation : une lecture.

Voici sans doute le plus étrange et le plus freudien des écrits de Freud. Composé par strates successives en trois essais, il garde tout au long des traces de sa fabrication insolite. Étrange aussi par son audacieuse hypothèse de départ – « Si Moïse était un Égyptien ? » -, il est bien loin de s’y réduire. À travers l’histoire de l’homme Moïse, c’est en effet la formation d’une religion, celle de l’identité juive (et de l’antisémitisme), enfin le passage de la sensorialité à la vie de l’esprit qui font ici l’objet de l’enquête, avec, en arrière-plan, la question du père mort qui, tout comme la figure de Moïse, n’a cessé de hanter Freud.
« Roman historique » au dire de son auteur, Bildungsroman ou roman secret – l’homme Moïse, c’est aussi l’homme Freud -, ce livre appelle autre chose qu’une interprétation : une lecture.

La plus libre des disciples de Freud, cette Lou Andreas-Salomé qu’il appelle par son prénom et à laquelle il a confié la formation analytique de sa fille Anna, adresse au maître en hommage d’affection pour son soixante-quinzième anniversaire cette lettre ouverte. L’amie de Nietzsche et de Rilke, l’écrivain qui a laissé sur chacun d’eux la plus lucide des études, touche au cœur de l’analyse comme de l’écriture. Thérapeute, elle est du sérail. Freud n’hésite pas : il publie le livre aux Éditions psychanalytiques.

Tapis en nous, prêts à surgir, impossibles à éviter, le transfert et son double, le contre-transfert, sont le moteur de la psychanalyse et, au-delà, des relations humaines. Ce livre regroupe les plus célèbres textes de Freud à leur sujet : « À propos de la psychanalyse “sauvage” », « Sur la dynamique de transfert », « Conseils au médecin », « Sur l’introduction du traitement », et « Remarques sur l’amour de transfert ». Ils parlent des émotions du passé, de sentiments amoureux, d’intimité psychique, du pouvoir des médecins, mais aussi de violence faite à l’autre, de peur de l’abandon, de manipulation et de haine.

Photo Bruno Bourel, L’enjambeur de lumière (détail)

Au cours des années 1915-1917 Freud prononce à l’Université de Vienne vingt-huit conférences destinées à un public «profane» afin d’introduire ses auditeurs à la «jeune science» qu’est la psychanalyse. Il y déploie un rare talent de pédagogue, avançant pas à pas, anticipant les objections (les contradicteurs d’hier sont encore ceux d’aujourd’hui), recourant à des images concrètes qui rendent les développements théoriques plus accessibles. Sa démarche est progressive. Elle n’est pas celle d’un maître d’école, soucieux d’endoctriner. Elle est celle d’un éveilleur.
Les Conférences d’introduction, qui connurent à travers le monde un immense succès, paraissent souffrir aujourd’hui d’un relatif discrédit : «Élémentaire, bon pour les lycéens !» prétendent ceux qui croient tout connaître de la psychanalyse. Rien de plus faux. N’est-il pas nécessaire à chacun – psychanalystes inclus – d’être encore et encore introduit à la psychanalyse, bref de demeurer «profane» face à une terre étrangère que personne ne saurait s’approprier ?
Cette traduction nouvelle, qui s’imposait, invite à lire Freud pour la première fois. Mieux encore : à entendre sa voix.

Nous savons depuis longtemps que nous devons nous attendre également aux mêmes complexes et aux même conflits chez tous les gens sains et normaux. Nous nous sommes même habitués à supposer chez tout homme civilisé une certaine dose de refoulement des motions perverses, d’érotisme anal, homosexualité et autres, ainsi qu’une part de complexe paternel et maternel, et d’autres complexes encore, tout comme l’analyse élémentaire d’un corps organique nous pouvons déceler en toute certitude les éléments : carbone, oxygène, hydrogène, azote et un peu de soufre. Ce qui distingue les uns des autres les corps organiques, c’est la proportion quantitative de ces éléments et la constitution des liaisons qu’ils établissent entre eux. Ce dont il s’agit chez les normaux et les névrosés, ce n’est donc pas l’existence de ces complexes et conflits, mais la question de savoir si ceux-ci sont devenus pathogènes, et en ce cas quels mécanismes ils ont mis en oeuvre.

