L’ aphorisme de Lacan selon lequel le psychanalyste ne s’autorise que de lui-même a-t-il un sens véritable par rapport à ce qui conduit un homme à devenir psychanalyste L’accent mis sur l’ autorisation ne risque-t-il pas d’entraîner un gauchissement transgressif de la question Si de nombreux aspects de la théorie psychanalytique font aujourd’hui l’objet de travaux universitaires, ce qui constitue véritablement la psychanalyse et sa pratique ne s’enseigne pas ex cathedra : le devenir psychanalyste se fonde sur la transposition progressive d’une expérience personnelle de la psychanalyse, en tant que patient. Les dimensions de ce mouvement sont multiples et remettent en cause à tout moment les repères que le candidat analyste croyait avoir acquis : tout nouveau patient sollicite ses conflits personnels et le confronte à la nécessité d’inventer, de changer sans cesse, aidé ou gêné en cela par le contexte social et politique et… les idéologies de l’analyse. Plus que jamais, le caractère fondamentalement privé de cette démarche doit être souligné.

La réédition de cet ensemble d’articles de la Revue française de psychanalyse éclaire les aspects les plus essentiels de cette transmutation.

La bonne question pour interpréter l’énoncé ne serait donc pas « qu’est-ce qu’il a dit ? », mais « qu’est-ce qu’il fait en disant cela ? ». C’est d’ailleurs ce que Freud avait déjà bien senti et théorisé en termes de transfert.

Jacqueline Cosnier, Du côté du non-verbal, Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe n° 17, 1991