Un psychanalyste qui, depuis plus de trente ans, jour après jour, séance après séance, s’expose à la pensée délirante, à la violence et à l’incohérence schizophrénique, ne saurait être un psychanalyste comme les autres. Les sages préceptes de «neutralité bienveillante» et d’«attention flottante» ne lui sont d’aucun secours. Ni le modèle canonique du transfert quand il est sans cesse pris à partie dans son être visible et caché. L’analyste ne peut alors que travailler sur – et à partir de – ce que son patient induit en lui d’émotions, de haine, de jalousie, de culpabilité et d’espoir, et même de folie. Le contre-transfert, d’obstacle et d’accident qu’il est dans les analyses classiques, devient l’instrument par excellence du traitement. Mais sa définition, généralement un peu lâche, doit par là même être profondément renouvelée. Tel est l’objet de ce livre.

Un patient dont la mère est récemment décédé, doit donner à la radio une conférence sur un sujet qui intéresse – il le sait – son analyste. Il lui en donne le texte à lire et le psychanalyste, en effet, écoute l’émission. En raison de la mort de sa mère, le patient se sent peu disposé à prononcer cette conférence, mais il ne peut l’annuler. Le lendemain, il arrive à sa séance dans un état d’angoisse et de confusion extrêmes. Son analyste, qui est certainement un homme d’expérience, lui interprète aussitôt cette souffrance. Cette interprétation « aurait pu être correcte », note Margaret Little. Elle se révèlera complètement fausse, le psychanalyste ayant attribué à son patient un sentiment de jalousie… qui n’était autre que le sien.

C’est par ce récit que commence le Contre-transfert et la réponse qu’y apporte le patient, l’un des sept textes que recueille ce volume. Ecrits dans les années cinquante et soixante par quatre femmes, quatre psychanalyste de langue anglaise, ils firent date dans l’histoire de la psychanalyse. Sur ce thème du contre-transfert dont Freud disait qu’ « il compte parmi les plus complexes » de la pratique analytique, et auquel Lacan qui en critiqua l’usage, associa le terme de « piège ».