Le traumatisme s’inscrit, dans la théorie et la pratique psychanalytiques, dans une perspective bipolaire : source classique de désorganisation, il peut aussi avoir des effets positifs pour la psyché. C’est à l’élucidation de cette double perspective que se consacrent les différentes contributions. Le rappel des divergences entre Freud et Ferenczi ouvre sur l’opposition : impact du fantasme ou réalité du traumatisme sexuel ? En privilégiant le traumatisme précoce ne court-on pas le risque d’escamoter l’importance de la conflictualité intra-psychique ? N’est-ce pas la mauvaise qualité de l’environnement primaire qui confère leur caractère désorganisateur aux expériences de perte que l’enfant vit au cours de son premier développement ? Pourtant, ces traumatismes peuvent contribuer au déploiement de la dimension structurante des fantasmes originaires. Dans les traumatismes collectifs, la cruelle expérience des héritiers des génocides confirme aussi une grande inégalité de l’intégration de la souffrance. Comment les effets désintégrateurs peuvent-ils être  » rattrapés  » ? Dans cette clinique du traumatisme, entre désorganisation et réorganisation, l’aptitude du psychisme à faire émerger du nouveau sera dévoilée dans sa complexité créatrice.

« … Il ne faut pas oublier que la relation analytique est fondée sur l’amour de la vérité, c’est-à-dire sur la reconnaissance de la réalité, et qu’elle exclut tout semblant
et tout leurre… »

Les deux articles rassemblés dans ce volume sont consacrés à la pratique de la psychanalyse. Dans le premier, « L’analyse finie et l’analyse infinie », Freud donne une vue d’ensemble sur les possibilités et les limites de la technique analytique. C’est, de ce fait, un article de référence auquel reviennent inlassablement les théoriciens et les praticiens depuis sa première publication en 1937. Le second texte, écrit la même année, traite d’une des dimensions les plus subtiles du travail du psychanalyste pendant la cure, les « Constructions dans l’analyse », et de la place essentielle qui leur revient à côté de l’interprétation.
Ces deux textes tardifs montrent que Freud est resté constamment préoccupé par les questions techniques de la psychanalyse, jusqu’au soir de sa vie, avant de devoir abandonner son cabinet et ses patients pour prendre la voie de l’exil.

La pensée de René Girard (1923-2015) repose sur une idée simple en apparence : l’imitation est le propre de l’homme. En tenant pour acquise la nécessité où nous sommes d’imiter pour vivre en société, Girard s’est intéressé exclusivement aux effets pervers et destructeurs de l’imitation quand elle porte sur les désirs : imiter les désirs des autres, c’est entrer avec eux dans des rapports de rivalité et de violence…
En élargissant son champ d’investigation, d’abord littéraire, à l’anthropologie scientifique pour y intégrer la violence et les religions qui l’ont contenue – aux deux sens du verbe –, Girard s’est avancé au-delà du cloisonnement des sciences humaines, vers une véritable science de l’homme.
La singularité de cette science ? Une lecture tout à fait neuve des textes scientifiques, philosophiques, littéraires, religieux, qui, au milieu du désarroi et du scepticisme ambiants, donne du sens aux temps que nous vivons.

Ce terme créé dans les années 1980 recherche la fusion entre les sciences exactes et les sciences humaines, sans pour autant réduire l’homme à son cerveau. Le rêve d’une science unifiée vise notre analyse de la matière vivante, notre manière de comprendre comment la matière produit de l’homme. Cet ouvrage établit les conditions d’un dialogue fécond entre la philosophie et les neurosciences.

Les liens entre Réalité et Traumatisme posent une question épistémologique que cet ouvrage remet en perspective, et qui est à la base du désaccord entre Freud et Ferenczi. Comme l’a remarqué Balint,  » Le fait historique représenté par le désaccord entre Freud et Ferenczi fit sur le monde analytique l’effet d’un traumatisme (…) Le choc était extrêmement profond et douloureux. Tout se passe en effet comme si cette opposition Freud/Ferenczi autour de la question de l’Origine – externe ou intense – du traumatisme, continuait à être active au sein de la communauté psychanalytique, au point d’interdire toute pensée de leur articulation, alors que les théories de Winnicott, la conception moderne de l’Histoire, ou les travaux de S. Viderman permettent justement une telle articulation !
Cet ouvrage, à travers le notions de  » Noyau traumatique du Moi « , de « Collapsus topique », d' »Animisme à deux » de « Noyau chaud » et de « Noyau froid », issues de la conception freudienne de l’Objet, telle qu’elle apparaît dans « Deuil et Mélancolie » introduit à une réévaluation des liens entre trauma « réel » et trauma « psychique », et postule l’existence de « Traumatismes sans fin » et de « Traumatismes avec fin », la capacité du sujet à constituer au sein de sa psyché une « potentialité » à subir psychiquement un traumatisme, se révélant, en fin de compte, anti-traumatique ; il donne au lecteur, au cœur même de la pratique psychanalytique, des exemples de ces types de traumatismes.

Dans une lettre à Stefan Zweig datée de février 1931, Freud écrit que « le procédé de la libre association paraît à beaucoup l’innovation la plus remarquable de la psychanalyse, et est la clef méthodologique de ses résultats ». Pourtant, à cette date tardive, le « dire ce qui vient » de la règle fondamentale avait depuis longtemps conduit Freud à faire de l’actualisation transférentielle l’axe du processus de la cure. La dimension vécue, relationnelle de son expérience subjective, l’élaboration du contre-transfert qu’elle impliquait devaient assurer à l’interprétation sa portée transformatrice. Mais l’aventure du transfert tendait à subvertir la fonction tierce initialement dévolue à une règle que son registre objectivant, explicitement méthodologique, semblait reléguer au second plan. Pour Freud, cependant, l’association libre restait garante du principe contra-suggestif de sa méthode. Dans le cadre contraignant et séducteur de la situation analysante, le jeu analytique veut que la libre parole croise l’exigence que le transfert se dise, qu’un transfert sur la parole la fasse porteuse du désir et du renoncement.
Après Le divan bien tempéré (1995) et La situation analysante (2005), Jean-Luc Donnet poursuit ici son exploration du site analytique.

