Pour le surdoué, être totalement dans l’instant présent, synchronisé avec ses sensations, ses émotions, en prenant le plaisir simple du moment, est une mission quasi impossible. Le carpe diem des philosophes qui incite à profiter pleinement de ce que l’on vit dans l’ici et maintenant de la situation reste inaccessible. La méta-analyse du surdoué sur tous les moments vécus le prive de la possibilité d’être tranquillement acteur d’une scène, de se laisser paisiblement porter par la vécu immédiat. Il n’est jamais seulement acteur, il reste toujours aussi le spectateur. Ou même le commentateur de sa propre vie. Comme une voix off. C’est fatigant. Douloureux parfois. Frustrant souvent.

La pensée habite des champs d’activité divers. Elle peut être philosophique, scientifique ou religieuse. Mais elle ne peut pas, à moins de renoncer à l’exigence théorique qui la fonde, investir le domaine de la clinique. Et pourtant… Comment qualifier le mode de rationalité issu de la pratique psychanalytique ? Comment rendre compte du travail de pensée qui est à l’œuvre dans l’expérience de la cure ? André Green montre de quelle façon il est possible d’introduire en psychanalyse le concept de pensée clinique. Il analyse, en particulier, la modification des tableaux cliniques sur lesquels l’œuvre de Freud s’est édifiée, apportant des innovations et des réponses que le père de la psychanalyse ne pouvait prévoir.

Celui qui a l’âge du monde

Mais voilà l’autre facette inattendue. La part infantile du surdoué côtoie une autre perception : se sentir multiâge.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Une chose finalement très simple, la sensation, selon les circonstances, les contextes, les personnes avec lesquelles on se trouve, d’avoir simultanément ou successivement des niveaux de maturité différents.

  • Oublions l’immaturité, parlons d’hypermaturité

Voilà encore une conception qui vient à l’encontre de ce que l’on dit souvent du surdoué, en particulier de l’enfant surdoué, lorsque l’on parle d’immaturité affective. C’est une notion erronée car on confond immaturité avec dépendance affective. Ce qui n’a rien à voir. Oui, le surdoué est un être profondément affectif. C’est d’abord un être affectif. L’ingérence affective est toujours présente chez le surdoué, y compris dans l’acte cognitif. Le surdoué pense d’abord avec ses émotions avant de penser avec sa tête. Voilà ce qui lui donne parfois ce qualificatif d’immature. Comme si la dominante de l’affectif était seulement le privilège des tout petits enfants !

Au contraire, un surdoué est un caméléon. Il peut jouer sur un registre très large : il ajuste son comportement, sa pensée, ses actes, pour les adapter au plus près des contraintes de l’environnement. D’une certaine façon, le surdoué joue avec son intelligence et sa sensibilité pour déterminer son adéquation au monde.

[…] L’hypermaturité doit être ici comprise comme cette capacité unique d’analyser avec une lucidité exemplaire toutes les composantes d’une situation et s’y adapter. Ou lutter contre, ce qui revient au même en termes de mécanisme. […]

La part infantile

Les adultes surdoués partagent une caractéristique tout à fait étonnante et pourtant bien cachée : une part infantile encore très présente. prêt à s’activer à la plus petite sollicitation. tapie au fond de la « grande personne », mais tellement vivante.

La part infantile est ce qui reste de la magie de l’enfance : le rêve, la créativité, la certitude que tout est possible. La capacité de s’émerveiller, surtout. la capacité à être submergé par une joie profonde. Pour un petit rien. Un tout petit rien. Mais aussi à être terrassé par la moindre injustice, la plus infime souffrance : un animal blessé, un vieux qui a du mal à se relever, l’enfant qui tombe alors qu’il était si fier de ses premiers pas….

[…]

  • La naïveté, expression de la crédulité

C’est une des grandes particularités de cet adulte surdoué : il continue à croire, comme un enfant. il croit au merveilleux, au magique. De la vie, des rencontres, des possibles. Sa naïveté le rend prêt à tout croire et à se retrouver vite submergé par ce que cela entraîne. les larmes aux yeux arrivent vite. Pourtant, ils s’abstient, il se comporte en « grande personne », sérieuse, réfléchie. Mais il garde, cachée, un âme d’enfant.

