Par petites touches, Brett Kahr montre de l’extérieur ce qu’était la vie de D. W. Winnicott. Nous le voyons en action, comme suivi par une caméra à l’épaule. Nous le surprenons sortant du métro pour se rendre cinq à six fois par semaine au cœur de Bloomsbury, chez son analyste James Strachey. Nous l’imaginons conduisant sa vieille Rolls à deux places, roulant à 30 km à l’heure, tant il est absorbé dans ses pensées ou dans une conversation avec son passager ; nous l’observons, lors de ses consultations dans une pièce remplie d’élèves, d’enfants et de parents ; nous le retrouvons à son séminaire du jeudi soir improvisant sur un cas puis offrant des fraises et des cerises à tout le monde ; nous l’entendons jouer du piano à la fin de sa journée de travail ; enfin, nous le voyons lutter contre la maladie dans ses dernières années, sans jamais réduire ses activités…

Dans son autobiographie à peine esquissée, il écrivait : “Oh Dieu, faites que je sois vivant quand je mourrai. ” On peut penser que ce vœu fut exaucé, car jusqu’à son dernier souffle Winnicott travailla, aima, se réjouit et poursuivit de multiples projets.

Donald W. Winnicott n’a cessé d’innover, d’inventer, de proposer des solutions inattendues dans la pratique analytique lorsqu’il constatait que l’expérience clinique « ne collait pas avec la théorie ». D’où une œuvre dispersée, aux concepts parfois confus, qu’il était nécessaire de clarifier. Laura Dethiville s’y emploie en reprenant et en expliquant les notions majeures du corpus théorique (objets transitionnels, self, faux self, importance de l’environnement, dissociation…), et en montrant comment Winnicott s’est révélé un étonnant précurseur des soins à apporter aux maux symptomatiques de notre société : pertes d’identité, anorexie ou boulimie, délinquance, maladies psychosomatiques, troubles scolaires… Cette précieuse initiation à la pensée de Winnicott fait de cet ouvrage un outil de réflexion indispensable à la connaissance de cette œuvre.