Extrait de la préface à la deuxième édition :

Dans cette nouvelle édition du Dictionnaire freudien il importait d’abord de corriger les inévitables erreurs, artefacts et fautes d’impression, de mettre à jour les références des nouveaux volumes parus aux OCF. Il fallait aussi, prenant du recul, réévaluer l’ensemble en appréciant ce qui devait être amélioré : refondre certains textes, introduire des définitions qui, pour diverses raisons, s’étaient trouvées écartées.

Cinq articles sont refondus : « Construction-reconstruction », « Investissements », « Névrose obsessionnelle », « Paranoïa », « Sublimation ». Deux ont été remplacés : « Inconscient » par « Inconscient, préconscient, conscient », et « Motricité-motilité » par « Motilité, motricité, décharge motrice ». Neuf sont ajoutés : « Animisme », « Biologie », « Civilisation et société », « Croyance, religion », « Détresses », « Inquiétante étrangeté », « Principe de constance », « Psychanalyse appliquée », « Réaction thérapeutique négative ».

« Dictionnaire freudien » parce que, de même que l’inconscient est une découverte de Freud, la psy­chanalyse est sa création. Tous les concepts qui s’y rencontrent sont, de fait, des concepts freudiens, seraient-ils récents.
D’usage aisé pour l’analyste comme pour l’étudiant, voire le lecteur curieux, ce dictionnaire est un outil universel, utilisable tant pour des tâches aussi simples que de retrouver une référence de Freud, que complexes (préparer un livre sur l’un de ses concepts). C’est pourquoi les différentes parties de chaque article (la définition proprement dite ; une mise en situation historique, linguistique et culturelle ; le suivi de la notion dans le texte freudien ; les questions et enjeux qu’elle peut susciter) sont immédiatement repérables par leurs présentations distinctes. Les passages des textes de Freud évoqués (et bien évidemment les citations) sont référés en notes, avec précision, leurs paginations données dans l’édition française « commune », dans les Œuvres complètes de Freud en français et dans le texte allemand des Gesammelte Werke.
En reprenant les évolutions dans la pensée freudienne des notions et des concepts, à travers plus de cent entrées, ce dictionnaire offre une occasion de redécouvrir la pensée de Freud — et aussi, au gré de chacun et pour lui-même, de la réinventer.

La psychanalyse a révolutionné la manière de concevoir le symptôme. Tandis que du point de vue médical le symptôme n’est qu’un écart pathologique vis-à-vis de la norme, Freud a su reconnaître en lui un compromis résultant d’une conflictualité psychique. En découvrant qu’une satisfaction sexuelle se joue toujours à l’ombre du désagrément subjectif, Freud a pu sortir de l’opposition entre le normal et le pathologique et tirer le fil de l’analogie processuelle entre le symptôme, le rêve et les actes manqués.
Le symptôme est un point de départ fécond de la cure, il s’inscrit d’emblée dans la dynamique transféro-contre-transférentielle. La psychanalyse a donc pour effet de « valoriser » le symptôme, d’en faire une création du sujet inconscient dont la signification est à la fois individuelle et intersubjective.
La tendance actuelle serait de mesurer l’efficacité thérapeutique à la capacité de faire disparaître les symptômes perturbateurs en éludant leur signification subjective. Il importe d’autant plus de faire valoir la portée de l’écoute psychanalytique des symptômes dans ses différentes dimensions, non pas pour se satisfaire de leur persistance, mais pour articuler leur existence à des réalités psychiques singulières et travailler à la possibilité d’autres modalités créatives, moins coûteuses psychiquement.

Le personnage de Sàndor Ferenczi est resté longtemps en marge bien qu’on la considérât paradoxalement comme une pierre de touche de la psychanalyse. Seuls une crise ou un remous de la collectivité psychanalytique poussaient au questionnement de ses oeuvres et de ses positions institutionnelles.
Le livre de Martin Stanton offre un résumé de l’oeuvre et de la vie de S. Ferenczi en recentrant les questions autour du trauma originaire, de la séduction et de ses effets d’après coup : des questions qui ne surgissent pas avec le célèbre texte de 1932 « Confusion de langue entre enfant et adulte » mais sont en place dès ses premières recherches.
L’auteur donne d’abord une coupe chronologique de la vie de Ferenczi où on le retrouve avec S. Freud, M. Klein, G. Groddeck ; avec Otto Gross, Otto Rank, Clara Thompson, Poul Bjerre, etc. Il propose ensuite de suivre les efforts de Ferenczi à représenter par des images, analogies et allégories voire des projets visionnaires, les tensions du mouvement psychanalytique, du processus analytique, de la séance même, usant lui même de l’analogie de l’amour… Certaines formulations biologisantes étranges et baroques de la théorie ferenczienne (la dimension bio-phylogénétique « thalassique » de la vie sexuelle, la fonction de la vésicule téléplastique, le refuge tératomique) comme les innovations techniques apparaissent comme autant de tentatives passionnantes et passionnées pour théoriser la question du trauma. Destiné à réparer la méconnaissance dans laquelle le public anglais tient l’oeuvre de Ferenczi, ce petit livre rend aussi hommage au premier professeur de psychanalyse européen.

