Quand quelque chose s’interrompt ou s’arrête, ce peut être une rupture sans appel conduisant à la désorganisation de la psyché. Cependant, ce peut être aussi une altération salutaire, source de renouveau dans un organisme autrement condamné à la répétition. Au point qu’on peut se demander si la technique de l’analyse n’a pas pour fonction (ou, à tout le moins, pour effet) de conduire le sujet à une crise. En analyse, la crise serait alors induite par la méthode. À côté des crises inhérentes à la vie de l’individu qui résonnent dans l’espace de la séance, il y aurait celles qui sont propres au déploiement de la cure. Souvent, il est vrai, celles-ci font écho à ce qui advient dans la vie des patients, exigeant alors de l’analyste une réflexion approfondie quant aux enjeux du transfert et du contre-transfert.

Le concept de transformation est omniprésent dans la psychanalyse, bien qu’il soit rarement utilisé d’une manière spécifique. C’est seulement avec Bion qu’il prend une signification particulière, c’est-à-dire qu’il devient un concept absolument central, définissant une nouvelle théorie et une nouvelle technique pour la psychanalyse. Au départ, Bion ne fait que proposer une théorie de l’observation en psychanalyse plus efficace et susceptible d’augmenter le niveau formel des concepts psychanalytiques. Mais bien vite, il en arrive à la définition d’un nouveau paradigme. Contrairement au paradigme classique, ce dernier peut être défini comme esthétique ou intersubjectif. La relation mère enfant est le modèle central de ce nouveau paradigme. Et la transformation est un outil des plus précieux (« clarificateur [illuminating] ») pour saisir l’évolution de l’expérience émotionnelle de la séance. Le concept de transformation permet de rendre l’analyste plus réceptif au discours inconscient et au spectre des manifestations oniriques en séance : rêverie, transformation en rêve, transformation en hallucinose, flash onirique, rêverie « somatique », etc. C’est cela qu’il s’agit d’analyser dans ce numéro issu des communications du 78e Congrès des psychanalystes de langue française.

À paraître en janvier 2019

Le concept de transformation est omniprésent dans la psychanalyse, bien qu’il soit rarement utilisé d’une manière spécifique. C’est seulement avec Bion qu’il prend une signification particulière, c’est-à-dire qu’il devient un concept absolument central, définissant une nouvelle théorie et une nouvelle technique pour la psychanalyse. Au départ, Bion ne fait que proposer une théorie de l’observation en psychanalyse plus efficace et susceptible d’augmenter le niveau formel des concepts psychanalytiques. Mais bien vite, il en arrive à la définition d’un nouveau paradigme. Contrairement au paradigme classique, ce dernier peut être défini comme esthétique ou intersubjectif. La relation mère enfant est le modèle central de ce nouveau paradigme. Et la transformation est un outil des plus précieux (« clarificateur [illuminating] ») pour saisir l’évolution de l’expérience émotionnelle de la séance. Le concept de transformation permet de rendre l’analyste plus réceptif au discours inconscient et au spectre des manifestations oniriques en séance : rêverie, transformation en rêve, transformation en hallucinose, flash onirique, rêverie « somatique », etc. C’est cela qu’il s’agit d’analyser dans ce numéro issu des communications du 78e Congrès des psychanalystes de langue française.

Extrait de la préface à la deuxième édition :

Dans cette nouvelle édition du Dictionnaire freudien il importait d’abord de corriger les inévitables erreurs, artefacts et fautes d’impression, de mettre à jour les références des nouveaux volumes parus aux OCF. Il fallait aussi, prenant du recul, réévaluer l’ensemble en appréciant ce qui devait être amélioré : refondre certains textes, introduire des définitions qui, pour diverses raisons, s’étaient trouvées écartées.

