Il y a chez Freud des difficultés, des ambiguïtés, des contradictions. Paul Bercherie l’explique ainsi : Freud a construit non pas un, mais quatre modèles du fonctionnement psychique, et il n’a jamais abandonné l’un pour l’autre. Or, que montre également à l’auteur l’examen du champ actuel de la psychanalyse freudienne ? Qu’il y a quatre courants fondamentaux, qui se trouvent chacun structurés de fait autour de l’exploitation plus ou moins mutative de l’un des quatre modèles freudiens originaires. Qu’est-ce donc que cette métapsychologie qui encadre et sous-tend le développement éclaté de la psychanalyse moderne ? Ce livre propose une réponse, en examinant la Géographie du champs psychanalytique, de ses frontières avec la psychiatrie clinique à ses foyers centraux, où l’intervention des dispositifs et des théories suscite les objets du savoir analytique. Il restitue la place du désir (celui des fondateurs, celui de ceux qui décidèrent d’adhérer à leur démarche et à leur pensée) dans la création et les mutations de ce champ, de ses pratiques, de ses théories et ses cliniques. Après Les fondements de la clinique et Genèse des concepts freudiens, ses deux premiers livres devenus aujourd’hui des classiques, Paul Bercherie achève avec Géographie du champ psychanalytique l’exploration des fondements historiques et épistémologiques de la constitution d’une clinique du sujet.

Freud était-il freudien ? Les conseils et les règles qu’il donnait à ses élèves, les suivait-il lui même ? Fallait-il vraiment être cultivé pour devenir son analysant ? Quelle opinion avait-il de l’homosexualité? De la science ? Du théâtre ? De la formation des analystes ? De la durée de la cure ?

« Impuissance. Trois mois. » écrivait-il à l’un de ses disciples à qui il adressait un patient. Mais aussi : « Une analyse peut durée des années » , et : « Certains patients devront avoir recours à l’analyse tout au long de leur vie »…

Ainsi l’auteur de la Saga freudienne dessine t-il la figure du plus rigoureux et du moins orthodoxe des praticiens de la psychanalyse – son inventeur lui-même, bien placé s’il en est pour savoir que l’analyse se pratique au cas par cas et que l’analyse doit d’abord se plier au savoir de l’inconscient. En témoignent ici les portraits aussi variés que contradictoires que font du maître ses patients et ses élèves.

Un patient dont la mère est récemment décédé, doit donner à la radio une conférence sur un sujet qui intéresse – il le sait – son analyste. Il lui en donne le texte à lire et le psychanalyste, en effet, écoute l’émission. En raison de la mort de sa mère, le patient se sent peu disposé à prononcer cette conférence, mais il ne peut l’annuler. Le lendemain, il arrive à sa séance dans un état d’angoisse et de confusion extrêmes. Son analyste, qui est certainement un homme d’expérience, lui interprète aussitôt cette souffrance. Cette interprétation « aurait pu être correcte », note Margaret Little. Elle se révèlera complètement fausse, le psychanalyste ayant attribué à son patient un sentiment de jalousie… qui n’était autre que le sien.

C’est par ce récit que commence le Contre-transfert et la réponse qu’y apporte le patient, l’un des sept textes que recueille ce volume. Ecrits dans les années cinquante et soixante par quatre femmes, quatre psychanalyste de langue anglaise, ils firent date dans l’histoire de la psychanalyse. Sur ce thème du contre-transfert dont Freud disait qu’ « il compte parmi les plus complexes » de la pratique analytique, et auquel Lacan qui en critiqua l’usage, associa le terme de « piège ».