Le concept de mytho-symbolique apparaît sous différentes formes dans les écrits de Jean Laplanche, en particulier dans un texte sur Les trois acceptions du mot « inconscient » dans la théorie de la séduction généralisée (2003) dans lequel l’« inconscient mytho-symbolique » s’oppose à l’inconscient sexuel refoulé et à l’inconscient enclavé. Le mytho-symbolique est essentiellement au service de la traduction par l’enfant du message énigmatique de l’adulte, c’est-à-dire au service de la liaison. Mais il arrive parfois qu’il joue en sens contraire, en constituant une source d’excitation, ou de façon équivoque en favorisant des modes de liaison rudimentaires, ce qui soulève d’intéressantes questions cliniques et métapsychologiques.

Treize spécialistes de l’œuvre de Laplanche en Europe et en Amérique analysent dans ce livre les différentes dimensions du concept.

On a dit que je mettais en danger l’équilibre de la pensée freudienne, ce qui interroge aussitôt le type d’équilibre en question ; équilibre d’une pensée en général, mais spécialement de celle-là.

S’agit-il d’un édifice, d’un bel édifice, dont il ne faut enlever aucune aile, aucune partie ? Faut-il donc l’accepter en bloc – faute de quoi on est déviationniste – comme on a accepté pendant des siècles la pensée aristotélicienne, et comme on continue, dans certains cercles, à agir avec les textes sacrés ? S’agit-il d’être talmudiste ?

« Quelle nécessité de revenir aux fondements et quelle justification à les qualifier de “nouveaux” ? La nécessité, pour moi, est claire : depuis 1969 à Paris VII cet enseignement se poursuit puis se recueille dans la série des Problématiques dont les sous-titres montrent bien de quoi il retourne. Il s’agit, à partir d’un thème d’apparence classique dans la psychanalyse freudienne, de mettre en question, de mettre en cause, de mettre en problème. Mettre en problème c’est ébranler, mettre à l’épreuve jusqu’aux fondements toute l’expérience analytique. Assurément, c’est une problématique privilégiant l’expérience freudienne et centrée sur les concepts freudiens. »
Ce volume conclusif des Problématiques, de « critique incessante des concepts dits fondamentaux qui fondent la psychanalyse », est l’occasion pour l’auteur de repréciser ses positions sur la pulsion, le narcissisme, le langage et bien d’autres thèmes, d’en montrer l’articulation, de revenir au geste fondateur de Freud quand il instaure la psychanalyse, un retour sur Freud qui implique un « travail sur l’œuvre et travail de l’œuvre, travail qui met l’œuvre à la question ».

Ce Vocabulaire fut publié pour la première fois en 1967 dans une version reliée, puis repris dans la collection « Quadrige ». Son succès, tant en France (plus de 200 000 exemplaires vendus) qu’à l’étranger (des éditions en dix-sept langues, de l’anglais au japonais, du suédois au turc et à l’arabe), ne s’est jamais démenti, preuve de la pertinence de ce travail « encore bien présent, même s’il serait améliorable… Il ne s’agissait pas de faire le tour de Freud mais de lancer des coups de sonde, d’approfondissement. Le contraire même d’une mise en manuel : une mise en problème », selon les termes de J. Laplanche.

En présentant douze entretiens tenus entre 1992 et 2011, Fernando Urribarri restitue ici une vingtaine d’années de dialogue avec les plus grandes figures du postlacanisme français. D’abord élèves de Jacques Lacan à l’époque du glorieux
« retour à Freud », Laplanche, Pontalis, Aulagnier, McDougall et Green, allaient bientôt se séparer du « Maître» pour développer leurs propres pensées, inspirées avant tout d’un retour à la clinique.

Comme l’explique Pontalis, auteur du célèbre Vocabulaire de la Psychanalyse, dans l’un de ces entretiens, c’est en appliquant à la lettre la consigne lacanienne du « retour à Freud » que, paradoxalement, les plus brillants parmi cette génération finiront par s’éloigner de Lacan : un exercice de radicalité salutaire puisqu’il jettera les bases d’une pensée psychanalytique renouvelée,
non dogmatique, en phase avec les bouleversements nosologiques
du XXIe siècle.

Dans l’essai introductif, Urribarri revient sur le contexte historique de ces dialogues et en explicite l’importance pour le psychanalyste d’aujourd’hui.

«Il faut bien que la sorcière s’en mêle.» C’est ainsi que Freud, citant dans un de ses derniers écrits le Faust de Goethe, désigne la métapsychologie, et il ajoute : «Sans spéculer ni théoriser – pour un peu j’aurais dit fantasmer – on n’avance pas d’un pas.»
La sorcière métapsychologie, Freud n’a cessé de la convoquer. Mais, en 1915, parvenu au milieu de son trajet, il éprouve le besoin de préciser et de cerner les concepts fondamentaux de la psychanalyse laissés jusqu’alors dans une relative et féconde indétermination. D’ou cette série d’essais portant sur l’inconscient, le refoulement, la pulsion, l’objet perdu (sur l’exemple du deuil et de la mélancolie), la régression (à propos du désir de dormir et de rêver). Autant de textes capitaux où la densité va de pair avec la clarté de l’expression et qui sont à chaque fois l’occasion d’une lecture neuve. Ici la distinction rebattue entre théorie et clinique vole en éclats. C’est que la psychanalyse est d’abord une épreuve de la pensée, une mise à l’épreuve de nos convictions, à commencer par celles héritées de la psychologie.