Cinq articles sont refondus : « Construction-reconstruction », « Investissements », « Névrose obsessionnelle », « Paranoïa », « Sublimation ». Deux ont été remplacés : « Inconscient » par « Inconscient, préconscient, conscient », et « Motricité-motilité » par « Motilité, motricité, décharge motrice ». Neuf sont ajoutés : « Animisme », « Biologie », « Civilisation et société », « Croyance, religion », « Détresses », « Inquiétante étrangeté », « Principe de constance », « Psychanalyse appliquée », « Réaction thérapeutique négative ».

« Dictionnaire freudien » parce que, de même que l’inconscient est une découverte de Freud, la psy­chanalyse est sa création. Tous les concepts qui s’y rencontrent sont, de fait, des concepts freudiens, seraient-ils récents.
D’usage aisé pour l’analyste comme pour l’étudiant, voire le lecteur curieux, ce dictionnaire est un outil universel, utilisable tant pour des tâches aussi simples que de retrouver une référence de Freud, que complexes (préparer un livre sur l’un de ses concepts). C’est pourquoi les différentes parties de chaque article (la définition proprement dite ; une mise en situation historique, linguistique et culturelle ; le suivi de la notion dans le texte freudien ; les questions et enjeux qu’elle peut susciter) sont immédiatement repérables par leurs présentations distinctes. Les passages des textes de Freud évoqués (et bien évidemment les citations) sont référés en notes, avec précision, leurs paginations données dans l’édition française « commune », dans les Œuvres complètes de Freud en français et dans le texte allemand des Gesammelte Werke.
En reprenant les évolutions dans la pensée freudienne des notions et des concepts, à travers plus de cent entrées, ce dictionnaire offre une occasion de redécouvrir la pensée de Freud — et aussi, au gré de chacun et pour lui-même, de la réinventer.

La psychanalyse a révolutionné la manière de concevoir le symptôme. Tandis que du point de vue médical le symptôme n’est qu’un écart pathologique vis-à-vis de la norme, Freud a su reconnaître en lui un compromis résultant d’une conflictualité psychique. En découvrant qu’une satisfaction sexuelle se joue toujours à l’ombre du désagrément subjectif, Freud a pu sortir de l’opposition entre le normal et le pathologique et tirer le fil de l’analogie processuelle entre le symptôme, le rêve et les actes manqués.
Le symptôme est un point de départ fécond de la cure, il s’inscrit d’emblée dans la dynamique transféro-contre-transférentielle. La psychanalyse a donc pour effet de « valoriser » le symptôme, d’en faire une création du sujet inconscient dont la signification est à la fois individuelle et intersubjective.
La tendance actuelle serait de mesurer l’efficacité thérapeutique à la capacité de faire disparaître les symptômes perturbateurs en éludant leur signification subjective. Il importe d’autant plus de faire valoir la portée de l’écoute psychanalytique des symptômes dans ses différentes dimensions, non pas pour se satisfaire de leur persistance, mais pour articuler leur existence à des réalités psychiques singulières et travailler à la possibilité d’autres modalités créatives, moins coûteuses psychiquement.

« Le sexuel » est au foyer même de ce qui organise le psychisme. L’exercice de la sexualité n’en est qu’un aspect. Vu comme une entité, le sexuel subsume un jeu de forces paradoxales : libido, pulsions mais aussi les formes prises par ces forces, le narcissisme par exemple. Il s’agit « d’un principe évolutif qui s’oppose tant à la reproduction à l’identique qu’à la mort ». Principe qui réunit mais également sépare, « troisième terme qui dépasse l’opposition vie/mort »… Paradoxe du sexuel donc, qui ne peut se ranger sous la seule bannière d’Éros. Jean-Louis Baldacci resitue la notion de sexualité infantile, reprend de façon féconde l’opposition sexualisation/désexualisation. Ainsi, au cœur du livre, ce destin essentiel du « sexuel » qu’est la sublimation apparaît, non pas seulement comme un usage des pulsions, mais comme un mouvement organisateur du psychisme « dès le début » et du développement du processus analytique lui-même. Des exemples cliniques, dont l’un est exposé dans ses différents temps, détours et nuances, viennent illustrer cette place particulière de la sublimation, mais aussi l’expérience irremplaçable qu’offre à quelqu’un une psychanalyse « classique ». La pensée clinique singulière de Jean-Louis Baldacci nous conduit à « dépasser les bornes » du conformisme théorique et renouvelle notre appréhension de questions cruciales telles que la transitionnalité, le narcissisme, le transfert sur la parole et le contre-transfert.

