L’analyse à transitions corporelles et les Ateliers du Geste s’inspirent du souffle nouveau donné par Ferenczi à la psychanalyse naissante, il y a presque cent ans. Des analystes et thérapeutes d’aujourd’hui, qui ne font aucunement référence à lui, sont pourtant bien dans cet élan de créativité, d’élasticité et de contactivité qu’il a initié par rapport au praticable freudien. Est-ce parce que le monde contemporain produit de plus en plus de sujets pluriels, fracturés, fragiles, limites et complexes que Ferenczi, à notre insu, revient dans les coulisses de la scène analytique secouer notre inventivité ? Michel Galasse est psychologue et psychothérapeute analytique à transitions corporelles. Il a suivi la formation de psycho-somatoanalyse à l’EEPSSA (École européenne de psychothérapie socio et somatoanalytique) créée par le Dr Richard Meyer. Depuis plus de vingt ans, il pratique en service de santé mentale en Belgique. Il rencontre des adolescents, des adultes, des couples et des familles et anime des ateliers thérapeutiques inspirés d’approches artistiques contemporaines, particulièrement la danse et le théâtre. Il intègre les corps, les transes et le jeu dans le processus thérapeutique avec les adultes.

Les essais de Ferenczi, subversifs et transitoires, introduisaient dans la cure des techniques actives de la relaxation et de l’analyse mutuelle. Ils invitaient l’analyste à s’aventurer davantage dans le contact, dans cette sympathie première avec la vie, le monde et le sujet.
Aujourd’hui, la rencontre analytique avec des sujets aux brisures précoces requiert quelquefois de l’analyste la création d’un nouveau dispositif. Dans un cadre suffisamment fiable et contenant, porteur et étayant, souple et vivant, surprenant et symboligène, l’analyste s’engage en séance dans les transitions corporelles nécessaires pour permettre au sujet de s’ouvrir à nouveau à la vie. Il accepte d’être le partenaire réel de l’analysant, le temps pour celui-ci de redevenir l’interlocuteur de lui-même et d’autrui. Il contient activement plusieurs niveaux de réalité pour que la symbolisation s’opère et sorte l’analysant de l’amalgame. Mais on ne touche pas au corps d’autrui sans une éthique relationnelle particulièrement exigeante.
Cinq vignettes cliniques illustrent cette nouvelle pratique de la rencontre analytique et montrent qu’il est parfois inévitable de respirer ensemble par la blessure.