Il y a tout juste quarante ans, Queneau exécutait 99 variations d’une même histoire. Il le fit avec un tel brio, il créa des effets si drôles que ces « exercices de style » furent un succès en librairie. Alors, se demanderont lecteurs, critiques, littérateurs, buveurs, sorbonnocrates et pataphysiciens, quel est l’intérêt de recommencer ? Pourquoi ne pas attendre quelques siècles, comme La Fontaine le fit pour Esope ?

« J’ai tenté, en acceptant la contrainte que me proposait Queneau, d’illustrer les avatars du français et de lui en imposer de nouveaux. Mais j’ai surtout voulu apprendre et m’amuser, en espérant que le lecteur en fasse autant. Cela ne signifie pas que les limites soient atteintes, que ces exercices soient exhaustifs. A l’instar des yeux de la belle marquise qui peuvent faire mourir d’amour de mille façons, le récit d’origine peut être repris à l’infini, ou peu s’en faut.

On pourrait l’écrire encore de manière biblique, créole, aphasique, scolaire, pathétique, géographique, architecturale, bibliographique, etc. On pourrait le mimer, le chanter ou le danser. On pourrait utiliser l’alphabet grec, les caractères cyrilliques, les motifs rupestres. On pourrait peut-être même le traduire et l’appliquer à une autre culture. » Bernard Demers