La mort de la psychanalyse a été annoncée dès sa naissance. Une vieille antienne, donc, à ceci près que du temps de Freud elle venait de ses détracteurs, tandis qu’aujourd’hui il arrive qu’on l’entende aussi du côté des psychanalystes eux-mêmes. Est-ce une crainte lucide ? Un espoir ? Un projet ? Un fantasme dépressif, voire hypocondriaque, dont il faudrait analyser la dimension (auto)destructrice ?

Dans cet ouvrage ont été recueillies les réflexions de divers psychanalystes s’interrogeant sur la place possible de la psychanalyse et sur ses capacités transformatives dans un monde en pleine mutation. De l’ensemble de ces textes se dégage l’idée que si l’analyse est selon toute vraisemblance mortelle, elle est bien vivante aujourd’hui, en tant que façon de penser, d’écouter et d’éclairer nos vies et notre monde intérieur, ouvrant toujours un chemin possible vers une façon plus libre, plus heureuse et plus responsable d’être au monde.

Ce livre propose une réflexion théorico-clinique sur un outil psychanalytique encore trop méconnu, que l’auteur intitule : Cet autre divan. Il traite d’une autre façon d’utiliser la méthode psychanalytique de Freud pour les pathologies non névrotiques actuelles. Cet autre divan peut éveiller la curiosité, car ici le divan lui-même est un outil de la cure. Ce concept de la psychothérapie psychanalytique corporelle (PPC) est issu de la rencontre des travaux de Julian de Ajuriaguerra et des recherches post-freudiennes sur les pathologies des limites. Avec de nombreuses illustrations, l’auteur montre que la PPC permet le dégagement de l’archaïque traumatique à l’aide de la médiation corporelle, en prenant au transfert contretransfert les traces mnémoniques de la mémoire du corps pour libérer l’énergie libidinale. Ainsi s’opère la revitalisation des différents niveaux du fonctionnement psychique sans qu’aucun n’écrase l’autre, mais bien au contraire maintient vivant le lien entre eux, étant ainsi source de la créativité. L’originalité de cet abord psychanalytique est de faire travailler les paramètres oubliés parce que silencieux dans le cadre psychanalytique classique qui est mis en difficulté par les patients non névrotiques. Ce livre qui donne au corps toute son importance organisatrice pour la psyché montre que nous pouvons innover à partir de Freud pour aider psychanalytiquement ces personnes qui présentent des souffrances identitaires et narcissiques et qui s’adressent à nous.

Ce numéro est consacré à l’un des moments les plus emblématiques et les plus vivants de la psychanalyse : la séance d’analyse. Freud la comparaît à un jeu d’échec, soulignant sa complexité et aussi la difficulté d’en parler. Un siècle plus tard, les pratiques analytiques se sont diversifiées : la séance analytique est désormais proposée selon différents cadres (privés, publiques, voire à distance), aux différents âges de la vie, du nourrisson au grand âge, individuellement ou en groupe. Bien que la référence aux topiques (différences des sexes et des générations) demeure invariable, la diversité des pratiques (psychanalyse sur le divan, thérapie en face à face, psychodrame, thérapie de groupe, consultation, consultation mère/bébé, etc.) introduit des variations dans la nature de la séance, sa fonction, sa fréquence et sa durée. Réfléchir à ces différentes pratiques permet d’interroger les différentes voies curatives proposées par les psychanalystes et de les évaluer.

