Introduction : Qu’est-ce qu’un thérapeute ?

Il est toujours d’actualité de se poser la question et, dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, de revenir aux sources, aux origines, non seulement à l’étymologie du terme mais à la pratique impliquée par ce terme. C’est à ce titre que nous nous intéressons à ceux que Philon d’Alexandrie appelle les « Thérapeutes », même si leur « art de vivre » semble bien différent de celui qui est vécu par ceux qui portent ce nom aujourd’hui. Mais n’y aurait-il pas là justement matière à réflexion, réévaluation de nos présupposés anthropologiques et source d’inspiration pour un ordre de thérapeutes à venir ? Thérapeutes dont l’anthropologie ne serait pas amputée de la dimension spirituelle, nécessaire au plein épanouissement sinon à la santé de l’homme.

Juif de culture hellénistique, Philon d’Alexandrie, contemporain du Christ, est très représentatif des mouvements spirituels d’un milieu où se côtoient les syncrétismes les plus audacieux et les sectarismes les plus virulents. Précurseur d’Origène, il est surtout connu pour son  » art de l’interprétation  » des rêves et des textes sacrés, qui n’est pas sans rappeler celui de la psychologie des profondeurs au XXe siècle.
Dans son livre Les Thérapeutes, présenté et commenté ici par Jean-Yves Leloup, Philon se fait le chantre d’une communauté dont on connaît mal la nature, mais qui se caractérise par son hospitalité et son attention à l’Être dans toutes ses dimensions : corps, âme et esprit. Les Thérapeutes, par cette vision globale de l’Homme, enracinée dans l’anthropologie biblique, préfigure déjà les psychologies contemporaines ouvertes aux domaines du corps et de la spiritualité.