Sigmund Freud, Résultats, idées, problèmes T. I

Pourquoi certains hommes ne sont-ils excités que par des femmes déjà « prises » et ayant « une réputation sexuelle sulfureuse » ? Comment expliquer l’impuissance masculine et la frigidité féminine ? Quel est l’enjeu symbolique du premier rapport sexuel ? Les trois textes publiés ici dans une nouvelle traduction – « Un type particulier d’objet chez l’homme » (1910), « Du rabaissement le plus commun de la vie amoureuse » (1912) et « Le tabou de la virginité » (1918) – éclairent plusieurs aspects cruciaux de notre vie sexuelle : la jalousie, les fantasmes sexuels, la peur inconsciente suscitée chez les hommes par la sexualité féminine, le rôle de la tendresse et de la sensualité, l’hostilité de certaines femmes envers les hommes, ou encore le complexe d’OEdipe, qui apparaît ici pour la première fois sous la plume de Freud.

« On a beau connaître ou croire connaître par cœur les étapes de l’itinéraire de Freud, les différents temps de cette décisive aventure de l’esprit qui fut la sienne, on a beau savoir à quel point il fut convaincu de la portée de la « jeune science » qu’il a pas à pas constituée en se refusant à la limiter à une méthode de traitement des « maladies nerveuses », on reste, à la lecture de ce petit livre, saisi par la passion intransigeante de cet homme, par sa volonté tenace de s’avancer toujours plus loin sur le chemin qu’il a tracé pour nous et d’abord pour lui-même ; on admire sa certitude, qu’aucun échec, qu’aucun obstacle ne parvinrent à ébranler – tout au contraire -, que la psychanalyse, c’est lui, Freud, jusqu’à l’identifier à sa propre vie. »
J.-B. Pontalis.

Gradiva, celle qui avance, tel le dieu Mars allant au combat, mais c’est ici au combat de l’amour. Et Gradiva rediviva, celle qui réapparaît à l’heure chaude de midi et qui va, non sans malice, donner vie, forme, objet au désir d’un archéologue fou.
En cette jeune fille à la démarche inimitable Freud a-t-il reconnu la jeune psychanalyse comme il a pu trouver dans Pompéi, la cité ensevelie et conservée, une métaphore exemplaire du refoulé et de son troublant retour ?
On trouvera à la fin du volume une notice sur le bas-relief qui est à l’origine de la nouvelle ainsi que trois savoureuses lettres (inédites) de Jensen en réponse aux questions indiscrètes que lui posait son interprète.

Freud avait un faible pour les histoires de «marieurs» dont on trouvera plusieurs échantillons savoureux dans ce livre. C’est que le Witz – le mot ou le trait d’esprit – met en rapport des choses et des pensées hétérogènes : il les condense, il les combine ou, mieux, il les marie, le plus souvent dans une mésalliance qui déclenche le rire de l’auditeur et surprend même celui qui l’énonce. Le Witz réussi a la fulgurance de l’éclair.
Le mot d’esprit est ici analysé, dans sa technique et dans ses visées, comme le furent, quelques années plus tôt, le rêve et les actes manqués. C’est qu’il est comme eux, aux yeux de Freud, une formation de l’inconscient plus qu’une production volontaire.
Le mot d’esprit ou l’esprit des mots.

Colloque René Diatkine 2016

Argument

Transitionnalité et sublimation dans la cure

Paul DENIS

Plus que « les mots et les choses » il faut considérer les représentations et les choses. L’investissement des représentations, nées des expériences de satisfaction vécues avec des objets pulsionnels et des objets d’amour, est le fond même du plaisir au fonctionnement du psychisme. Au cours du processus analytique les associations libres déroulent ce jeu des représentations liées les unes aux autres et conduisent finalement à celles dont la charge affective, le potentiel d’excitation, étaient évités jusque-là, ou à ces représentations manquées que sont ces images porteuse d’une charge traumatique  qui vient rompre la continuité du fonctionnement psychique. Les « résistances » à l’analyse sont invariablement organisées par rapport au risque de surgissement d’affects trop violents, d’une excitation trop forte ou d’une rupture de la continuité du tissu psychique. Il s’agit finalement, au cours de l’analyse, d’ouvrir une voie élaborative, une voie psychique à ces foyers d’excitation enfouis, souvent plus réprimés que refoulés, et fauteurs d’agir.

