Ce premier volume des oeuvres complètes de Pierre FÉDIDA (1963-2005), contient les textes parus entre 1963 et 1975. Ces textes reflètent l’histoire de la psychologie et de la psychanalyse ainsi que la construction des objets de recherche. Commençant avec la méthodologie des tests en milieu hospitalier, les travaux vont vite être influencés par la linguistique et le structuralisme, puis par le vif intérêt porté par l’auteur au « terrain ». S’ensuivent les interrogations des apriori institutionnels dans l’esprit des années 70 afin de contribuer à un véritable fondement de la recherche clinique en psychopathologie. L’auteur est un psychanalyste engagé auprès des infirmières, de la formation à la clinique et à l’enseignement et il participa à l’introduction des techniques de relaxation dans la psychothérapie analytique. Dans ses textes il s’interroge sur le rôle de la consultation en psychologie clinique en comparant cette dernière à celle pratiquée en médecine et se demande comment enseigner la psychologie, assurer la formation des psychothérapeutes et adapter la méthodologie de la recherche au phénomène de la perception (phénomène subjectif mais passerelle entre la psychanalyse et la phénoménologie). Reprenant la question du genre, du féminin/masculin trouvé chez Wilhelm Fliess, la pensée de P. Fédida évolue vers des objets psychiques apparaissant dans l’analyse. Ainsi commencent les travaux sur le deuil, le fantasme, la mélancolie, la phénoménologie du geste et de la forme, thématiques qu’on rencontrera tout au cours de son oeuvre jusqu’à la fin de sa vie. Dans ce premier volume le lecteur assiste à la naissance de cette écriture complexe et sensible aux mouvements transférentiels et contre-transférentiels tout en s’insérant dans une réflexion psychopathologique. Le lecteur verra surgir le style d’écriture clinique si typique et propre à Pierre Fédida dès ces premiers écrits. Son élève, puis collègue, le Pr Abbas Makké (Université Libanaise, Beyrouth, Liban) a écrit la préface en témoignage de l’influence du Pr P. Fédida sur son propre parcours.

Marie Moscovici (1932-2015), grande figure de la psychanalyse, a proposé des points de vue inédits sur l’oeuvre freudienne dans ses livres et ses articles. Son oeuvre n’est pas seulement un commentaire mais une illustration de ce que la capacité de lire peut apporter à l’écoute clinique et de ce que la capacité d’écrire peut ouvrir dans la réflexion théorique. En même temps, ces deux capacités sont au service d’une façon de prendre soin de la pratique de l’analyse – de l’éthique du métier, en somme – et de donner suite créative aux fondations freudiennes. Elle a aussi dirigé la revue L’Inactuel de 1994 à 2005 et a su, entourée des membres du comité de rédaction, animer cette revue en surpassant les cloisonnements des disciplines académiques. Elle est parvenue à en faire une revue d’intérêt général en amenant à se rencontrer différents champs de la pensée, dans une démarche se questionnant incessamment elle-même dans sa propre temporalité. Il s’agirait, dans ce numéro 13/14 d’Incidence, de tenter de cerner la spécificité du mode d’approche de l’humain, éclairé par la psychanalyse, qui s’est déployé tout au long de ce parcours éditorial.

Suffit-il de supprimer les symptômes de la dépression pour en guérir ? Peut-on évacuer si facilement la souffrance psychique qui est au fond de l’état déprimé ? Peut-on, comme par enchantement, retrouver le désir de vivre, de rêver et d’agir ? Psychanalyste, Pierre Fédida montre ici pourquoi la psychothérapie aide à revivre. Les médicaments ont toute leur utilité, mais ils ne guérissent pas du malaise de l’existence. Pour cela, il faut être deux, et donner du temps — pas forcément longtemps. Alors, et alors seulement, la pensée, la parole et l’action redeviennent possibles. Et si la dépression survenait dans ces moments où la vie cherche à se protéger et à se transformer ? Alors, comment faire bon usage de la dépression ?

Pierre Fédida est membre de l’Association psychanalytique de France et professeur de psychopathologie à l’université de Paris-VII-Denis-Diderot. Il est directeur du Centre d’études du vivant.