C’est une triple rencontre avec lui-même comme sujet de ses désirs, de sa continuité et de ses ruptures que l’être humain – animal « critique », c’est à dire voué à la crise dans sa vie intérieure comme dans sa vie sociale – se risque lorsqu’il s’engage dans une psychanalyse.
L’objet de cet ouvrage est d’analyser les processus intrasubjectifs, interpersonnels et groupaux mis en jeu par l’expérience d’une rupture dans la continuité de soi. C’est aussi d’établir quel cadre théorique et méthodologique et quel dispositif technique sont aptes à instituer certaines fonctions (de conteneur et d’espace transitionnel principalement) susceptibles à leur tour d’enclencher un travail de la rupture.
Bien que les contributeurs de ce volume n’aient pas tous trouvé leur inspiration dans l’œuvre laissée ouverte par Winnicott, c’est en référence aux phénomènes transitionnels découverts par ce dernier qu’est proposée ici une méthode générale d’analyse transitionnelle permettant, dans les situations de crise, de préparer ou de parachever un travail psychanalytique plus classique soit en cure individuelle, soit en groupe, soit dans des institutions.

Des amis, des collègues, racontent Didier Anzieu, son parcours personnel, de chercheur et d’innovateur de la théorie et de la praxis psychanalytique.

« Je ne crois pas à, l’immortalité de l’âme individuelle. Je crois seulement à l’immortalité des pensées. C’est mieux ainsi. Le penser est ce qui donne à la matière humaine sa forme. Il faut que l’individu meure pour que cette forme continue de prendre forme en d’autres formes, continue de se transmettre vivante en d’autres humains.

J’ai reçu, j’ai transmis. Je me sens quitte envers ceux qui m’ont donné. Soyez quitte à votre tour de la même façon que moi. La caravane des individus passe. La conscience, l’inconscient restent. Il n’y a personne d’autre à remercier. »

À la fin de 1899 mais daté de 1900 comme pour marquer un nouveau siècle paraît Die Traumdeutung : c’est le livre du rêve jusque dans sa composition baroque, foisonnante. Un an plus tard paraît ce petit livre-ci, commandé par un éditeur, et dont le propos est bien différent : cette fois, c’est un exposé sur le rêve et qui revêt une forme plus classique, parfois didactique. Comme l’indique Didier Anzieu dans sa préface, la Traumdeutung constituait et constitue toujours une initiation à l’inconscient. Sur le rêve, lui, introduit à la psychanalyse. Y sont énoncés les résultats acquis par une science alors toute nouvelle.
Si l’objet est ici le rêve, Freud n’entend pas pour autant lui conférer une valeur exceptionnelle. Au contraire il se déprend et déprend tout au long son lecteur d’une «surestimation», romantique ou mystique, qui ferait du rêve le lieu de quelque ascension de l’âme vers l’inconnu. Aussi porte-t-il principalement son attention sur les procédés du «travail du rêve» en les illustrant par de nombreux exemples et en nous engageant à les retrouver à l’œuvre dans d’autres productions de l’inconscient.
Sur le rêve, oui, mais surtout pour l’analyse, pour une méthode.

Didier Anzieu, Paris, 24 mars 1994 © Mélanie Gribinski

Une définition possible de la cure psychanalytique, celle de permettre au patient de faire des expériences archaïques, fondamentales, constitutives de la psyché, du moi, et du penser, qu’il n’a pas eu l’occasion de faire dans son existence naturelle.

Didier Anzieu, Journal de psychanalyse de l’enfant n° 14, 1993

Peut-on, après Freud, rien du continent intérieur ou presque ne nous restant obscur, faire de son exploration oeuvre littéraire ? Peut-on, après Voltaire, Borgès et Lovecraft, écrire encore des contes ? Les textes qui suivent pousseront peut-être les lecteurs à se poser des questions, tout en les divisant, je l’espère, sur les réponses.
Un dernier mot : la psychanalyse devient de nos jours pédante, prêchante, artificieuse et triste.
Sans doute parce qu’elle demeure pour moi chose sérieuse à pratiquer, me fournit-elle, le reste du temps, d’infinies occasions de rire, ou de rêver.
Didier Anzieu

La peau est l’enveloppe du corps, tout comme le moi tend à envelopper l’appareil psychique. Les structures et les fonctions de la peau peuvent donc fournir aux psychanalystes et aux psychologues des analogies fécondes pour les guider dans leur réflexion et leur technique.

© Mélanie Gribinski

Cette petite fille qui va à la gare avec son père et sa mère prendre le train pour la première fois, on la fait monter difficilement, on l’installe, on abaisse la tablette, on lui donne des jouets, un livre, le train démarre, roule. Tout d’un coup la petite fille s’affole : « Où est le train ? » La mère lui dit « Ben, il est là, nous sommes dedans. » La petite fille dit : « Non, je veux descendre, où est le train ? » Alors à ce moment-là que se passe-t-il ? En général le père ou la mère donne une paire de gifle en disant « tais-toi » pendant que l’autre prend un air penaud d’avoir un enfant aussi sot. Quelque fois un voyageur avisé va prendre l’enfant par la main, la ramener jusqu’à la portière et lui fait faire à rebours tout le trajet de la portière au compartiment en l’accompagnant d’une présence attentive. Hé bien ce voyageur avisé c’est un peu le psychanalyste et les mains dont il se sert ce sont des mots.

Didier Anzieu, Bienfaits et méfaits de la psychanalyse, émission Apostrophe, 18 mars 1977

La lecture critique de ses contemporains a sans nul doute constitué un des moteurs de la pensée d’André Green. En ce sens, Penser la psychanalyse… présente la constellation d’auteurs avec lesquels il a été en constant dialogue.
Constitué d’études exégétiques autour de certains travaux qui ont fait avancer la discipline, ce recueil, préparé par André Green lui-même en 2011, met également en évidence le contexte intellectuel fertile qui a accueilli sa pensée.

L’examen de l’œuvre de W. R. Bion, sous l’angle de la psyché primordiale, conduit à une réflexion sur le travail du négatif. La comparaison des travaux de Lacan et de Winnicott souligne leur évolution distincte et fait ressortir les sources théoriques extra-psychanalytiques du premier, et celles, puisées dans la clinique des limites, du second. Une remarquable enquête sur l’ontologie winnicottienne met la notion d’être à l’épreuve des concepts-clé de créativité, destructivité et sexualité.

Peut-être est-ce là, parmi les textes consacrés à un auteur, le plus inspiré de toute l’œuvre de Green. Point d’orgue historique : ce volume se clôt par une discussion de l’influence, sur Lacan, des théories de Lévi-Strauss et de Saussure. Qu’il s’agisse du sexual de Jean Laplanche, de l’originaire chez Piera Aulagnier, du penser chez Didier Anzieu ou de la relation d’inconnu de Guy Rosolato, ces notions et ces auteurs, commentés par Green, nous conduisent au cœur de la clinique contemporaine.