Entre mots et toucher, le corps en transfert est un ouvrage collectif. Il fait le récit de la naissance d’une méthode, créée il y a quarante ans par Michel Sapir, développe l’évolution de sa théorie illustrée par de nombreux cas et donne à entendre l’expérience d’une équipe. Pour les auteurs, psychanalystes formés à cette pratique, cette technique de relaxation analytique est à la fois un outil thérapeutique et un outil de formation à la fonction soignante. Avec l’évidence du pulsionnel, le poids du refoulement, la prépondérance de l’inconscient, elle met en lumière l’étroite intrication du corps et de la psyché qui prend sens et entrouvre les portes des souvenirs incarnés. Dans un cadre strict, mais ajusté aux rencontres qu’elle met en œuvre, la relaxation psychanalytique, individuelle ou en groupe, déploie pour chaque sujet une histoire enfouie dans les anfractuosités du corps. La relaxation psychanalytique, méthode Sapir, est pratiquée par l’Association de Recherche, d’Étude et de Formation à la Fonction Soignante, AREFFS, fondée en 1975.

Michel Sapir (Moscou 1915, Paris 2002), médecin, psychiatre et psychanalyste, homme engagé dans tous les défis de son temps, se définissait avec humour comme « anarchiste conservateur ». Lors des 31° journées de formation psychologique d’Annecy dont il a été le fondateur, un jeune soignant posa cette question :  » Mais qui est donc ce Michel Sapir dont vous parlez tous ?  » L’ambition de ce livre est de répondre à cette interrogation en organisant pour le lecteur – qu’il ignore tout de son itinéraire personnel et professionnel ou qu’il l’ait côtoyé d’une manière ou d’une autre – une véritable rencontre avec Michel Sapir, à la fois inventeur de la méthode de la relaxation à induction variable (RIV), animateur de groupes de formation à la relation soignants-soignés (groupe Balint), infatigable formateur et transmetteur dans le champ du soin psychique et somatique, et de la médecine générale en particulier.

Simone Cohen-Léon met ainsi à notre disposition une brève biographie qui retrace les moments forts de sa vie et de son œuvre et un ensemble de réflexions que Michel Sapir a dictées dans la dernière année de sa vie. Comme dans une conversation à battons rompus, ces textes rendent compte de la multiplicité de ses intérêts et de ses engagements, mais aussi témoignent de l’originalité de sa pensée où le fil du corps se mêle sans cesse à celui de la parole, que ce soit dans le champ psychanalytique, médical ou politique.

D’origine judéo-russe, né à Moscou en 1915, plongé tout enfant dans les tumultes de la révolution soviétique, Michel Sapir choisit la France comme patrie de cœur et part s’y installer en 1934 pour ses études de médecine. Mobilisé en 1939, il devient responsable de la Résistance pour la région Nice- Côte d’Azur et s’inscrit au parti communiste. Treize années durant il va participer à la grande illusion collective… jusqu’aux révélations par Khrouchtchev des crimes de Staline, et la répression du Printemps de Prague. Michel Sapir fait l’analyse de l’espèce d’hypnose idéologique dans laquelle tant de pays ont été plongés. Il en porte le deuil et ne regrette rien. D’autant qu’ayant quitté le PCF dans des circonstances pittoresques, il assume la deuxième aventure majeure de sa vie : la psychanalyse. Dans le sillage de Ferenczi et de Balint, il invente une nouvelle approche de la relation « soignant-soigné » et s’y consacre depuis près de quarante ans. À partir de sa formation initiale de médecin, il sera l’un des premiers à insister sur l’importance du corps dans la psychanalyse. Marqué au sceau d’une sincérité sans concession, traversé de récits surprenants et de rencontres fécondes – il a été l’un des amis les plus proches de Jacques Prévert, dont il parle comme personne – cet ouvrage est celui d’un grand témoin de notre siècle qui, parvenu à l’âge des bilans, livre quelques-unes des clés de la connaissance et de la sagesse

Le corps semble avoir disparu de la fonction soignante. Il est à la fois parcellisé et médiatisé. Ses données sont numérisées et la personnalité mise de côté. Le nouveau livre de Michel Sapir est tout entier consacré à cette dimension corporelle méconnue dans l’ensemble des relations intersubjectives.

Une première partie définit le concept et le champ d’action de la psychosomatique et propose une théorie de la parole comme sécrétion-expression au même titre que les larmes. Après une pénétrante analyse du trouble fonctionnel comme réaction somatique à un conflit relationnel, la deuxième partie est consacrée à la formation à la relation soignant-soigné à travers l’analyse de la méthode Balint qui met au premier plan le rôle du contre-transfert et de l’identification dans le rapport médecin-patient. La troisième partie établit les bases de la relation à inductions variables comme méthode de psychothérapie d’inspiration psychanalytique à médiation corporelle.

Livre synthèse et livre bilan, cet ouvrage ouvre à une compréhension globale du corps, d’autant plus nécessaire à réaliser par tous les soignants que le langage technicien de nos sociétés modernes risque de conduire à sa non-prise en considération.

La Relaxation à Inductions Variables est une méthode axée sur la relation.

Selon l’auteur de la méthode les inductions varient en fonction de ce que la relaxateur ressent du patient. Elle débute le plus souvent par la parole mais aussi par le toucher, variable d’une fois à l’autre dans une complémentarité où parole et toucher n’ont rien de systématique ou de ritualisé.

Michel Sapir décrit sa méthode dans un esprit purement psychanalytique. A vrai dire, la Relaxation à Inductions Variables tout en suggérant la détente ne considère pas qu’elle constitue ke but ultime et unique de la méthode.

Ce livre n’a pas été conçu en appliquant mécaniquement des « recettes » pseudo-freudiennes à la relaxation mais en partant de celle-ci pour la soumette à l’éclairage des concepts psychanalytiques. Parmi ces derniers, certains semblent unanimement admis tandis que d’autres sont soumis aux feux croisés de différentes écoles. Aussi, l’auteur évitera de s’étendre sur ce qui est admis et connu pour soumettre à discussion tout ce qui est objet de divergences.

Sommes-nous tous des psychosomatiques ? Oui ! Et c’est normal ! Car nous avons tous des réponses à la fois corporelles et psychologiques face aux difficultés de notre vie quotidienne, aux accidents, aux maladies comme aux agressions de la société. Mais chacun de nous réagira différemment, en fonction de sa personnalité et de son milieu social et familial. Un tel se réfugiera dans une maladie chronique qui obligera son entourage à le considérer différemment. Un autre travaillera jusqu’à épuisement. Un autre encore aura recours à l’alcool. Existe-t-il une médecine propre à ces situations ? Les médecins ont-ils la possibilité de reconnaître ce qui est psychosomatique et ce qui ne l’est pas ? Quel comportement le patient doit-il avoir vis-à-vis de son médecin ? Le livre du docteur Sapir – un des plus grands spécialistes français de la relaxation d’inspiration psychanalytique répond à ces questions. Dans cet ouvrage très personnel, l’auteur nous apporte son expérience de praticien et nous montre combien la relation confiante entre le médecin généraliste et son patient peut être un facteur de mieux être.