Pourquoi le maniement du transfert est-il si difficile ?  Pourquoi rechigne-t-on tant à explorer le contre-transfert ? Freud avait-il raison de nous mettre en garde contre les dangers  “radioactifs” du transfert ?

Ce recueil, constitué de sept essais du grand psychanalyste argentin León Grinberg, offre une réflexion précieuse sur l’un des phénomènes les plus délicats de la technique analytique : le transfert et le contre-transfert. Ces travaux, déjà largement reconnus sur un plan international, sont parus en espagnol ou en anglais dans différentes revues entre 1956 et 1995 ; leur traduction en français est maintenant chose faite. Rédigé dans un langage technique mais facile d’accès, ce livre reprend aussi bien les textes pionniers de l’auteur sur le sujet que des articles de synthèse plus tardifs, suivis d’un texte rétrospectif où Grinberg questionne les fils conducteurs de son parcours de clinicien et de théoricien.

Ouvrage indispensable à l’analyste en formation, il ne manquera pas d’intéresser également, pour son importance historique et critique, les analystes les plus aguerris.

Par petites touches, Brett Kahr montre de l’extérieur ce qu’était la vie de D. W. Winnicott. Nous le voyons en action, comme suivi par une caméra à l’épaule. Nous le surprenons sortant du métro pour se rendre cinq à six fois par semaine au cœur de Bloomsbury, chez son analyste James Strachey. Nous l’imaginons conduisant sa vieille Rolls à deux places, roulant à 30 km à l’heure, tant il est absorbé dans ses pensées ou dans une conversation avec son passager ; nous l’observons, lors de ses consultations dans une pièce remplie d’élèves, d’enfants et de parents ; nous le retrouvons à son séminaire du jeudi soir improvisant sur un cas puis offrant des fraises et des cerises à tout le monde ; nous l’entendons jouer du piano à la fin de sa journée de travail ; enfin, nous le voyons lutter contre la maladie dans ses dernières années, sans jamais réduire ses activités…

Dans son autobiographie à peine esquissée, il écrivait : “Oh Dieu, faites que je sois vivant quand je mourrai. ” On peut penser que ce vœu fut exaucé, car jusqu’à son dernier souffle Winnicott travailla, aima, se réjouit et poursuivit de multiples projets.

© Derek Yarra

La perspective psychanalytique se conçoit à partir d’un certain nombre d’idées majeures, parmi lesquelles je compte : une conception des relations entre les aspects inconscient, préconscient et conscient du psychisme ; le concept de transfert/contre-transfert ; la notion de monde objectal interne ; l’idée d’une expérience engendrée en modes dépressifs, schizoparanoïdes ou autistiques-contigües, accompagnés de leurs formes respectives de subjectivité, d’angoisse, de défense, de relation d’objet et de croissance psychique ; les concepts de clivage, d’identification projective et de défense maniaque ; la notion du besoin humain de vérité ;  l’idée de vitalité (aliveness) et de léthargie (deadness) psychiques ; la conception d’un espace psychique entre réalité et fantasme dans lequel l’individu est susceptible de développer la capacité de penser symbolique, et ainsi venir imaginairement au monde ; la notion de cadre analytique ; la compréhension du rôle décisif que, depuis la naissance, joue la sexualité dans le développement sain ou psychopathologique ; une conception des voies par lesquelles le développement des capacités de symbolisation et de conscience de soi est inséparable de développement des relations d’objets externes et internes (incluant la triangulation œdipienne et le miroir du visage de la mère).

Thomas H. Ogden, Cet art qu’est la psychanalyse

Quels modèles théoriques inspirent principalement la psychanalyse actuelle ? Comment comprendre les lois de l’inconscient face à celles de la réalité émotionnelle ? Quelle est la différence entre le transfert et la relation analytique, la dépression mélancolique et la dépression non mélancolique ? Comment travailler avec le contre-transfert ou avec les identifications projectives ? Comment aborder, dans la cure, le narcissisme et la construction des refuges psychiques ? Voici quelques-uns des nombreux sujets auxquels Franco De Masi s’attaque dans cette série de leçons psychanalytiques données à l’Institut de formation de Milan. Pleinement averti des transformations qui agitent la psychanalyse contemporaine, l’auteur passe en revue les fondamentaux de la pratique de l’analyste. Portant haut les couleurs d’une psychopathologie proprement psychanalytique, l’ouvrage contextualise l’émergence de certains concepts-clés et suit leur évolution au fil du temps, fournissant à l’analyste en formation un panorama extrêmement clair et utile de la psychanalyse clinique d’aujourd’hui. 

Nous sommes après Freud, bien sûr, et aussi avec Freud, pour penser les problèmes de notre temps. Selon moi, la plupart des analystes français sont freudiens, mais « freudiens » ne veut pas dire orthodoxe. On ne prétend pas que Freud a tout dit, qu’il a réponse à tout.

André Green, Entretiens avec Fernando Urribarri, « Dialoguer avec André Green »

En présentant douze entretiens tenus entre 1992 et 2011, Fernando Urribarri restitue ici une vingtaine d’années de dialogue avec les plus grandes figures du postlacanisme français. D’abord élèves de Jacques Lacan à l’époque du glorieux
« retour à Freud », Laplanche, Pontalis, Aulagnier, McDougall et Green, allaient bientôt se séparer du « Maître» pour développer leurs propres pensées, inspirées avant tout d’un retour à la clinique.

