Le mouvement lettré des « Sept Sages de la forêt de bambous » (Zhulin qixian) réunis autour du poète-musicien Xi Kang (223-262) représente par son anticonformisme affiché et sa grande liberté d’esprit le courant « sentimentaliste » (Feng Youlan) mais profond du néo-taoïsme. Xi Kang, issu d’une riche famille, fut élevé dans la plus pure tradition confucéenne, mais se sentant attiré par le taoïsme, il s’adonna à l’art de nourrir le principe vital (yangxing) puis voyagea de 240 à 245, voyages au cours desquels il rencontra des ermites, tels Wang Lie, qui lui enseignèrent des techniques respiratoires. Revenu chez lui, il réunit autour de lui à Shanyang dans le Henan le poète Ruan Ji (210-263) et son neveu Ruan Xian, le poète Liu Ling (221-300), grand amateur de vin et adepte d’un certain naturisme, ainsi que Xiang Xiu (mort en 300), Wang Rong (234-305) et Shan Tao (203-283). Adepte des conversations épurées, ces « lettrés bohèmes » (J. Gernet) cherchent dans l’ivresse l’harmonie avec le monde et l’union avec le Tao. Leur idéal consiste à suivre leurs impulsions et à toujours agir de façon spontanée.

Jean-Christophe Demariaux « Le Tao », éditions du Cerf/Fides, collection « Bref », 1990