« Le sexuel » est au foyer même de ce qui organise le psychisme. L’exercice de la sexualité n’en est qu’un aspect. Vu comme une entité, le sexuel subsume un jeu de forces paradoxales : libido, pulsions mais aussi les formes prises par ces forces, le narcissisme par exemple. Il s’agit « d’un principe évolutif qui s’oppose tant à la reproduction à l’identique qu’à la mort ». Principe qui réunit mais également sépare, « troisième terme qui dépasse l’opposition vie/mort »… Paradoxe du sexuel donc, qui ne peut se ranger sous la seule bannière d’Éros. Jean-Louis Baldacci resitue la notion de sexualité infantile, reprend de façon féconde l’opposition sexualisation/désexualisation. Ainsi, au cœur du livre, ce destin essentiel du « sexuel » qu’est la sublimation apparaît, non pas seulement comme un usage des pulsions, mais comme un mouvement organisateur du psychisme « dès le début » et du développement du processus analytique lui-même. Des exemples cliniques, dont l’un est exposé dans ses différents temps, détours et nuances, viennent illustrer cette place particulière de la sublimation, mais aussi l’expérience irremplaçable qu’offre à quelqu’un une psychanalyse « classique ». La pensée clinique singulière de Jean-Louis Baldacci nous conduit à « dépasser les bornes » du conformisme théorique et renouvelle notre appréhension de questions cruciales telles que la transitionnalité, le narcissisme, le transfert sur la parole et le contre-transfert.

« Si nous plaçons l’inceste, donc la sexualité, comme plaisir des plaisirs nécessitant l’invention d’une règle des règles, la castration apparaît bien comme le régulateur indispensable de la sexualité non seulement pour la vie sociale mais pour la croyance de l’individu en sa propre survie terrestre, aussi longue que possible. […] Le sens de la castration est donc bien symbolique : pas seulement par sa face érotique en relation avec la mère incestueuse du complexe d’Œdipe, mais aussi par sa face meurtrière, vectrice du désir de faire mourir celui qui s’oppose à ce plaisir incestueux. La castration apparaît comme une mesure qui évite la vengeance du talion en punition du désir parricide. Non par mansuétude, mais parce que les raisons du meurtre peuvent être multipliées. […] La sexualité est donc ici reconnue dans sa double valeur : celle de la différence des sexes et celle du rapport de la génération, c’est-à-dire de la perpétuation de la vie. L’inceste et la mort sont réunis à travers le symbole négatif de la castration. »

L’ aphorisme de Lacan selon lequel le psychanalyste ne s’autorise que de lui-même a-t-il un sens véritable par rapport à ce qui conduit un homme à devenir psychanalyste L’accent mis sur l’ autorisation ne risque-t-il pas d’entraîner un gauchissement transgressif de la question Si de nombreux aspects de la théorie psychanalytique font aujourd’hui l’objet de travaux universitaires, ce qui constitue véritablement la psychanalyse et sa pratique ne s’enseigne pas ex cathedra : le devenir psychanalyste se fonde sur la transposition progressive d’une expérience personnelle de la psychanalyse, en tant que patient. Les dimensions de ce mouvement sont multiples et remettent en cause à tout moment les repères que le candidat analyste croyait avoir acquis : tout nouveau patient sollicite ses conflits personnels et le confronte à la nécessité d’inventer, de changer sans cesse, aidé ou gêné en cela par le contexte social et politique et… les idéologies de l’analyse. Plus que jamais, le caractère fondamentalement privé de cette démarche doit être souligné.

La réédition de cet ensemble d’articles de la Revue française de psychanalyse éclaire les aspects les plus essentiels de cette transmutation.

Sándor Ferenczi a été non seulement l’un des prestigieux fondateurs du mouvement psychanalytique international mais aussi un psychanalyste d’exception. Pendant les vingt-cinq années de son engagement comme praticien et théoricien de l’analyse, de 1908 à 1933, il tint une place essentielle, tant auprès de Freud – dont il fut à la fois le disciple, le patient, l’ami et le confident – que parmi les premiers psychanalystes. Actif et des plus novateurs, il est celui qui, le premier, a indiqué les frayages de la clinique psychanalytique moderne. Un bon nombre de concepts théoriques et d’idée fortes communément adoptées aujourd’hui sont un héritage direct de ses avancées : le concept d’introjection, le contre-transfert mis au service de la cure, les implications métapsychologiques du concept de traumatisme ou encore l’idée de clivage narcissique. Passionné par les « limites de l’analyse » et de « l’analysable », Sándor Ferenczi est le pionnier que de nombreux psychanalystes ont suivi de telle sorte qu’une nouvelle clinique psychanalytique, une nouvelle écoute, et une nouvelle vision de la cure ont pu voir le jour. En ceci on est en droit d’affirmer que Ferenczi reste un « psychanalyste d’aujourd’hui ».

Etre analysé par le père de la psychanalyse, comment était-ce ? Très peu de patients du Dr Freud ont gardé des traces écrites de leur analyse et plus rares encore sont ceux qui les ont publiées. Les souvenirs intimes réunis dans ces pages constituent l’un des premiers témoignages d’une analyse conduite par Sigmund Freud.

Le Dr Smiley Blanton, professeur, psychiatre et cofondateur de la Fondation américaine pour la Religion  et la Psychiatrie, a conservé soigneusement des notes et un journal intime de ses rencontres avec Freud. Le lecteur en vient ainsi à connaître la personnalité de Freud aussi bien que celle du Dr Blanton. On apprend également – ce qui est plus important – de quelle façon Freud travaillait : ce qu’il disait, ses diverses réactions, comment le patient était questionné, etc.

Le journal retrace l’analyse du Dr Blanton de septembre 1929 à juin 1930 et durant trois périodes ultérieures : en 1935, 1937 et 1938.

Des notes biographiques et une introduction de Margaret Gray Blanton, veuve de l’auteur, complètent le journal et le replacent dans son contexte historique.

