Ce n’est pas un homme, c’est de la dynamite.
Pionnier de la psychanalyse, neurologue visionnaire, anarchiste et féministe radical, fondateur du « mouvement érotique », végétarien convaincu, écologiste avant l’heure et inspirateur des dadaïstes, Otto Gross (1877-1920) est une figure centrale de la modernité.
A Monte Verità, une colonie pré-hippie où se croisent Hermann Hesse, Isadora Duncan et le révolutionnaire Kropotkine, il est le gourou d’une jeunesse en quête de liberté sexuelle et de nature. Disciple rebelle de Sigmund Freud, il fait basculer le destin de Carl Gustav Jung qui le nomme son « frère jumeau » avant de le déclarer dément.
Son internement sur ordre de son père, le professeur Hans Gross, célèbre criminaliste, incendie la presse européenne et mobilise Apollinaire, Blaise Cendrars et toute l’intelligentsia en lutte contre le patriarcat.
Dans cette fresque romanesque qui nous entraîne en Patagonie, à Zurich, Munich, Berlin, Vienne, et jusqu’au cœur de la Grande Guerre, Marie-Laure de Cazotte, auteur de À l’ombre des vainqueurs, récompensé par de nombreux prix littéraires dont le Prix du Roman historique, retrace avec brio et profondeur l’épopée de cet esprit considéré par Michel Onfray comme « le grand oublié de l’histoire de la psychanalyse ».

Les naturistes du Monte Verità

Des journaux français et allemands ont signalé la présence, dans les environs de Locarno, sur les bords du lac Majeur, d’une colonie de naturistes, « sorte de secte religieuse dont les membres se promenaient tout nus par la montagne, venaient dans des accoutrements bizarres acheter aux marchés du pays des aliments végétariens, enfin vivaient d’une façon tellement spéciale que la police avait dû s’inquiéter de leurs agissements ».

J’ai voulu me rendre compte de ce qu’il avait d’exact dans ces racontars et, partant de Locarno vers 7 heures, je suis arrivé á 9 heures au Monte Verità. C’est là, au milieu d’un véritable désert, mais dans un site admirable, que se trouvent disséminées les différentes constructions de ces ermites modernes.

Hâtons-nous de détruire la légende accréditée dans le pays autour des naturistes du Monte Verità. Ceux-ci ne sont aucunement des énergumènes plus ou moins inspirés des théories de Tolstoï ou de Rousseau. Non: ce sont des artistes, des industriels, des écrivains qui viennent écouter, dans cette thébaïde, « la voix du silence », en vivant dans des conditions d’hygiène spéciale que nous allons exposer brièvement.

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monteverita.net