Comme l’explique Pontalis, auteur du célèbre Vocabulaire de la Psychanalyse, dans l’un de ces entretiens, c’est en appliquant à la lettre la consigne lacanienne du « retour à Freud » que, paradoxalement, les plus brillants parmi cette génération finiront par s’éloigner de Lacan : un exercice de radicalité salutaire puisqu’il jettera les bases d’une pensée psychanalytique renouvelée,
non dogmatique, en phase avec les bouleversements nosologiques
du XXIe siècle.

Dans l’essai introductif, Urribarri revient sur le contexte historique de ces dialogues et en explicite l’importance pour le psychanalyste d’aujourd’hui.

Je suis d’avis que chaque forme de psychopathologie représente, chez l’individu, un type spécifique de limitation de sa capacité d’être pleinement vivant en tant qu’être humain. Le but de l’analyse est dès lors plus large que celui de résoudre un conflit intrapsychique inconscient, réduire la symptomatologie, renforcer la subjectivité réflexive et la connaissance de soi, accroître la faculté d’initiative personnelle. Bien que la sensation d’être vivant soit intimement mêlée à chacune des capacités sus-mentionnées, l’expérience de la vitalité possède, je crois, la qualité de leur être hyperonymique, et doit par conséquent être estimée comme un aspect de l’expérience analytique selon ses propres termes.

Thomas H. Ogden, Analyser les formes de vie et de mort dans le transfert/contre-transfert

En 1958, John Huston demanda à Jean-Paul Sartre d’écrire le scénario d’un film sur Freud. Il ne pensait pas, à proprement parler, à un film biographique : Huston voulait montrer le processus ayant conduit à l’invention de la psychanalyse, c’est-à-dire la succession des découvertes des années 1890. Le réalisateur ne demandait pas non plus une fidélité absolue aux faits : les événements devaient plutôt s’insérer dans une trame fictionnelle capable de capter l’intérêt du spectateur et de le conduire à s’interroger sur cette entité bizarre qui caractérise l’être humain – l’inconscient.

Or comment se fait-il qu’un célèbre réalisateur hollywoodien, artiste aguerri, ayant à son actif des œuvres comme Le Faucon maltais, Le Trésor de la Sierra Madre et L’Odyssée de l’African Queen, en soit venu à formuler une telle demande à un philosophe français, adversaire notoire de la psychanalyse, qui plus est ?

En revenant sur cet épisode extravagant de l’histoire du cinéma, cet essai retrace les rapports de Jean-Paul Sartre avec la découverte freudienne, et examine en même temps les conditions, en France, du célèbre « retour à Freud », promu
par Jacques Lacan dans les années 1950.

Psychiatre de formation devenu le quatrième adhérent de la Société psychologique du mercredi, Paul Federn (Vienne, 1871-New York, 1950) fut une pièce maîtresse de l’histoire de la psychanalyse. Sa collaboration avec Freud, d’une longévité inégalée par aucun autre de ses disciples, dura trente-cinq ans. Son originalité a été d’ouvrir la voie de la prise en charge psycho­thérapique des psychoses en publiant le premier ouvrage psychanalytique de référence sur ce sujet. Pourtant, après sa mort, Federn tomba dans l’oubli, voire, fut considéré comme un « déviationniste » par certains membres influents de l’Association psychanalytique internationale.

En réunissant dans cet ouvrage trois textes de Federn inédits en français, Florian Houssier rappelle l’originalité et la fécondité des travaux de ce pionnier. Il souligne l’intérêt d’une investigation toujours actuelle pour penser et écouter nos patients d’aujourd’hui, à travers l’exploration des frontières du Moi dans la psychose, les rêves ou les actes manqués.

Le travail sur la mythologie, qui clôt ce bref recueil, s’inscrit dans la continuité du débat avec Freud à propos de la horde primitive et de l’organisation de
la société.

Le Travail du psychanalyste

François Duparc

Le but de ce livre est de repenser le travail du psychanalyste dans une perspective de recherche quant aux moyens et aux visées de l’analyse contemporaine.
Au centre de ce travail, un principe de diversité pour accueillir, au-delà d’une nosologie statistique réductrice, l’éventail des pathologies actuelles à tous les âges critiques de la vie. Pour cela, la construction d’un cadre sur mesure est souvent nécessaire. Sans oublier les paramètres fondamentaux et traditionnels que sont la libre association par la parole, la neutralité et l’écoute bienveillante, ainsi que l’interprétation sous toutes ses formes, ce soutien spécifique du cadre peut aller des aménagements restaurant la contenance de l’agir jusqu’au psychodrame ou à la relaxation analytique.
Au-delà des rêves ou des fantasmes racontés, le matériel pris en compte par
l’analyste peut aussi inclure le préverbal et la résonance des émotions, voire les formes sensorimotrices des traumatismes, aux limites du somatique. Une analyse plus classique reste toutefois une perspective évolutive à plus ou moins long terme.
Dans un langage simple et clair, François Duparc présente ici les outils essentiels à la prise en charge psychanalytique des pathologies actuelles.

François Duparc est psychiatre, psychanalyste, membre formateur de la Société psychanalytique de Paris et du Groupe lyonnais de psychanalyse.
Il a publié de nombreux travaux, notamment sur la psychosomatique, les addictions, les conduites à risque, les idéologies et les nouvelles maternités.