« Certes, on doit pardonner à ses ennemis, mais pas avant qu’ils ne soient pendus » : cette boutade de Heine, Freud aimait la répéter à ses disciples qui, parfois, devinrent des dissidents. L’école freudienne compta autant de fidèles que de rebelles à la « monarchie absolue » de sa majesté Sigmund. Le « toi aussi, mon fils » dut résonner maintes fois dans l’appartement du 19, Berggasse. Freud accusait ses anciens élèves de « déviation », de plagiat et faisait remarquer que ses disciples étaient comme « des chiens. Ils prennent un os sur la table, et la mâchonnent tout seuls dans un coin. Mais c’est mon os ! »

Les uns, tels Alfred Adler et Wilhelm Stekel, étaient des déserteurs ou des « animaux nuisibles » ; d’autres, tel Otto Rank, mimaient la trahison de Brutus ; d’autres encore, à l’instar de Carl Gustav Jung, poursuivaient « sans scrupules leurs intérêts personnels ». Même les femmes, d’ordinaire si dévouées, ne tardèrent pas à partir à la conquête du pouvoir. Qu’elles se nomment Ruth Mack Brunswick, Hélène Deutsch ou Melanie Klein, elles voulurent instaurer, en psychanalyse, le « régime de cotillons » que Freud abhorrait…

Abandonnons un instant les devant de la scène psychanalytique avec son cortège de complexes et de névroses pour pénétrer dans les coulisses de l’histoire. Là se joue ce que Freud nomma la « tragédie de l’ingratitude ». La saga freudienne, avouons-le, ne manque pas de piquant.

« Le passé recomposé » est le troisième et dernier livre de F. Pasche constitué de textes qu’il avait choisis. Les lignes de force de son oeuvre apparaissent à travers les thèmes qui regroupent ses travaux indépendamment de l’ordre chronologique. Ce ensemble passionné et cohérent, conduit à ravers l’approche de la mythologie, de l’art et du langage, à un enrichissement des conceptions freudiennes et à la critique de positions extrêmes comme celles de Lacan ou de Viderman. Aucune adhésion à un système préétabli chez F. Pasche pour qui la liberté est une nécessité fondamentale de l’esprit. L’ensemble de ses écris révèle un penseur à la fois généreux et rigoureux, sensible à l’articulation entre psychanalyse et anthropologie.

Le plaisir de penser, de comprendre l’autre ont animé tout le parcours de cet auteur passionné par la psychanalyse.

La psychanalyse n’est pas sortie du néant au début du XXe siècle, pour y rentrer, peut-être bientôt. La métapsychologie freudienne a des antécédents millénaires : mythologies, théologies, métaphysiques. Elle a surgi au milieu d’elles, s’en distinguant par différences et oppositions, trouvant sa place et sa spécificité, mais leur restant liée par une sorte de consanguinité qui explique sans doute cet enrichissement mutuel qui se poursuit depuis son apparition. Cela tient à ce qu’elles constituent des modes de défense et une élaboration comparables contre et à partir des premières angoisses ; c’est ce que l’auteur s’est efforcé de montrer à la lumière de l’analyse de certains mythes, de quelques doctrines philosophiques et de textes religieux. Afin de fonder cette approche, il a poursuivi sa réflexion sur la notion d’angoisse primaire et sur les procédés du moi pour s’en dégager et en faire, parfois, son miel. Mais toutes ces élaborations souvent monumentales affirment une finalité qui leur est, à bien des égards, commune en particulier la connaissance de soi, et plus encore. En effet, qu’elles promettent le bonheur, la sagesse, la sainteté, le salut, il s’agit toujours de changer l’homme, de le parfaire, ne fût-ce qu’en le désabusant ; il s’agit de mettre chacun en face de sa vérité. Cela demande rites, secrets ou non, spectacles, transmission orale, prescriptions pour « conduire ses pensées », tête-à-tête avec un personnage plus ou moins sacralisé ; cela demande un mode d’emploi, en un mot : une praxis. L’examen approfondi de la théorie freudienne de la technique complète notre mise en place de la psychanalyse parmi ces entreprises, et se porte ainsi garant de son lignage et de la pérennité de sa fonction.

C’est par deux livres A partir de Freud et Le sens de la psychanalyse que Francis Pasche est le plus généralement connu. Cependant son œœuvre, à redécouvrir, compte un nombre très grand d’articles couvrant l’essentiel du champ de la psychanalyse ; Un peu plus jeune que Lacan qu’il côtoie à la Société psychanalytique de Paris avant le départ de celui-ci, il développe des modes de pensée qui sont très différents des formulations lacaniennes. Il n’est pour s’en convaincre que de comparer leurs façons de concevoir la notion de sujet, de  » Je « . Sensible à tous les aspects de l’activité du psychisme y compris au cœur de l’expérience traumatique, les hypothèses qu’il propose ouvrent des voies de réflexion fécondes et d’une grande originalité. Les concepts d’antinarcissisme par exemple, ou de dépression d’infériorité ont renouvelé profondément la compréhension des états dépressifs et des modalités de l’investissement amoureux. La métaphore du bouclier de Persée lui sert de support à une théorie nouvelle des états psychotiques et du fétichisme.

La culture contemporaine a tellement assimilé les principaux apports de la psychanalyse qu’il est devenu difficile de percevoir le scandale que suscita la découverte par Freud, en 1897, de ce qu’il appellera des années plus tard le « complexe d’Œdipe ». En affirmant ainsi l’universalité de ce drame, qui constitue l’un des principes organisateurs de la vie psychique, Freud a mis en évidence un ressort essentiel du fonctionnement psychique humain.
Cette notion, l’une des plus banalisée aujourd’hui, demeure pourtant d’une grande difficulté. Le présent ouvrage vise à apporter, de la façon la plus claire possible, des éléments de réponse aux questions que la dynamique psychique œdipienne, trop souvent mal comprise, ne manque pas de susciter.

