La psychanalyse a révolutionné la manière de concevoir le symptôme. Tandis que du point de vue médical le symptôme n’est qu’un écart pathologique vis-à-vis de la norme, Freud a su reconnaître en lui un compromis résultant d’une conflictualité psychique. En découvrant qu’une satisfaction sexuelle se joue toujours à l’ombre du désagrément subjectif, Freud a pu sortir de l’opposition entre le normal et le pathologique et tirer le fil de l’analogie processuelle entre le symptôme, le rêve et les actes manqués.
Le symptôme est un point de départ fécond de la cure, il s’inscrit d’emblée dans la dynamique transféro-contre-transférentielle. La psychanalyse a donc pour effet de « valoriser » le symptôme, d’en faire une création du sujet inconscient dont la signification est à la fois individuelle et intersubjective.
La tendance actuelle serait de mesurer l’efficacité thérapeutique à la capacité de faire disparaître les symptômes perturbateurs en éludant leur signification subjective. Il importe d’autant plus de faire valoir la portée de l’écoute psychanalytique des symptômes dans ses différentes dimensions, non pas pour se satisfaire de leur persistance, mais pour articuler leur existence à des réalités psychiques singulières et travailler à la possibilité d’autres modalités créatives, moins coûteuses psychiquement.

Qui était véritablement Freud ? Un théoricien à prétentions scientifiques détaché des soucis de la clinique, ou un clinicien génial, inventeur d’une nouvelle technique dont il a tracé en même temps les grandes lignes théoriques ? Un maître jaloux de son autorité prêt à exclure tous ceux qui lui résistent – tels Abraham et Jung – ou un praticien soucieux de transmettre son savoir clinique et théorique, préoccupé, donc, par la question de la formation ? Un père de famille de l’ancien temps, entouré d’un vaste cercle d’amis ou un éternel déçu des rapports humains, qu’il s’agisse de ses propres fils ou de ses disciples et amis?

À ces questions, Paul Roazen tente d’apporter des éléments de réponse à travers une galerie de portraits d’anciens patients de Freud qu’il a pu rencontrer, après avoir, dans un livre précédent (Mes rencontres avec la famille de Freud) esquissé ceux de quelques membres de sa famille. Le souci – et l’ambition – de l’auteur est d’offrir un contrepoids à l’image publique et officielle de l’inventeur de la psychanalyse, telle qu’elle apparaît dans ses nombreux écrits publiés, mais aussi par le truchement de la fiction que ses héritiers les plus orthodoxes ont essayé d’imposer.

De ces descriptions de personnages dont certains ont laissé leur nom dans l’histoire de la psychanalyse, émergent des figures tantôt passionnées et tragiques, comme Ruth Brunswick, tantôt d’une authenticité émouvante comme Albert Hirst, ou encore profondément originales tels les époux Strachey.

La psychanalyse contemporaine différencie les agir-symptômes retrouvés dans les comportements (addictifs, transgressifs), des agir de transfert. En effet, l’Agieren Freudien se situe bien dans la dynamique transférentielle, et ce livre met en valeur la façon dont l’Agir peut en fait être l’allié de la cure, ouvrant la voie à de nouvelles représentations advenues grâce à ce passage en extériorité. D’une remémoration qui échoue au signe d’expériences traumatiques passées au-delà du plaisir, l’Agir dans la cure se considère comme une adresse que l’analyste doit mettre en forme et aider à symboliser. Les analystes contemporains cherchent à l’appréhender comme le signal et l’avant-scène d’une transformation psychique nécessaire.