Persecutio : le mot puise son origine au latin ecclésiastique, de quoi rappeler qu’entre toutes, les persécutions religieuses disposent dans l’histoire d’un triste privilège, inséparable sans doute du jour où un dieu s’est pris pour le seul. L’histoire contemporaine n’y échappe pas, à l’heure ascendante des intégrismes. Les systèmes tota-litaires (non plus un-seul dieu, mais une-seule pensée, un-seul maître) ne sont pas en reste, qui construisent un dedans sans dehors possible. Il arrive que « se sentir persécuté » relève d’une juste perception de la réalité sociale et politique environnante, et non d’une folie projective.

En psychanalyse, le mot doit beaucoup à la paranoïa, qui cultive la persécution jusqu’au délire. Faut-il pour autant en réserver l’usage à la psychose ? La persécution rejette au-dehors la haine, la honte, le désespoir que l’on ne supporte pas au-dedans. Le « il » prend la place du « je ». Car c’est bien, chaque fois, l’étreinte du moi et de l’autre qui s’emballe et tente de se défaire lorsque la peur de ne plus être aimé se transforme en conviction d’être haï. Folie sans doute, mais que celui qui l’écarte complètement jette la première pierre.

Cet ouvrage réunit les textes du colloque organisé par la Société Psychanalytique de Paris, « André Green », qui s’est tenu le 17 novembre 2012 à Paris (Maison de la Mutualité), présidé par Bernard Chervet.

André Green fut l’un des penseurs majeurs de la psychanalyse contemporaine. L’ampleur des champs qu’il a abordés et étudiés du point de vue de la pensée psychanalytique témoigne de son envergure. Ses travaux sont respectés par tous les milieux intellectuels et de la culture.

Ses avancées sur les états-limites font référence. De nombreuses notions qu’il a introduites ont prouvé leur valeur heuristique et nous sont devenues familières. Ainsi, le « complexe de la mère morte », la désobjectalisation, les processus tertiaires, la tiercéïté, les narcissismes de vie et de mort, ses travaux sur l’affect, la représentation, le langage, les forces de destructivité, le « mal », le rôle de l’objet et de la pulsion, l’importance de la sexualité au sein du psychisme ; mais aussi, l’introduction du « négatif » en psychanalyse et dans les autres champs culturels, son approche originale de la fonction maternelle et de la structure encadrante, matrice de la pensée, en lien à l’hallucination négative de la mère.

Afin de rendre pleinement hommage à la complexité de sa pensée, rappelons que c’est lui-même, homme du langage, psychanalyste de la parole, qui nous rappelait que quand l’affect se présente en son fond de douleur, les mots viennent à manquer.