La mort de la psychanalyse a été annoncée dès sa naissance. Une vieille antienne, donc, à ceci près que du temps de Freud elle venait de ses détracteurs, tandis qu’aujourd’hui il arrive qu’on l’entende aussi du côté des psychanalystes eux-mêmes. Est-ce une crainte lucide ? Un espoir ? Un projet ? Un fantasme dépressif, voire hypocondriaque, dont il faudrait analyser la dimension (auto)destructrice ?

Dans cet ouvrage ont été recueillies les réflexions de divers psychanalystes s’interrogeant sur la place possible de la psychanalyse et sur ses capacités transformatives dans un monde en pleine mutation. De l’ensemble de ces textes se dégage l’idée que si l’analyse est selon toute vraisemblance mortelle, elle est bien vivante aujourd’hui, en tant que façon de penser, d’écouter et d’éclairer nos vies et notre monde intérieur, ouvrant toujours un chemin possible vers une façon plus libre, plus heureuse et plus responsable d’être au monde.

Cet ouvrage est le résultat du travail universitaire d’un réseau de chercheurs réunis dans le cadre d’un Séminaire interuniversitaire européen d’enseignement et de recherche en psychopathologie et psychanalyse. Il témoigne de la possibilité d’un travail de chercheurs partageant les mêmes exigences quant à la méthode clinique et la qualité du travail de recherche. Il témoigne aussi, dans le cas précis de ce travail, que la dépression n’est pas une maladie qu’il suffirait d’éradiquer pour relancer un homme-machine en panne, mais que la dépression a une place et une signification dans notre civilisation.

Ce livre propose une réflexion théorico-clinique sur un outil psychanalytique encore trop méconnu, que l’auteur intitule : Cet autre divan. Il traite d’une autre façon d’utiliser la méthode psychanalytique de Freud pour les pathologies non névrotiques actuelles. Cet autre divan peut éveiller la curiosité, car ici le divan lui-même est un outil de la cure. Ce concept de la psychothérapie psychanalytique corporelle (PPC) est issu de la rencontre des travaux de Julian de Ajuriaguerra et des recherches post-freudiennes sur les pathologies des limites. Avec de nombreuses illustrations, l’auteur montre que la PPC permet le dégagement de l’archaïque traumatique à l’aide de la médiation corporelle, en prenant au transfert contretransfert les traces mnémoniques de la mémoire du corps pour libérer l’énergie libidinale. Ainsi s’opère la revitalisation des différents niveaux du fonctionnement psychique sans qu’aucun n’écrase l’autre, mais bien au contraire maintient vivant le lien entre eux, étant ainsi source de la créativité. L’originalité de cet abord psychanalytique est de faire travailler les paramètres oubliés parce que silencieux dans le cadre psychanalytique classique qui est mis en difficulté par les patients non névrotiques. Ce livre qui donne au corps toute son importance organisatrice pour la psyché montre que nous pouvons innover à partir de Freud pour aider psychanalytiquement ces personnes qui présentent des souffrances identitaires et narcissiques et qui s’adressent à nous.

Nul ne s’émancipe de vingt-cinq siècles d’une conviction dualiste qui, depuis Platon, oppose radicalement l’âme et le corps, et formate à notre insu nos catégories de langue et de pensée. Tout de l’expérience psychanalytique pourtant, celle de ce « corps étranger interne » qu’est l’inconscient, contribue à brouiller des distinctions trop claires. Il n’est de processus « psychique » qui, à l’image de l’angoisse ou du plaisir, ne dispose de son trajet somatique. Mais Psyché ne se contente pas de passer par le corps, elle en détourne les fonctions, à l’image de la faim de la boulimique, de la constipation chronique de l’obsessionnel ou de l’hypertension du patient « psychosomatique ».
La psychanalyse navigue entre deux écueils, celui d’une différence de nature entre corps et psyché à l’image du dualisme cartésien, ou inversement, celui d’une identité à la Groddeck, qui en vient à supprimer l’hétérogénéité du corps, du soma biologique. Le premier écueil ignore à quel point Psyché est corporelle, le second réduit toute pathologie somatique (cancer compris) à un phénomène psychique. Où s’arrête le corps de Psyché, où commence le soma du biologiste ?
« Psyché est corporelle, n’en sait rien ».

La psychanalyse est née dans l’esprit d’un homme, Sigmund Freud. Retracer l’histoire de la psychanalyse, c’est ainsi d’abord faire celle de la découverte freudienne, en comprendre les tâtonnements, les confusions, les erreurs, les succès. C’est montrer aussi qu’il s’agit de l’œuvre d’un homme profondément immergé dans la culture de son temps et qu’elle reste pourtant la matière sur laquelle tous les psychanalystes après lui ont travaillé et travaillent encore. Mais la psychanalyse est à présent plus que centenaire et cet ouvrage nous invite à en suivre aussi les principaux développements théoriques, pratiques comme institutionnels depuis sa naissance jusqu’à nos jours.

« La psychanalyse est un art qui s’applique à comprendre et modifier des phénomènes irrationnels, mais c’est un art rationnel, fondé sur des connaissances positives. Une psychanalyse est toujours une recherche, […] la découverte ne jaillit pas ex nihilo ou des ténèbres de l’inconscient. L’interprétation se forme souvent par tâtonnements progressifs. […] Le psychanalyste n’est ni un devin, ni un sorcier. »
Daniel Lagache nous propose une introduction à l’histoire de la psychanalyse, nous initie aux principes fondamentaux et aux concepts essentiels de cette discipline. Il nous invite à suivre et à comprendre le déroulement d’une cure psychanalytique.