Persecutio : le mot puise son origine au latin ecclésiastique, de quoi rappeler qu’entre toutes, les persécutions religieuses disposent dans l’histoire d’un triste privilège, inséparable sans doute du jour où un dieu s’est pris pour le seul. L’histoire contemporaine n’y échappe pas, à l’heure ascendante des intégrismes. Les systèmes tota-litaires (non plus un-seul dieu, mais une-seule pensée, un-seul maître) ne sont pas en reste, qui construisent un dedans sans dehors possible. Il arrive que « se sentir persécuté » relève d’une juste perception de la réalité sociale et politique environnante, et non d’une folie projective.

En psychanalyse, le mot doit beaucoup à la paranoïa, qui cultive la persécution jusqu’au délire. Faut-il pour autant en réserver l’usage à la psychose ? La persécution rejette au-dehors la haine, la honte, le désespoir que l’on ne supporte pas au-dedans. Le « il » prend la place du « je ». Car c’est bien, chaque fois, l’étreinte du moi et de l’autre qui s’emballe et tente de se défaire lorsque la peur de ne plus être aimé se transforme en conviction d’être haï. Folie sans doute, mais que celui qui l’écarte complètement jette la première pierre.

La psychanalyse contemporaine différencie les agir-symptômes retrouvés dans les comportements (addictifs, transgressifs), des agir de transfert. En effet, l’Agieren Freudien se situe bien dans la dynamique transférentielle, et ce livre met en valeur la façon dont l’Agir peut en fait être l’allié de la cure, ouvrant la voie à de nouvelles représentations advenues grâce à ce passage en extériorité. D’une remémoration qui échoue au signe d’expériences traumatiques passées au-delà du plaisir, l’Agir dans la cure se considère comme une adresse que l’analyste doit mettre en forme et aider à symboliser. Les analystes contemporains cherchent à l’appréhender comme le signal et l’avant-scène d’une transformation psychique nécessaire.

Comment introduire à la psychanalyse ? Une introduction universitaire se doit de réintroduire aux mouvements de découverte et aux avancées de la psychanalyse, à l’ensemble du « champ de savoir » analytique, son contenu, sa dynamique, ses thèses, son devenir, sa théorie et son histoire. Ce manuel est subdivisé en trois parties : Fondements – Figures – Perspectives. Principalement destiné aux étudiants, il est devenu un classique pour tous ceux qui cherchent à acquérir les bases de la psychanalyse.

La douleur ne peut être absente de la personnalité. Une analyse doit être douloureuse, non parce que la douleur a nécessairement une valeur, mais parce qu’une analyse où la douleur ne serait pas observée et prise en compte ne saurait s’attaquer à une des principales raisons de la présence du patient.

Wilfred R. Bion, Eléments de la psychanalyse

L’expérience est commune, qui nous fait rougir ou mourir de honte. Diverse aussi : honte de ce que je suis ou de ce que je n’ai pas, honte de demander quand il faudrait taire ou de taire quand il faudrait faire, honte de soi ou honte pour eux. C’est toujours sous le regard d’un autre, et le jugement que nous lui prêtons, que la honte nous saisit, et parfois nous ronge. À cet autre qui la fait naître, comment la dire sans en être davantage accablé ?

L’écoute d’un psychanalyste peut aider à la dire sans en mourir, et ce faisant à la déplacer, c’est-à-dire à la transformer. Six analystes s’interrogent, à partir de ce qui survient dans le traitement, sur les accointances inattendues de cet affect avec l’excitation et le plaisir infantiles comme avec la rage et les blessures liées aux défaillances du moi et à la menace de ses idéaux ; ailleurs, c’est avec la culpabilité et la cruauté du surmoi qu’elle pactise. Et si la cure permettait de retrouver la face que la honte nous a fait perdre ?

