Le 22 mai 1933 meurt, à 60 ans, Sandor Ferenczi, psychanalyste hongrois. De cet homme, son ami et son analysant, Freud lui-même écrira, quatre ans après sa mort, qu’il était devenu de par l’analyse un frère aîné sans reproche, un maître bienveillant promoteur de jeunes talents, ajoutant qu’il était l’ami et le professeur de ses présumés rivaux. Dans l’hommage qu’il lui rendait pour son cinquantième anniversaire, le maître viennois disait que ses articles avaient fait de tous les analystes ses élèves et qu’à lui seul il valait toute une société d’analystes.
Dans ses lettres, il se plaisait à l’appeler son paladin, son grand vizir secret. Il est vrai que Ferenczi a beaucoup écrit, enseigné, cherché, trouvé et cherché encore ; il a fondé l’Association internationale de psychanalyse et fut titulaire en Hongrie de la première chaire de psychanalyse. Et pourtant, à sa mort, il est vilipendé, on le dit égaré par la maladie ; Freud lui-même lui fait d’amers reproches et la postérité l’a, pendant un temps, oublié.
En France, dans les années 1950, l’on ne disposait pas de traductions de l’oeuvre de Ferenczi et les analystes ne connaissaient de lui que ce que l’on en chuchotait. Il aura fallu attendre quarante ans pour que son oeuvre commence à être traduite en France et encore un peu plus de temps pour que les quelque 1200 lettres échangées entre Sigmund Freud et Sàndor Ferenczi puissent être traduites et publiées.
Alors, qui était ce Hongrois, à la fois si proche et si étranger ? Que représentait-il de si dangereux pour les psychanalystes, ses contemporains qui l’ont étouffé et de si précieux pour nous, ses successeurs qui ont enfin la possibilité de le lire ?

Le personnage de Sàndor Ferenczi est resté longtemps en marge bien qu’on la considérât paradoxalement comme une pierre de touche de la psychanalyse. Seuls une crise ou un remous de la collectivité psychanalytique poussaient au questionnement de ses oeuvres et de ses positions institutionnelles.
Le livre de Martin Stanton offre un résumé de l’oeuvre et de la vie de S. Ferenczi en recentrant les questions autour du trauma originaire, de la séduction et de ses effets d’après coup : des questions qui ne surgissent pas avec le célèbre texte de 1932 « Confusion de langue entre enfant et adulte » mais sont en place dès ses premières recherches.
L’auteur donne d’abord une coupe chronologique de la vie de Ferenczi où on le retrouve avec S. Freud, M. Klein, G. Groddeck ; avec Otto Gross, Otto Rank, Clara Thompson, Poul Bjerre, etc. Il propose ensuite de suivre les efforts de Ferenczi à représenter par des images, analogies et allégories voire des projets visionnaires, les tensions du mouvement psychanalytique, du processus analytique, de la séance même, usant lui même de l’analogie de l’amour… Certaines formulations biologisantes étranges et baroques de la théorie ferenczienne (la dimension bio-phylogénétique « thalassique » de la vie sexuelle, la fonction de la vésicule téléplastique, le refuge tératomique) comme les innovations techniques apparaissent comme autant de tentatives passionnantes et passionnées pour théoriser la question du trauma. Destiné à réparer la méconnaissance dans laquelle le public anglais tient l’oeuvre de Ferenczi, ce petit livre rend aussi hommage au premier professeur de psychanalyse européen.

Ferenczi occupe, dans l’histoire de la psychanalyse, une place particulière. l’un des cliniciens les plus doués, l’un des penseurs les plus inventifs, et sans doute le plus estimé de Freud, il fut aussi l’un des plus controversés.

Nous présentons un Ferenczi « patient et psychanalyste », tout à la fois l’homme de passion et l’homme de savoir. La première partie prend en compte, à partir de sa correspondance avec Freud, ou de son Journal Clinique, la dimension pathétique de son transfert à Freud. La seconde analyse, à travers les aspects les plus originaux de sa pensée et de son œuvre, sa contribution spécifique à la théorie psychanalytique, et son apport, parfois contesté concernant les développements récents dans le champ de la clinique et des thérapeutiques.

