Le mal-être psychique se spécifie de plus en plus, de nos jours, dans ce qu’il est convenu d’appeler les états limites : les dysfonctionnements de la pensée, les difficultés de la procréation, les troubles psychosomatiques, les agirs de la sexualité. La pensée psychanalytique a ainsi entrepris l’analyse métapsychologique de certains concepts ou notions qui guident sa réflexion alors que ceux-ci ne font pas toujours partie du corpus métapsychologique freudien. Elle s’intéresse à la signification de ce qui pourrait leur être attribué comme position limite, d’un point de vue psychique. Cinq volets organisent cet ouvrage : ils traitent de la position et de la signification limite des concepts de pulsion, de perceptif, de pensée, de Moi-idéal ainsi que des liens de ce dernier avec la création et la culture. En filigrane, ces concepts s’articulent avec la notion même de concept qui, à elle seule, occupe déjà une position limite par rapport à la spécificité de la recherche théorique en psychanalyse.

Le livre que Freud projetait, mais qu’il n’écrira jamais, sur la pratique psychanalytique (La méthode de la psychanalyse), c’est Ferenczi qui l’a écrit en filigrane à son œuvre. Tout au long de sa vie, fruit de ses expériences, ce livre il l’a écrit, corrigé, réécrit. La technique psychanalytique d’aujourd’hui lui doit, à lui et non à Freud, l’importance attribuée au transfert et au contre-transfert, au rôle de l’analyste, au rôle de la mère et à celui des traumatismes. De nos jours, la communauté psychanalytique ne reconnaît qu’une partie de ces découvertes comme étant les siennes. L’ouvrage d’André Haynal met en lumière cette œuvre originale, maintenue dans l’ombre, pour que la psychanalyse du vingt et unième siècle puisse découvrir l’ensemble de l’héritage de Ferenczi, celui du Journal clinique et de la Correspondance. Freud disait que Ferenczi avait fait de tous les psychanalystes ses élèves : cela pourra-t-il enfin se réaliser ?

Il est dit d’André Green qu’  » il est le plus grand psychanalyste vivant « , voire que, dans l’après-Freud, il est celui qui véritablement a repensé l’œuvre freudienne dans son ensemble, la complétant avec des notions révolutionnaires telles que travail de négatif ou narcissisme de mort, pour ne citer que les plus connues. En la relançant ainsi vers des espaces que Freud n’eût pas le temps d’explorer, A. Green confère à la pensée psychanalytique contemporaine l’ampleur nécessaire lui permettant enfin d’accéder à certaines pathologies jusqu’à alors rebelles à tout traitement et cause de tant d’échecs de la cure analytique.
Mais, de par son étendue, l’œuvre greenienne aborde également d’autres domaines du savoir de l’homme. C’est pourquoi, participent à cet ouvrage en l’honneur d’André Green et en hommage à son œuvre, aux côtés d’une pléiade de personnalités psychanalytiques du monde entier, des éminents spécialistes des disciplines ayant un lien avec la psychanalyse. Son fil conducteur, la notion de limites, a été choisi pour la double raison qu’elle représente l’un des objets d’étude principaux d’A. Green, et que toute la problématique de l’homme contemporain tourne autour de la quête d’un dépassement des limites, qu’il s’agisse de celles de l’information, de la science ou des arts. Ce livre, qui marquera sans doute une date, est un rendez-vous entre les participants d’une part, plus de soixante-dix, et avec le lecteur d’autre part en vue de s’atteler à la tâche de Penser les limites de la vie psychique, comme de toute discipline et, plus largement, de la pensée de l’homme.