Paul Denis propose une analyse inédite du complexe d’Œdipe comme un champ permettant à un sujet, enfant ou adulte, de se reconstruire au mieux lorsqu’il est confronté à un événement traumatique tel que la perte, le deuil ou la dépression.
À partir de l’évocation de ces deux expériences psychiques essentielles que sont  la dépression et la séparation, l’auteur envisage différents processus psychiques qui permettent de trouver une ligne créative ou, à l’inverse, contribuent à limiter les mouvements de l’esprit comme « l’isolation » ou ce qui constitue des « fixations ». Il reconsidère la question de la passivité psychique, trop facilement assimilée à une position « féminine » – alors que « le féminin » est une conquête activement gagnée et exercée par les sujets de sexe féminin. La nature et la place des sensations, qu’elles soient le premier temps de la perception ou qu’elles soient cultivées pour elles-mêmes, sont resituées en vue de comprendre leur destin possible vers la douleur dans ses deux versants physique et psychique. Acte, sublimation, création, humour sont alors envisagés dans leur rapport au fonctionnement pulsionnel et à sa régulation par le jeu de forces organisé par le complexe d’Œdipe. Ce serait par cet héritage pulsionnel, nous dit l’auteur, que nous parviendrions à guérir. En un mot : Œdipe deviendrait médecin.

Aimer et travailler constituent les deux grandes entreprises de la vie et de la psychanalyse, selon Freud. L’auteur propose d’y ajouter : « être capable de se quitter ». Car, tout au long de la vie, la séparation scande le rythme de la présence et de l’absence, dans ses passages, ses aléas et ses désordres, dans ses rencontres et dans ses créations. Le rôle de la psychanalyse est aussi de faire cet apprentissage par l’expérience de la fin de la thérapie.
« Maintenant, il faut se quitter » : c’est l’injonction douloureuse qui résonne à nos oreilles lors de scènes de séparation et de disparition. Cet ouvrage les expose et interroge : comment y parvient-on ? Au-delà de la classique trilogie freudienne (angoisse, deuil, douleur), sont abordées les humeurs noires qui annoncent la clinique (dépressions), la métapsychologie (pulsion de mort), l’histoire via la littérature (Shoah), et l’amour maniaque, illustration de la lutte parfois folle, parfois indispensable, contre l’absence et l’oubli.
En traitant des angoisses liées à la séparation et à l’absence, la psychanalyste révèle alors une ultime question : le patient, guéri, peut-il se séparer de son médecin ?

Nous avons pu montrer ailleurs que l’attitude thérapeutique paradoxale structurait un espace de   jeu et relançait les processus transitionnels  (du moins quand certaines conditions d’utilisation étaient remplies) en même temps qu’elle permettait aux soignants de « contenir » à bon compte thérapeutique l’agressivité contre-transférentielle induite.

Cette activité de relance, cet espace de jeu présente trois propriétés que nous ne ferons qu’ébaucher ici, nous réservant de développer cette analyse ailleurs.

* La première de ces propriétés, non la moindre, bien que les thérapeutes pragmaticiens ne lui accordent qu’une faible importance, est la délimitation d ‘un espace-temps, limite, défini comme situation de soin et qui fonctionne comme appui externe a la constitution d ‘un espace interne. Un cadre est ainsi construit.

* Second aspect : le thérapeute, sans toujours en être conscient, est amené a présenter (formuler ou mettre en forme) des représentations psychiques au patient, il « nourrit » les processus élaboratifs dans une activité que nous avons rapprochée de la capacité de rêverie maternelle décrite par Bion et qui s’apparente, a un niveau métaphorique, à la « présentation d’objet » du maternage, selon Winnicott.

* En troisième lieu, le thérapeute adopte à l’égard de la vie psychique une certaine attitude qui transmet un cadre de référence décale par rapport à celui du patient, cadre de référence qui introduit un certain décollement par rapport aux imagos mobilisées, qui introduit un certain jeu dans les représentations psychiques et dans les processus.

