Nous devons déjà à L. Grinberg et à ses collaborateurs un « premier Bion » (publié en France en 1976), et qui a constitué la première introduction à la pensée fascinante du grand clinicien et théoricien. Leur « introduction » était alors enrichie de résumés de livres et articles de Bion qui incitent le lecteur à vouloir en savoir plus. Mais ce présent livre est en même temps un « nouveau Bion », car les auteurs ont apporté des remaniements importants à chaque chapitre, sans compter un chapitre entièrement nouveau dans lequel on trouvera encore des idées clés. Celles-ci tiennent compte des ultimes « extensions » conceptuelles de Bion, puisées dans des écrits encore inédits, et patiemment recueillis par sa femme, Francesca Bion. L. Grinberg et ses collaborateurs ont su cerner toute l’originalité de la pensée bionienne, sans pour autant la détacher de sa filiation avec Freud ni de l’inspiration kleinienne. Nous pouvons aisément imaginer le plaisir des lecteurs qui n’ont pas encore abordé l’œuvre provocante de Bion, lorsqu’ils découvriront ce que nous avons nous-mêmes éprouvé à la lecture de ses premiers livres. A ceux qui connaissent déjà les fondements de sa pensée, ce livre fera découvrir de façon inattendue que le paysage conceptuel connu s’ouvre encore vers d’autres horizons. Grâce au travail de pionniers que sont nos collègues argentins, nous allons pouvoir, à notre tour, suivre l’expansion continue de l’univers bionien.

En présentant douze entretiens tenus entre 1992 et 2011, Fernando Urribarri restitue ici une vingtaine d’années de dialogue avec les plus grandes figures du postlacanisme français. D’abord élèves de Jacques Lacan à l’époque du glorieux
« retour à Freud », Laplanche, Pontalis, Aulagnier, McDougall et Green, allaient bientôt se séparer du « Maître» pour développer leurs propres pensées, inspirées avant tout d’un retour à la clinique.

Comme l’explique Pontalis, auteur du célèbre Vocabulaire de la Psychanalyse, dans l’un de ces entretiens, c’est en appliquant à la lettre la consigne lacanienne du « retour à Freud » que, paradoxalement, les plus brillants parmi cette génération finiront par s’éloigner de Lacan : un exercice de radicalité salutaire puisqu’il jettera les bases d’une pensée psychanalytique renouvelée,
non dogmatique, en phase avec les bouleversements nosologiques
du XXIe siècle.

Dans l’essai introductif, Urribarri revient sur le contexte historique de ces dialogues et en explicite l’importance pour le psychanalyste d’aujourd’hui.

Pendant plus de cinquante ans, Joyce McDougall a pris le risque de parler intimement, non seulement de ses patients, mais aussi de son propre contretransfert. Elle a légué un héritage exceptionnel en donnant à la génération qui l’a suivie le droit de pratiquer un travail psychanalytique plus personnel, plus émotionnel et plus corporel, sans jamais se noyer dans des abstractions métapsychologiques.

Amoureuse de théâtre, elle avait choisi de mettre en scène les diverses configurations psychologiques ou nosographiques sous cette forme particulière : théâtre de l’impossible dans les psychoses, de l’interdit dans les névroses, ou encore le théâtre en rond des narcissiques, ou le théâtre transitionnel pour les états-limites ou les problématiques addictives qui composent aujourd’hui une grande partie des demandes de consultation. Sans oublier, bien sûr, le théâtre du corps, pour tous ces patients n’ayant pas accès à la symbolisation et chez qui seul le langage corporel, non verbal, permet de donner une voix aux souffrances muettes.

À l’initiative de l’École belge de psychothérapie psychanalytique à médiations (PSYCORPS), les auteurs ayant noué avec Joyce McDougall une relation intense et singulière décrivent, de manière toute personnelle, l’impact de cette rencontre sur leur clinique et leur théorisation.

Toute psyché est théâtre, tout «Je» est répertoire secret de personnages oubliés, méconnus, en quête d’auteur et de drame, toute psychanalyse une scène où se répètent, se déploient et se transforment les scénarios inconscients.
Des scénarios que Joyce McDougall découvre dans ce qu’elle nomme le Théâtre de l’Interdit, qui reste marqué par Œdipe, et le Théâtre de l’Impossible, modelé par Narcisse. Ces deux modalités se conjuguent sans cesse, comme le montrent les nombreux cas ici analysés avec une acuité peu commune.
Quand les mots manquent, l’inconscient est le plus demandeur ; quand le plateau paraît désert, la représentation, bouffonne ou tragique, est le plus traversée de bruit et de fureur.

À peine la psychanalyse était-elle inventée, à la fin du siècle dernier, que sa mort prochaine était annoncée (souhaitée ?). Alors où en est-on aujourd’hui, cent ans après sa naissance ?
Un chercheur venu du Québec a mené une enquête en profondeur au cours d’une série d’entretiens avec quelques analystes français dont il connaissait bien les travaux. Il les a interrogés en leur présentant un éventail de questions, celle que chacun peut légitimement se poser. Par exemple : Freud est-il dépassé ? Pourquoi la guerre entre psychanalystes – et les scissions et le babélisme ? Quelle est la spécificité de la psychanalyse française ? En quoi est-elle marquée par l’enseignement de Lacan ? La pulsion de mort, vous y croyez ? L’intervention de l’État, vous la redoutez ? Avez-vous quelque chose à nous dire sur la toxicomanie, la pédophilie, le racisme ? Le «divan» a-t-il un avenir ?
Les neuf analystes interrogés ne se sont pas dérobés. Chacun, avec cette liberté de ton que favorise l’échange oral, s’est aussi donné le temps de développer ses réponses. Elles sont divergentes mais chacune d’elles témoigne à sa manière que la psychanalyse, cent ans après, loin d’être moribonde, reste une jeune science. Menacée sans doute mais irremplaçable sous réserve qu’elle ne cesse d’affirmer la singularité, l’étrangeté de l’expérience qui la fonde.