  • L’enthousiasme, une énergie immense.

[…] C’est un atout inouï. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, c’est une qualité rare, très peu fréquente. Cet enthousiasme que l’on peut ressentir alors que personne ne s’anime est une énergie exceptionnelle. Qui peut changer complètement la vie. A consommer sans modération !

  • La face la plus sombre de la part infantile : la plainte et le sentiment de toute-puissance, en alternance

Un adulte surdoué est souvent dans la plainte. Comme un enfant ! Il se plaint de tout, tout le temps. Ce n’est jamais de sa faute, toujours celle des autres. Il y croit en plus. Sincèrement. Comme l’enfant qui pense que s’il a eu une mauvaise note, c’est le prof qui est méchant ou que si un parent le gronde, c’est injuste, car, dit-il, « J’ai rien fait ! ». C’est ce que l’on appelle un fonctionnement externalisée. On considère que les causes de problème sont à l’extérieur. Que notre responsabilité n’est pas engagée. Tout le monde devient potentiellement responsable : le patron, le conjoint, la société, l’économie, le gouvernement, les autres, le psy. Tous, sauf moi-même ! Car cela supposerait une profonde remise en question, opération difficile pour un surdoué fragile qui peine à avoir confiance en lui. « Je veux bien, mais je ne peux pas », répète-t-il…

Mais, lorsqu’il se rapproche dangereusement de ce point de rupture où il se sent vaciller sur ses bases, quand l’image, même vulnérable, qu’il a de lui-même menace de s’effacer totalement, on assiste à une brusque bascule : la maîtrise rigide. Soudain, l’adulte surdoué reprend le contrôle avec une illusion complète de toute-puissance, voire d’omniscience. On retrouve bien là toute la part infantile qui s’exprime : l’omnipotence du petit enfant convaincu qu’il a tout pouvoir sur les choses.

L’adulte surdoué, dans ces moments-là, partage cette certitude puérile : si je veux j’obtiens. Si j’ai décidé, rien ne peut me résister. Et j’y arriverai.

De la plainte à la toute-puissance, c’est tout le spectre de la difficile construction de soi qui se révèle. C’est cette fragilité de l’image de soi qui malmène le surdoué et le fait osciller entre des extrêmes si infantiles. C’est parce qu’il a du mal à construire une représentation stable et confortable de ce qu’il est que le surdoué flanche et se raccroche à des mécanismes dépassés. Tous les doutes avec lesquels il vit, produits par cette intelligence acérée et cette sensibilité affûtée, brouillent les pistes : qui est-il vraiment ? Ce qu’il perçoit en lui est-il suffisamment solide pour s’y appuyer en confiance ? Tel est son grand dilemme.

Tandis que les psychologues la placent à la racine du développement du nourrisson, que les psychothérapeutes en font leur atout essentiel et que les neurosciences essaient d’en déterminer les fondements biologiques, l’empathie devient presque la bonne à tout faire du management, du marketing, de la médecine, du travail social, de l’éducation, voire de la politique. Pourquoi un vocable aujourd’hui encore absent de certains dictionnaires connaît-il un tel succès ? D’où vient-il et, malgré les confusions qui l’entourent, que signifie-t-il ?

Jacques Hochmann propose un étonnant parcours dans l’histoire de la philosophie et de la psychologie, jusqu’aux recherches les plus fines d’aujourd’hui. Qu’était-ce que l’empathie « avant l’empathie », à l’époque où seule régnait la « sympathie » ? Tantôt moyen de se mettre à la place d’autrui, pour Freud et Husserl, tantôt tonalité affective, chez Scheler, Ferenczi ou encore Rogers et Kohut, quel a été son destin, en philosophie d’abord, puis en psychologie, en psychanalyse et dans les neurosciences ? Pourquoi est-elle centrale pour considérer de manière nouvelle des pathologies lourdes comme l’autisme infantile ou la schizophrénie ?