Revue française de psychanalyse

Rédacteurs :
| Béatrice Ithier | Hélène Suarez-Labat |


Tome 82, n°1
Limite de remise des textes : 2017-10-01
Date de parution : 2018-03-01

Argument

En séance

« Celui qui tente d’apprendre dans les livres le noble jeu des échecs ne tarde pas à découvrir que seules les manœuvres du début et de la fin permettent de ce jeu une description schématique complète, tandis que son immense complexité, dès après le début de la partie, s’oppose à toute description. »

S. Freud, 1913c.

Freud, à travers cette métaphore du jeu d’échec, exprimait la difficulté de parler de la séance d’analyse et de rendre compte de sa complexité. Un siècle plus tard, la séance conserve toute sa complexité, mais s’est aussi diversifiée.

« Laissez-moi dire ce que j’ai à dire ! » « Restez tranquille, ne dites rien ! Ne me touchez pas ! » C’est avec l’acceptation des injonctions de Emmy Von N. que la séance psychanalytique est née. Et que fut ébauchée aussi, d’une certaine manière, la règle de l’association libre. Devait suivre en réponse, celle de l’écoute analytique, « l’attention en égal suspens » de l’analyste. Partie constitutive du processus analytique qui est censé s’y développer, la « situation analysante » (Donnet, 2005), mise en jeu dans la relation patient/analyste, inclut le processus avec ses contenus, objets de l’interprétation, auquel il convient d’adjoindre un non-processus : le cadre à l’intérieur duquel les variables du processus ont lieu.

La durée de la séance a été l’objet de débats importants dans la communauté psychanalytique à la suite de l’introduction par Jacques Lacan de la pratique de la scansion. À l’encontre de la position lacanienne, Jean-Luc Donnet montre combien la séance longue (45 mn) et régulière permet une véritable « transitionnalisation » de la temporalité (Donnet, 1995, p. 194), n’excluant pas les discontinuités internes à la séance et l’importance du choix du moment opportun pour l’interprétation.

La multiplicité des pratiques psychanalytiques introduit dans la séance des changements tout en en gardant des invariants : la séance analytique est désormais proposée selon différents cadres (privés, publiques, voire à distance), aux différents âges de la vie, du nourrisson au grand âge, individuellement ou en groupe. Bien que la référence aux topiques demeure un axe incontournable pour comprendre l’enchevêtrement et l’instabilité que connaissent aujourd’hui les repères identificatoires (différences des sexes et des générations), la diversité des pratiques (psychanalyse sur le divan, thérapie en face à face, psychodrame, thérapie de groupe, consultation, consultation mère/bébé, etc.) introduit des variations dans la nature de la séance, sa fonction, sa fréquence et sa durée. Lieu privilégié de l’écoute de l’écoute et de la transmission, la séance de supervision (individuelle ou collective) a, elle aussi, ses spécificités (Faimberg, 2016).

Par son architecture, le cadre assure l’existence de la séance, « somme de tous les détails de l’aménagement du dispositif » pour Winnicott (1960), le cadre constitue, selon José Bleger, le récepteur de la symbiose, invisible dans le processus, mais reposant en lui. Partie la plus régressive et psychotique du patient, elle exprime sa fusion primitive avec le corps de la mère. Le cadre analytique réincarne cette symbiose afin de la transformer (Bleger, 1980). Dans la séance, véritable « laboratoire central » (J.-B. Pontalis, 2001, p.155), l’analyste est conduit à « penser contre soi, en ne cessant de se confronter à la pensée des autres ».

Ainsi, l’identification projective d’abord conçue par Mélanie Klein (1946) comme une modalité de relation agressive à l’objet, puis comme communication primitive et normale par Herbert Rosenfeld (1988), et plus encore avec Wilfred Bion (1962), suppose que l’analyste reçoive et élabore les états mentaux, verbalisés ou non, en lien avec l’interaction des deux psychismes. James Grotstein devait parler de transidentification projective (2005) pour caractériser les identifications projectives particulièrement puissantes.

