Le livre que Freud projetait, mais qu’il n’écrira jamais, sur la pratique psychanalytique (La méthode de la psychanalyse), c’est Ferenczi qui l’a écrit en filigrane à son œuvre. Tout au long de sa vie, fruit de ses expériences, ce livre il l’a écrit, corrigé, réécrit. La technique psychanalytique d’aujourd’hui lui doit, à lui et non à Freud, l’importance attribuée au transfert et au contre-transfert, au rôle de l’analyste, au rôle de la mère et à celui des traumatismes. De nos jours, la communauté psychanalytique ne reconnaît qu’une partie de ces découvertes comme étant les siennes. L’ouvrage d’André Haynal met en lumière cette œuvre originale, maintenue dans l’ombre, pour que la psychanalyse du vingt et unième siècle puisse découvrir l’ensemble de l’héritage de Ferenczi, celui du Journal clinique et de la Correspondance. Freud disait que Ferenczi avait fait de tous les psychanalystes ses élèves : cela pourra-t-il enfin se réaliser ?

Ce texte fondamental de Sandor Ferenczi, l’un de ses plus célèbres, est d’une terrible actualité. Car en décrivant deux processus névrotiques essentiels chez l’enfant – l’identification à l’agresseur, la prématuration psychique face à la folie adulte et au terrorisme de la souffrance -, signe le retour en force de la théorie de la séduction, une séduction liée aux pratiques violentes et passionnelles des parents face aux besoins de tendresse physique émanant des enfants.

Tout enfant, à un moment donné, s’interroge sur ses origines. Et comme il s’imagine que ses parents ne l’aiment pas suffisamment, ou pas assez bien, il fantasme qu’ils ne sont pas ses vrais parents – et il s’en invente de nouveaux, plus valorisants. Tel est le roman familial, l’un des concepts freudiens les plus simples d’apparence mais en réalité nuancé et créatif. Utilisé aujourd’hui en psychologie comme en littérature ou en histoire, il reste intimement lié à l’Œdipe. La plupart des thèmes de la filiation qui parcourent notre société en découlent : pathologies transgénérationnelles, adoption, secrets de famille…