Mettre en relation l’oeuvre et la vie d’André Green, appréhender le processus théorique chez lui comme le processus psychanalytique – en grande partie indépendant des intentions conscientes de son auteur : tel était l’objectif de ces entretiens. Au long de ce livre foisonnant, l’oeuvre se dessine ainsi en devenir, dans son évolution historique, éclairant au passage d’une lumière nouvelle de nombreuses notions telles que la vérité de l’affect ; la relation maître-élève ; la question des origines et du refoulement et celle de l’identité ; la psychiatrie et les neurosciences ; la psychanalyse appliquée ; la clinique des limites et les limites de l’analyse ; l’amour ; les philosophies libertaires ; le besoin d’illusion ; l’influence de Lacan…

Durant ces cinquante dernières années, le trouble borderline a navigué entre les névroses et les psychoses, a été appréhendé comme un type de personnalité pathologique, a été rapproché des maladies bipolaires, des désordres narcissiques, des personnalités psychopathiques… Du côté de la psychiatrie, comme de la psychanalyse, la liste de noms donnés à ces folies limites est longue et les qualifications singulières.

Aujourd’hui, l’état limite ne peut plus être défini sérieusement selon une approche extrinsèque  (la définition « ni ni », ni névrotique, ni psychotique) qui risquerait de réduire cette configuration clinique à un fourre-tout privé d’une cohérence interne. Il importe de donner une définition intrinsèque de l’état limite car il ne s’agit ni d’une psychonévrose gravissime, ni d’une prépsychose, ni d’un état passager naviguant entre les structures. Désormais, ce n’est plus tant une pathologie « à la limite de » qu’une pathologie des limites du Moi.

À partir d’une clinique actuelle grandissante, les auteurs soulignent la richesse des débats qui interrogent les limites du système de classification nosographique et poussent à réviser, voire à reconstruire de manière innovante certaines bases théorico-cliniques des techniques de soin.

Dans la traversée de la vie, de ses tout-débuts jusqu’à son extrême fin, dans ses liaisons possibles avec le plaisir ou dans ses dérives mélancoliques, la douleur reste la compagne fidèle du corps et de la psyché.

La douleur relève de l’effraction, par rupture des barrières, par excès d’excitation, une implosion violente qui déborde les limites du moi-corps. Si le privilège est accordé à l’expérience de satisfaction dans la construction du psychisme, du moi et de ses objets, dans la création des fantasmes et des représentations, la douleur fait toujours retour, comme expérience humaine inéluctable et sans doute indispensable parce que toujours liée à la perte d’objet.

La douleur ne se confond ni avec la détresse ni avec la souffrance. Elle en désigne l’au-delà dans une radicalité qui défait les liaisons trop convenues entre les affects et les représentations. Comme éprouvé pur, elle peut exclure la part de l’autre et, en particulier, sa fonction consolatrice. Elle peut aussi et ce sont là son essence et son destin en psychanalyse comme dans la littérature constituer un point d’appel pour les mots et donc pour celui qui les dit ou les écrit.