Auteur notamment d’une Histoire de l’autisme, de Pour soigner l’enfant autiste et de La Consolation, Jacques Hochmann est membre honoraire de la Société psychanalytique de Paris, professeur émérite à l’université Claude-Bernard et médecin honoraire des Hôpitaux de Lyon.

Suffit-il de supprimer les symptômes de la dépression pour en guérir ? Peut-on évacuer si facilement la souffrance psychique qui est au fond de l’état déprimé ? Peut-on, comme par enchantement, retrouver le désir de vivre, de rêver et d’agir ? Psychanalyste, Pierre Fédida montre ici pourquoi la psychothérapie aide à revivre. Les médicaments ont toute leur utilité, mais ils ne guérissent pas du malaise de l’existence. Pour cela, il faut être deux, et donner du temps — pas forcément longtemps. Alors, et alors seulement, la pensée, la parole et l’action redeviennent possibles. Et si la dépression survenait dans ces moments où la vie cherche à se protéger et à se transformer ? Alors, comment faire bon usage de la dépression ?

Pierre Fédida est membre de l’Association psychanalytique de France et professeur de psychopathologie à l’université de Paris-VII-Denis-Diderot. Il est directeur du Centre d’études du vivant.

Petit résumé à l’usage de ceux qui veulent comprendre d’un seul coup d’œil

  • Etre surdoué, ce n’est pas être plus intelligent que les autres, mais fonctionner avec une intelligence différente.
  • Quand on est surdoué :
    • L’hypersensibilité,
    • L’ingérence émotionnelle constante,
    • La réceptivité sensorielle exacerbée,
    • L’empathie qui capte toutes les émotions des autres,
    • Les capacités surdéveloppées des cinq sens sont des composantes indissociables de la personnalité.
  • L’intelligence du surdoué est riche et puissante, mais s’appuie sur des bases cognitives différentes :
    • Une activation cérébrale d’une haute intensité,
    • Un nombre de connexions, de neurones significativement plus élevé, des réseaux de neurones qui se déploient dans toutes les aires du cerveau,
    • Un traitement des informations en arborescence avec une ramification rapide d’associations d’idées qui ont du mal à se structurer,
    • Un déficit de l’inhibition latente qui oblige le système cérébral à intégrer toutes les informations en provenance de l’environnement sans tri préalable : les surdoués en ont plein la tête,
    • Une impossibilité d’accéder aux stratégies utilisées lors de la résolution de problème car les connexions se font à grande vitesse et en deçà du seuil de la conscience,
    • Une intelligence intuitive et en images qui se débrouille mal du langage, des mots et de la structure verbale,
    • Les caractéristiques cognitives et affectives du surdoué sont validées par les connaissances scientifiques actuelles et en particulier par les neurosciences. Il ne s’agit ni de croyance, ni de mythe, ni de fantasme mais d’une réalité objectivable.

Et si l’extrême intelligence créait une sensibilité exacerbée ? Et si elle pouvait aussi fragiliser et parfois faire souffrir ?

Être surdoué est une richesse. Mais c’est aussi une différence qui peut susciter un sentiment de décalage, une impression de ne jamais être vraiment à sa place.

Comment savoir si on est surdoué ? Comment alors mieux réussir sa vie ? Comment aller au bout de ses ressources ?

Ce livre permet de mieux comprendre et de réapprivoiser sa personnalité. Pour se sentir mieux avec soi et avec les autres, pour se réaliser enfin.

Ancienne attachée des Hôpitaux de Paris et de Marseille, Jeanne Siaud-Facchin est psychologue praticienne. Spécialiste reconnue des surdoués, elle est notamment l’auteur de L’Enfant surdoué, le livre de référence sur ce sujet. Elle a également créé Cogito’Z, premiers centres français de diagnostic et de prise en charge des troubles des apprentissages scolaires.