Texte exceptionnel et troublant, Au-delà du principe de plaisir est un tournant essentiel dans l’oeuvre de Freud.

Publié en 1920, au lendemain de la Première Guerre mondiale, du suicide de Viktor Tausk et de la disparition d’êtres chers, c’est le livre de la compulsion de répétition, de la névrose traumatique et de la pulsion de mort, que Freud aborde ici pour la première fois.

 

Avec ce texte capital, Freud crée en 1923 une nouvelle géographie du psychisme qui permet de penser le monde moderne. S’appuyant sur Le livre du ça que Georg Groddeck vient de faire paraître, il y définit les trois instances qui vont révolutionner la théorie psychanalytique : le moi, le ça et le surmoi. Mais c’est aussi dans cet ouvrage qu’il teste la validité de l’hypothèse de la pulsion de mort élaborée trois ans plus tôt, qu’il revient sur le concept de bisexualité, qu’il expose une forme « complète » du complexe d’Œdipe, et qu’il aborde le thème de l’idéal, si important pour comprendre la vie psychique des adolescents et, plus généralement, le « moteur » de notre existence.

La pulsion de mort est un concept métapsychologique tardif dans l’oeuvre de Freud. Ses successeurs l’ont utilisé depuis dans des sens très différents. Tantôt il a été réduit à l’automatisme de répétition, tantôt à l’agressivité. Il apparaissait opportun que des psychanalystes d’inspirations diverses confrontent leurs vues et établissent les points d’accord et les raisons des divergences. La Fédération européenne de Psychanalyse, fidèle à sa vocation de lieu d’échange entre psychanalystes de cultures et de langues différentes, a organisé un débat entre cliniciens sur cette question. Des rapports introductifs avaient été préparés à cet effet ; ce sont eux et le compte rendu du panel qui a réuni les rapporteurs qui sont ici présentés.

À peine la psychanalyse était-elle inventée, à la fin du siècle dernier, que sa mort prochaine était annoncée (souhaitée ?). Alors où en est-on aujourd’hui, cent ans après sa naissance ?
Un chercheur venu du Québec a mené une enquête en profondeur au cours d’une série d’entretiens avec quelques analystes français dont il connaissait bien les travaux. Il les a interrogés en leur présentant un éventail de questions, celle que chacun peut légitimement se poser. Par exemple : Freud est-il dépassé ? Pourquoi la guerre entre psychanalystes – et les scissions et le babélisme ? Quelle est la spécificité de la psychanalyse française ? En quoi est-elle marquée par l’enseignement de Lacan ? La pulsion de mort, vous y croyez ? L’intervention de l’État, vous la redoutez ? Avez-vous quelque chose à nous dire sur la toxicomanie, la pédophilie, le racisme ? Le «divan» a-t-il un avenir ?
Les neuf analystes interrogés ne se sont pas dérobés. Chacun, avec cette liberté de ton que favorise l’échange oral, s’est aussi donné le temps de développer ses réponses. Elles sont divergentes mais chacune d’elles témoigne à sa manière que la psychanalyse, cent ans après, loin d’être moribonde, reste une jeune science. Menacée sans doute mais irremplaçable sous réserve qu’elle ne cesse d’affirmer la singularité, l’étrangeté de l’expérience qui la fonde.

La lecture critique de ses contemporains a sans nul doute constitué un des moteurs de la pensée d’André Green. En ce sens, Penser la psychanalyse… présente la constellation d’auteurs avec lesquels il a été en constant dialogue.
Constitué d’études exégétiques autour de certains travaux qui ont fait avancer la discipline, ce recueil, préparé par André Green lui-même en 2011, met également en évidence le contexte intellectuel fertile qui a accueilli sa pensée.

L’examen de l’œuvre de W. R. Bion, sous l’angle de la psyché primordiale, conduit à une réflexion sur le travail du négatif. La comparaison des travaux de Lacan et de Winnicott souligne leur évolution distincte et fait ressortir les sources théoriques extra-psychanalytiques du premier, et celles, puisées dans la clinique des limites, du second. Une remarquable enquête sur l’ontologie winnicottienne met la notion d’être à l’épreuve des concepts-clé de créativité, destructivité et sexualité.

Peut-être est-ce là, parmi les textes consacrés à un auteur, le plus inspiré de toute l’œuvre de Green. Point d’orgue historique : ce volume se clôt par une discussion de l’influence, sur Lacan, des théories de Lévi-Strauss et de Saussure. Qu’il s’agisse du sexual de Jean Laplanche, de l’originaire chez Piera Aulagnier, du penser chez Didier Anzieu ou de la relation d’inconnu de Guy Rosolato, ces notions et ces auteurs, commentés par Green, nous conduisent au cœur de la clinique contemporaine.