Sándor Ferenczi, médecin hongrois, pionnier de la psychanalyse, membre du Comité secret qui entoure le fondateur, entreprend, avec des séances réparties en trois sessions sur deux ans, une psychanalyse avec Sigmund Freud.
De cette cure, «finie sans être terminée» selon Freud, inachevée pour Ferenczi, nous n’avons aucun témoignage direct. Cependant, il est permis d’en reconstituer l’essentiel à partir de l’importante correspondance échangée entre les deux hommes, comme de leurs publications. C’est ce travail de défrichage inédit que propose Yves Lugrin. Transmission de la psychanalyse, distinction entre auto-analyse, analyse personnelle et analyse didactique, ainsi que durée et fin de la cure sont quelques-unes des questions – longtemps occultées par les instances officielles de la psychanalyse – mises au jour dans cette expérience. Cet ouvrage permet de saisir tout ce que cette cure, aux acteurs exceptionnels et aux accents alternant enthousiasme et déception, soulève d’interrogations toujours actuelles.

En septembre 1931, Sándor Ferenczi écrit à Freud : « J’étais et je suis encore plongé dans un difficile “travail de clarification” intérieur et extérieur, et aussi scientifique. » En mai 1932, Freud lui répond en évoquant « l’île des rêves où vous demeurez avec vos enfants fantasmatiques ». Ces deux remarques font référence aux quelque deux cents notes, presque toutes datées, que Ferenczi a rédigées entre 1930 et fin 1932, et que sa mort a interrompues.
C’est ce corpus que José Jiménez Avello étudie. Il en extrait la richesse et la pertinence du questionnement de l’analyste pour les développements futurs de la psychanalyse. Plus particulièrement, la remise en cause de la pulsion de mort (contre le pessimisme de Freud), la place accordée aux émotions de l’analyste (contre la neutralité et l’abstinence freudiennes), ainsi que l’ouverture à un contrôle possible du contre-transfert.
Mais ce qui retient aussi l’attention du lecteur, c’est l’originalité du projet de Ferenczi, le travail de la pensée qui cherche, qui s’interroge, qui tâtonne, l’extraordinaire liberté de ton et de parole où se mêlent l’analyse, la confidence et l’auto-analyse.

Sándor Ferenczi a été non seulement l’un des prestigieux fondateurs du mouvement psychanalytique international mais aussi un psychanalyste d’exception. Pendant les vingt-cinq années de son engagement comme praticien et théoricien de l’analyse, de 1908 à 1933, il tint une place essentielle, tant auprès de Freud – dont il fut à la fois le disciple, le patient, l’ami et le confident – que parmi les premiers psychanalystes. Actif et des plus novateurs, il est celui qui, le premier, a indiqué les frayages de la clinique psychanalytique moderne. Un bon nombre de concepts théoriques et d’idée fortes communément adoptées aujourd’hui sont un héritage direct de ses avancées : le concept d’introjection, le contre-transfert mis au service de la cure, les implications métapsychologiques du concept de traumatisme ou encore l’idée de clivage narcissique. Passionné par les « limites de l’analyse » et de « l’analysable », Sándor Ferenczi est le pionnier que de nombreux psychanalystes ont suivi de telle sorte qu’une nouvelle clinique psychanalytique, une nouvelle écoute, et une nouvelle vision de la cure ont pu voir le jour. En ceci on est en droit d’affirmer que Ferenczi reste un « psychanalyste d’aujourd’hui ».

