En septembre 1918, à Budapest, le Ve Congrès international de psychanalyse est notamment consacré aux névroses de guerre. Parmi les intervenants, Sandor Ferenczi et Karl Abraham, qui, ayant servi depuis le début de la guerre en tant que médecins, ont pu faire d’étonnantes observations. Et ce qu’ils disent des traumatismes psychiques est suffisamment important pour que Freud, qui signe l’introduction aux Actes de ce colloque, ait éprouvé le besoin d’en reparler longuement deux ans plus tard, en 1920, dans Au-delà du principe de plaisir… Gageons que ce livre intéressera les historiens travaillant sur la guerre et les sorties de guerre, mais aussi les psychiatres, psychanalystes, psychologues, travailleurs sociaux et humanitaires qui accueillent, écoutent, aident et soignent aujourd’hui les militaires et les civils confrontés aux nouvelles formes de violences de guerre.

Manger, tout comme boire, fumer ou se droguer, mais aussi jeûner, peuvent apporter un apaisement momentané lorsque la souffrance psychique est trop intense. S’intéressant, une fois de plus en précurseur, à l’alcoolisme et à la boulimie, Ferenczi montre que l’addiction n’est pas la cause, mais la conséquence d’une souffrance, d’un traumatisme, et qu’en cela elle relève de la stratégie de survie. Avec une fonction tout à fait précise : « soigner » le sujet…

En septembre 1931, Sándor Ferenczi écrit à Freud : « J’étais et je suis encore plongé dans un difficile “travail de clarification” intérieur et extérieur, et aussi scientifique. » En mai 1932, Freud lui répond en évoquant « l’île des rêves où vous demeurez avec vos enfants fantasmatiques ». Ces deux remarques font référence aux quelque deux cents notes, presque toutes datées, que Ferenczi a rédigées entre 1930 et fin 1932, et que sa mort a interrompues.
C’est ce corpus que José Jiménez Avello étudie. Il en extrait la richesse et la pertinence du questionnement de l’analyste pour les développements futurs de la psychanalyse. Plus particulièrement, la remise en cause de la pulsion de mort (contre le pessimisme de Freud), la place accordée aux émotions de l’analyste (contre la neutralité et l’abstinence freudiennes), ainsi que l’ouverture à un contrôle possible du contre-transfert.
Mais ce qui retient aussi l’attention du lecteur, c’est l’originalité du projet de Ferenczi, le travail de la pensée qui cherche, qui s’interroge, qui tâtonne, l’extraordinaire liberté de ton et de parole où se mêlent l’analyse, la confidence et l’auto-analyse.

Ce texte fondamental de Sandor Ferenczi, l’un de ses plus célèbres, est d’une terrible actualité. Car en décrivant deux processus névrotiques essentiels chez l’enfant – l’identification à l’agresseur, la prématuration psychique face à la folie adulte et au terrorisme de la souffrance -, signe le retour en force de la théorie de la séduction, une séduction liée aux pratiques violentes et passionnelles des parents face aux besoins de tendresse physique émanant des enfants.