En séance, ces identifications devront être reçues dans la psyché de l’analyste qui pourrait s’éprouver dans un premier temps dépossédé de son identité, mais qui devra la retrouver pour interpréter. Ceci a pour conséquence l’influence prise par la « rêverie maternelle » et la relation contenant-contenu (Bion, 1962). La séance peut alors se dérouler à la manière d’un « rêve » au cours de laquelle les associations libres de certains patients parviennent à un flux associatif fluide. Cette pratique a été largement développée par les post-bioniens, Antonino Ferro (2000, 2008), Giuseppe Civitarese (2008) notamment. Christopher Bollas, (2011) a proposé l’identification perceptive en mettant l’accent sur la complexité de l’organisation inconsciente, incluant également l’analyste dans la narration, de même que les modalités d’expression vocales, son et voix véhiculant affects et émotions. Où commence et où s’arrête la séance ? Quelle est l’influence du patient d’avant ou du patient d’après ? Comment aborder ce qui pourrait être considéré comme des « accidents » de séance, tant pour l’analyste que pour le patient, qu’il s’agisse de la vie quotidienne comme de la réalité socio-politique ? Les témoignages des analystes sud-américains, allemands et bien d’autres, montrent que la séance parfois pratiquée dans la clandestinité est adossée à un cadre qui peut résister aux violences du monde. Mais ces mêmes témoignages montrent aussi les limites d’une telle pratique, un régime dictatorial rend pratiquement impossible l’exercice de la psychanalyse en raison même de la nature de l’inconscient et des processus transférentiels (Urtubey de, 1999).

À partir des années 1970, Michel de M’Uzan, réfléchissant à ce qui se passe « pendant la séance » (1989), retrace les différentes phases de l’activité psychique de l’analyste, jusqu’à l’accueil du patient au-dedans de soi appelant l’auto-observation d’une partie de son moi transformé par cette admission (1994). De M’Uzan – qui va jusqu’à assimiler la séance analytique à une zone érogène – s’attache particulièrement à l’activité paradoxale, aux moments de dépersonnalisation, tant chez le patient que chez l’analyste, pouvant transformer la séance en « une créature fabuleuse qui englobe tous les participants » (2003, p. 434), la « chimère ». Les patients, souligne de M’Uzan, parlent de « leur » séance comme d’un être vivant ; cette conception de la séance comme un « scandale économique » devant libérer l’énergie nécessaire à un nouvel investissement.

De leur côté, César et Sára Botella s’attachent à ce qu’ils appellent « le problème de la régression formelle de la pensée et de l’hallucinatoire », donnant lieu à une communauté de régression ou « travail en double », analogue au travail du rêve, pouvant parvenir jusqu’à la trace originaire du manque, négatif du trauma. Faut-il considérer que l’hallucinatoire permet alors l’élaboration, dans la cure, de ce qui était resté jusque-là non représentable (2004) ?

La cure-type connaît différents modèles, convoquant chacun un nombre de séances hebdomadaires différent, des six séances pratiquées par Freud aux quatre ou cinq séances du modèle Eitingon ou aux trois séances du modèle français. Chacun tente le meilleur compromis possible entre ce qui est conçu comme un temps permettant une transformation psychique en profondeur et les exigences changeantes de la réalité sociale (temps, argent). À côté de la séance d’analyse, on pourra se demander quelles sont les spécificités de la séance du psychodrame, des thérapies de groupe, de la psychothérapie psychanalytique corporelle. Le corps, les sensations n’y jouent pas le même rôle, la nature de la parole, le rapport à l’action et à la motricité sont différents, comme ils le sont dans la séance analytique avec l’enfant ou avec un patient psychotique. Les séances d’analyse avec les enfants regorgent de cette mobilité agie, de même celles avec les adolescents, aux prises avec leur solitude qui questionnent l’analyste et ses idéaux avec les images énigmatiques glanées au hasard des rencontres des objets numériques. Face à l’éventail des défaillances de la symbolisation (Gibeault, 2010 ; Brun, Roussillon, 2014) ne convient-il pas de considérer la séance, et sa tâche de psychisation, voire sa construction, comme fondamentale ? Mais aussi, comment considérer l’impact transformationnel d’une séance hebdomadaire, le plus fréquemment utilisé en psychothérapie ?

