« Être psychanalyste, c’est savoir que toutes les histoires reviennent à parler d’amour. La plainte que me confient ceux qui balbutient à côté de moi a toujours pour cause un manque d’amour présent ou passé, réel ou imaginaire. Je ne peux l’entendre que si je me place moi-même en ce point d’infini, douleur ou ravissement. C’est avec ma défaillance que l’autre compose le sens de son aventure.

L’intime désigne le plus intérieur de chaque être humain mais aussi ses relations extérieures avec ses plus proches. La question se pose donc de savoir en quoi consiste exactement ce for intérieur et si chaque moi individuel est bien le mieux placé pour se connaître soi-même, ou bien si ses proches (son entourage familial, amical et amoureux) ne le connaîtraient pas plus intimement qu’il ne le peut lui-même. Mais la question est aussi de savoir si c’est bien du for intérieur de chacun qu’émanent ses pensées, ses paroles et ses actions, ou si celles-ci ne seraient pas influencées voire commandées de l’extérieur, par les autres et surtout par les institutions sans lesquelles ne se peut aucune vie personnelle privée (comme la famille) ni collective et publique (comme l’État et, maintenant, le marché).

Ce questionnement ne devient-il pas d’autant plus urgent que notre époque semble être paradoxalement tiraillée entre une exigence de liberté qui fait de la reconnaissance de l’intime l’impératif le plus catégorique qui soit et une exigence de sécurité qui fait de plus en plus consentir les individus contemporains à des conditionnements naturels et culturels qu’ils subissent, alors même que le plus intime de ce qui fait l’humanité des hommes en est de plus en plus surveillé et contrôlé, et donc aliéné ?

Comme Nietzsche, Julia Kristeva est « nuance » et ne supporte pas les auteurs « qui jouissent de trancher dans le vif de tout ce qui les excite », ce « marketing déprimé ». Elle préfère tout disséquer, puiser dans sa mémoire insatiable, ce qui ne l’empêche pas de s’être forgé des convictions solides au fil de son « voyage » de réflexions. Comme celle sur les femmes : « Je n’ai jamais compris comment les femmes pouvaient se vivre comme le « deuxième sexe ». Pour moi la féminité exprime l’indéniable, l’irréfragable de la vie. »

Cet ouvrage réunit les textes du colloque organisé par la Société Psychanalytique de Paris, « André Green », qui s’est tenu le 17 novembre 2012 à Paris (Maison de la Mutualité), présidé par Bernard Chervet.

André Green fut l’un des penseurs majeurs de la psychanalyse contemporaine. L’ampleur des champs qu’il a abordés et étudiés du point de vue de la pensée psychanalytique témoigne de son envergure. Ses travaux sont respectés par tous les milieux intellectuels et de la culture.

Ses avancées sur les états-limites font référence. De nombreuses notions qu’il a introduites ont prouvé leur valeur heuristique et nous sont devenues familières. Ainsi, le « complexe de la mère morte », la désobjectalisation, les processus tertiaires, la tiercéïté, les narcissismes de vie et de mort, ses travaux sur l’affect, la représentation, le langage, les forces de destructivité, le « mal », le rôle de l’objet et de la pulsion, l’importance de la sexualité au sein du psychisme ; mais aussi, l’introduction du « négatif » en psychanalyse et dans les autres champs culturels, son approche originale de la fonction maternelle et de la structure encadrante, matrice de la pensée, en lien à l’hallucination négative de la mère.

Afin de rendre pleinement hommage à la complexité de sa pensée, rappelons que c’est lui-même, homme du langage, psychanalyste de la parole, qui nous rappelait que quand l’affect se présente en son fond de douleur, les mots viennent à manquer.