Freud décrit parfaitement le dilemme du psychanalyste face aux résistances et à cette propension du patient à agir pour décharger ou mater son excitation ; dilemme car  l’analyste, malgré lui, se comporte en pompier pyromane. Freud prescrit de lutter contre le feu :

« Afin de maintenir sur le terrain psychique les pulsions que le patient voudrait transformer en actes, il entreprend contre ce dernier une lutte perpétuelle et quand il arrive, grâce au travail de la remémoration, à liquider ces pulsions, il considère ce résultat comme un triomphe du traitement » (Freud, 1914g, p. 112). Mais quels sont les moyens de la lutte ? Et la remémoration, sans doute, est un succès mais comme Freud l’indique ailleurs « c’est le travail qui permet à l’inconscient de devenir conscient qui est l’essentiel » : c’est un travail d’élaboration qui permet finalement que la remémoration apparaisse. Freud à l’époque est assez optimiste pour écrire que « Lorsque le transfert aboutit à un attachement utilisable de quelque façon, le traitement est en mesure d’empêcher tous les actes itératifs les plus importants du malade et d’utiliser in statu nascendi les intentions de celui-ci en tant que matériaux pour le travail thérapeutique » (Ibid). Trop optimiste quant à la possibilité d’empêcher grâce au transfert « tous les actes itératifs (…) du malade » mais raisonnablement optimiste lorsqu’il indique qu’il est possible d’utiliser « les intentions » du patient comme des « matériaux pour le travail analytique ». Il s’agit de convertir « l’intention » en élément pour une élaboration psychique de ce qui sous tendait « l’intention ». D’opérer à la fois une inhibition de but et un déplacement du registre de l’acte vers l’espace psychique. Ne sommes nous pas proches de l’idée de sublimation ? Et quelle serait la place de ce type de mouvement dans le « processus analytique » ?

Et Freud souligne l’importance du champ transférentiel : « Nous rendons cette compulsion [à l’agir] anodine, voire même utile, en limitant ses droits, en ne la laissant subsister que dans un domaine circonscrit. Nous lui permettons l’accès au transfert, cette sorte d’arène où il lui sera permis de se manifester dans une liberté quasi totale … » (Freud, 1914g, p. 113). Il n’y a pas de délit d’intention, il faut laisser l’intention s’exprimer : « Le transfert crée de la sorte un domaine intermédiaire entre la maladie et la vie réelle, domaine à travers lequel s’effectue le passage de l’une à l’autre » (Ibid, p. 113-114). Domaine intermédiaire, forme psychanalytique de l’aire transitionnelle de Winnicott ? Il est du reste possible que cette formulation de celui-ci ait inspiré celui-là. De là à considérer l’analyste, objet du transfert, comme forme d’objet transitionnel il n’y a qu’un pas…

L’idée de Freud d’utiliser des « constructions en analyse » — mais aussi des « représentations d’attente » — serait une façon d’offrir au patient un élément transitionnel, transitionnel dans la mesure où il appartient à ce domaine intermédiaire qui s’établit entre le psychisme du patient et celui de l’analyste.

La notion de jeu dans la technique analytique, introduite par Winnicott qui considère que l’analyse « se situe en ce lieu où deux aires de jeu se chevauchent, celle du patient et celle du thérapeute » (Winnicott, 1975, p. 55) a été reprise par différents auteurs[1],  et explicitement utilisée dans le psychodrame ; l’idée de jeu renvoie aux moyens qui permettent à l’analyste de donner à cette « lutte perpétuelle » par rapport à la propension du patient à recourir à l’agir, les moyens d’une élaboration.

La fréquence avec laquelle on observe l’apparition d’activités sublimatoires au cours d’une analyse est telle que celles-ci pourraient être considérées comme une latéralisation — souvent féconde — de ces mouvements de jeu apparus dans la cure. Certaines d’entre elles ont une valeur de remémoration, de retrouvailles avec des objets d’autrefois…

La sublimation est-elle aussi une forme du souvenir, et la remémoration une forme de sublimation ?

Le processus analytique peut-il être envisagé sous l’angle de l’établissement d’une forme de transitionnalité et du développement de mouvements sublimatoires ?

Paul Denis

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

Freud S. (1914g), Répéter, remémorer, élaborer, La Technique psychanalytique, trad.A. Berman, Paris, Puf, 1953.

Winnicott D.W., Jeu et Réalité, Paris, Gallimard, 1975.