Parmi les nombreux textes de Wladimir Granoff (1924-2000), nous n’en avons retenu que quelques-uns pour constituer ce recueil qui ne prétend donc pas donner une vue d’ensemble des travaux et des intérêts de l’auteur.
Trois noms. Celui de Lacan d’abord. L’entretien «Propos sur Jacques Lacan» donnera au lecteur une idée de ce que fut la relation, intense, difficile, comme l’est tout amour qui connaît la déception, entre Granoff et Lacan.
Ferenczi : Granoff fut le premier à faire connaître en France cet analyste d’exception.
Freud enfin, dont Granoff resta tout au long de sa vie un lecteur fervent. Sa lecture n’était pas celle d’un universitaire ou d’un «freudologue». Ce polyglotte à la croisée des langues , également exercé à la pratique du russe, de l’allemand, de l’anglais, du français, se montra singulièrement attentif à la langue de Freud et en conséquence aux problèmes que pose sa traduction, comme si, pour lui, il n’y avait d’autre voie d’accès à la pensée que ce qui s’inscrit dans les langues et voyage à travers elles. Le méconnaître, ce serait déjà s’apprêter à «quitter Freud», ce à quoi Granoff ne se résolut jamais.
On trouvera en fin de volume les hommages rendus à ses deux vieux compagnons de ce qui, à un moment particulièrement chaud de l’histoire de la psychanalyse, s’appela la «troïka» : François Perrier et Serge Leclaire.

C’’est dans la relation archaïque avec sa mère que l’’enfant acquiert la capacité de se construire en tant que personne autonome. Selon cet apport essentiel de la contribution de Ferenczi à la psychanalyse, l’’ouvrage s’’attache à donner tout son sens à son approche sur l’’origine traumatique de la névrose.
Pour devenir riche de sens, la souffrance doit être auparavant exprimée et soulagée. Au travers de séances menées avec des patients, on peut entrevoir quelle implication revient à l’’analyste et quelle participation est demandée au patient. Bioanalyse, transfert, défense schizophrénique… De la théorie à la pratique, de l’’éthique férenczienne aux cas concrets de la psychanalyse, l’’auteur rend hommage à l’’enfant terrible de la psychanalyse tout en signant une réflexion pertinente sur le rôle du thérapeute.

Le livre que Freud projetait, mais qu’il n’écrira jamais, sur la pratique psychanalytique (La méthode de la psychanalyse), c’est Ferenczi qui l’a écrit en filigrane à son œuvre. Tout au long de sa vie, fruit de ses expériences, ce livre il l’a écrit, corrigé, réécrit. La technique psychanalytique d’aujourd’hui lui doit, à lui et non à Freud, l’importance attribuée au transfert et au contre-transfert, au rôle de l’analyste, au rôle de la mère et à celui des traumatismes. De nos jours, la communauté psychanalytique ne reconnaît qu’une partie de ces découvertes comme étant les siennes. L’ouvrage d’André Haynal met en lumière cette œuvre originale, maintenue dans l’ombre, pour que la psychanalyse du vingt et unième siècle puisse découvrir l’ensemble de l’héritage de Ferenczi, celui du Journal clinique et de la Correspondance. Freud disait que Ferenczi avait fait de tous les psychanalystes ses élèves : cela pourra-t-il enfin se réaliser ?

Ce texte fondamental de Sandor Ferenczi, l’un de ses plus célèbres, est d’une terrible actualité. Car en décrivant deux processus névrotiques essentiels chez l’enfant – l’identification à l’agresseur, la prématuration psychique face à la folie adulte et au terrorisme de la souffrance -, signe le retour en force de la théorie de la séduction, une séduction liée aux pratiques violentes et passionnelles des parents face aux besoins de tendresse physique émanant des enfants.

Tout enfant, à un moment donné, s’interroge sur ses origines. Et comme il s’imagine que ses parents ne l’aiment pas suffisamment, ou pas assez bien, il fantasme qu’ils ne sont pas ses vrais parents – et il s’en invente de nouveaux, plus valorisants. Tel est le roman familial, l’un des concepts freudiens les plus simples d’apparence mais en réalité nuancé et créatif. Utilisé aujourd’hui en psychologie comme en littérature ou en histoire, il reste intimement lié à l’Œdipe. La plupart des thèmes de la filiation qui parcourent notre société en découlent : pathologies transgénérationnelles, adoption, secrets de famille…