Cet ensemble, qui couvre une longue période, de 1890 à 1938, est publié sous le titre Résultats, idées, problèmes. Cet intitulé avait été donné par Freud à quelques notes rédigées par lui en juin, juillet, août 1938, à Londres.
Ce deuxième volume contient des textes écrits entre 1921 et 1938. Certains n’avaient jamais été traduits, d’autres ont paru dans diverses revues françaises mais sont ici retraduits. Parmi les plus importants nous citerons : Psychanalyse et télépathie, Résistances à la psychanalyse, La prise de possession du feu, Pourquoi la guerre ?, L’analyse avec fin et l’analyse sans fin, Constructions dans l’analyse, Le clivage du moi dans le processus de défense.

Les « retraits psychiques » sont des états dans lesquels les patients peuvent se réfugier pour fuir l’angoisse et la souffrance psychique. Lorsque cela se produit, les patients sont limités dans leur vie et ‘bloqués’ dans leur traitement. L’auteur, qui écrit en pensant aux praticiens, psychanalystes et psychothérapeutes, apporte de nouveaux développements à la pensée kleinienne, afin d’élargir la compréhension des problèmes posés par le traitement de patients gravement atteints. Il décrit la manière dont se construisent les retraits psychiques et, à l’aide d’un matériel clinique détaillé, essaye de montrer comment on peut traiter les patients qui cherchent ainsi à fuir la réalité

Les textes rassemblés dans ce volume jalonnent, de 1894 à 1924, l’évolution de la pensée freudienne concernant la psychopathologie. « Définition, délimitation, description des modes de défense spécifiques des névroses, des psychoses et des perversions, c’est la tâche centrale que se propose Freud tout au long de l’élaboration de sa psychopathologie. » (J. Laplanche)

Est-il imaginable que la psychanalyse soit demeurée indemne du désastre du nazisme ? Pulsion, autoconservation, mystique de l’inconscient : entre la masse soudée autour de son Führer et l’effondrement de l’autonomie du droit, les psychanalystes assistèrent à l’entrée en force de la « nature », de ses forces souterraines et de sa « biologie » dans le champ langagier, politique, racial. Ils ont beaucoup lutté. Mais la transformation des conceptions analytiques qu’ils introduisirent alors ne les a-t-elle pas trahis ? Qu’advint-il de l’énigme de la transformation de la haine individuelle en psychose de masse quand le traitement psychanalytique de la Shoah privilégia l’écoute empathique en donnant la prévalence au trauma et à la pathologie des victimes ? Qu’est-il resté du paradoxe de l’engendrement de l’anti-civilisation par la civilisation elle-même ? Les psychanalystes ont-ils pris la pleine mesure de la désorientation, clinique et théorique, infligée par le déchaînement nazi ?

Après avoir retracé l’itinéraire qui l’a conduit à la compréhension des patients schizophrènes et à la conviction que les états psychotiques pouvaient être traités psychanalytiquement, H. Rosenfeld s’interroge sur les facteurs thérapeutiques et anti-thérapeutiques dans l’analyse. Qu’ils soient liés au rôle de l’analyste ou à celui du narcissisme et de l’identification projective, Rosenfeld démontre que la compréhension de ces deux notions est essentielle pour éviter l’impasse dans l’analyse.

Sa démarche – étayée sur une méthodologie très détaillée et critique – apporte, outre une analyse des phénomènes de collusion, une théorie des relations d’objet narcissique, ainsi qu’une conception originale de l’interprétation, fondée sur une attention très soutenue au transfert et au contre-transfert.

En conclusion, H. Rosenfeld reprend non seulement l’évolution des théories et des techniques analytiques de la psychose et des techniques analytiques de la psychose et des états narcissiques, mais propose, à partir de sa propre évolution, un nouveau modèle d’analyse, qui noue une compréhension précise de l’histoire et de l’organisation mentale du patient au hic et nunc de la situation transférentielle.

« Ce n’est pas la psychanalyse qui est nouvelle, mais Freud. De même que ce n’est pas l’Amérique qui était nouvelle, mais Christophe Colomb. » Par cette formule provocatrice, Arthur Schnitzler prenait acte de la puissance d’innovation liée au nom propre de Freud « découvreur ». C’est un fait que le terme « freudisme » a très tôt doublé la « psychanalyse » — sauf à rappeler que la référence à l’homme Freud ne saurait accréditer quelque « vision du monde », mais ne se légitime que du réel inconscient qu’il a mis au jour.

Cet ouvrage se veut à la fois bilan des effets majeurs de la « pensée Freud », comme contribution majeure de la pensée contemporaine, en ses diverses dimensions, et manifeste de l’engagement freudien. Que mettre sous le terme « freudisme » ? Comment l’expression s’est-elle imposée ? Que signifie « être freudien » ? Quel programme, voire quelle éthique de recherche, soutient la référence au nom de Freud ? Introduire au freudisme, c’est montrer son apport et sa signification sur la triple scène du savoir des processus inconscients (métapsychologie), du symptôme et de la sexualité (clinique) et de la conception de la culture (anthropologie). Ainsi se dessine, au seuil du nouveau siècle, la vitalité chronique de « l’hypothèse de l’inconscient ».

Un ouvrage passionnant, rédigé à partir d’archives freudiennes récemment disponibles, en particulier diverses correspondances de Freud lui-même avec ses disciples. Les auteurs se penchent sur la naissance de la psychanalyse et nous présentent la véritable histoire d’une pensée et d’un mouvement accouchés dans la douleur qui n’ont pas fini de marquer notre histoire. Dans la polémique actuelle suscitée par la parution du Livre noir de la psychanalyse, cet ouvrage peut apporter quelques éclaircissements.