Comment, enfin, rendre compte d’une séance ? « Quel gâchis que nos reproductions, écrivait Freud à Jung, comme nous mettons lamentablement en pièces ces grandes œuvres d’art de la nature psychique ! » (30 juin 1909) Comment un procédé narratif, par essence externe et en après coup, peut-il rendre compte de la situation intime vécue entre patient et analyste dans un bureau d’analyste ? À propos de ce qui se passe dans la séance analytique, Bion disait : « nous ne pouvons parler que de ce que l’analyste ou le patient a le sentiment de vivre, de son expérience émotionnelle que je désigne par T. » (Bion, 1970). Qu’en est-il alors de cette translation pulsionnalité/émotionnalité ? Si elle peut caractériser un aspect important de la psychanalyse contemporaine, la réalité de la séance elle-même ne se donne que dans l’après-coup.

En psychologie appliquée, la PNL est une démarche pragmatique qui consiste à modéliser les savoir-faire et les savoir-être de ceux qui ont du succès pour les transmettre à ceux qui en ont besoin.
S’appuyant sur des exemples concrets, Alain Thiry donne une description complète d’une méthode qui a fait ses preuves et qui, inspirée de protocoles tirés notamment de la Gestalt-thérapie ou encore de la thérapie brève, peut se révéler efficace dans les domaines les plus variés, de la psychothérapie au management en passant par le sport, la vente ou encore la pédagogie…
Vous y découvrirez comment vous décentrer pour mieux comprendre l’autre, que derrière tout comportement il y a une intention positive, et qu’il n’y a pas d’échecs, mais seulement des raisons d’apprendre.


Depuis que Freud s’est autoproclamé « archéologue de l’âme » dans les Études sur l’hystérie en 1895, les débats sur l’originaire et l’archaïque sont, en plein ou en creux, constitutifs de la psychanalyse elle-même comme science de l’origine.

Aujourd’hui, les discussions à ce sujet ne laissent jamais indifférente la communauté des analystes. De fait, l’ambition résolument matricielle de ces deux termes est une valeur sûre pour convoquer la complexité mouvante et évolutive de la rencontre transféro/contre-transférentielle.
Cette attractivité s’enracine dans le fort magnétisme de l’énigme des commencements dont l’originaire et l’archaïque sont animés. Ce pouvoir s’étend des délices brûlantes de la séduction aux affres de la répulsion. La fascination, en tout cas, y est dominante, avec ses vertus mobilisatrices et ses vertiges régressifs.
Cette publication des « Monographies et débats de psychanalyse » se propose d’explorer bien distinctement l’originaire et l’archaïque à l’abri des réductions caricaturales et en cernant l’essentiel : les promesses de l’exploration attentive de leurs récurrences polymorphes et insistantes dans la clinique quotidienne.

Le dispositif psychanalytique de groupe a introduit de nouvelles compétences pour le traitement des « cas difficiles » : enfants très gravement perturbés, certaines pathologies antisociales de l’adolescence, souffrances de l’addiction et séquelles traumatiques, patients adultes psychotiques. Il a aussi contribué à rendre possibles l’expérience et la connaissance de la formation de processus psychiques inconscients, inaccessibles autrement.

Cet ouvrage se propose d’analyser les principales propositions qui soutiennent la théorisation psychanalytique des petits groupes humains, en examinant les répercussions de ces propositions sur une théorie générale des processus psychiques inconscients, objet de la connaissance et de la pratique psychanalytiques.