En septembre 1909, Freud débarque en Amérique, accompagné de Ferenczi et de Jung. Il n’y reviendra jamais. Mais la psychanalyse, elle, s’y implantera, pas toujours à la satisfaction du fondateur.
Avant de consacrer quelques jours au tourisme et de rencontrer un porc-épic sauvage dans les monts Adirondacks, Freud prononce en allemand et sans notes cinq conférences à l’occasion du vingtième anniversaire de la Clark University de Worcester que préside Stanley Hall, un vieux monsieur respectable très favorable à la psychanalyse.
Ce n’est pas le cas de tout l’auditoire. Freud doit donc conquérir son public, mais le conquérir en douceur, sans trop le heurter dans ses habitudes mentales, scientifiques et morales. Pas de grandes spéculations donc, peu de théorie, peu de rêves, mais des faits exposés avec une rare clarté, des observations, des comparaisons dont celle, restée fameuse, destinée à illustrer le refoulement et la résistance, de l’intrus qui s’introduit de force dans la salle de conférences. Ce bref séjour de Freud marquera pour lui, selon ses propres dires, le début d’une reconnaissance officielle et la fin de son «splendide isolement». Il constituera aussi le point de départ de l’irrésistible diffusion de la psychanalyse dans le Nouveau Monde.

«Il faut bien que la sorcière s’en mêle.» C’est ainsi que Freud, citant dans un de ses derniers écrits le Faust de Goethe, désigne la métapsychologie, et il ajoute : «Sans spéculer ni théoriser – pour un peu j’aurais dit fantasmer – on n’avance pas d’un pas.»
La sorcière métapsychologie, Freud n’a cessé de la convoquer. Mais, en 1915, parvenu au milieu de son trajet, il éprouve le besoin de préciser et de cerner les concepts fondamentaux de la psychanalyse laissés jusqu’alors dans une relative et féconde indétermination. D’ou cette série d’essais portant sur l’inconscient, le refoulement, la pulsion, l’objet perdu (sur l’exemple du deuil et de la mélancolie), la régression (à propos du désir de dormir et de rêver). Autant de textes capitaux où la densité va de pair avec la clarté de l’expression et qui sont à chaque fois l’occasion d’une lecture neuve. Ici la distinction rebattue entre théorie et clinique vole en éclats. C’est que la psychanalyse est d’abord une épreuve de la pensée, une mise à l’épreuve de nos convictions, à commencer par celles héritées de la psychologie.

À la fin de 1899 mais daté de 1900 comme pour marquer un nouveau siècle paraît Die Traumdeutung : c’est le livre du rêve jusque dans sa composition baroque, foisonnante. Un an plus tard paraît ce petit livre-ci, commandé par un éditeur, et dont le propos est bien différent : cette fois, c’est un exposé sur le rêve et qui revêt une forme plus classique, parfois didactique. Comme l’indique Didier Anzieu dans sa préface, la Traumdeutung constituait et constitue toujours une initiation à l’inconscient. Sur le rêve, lui, introduit à la psychanalyse. Y sont énoncés les résultats acquis par une science alors toute nouvelle.
Si l’objet est ici le rêve, Freud n’entend pas pour autant lui conférer une valeur exceptionnelle. Au contraire il se déprend et déprend tout au long son lecteur d’une «surestimation», romantique ou mystique, qui ferait du rêve le lieu de quelque ascension de l’âme vers l’inconnu. Aussi porte-t-il principalement son attention sur les procédés du «travail du rêve» en les illustrant par de nombreux exemples et en nous engageant à les retrouver à l’œuvre dans d’autres productions de l’inconscient.
Sur le rêve, oui, mais surtout pour l’analyse, pour une méthode.

Introduire, pour Freud, ce n’est pas répéter du déjà connu, c’est presque toujours apporter du nouveau, ébranler le savoir constitué, même par lui. C’est ainsi qu’on trouvera dans les Nouvelles conférences, entre autres, une révision de la théorie du rêve, des aperçus troublants sur l’occultisme et une modification de ses vues, aujourd’hui hâtivement contestées, sur la féminité. Enfin, dans la dernière conférence, Freud dit avec une rare vigueur son refus de transformer la psychanalyse en Weltanschauung. On y rencontre cette profession de foi – étonnante de la part de celui à qui on reproche souvent d’avoir trop cédé aux séductions de l’irrationnel : «C’est notre meilleur espoir pour l’avenir que l’intellect – l’esprit scientifique, la raison – parvienne avec le temps à la dictature dans la vie psychique de l’homme.» (Nous sommes en 1933…)