Le concept de mytho-symbolique apparaît sous différentes formes dans les écrits de Jean Laplanche, en particulier dans un texte sur Les trois acceptions du mot « inconscient » dans la théorie de la séduction généralisée (2003) dans lequel l’« inconscient mytho-symbolique » s’oppose à l’inconscient sexuel refoulé et à l’inconscient enclavé. Le mytho-symbolique est essentiellement au service de la traduction par l’enfant du message énigmatique de l’adulte, c’est-à-dire au service de la liaison. Mais il arrive parfois qu’il joue en sens contraire, en constituant une source d’excitation, ou de façon équivoque en favorisant des modes de liaison rudimentaires, ce qui soulève d’intéressantes questions cliniques et métapsychologiques.

Treize spécialistes de l’œuvre de Laplanche en Europe et en Amérique analysent dans ce livre les différentes dimensions du concept.

Quel est le véritable Héraclite ? Celui de Hegel ? Celui de Nietzsche ? Celui de Heidegger ? Un autre ? La présente édition des Fragments de son œuvre perdue vise, en conjuguant l’étude philologique et l’analyse philosophique, à restituer,  autant que cela est possible, la pensée même d’Héraclite, dans son unité et sa cohérence. Ce qui surgit ainsi des ruines du texte est une structure belle, un cosmos, une sorte de temple grec déployant son harmonie dans la durée. Chaque fragment apporte sa précision nécessaire ; chacun est complémentaire de tous les autres; même si quelques-uns, plus décisifs, jouent le rôle de pierres d’angle. De ce temple, profondément logique, émanent un rayonnement, une sagesse, un appel, un espoir. De l’éternelle vérité, aucun philosophe fut-il jamais dans une proximité plus grande ?
Avec Héraclite, dit Hegel, « la terre est en vue ».

« Quelle nécessité de revenir aux fondements et quelle justification à les qualifier de “nouveaux” ? La nécessité, pour moi, est claire : depuis 1969 à Paris VII cet enseignement se poursuit puis se recueille dans la série des Problématiques dont les sous-titres montrent bien de quoi il retourne. Il s’agit, à partir d’un thème d’apparence classique dans la psychanalyse freudienne, de mettre en question, de mettre en cause, de mettre en problème. Mettre en problème c’est ébranler, mettre à l’épreuve jusqu’aux fondements toute l’expérience analytique. Assurément, c’est une problématique privilégiant l’expérience freudienne et centrée sur les concepts freudiens. »
Ce volume conclusif des Problématiques, de « critique incessante des concepts dits fondamentaux qui fondent la psychanalyse », est l’occasion pour l’auteur de repréciser ses positions sur la pulsion, le narcissisme, le langage et bien d’autres thèmes, d’en montrer l’articulation, de revenir au geste fondateur de Freud quand il instaure la psychanalyse, un retour sur Freud qui implique un « travail sur l’œuvre et travail de l’œuvre, travail qui met l’œuvre à la question ».

Ce numéro est consacré à l’un des moments les plus emblématiques et les plus vivants de la psychanalyse : la séance d’analyse. Freud la comparaît à un jeu d’échec, soulignant sa complexité et aussi la difficulté d’en parler. Un siècle plus tard, les pratiques analytiques se sont diversifiées : la séance analytique est désormais proposée selon différents cadres (privés, publiques, voire à distance), aux différents âges de la vie, du nourrisson au grand âge, individuellement ou en groupe. Bien que la référence aux topiques (différences des sexes et des générations) demeure invariable, la diversité des pratiques (psychanalyse sur le divan, thérapie en face à face, psychodrame, thérapie de groupe, consultation, consultation mère/bébé, etc.) introduit des variations dans la nature de la séance, sa fonction, sa fréquence et sa durée. Réfléchir à ces différentes pratiques permet d’interroger les différentes voies curatives proposées par les psychanalystes et de les évaluer.

Persecutio : le mot puise son origine au latin ecclésiastique, de quoi rappeler qu’entre toutes, les persécutions religieuses disposent dans l’histoire d’un triste privilège, inséparable sans doute du jour où un dieu s’est pris pour le seul. L’histoire contemporaine n’y échappe pas, à l’heure ascendante des intégrismes. Les systèmes tota-litaires (non plus un-seul dieu, mais une-seule pensée, un-seul maître) ne sont pas en reste, qui construisent un dedans sans dehors possible. Il arrive que « se sentir persécuté » relève d’une juste perception de la réalité sociale et politique environnante, et non d’une folie projective.

En psychanalyse, le mot doit beaucoup à la paranoïa, qui cultive la persécution jusqu’au délire. Faut-il pour autant en réserver l’usage à la psychose ? La persécution rejette au-dehors la haine, la honte, le désespoir que l’on ne supporte pas au-dedans. Le « il » prend la place du « je ». Car c’est bien, chaque fois, l’étreinte du moi et de l’autre qui s’emballe et tente de se défaire lorsque la peur de ne plus être aimé se transforme en conviction d’être haï. Folie sans doute, mais que celui qui l’écarte complètement jette la première pierre.

« Ce recueil d’impromptus obéit aux mêmes principes que le précédent, Impromptus, publié chez le même éditeur, il y a une vingtaine d’années : il s’agit toujours de textes brefs, écrits sur le champ et sans préparation, entre philosophie et littérature, entre pensée et mélancolie, sous la double invocation de Schubert, qui donna au genre ses lettres de noblesse musicale, et de Montaigne, philosophe “imprémédité et fortuit”. Je m’y suis interdit toute technicité, toute érudition, toute systématisation. Ces douze textes, dans leur disparate, dans leur subjectivité, dans ce qu’ils ont de fragile et d’incertain, visent moins à exposer une doctrine qu’à marquer les étapes d’un cheminement. Un impromptu est un essai, au sens montanien du terme, donc le contraire d’un traité. Si vous n’aimez pas ça, n’en dégoûtez pas les autres. »

Le parcours de Jean Laplanche, avant d’être celui d’un normalien devenu psychiatre puis praticien et théoricien de la psychanalyse, professeur à la Sorbonne, est d’abord un itinéraire intérieur marqué par une exigence de recherche dont l’aboutissement est la remise en question de toute idée reçue, fût-elle freudienne. De la Résistance à l’action politique, du Vocabulaire de la psychanalyse, élaboré avec J.-B. Pontalis, et de Psychanalyse à l’Université à la traduction des Œuvres complètes de Freud, la même volonté, la même extrême rigueur conduisent la démarche d’une pensée et d’un style qui ont renouvelé la pensée psychanalytique de ces trente dernières années. Critique lucide de Lacan, dont il fut d’abord l’élève, il l’est tout autant de certains aspects de la pensée de Freud dont il considère qu’il s’est engagé dans un « fourvoiement  » biologisant. La question de l’originaire en psychanalyse a conduit Laplanche à la théorie de « la séduction généralisée « , sous le primat de l’autre, et à envisager la pratique psychanalytique à la lumière de la notion de « traduction « .

Irrationnel

Ce qui n’est pas accessible à la raison : ce qu’elle ne peut, en droit, ne connaître, ni comprendre. Si la raison a toujours raison, comme le veut le rationalisme et comme je le crois, l’irrationnel n’est qu’une illusion ou un passage à la limite : on ne juge irrationnel (c’est à dire incompréhensible en droit) que ce qu’on n’arrive pas , en fait, à comprendre. Ainsi, l’irrationnel n’existe pas. Cela suffit à le distinguer du déraisonnable, qui n’existe que trop.

André Comte-Sponville, Dictionnaire philosophique

Prenant appui sur la théorie de l’appareil psychique développée dans Le moi et le ça, Freud retravaille des concepts présents dès l’origine comme la défense et le refoulement. Une place importante est donnée à la névrose de contrainte et deux histoires de phobie sont réexaminées Le petit Hans et L’homme aux loups. Une nouvelle configuration se fait jour, selon laquelle c’est l’angoisse qui provoque le refoulement, au lieu qu’elle soit produite par lui. En dernière analyse, c’est le trauma de la naissance qui constitue le prototype de toute situation ultérieure de danger ; l’angoisse réapparaîtra chaque fois qu’il y a un danger majeur sous forme d’angoisse de la perte d’objet.

La psychanalyse contemporaine différencie les agir-symptômes retrouvés dans les comportements (addictifs, transgressifs), des agir de transfert. En effet, l’Agieren Freudien se situe bien dans la dynamique transférentielle, et ce livre met en valeur la façon dont l’Agir peut en fait être l’allié de la cure, ouvrant la voie à de nouvelles représentations advenues grâce à ce passage en extériorité. D’une remémoration qui échoue au signe d’expériences traumatiques passées au-delà du plaisir, l’Agir dans la cure se considère comme une adresse que l’analyste doit mettre en forme et aider à symboliser. Les analystes contemporains cherchent à l’appréhender comme le signal et l’avant-scène d’une transformation psychique nécessaire.

Comment introduire à la psychanalyse ? Une introduction universitaire se doit de réintroduire aux mouvements de découverte et aux avancées de la psychanalyse, à l’ensemble du « champ de savoir » analytique, son contenu, sa dynamique, ses thèses, son devenir, sa théorie et son histoire. Ce manuel est subdivisé en trois parties : Fondements – Figures – Perspectives. Principalement destiné aux étudiants, il est devenu un classique pour tous ceux qui cherchent à acquérir les bases de la psychanalyse.

Le fantasme est au cœur de la théorie psychanalytique en ce qu’il implique conjointement l’inconscient et la sexualité. Autour de cette notion centrale, cet ouvrage réarticule et remet en discussion des questions classiques de la psychanalyse : pulsion, désir, objet, représentation, symbolisation, etc.

L’accent est mis sur les fonctions dynamiques et organisatrices les plus spécifiques du fantasme. En ce sens, une importance particulière est accordée à son organisation structurelle et au rôle qu’y jouent les représentations d’actions.

La « dynamique du fantasme » est ici traitée, en liaison avec les modèles du rêve, comme paradigme de l’actualisation des conflits psychiques et de leur élaboration. Cette dynamique implique et engage toutes les relations de désir du sujet à ses objets, dans leur diversité, leur complexité et les potentialités de leur devenir.

La douleur ne peut être absente de la personnalité. Une analyse doit être douloureuse, non parce que la douleur a nécessairement une valeur, mais parce qu’une analyse où la douleur ne serait pas observée et prise en compte ne saurait s’attaquer à une des principales raisons de la présence du patient.

Wilfred R. Bion, Eléments de la psychanalyse

Comment penser le rapport entre la valeur et la vérité ? Si la valeur est vraie, comment échapper à la religion ? Si elle ne l’est pas, comment échapper au nihilisme ? Si la vérité commande, comment échapper au dogmatisme ? Si elle obéit, comment échapper à la sophistique ? Il s’agit ici – à la suite de Diogène et Machiavel, mais aussi de Montaigne, Pascal ou Spinoza – de trouver une autre voie. Le cynique, en ce sens philosophique, est celui qui disjoint les ordres : il ne se fait d’illusions ni sur la vérité (qui est sans valeur intrinsèque), ni sur la valeur (qui est sans vérité objective) ; mais il ne renonce pourtant ni à l’une ni à l’autre.

La vérité ne vaut que pour qui l’aime ; la valeur n’est vraie que pour autant qu’on s’y soumet. Là où se croisent la connaissance et le désir, l’amour rencontre, parfois, la vérité qui le contient. Les cyniques, disait Montaigne, donnent « extrême prix à la vertu » : le cynisme est une philosophie sans foi ni loi, mais non sans fidélité ni courage.