Qui était véritablement Freud ? Un théoricien à prétentions scientifiques détaché des soucis de la clinique, ou un clinicien génial, inventeur d’une nouvelle technique dont il a tracé en même temps les grandes lignes théoriques ? Un maître jaloux de son autorité prêt à exclure tous ceux qui lui résistent – tels Abraham et Jung – ou un praticien soucieux de transmettre son savoir clinique et théorique, préoccupé, donc, par la question de la formation ? Un père de famille de l’ancien temps, entouré d’un vaste cercle d’amis ou un éternel déçu des rapports humains, qu’il s’agisse de ses propres fils ou de ses disciples et amis?

À ces questions, Paul Roazen tente d’apporter des éléments de réponse à travers une galerie de portraits d’anciens patients de Freud qu’il a pu rencontrer, après avoir, dans un livre précédent (Mes rencontres avec la famille de Freud) esquissé ceux de quelques membres de sa famille. Le souci – et l’ambition – de l’auteur est d’offrir un contrepoids à l’image publique et officielle de l’inventeur de la psychanalyse, telle qu’elle apparaît dans ses nombreux écrits publiés, mais aussi par le truchement de la fiction que ses héritiers les plus orthodoxes ont essayé d’imposer.

De ces descriptions de personnages dont certains ont laissé leur nom dans l’histoire de la psychanalyse, émergent des figures tantôt passionnées et tragiques, comme Ruth Brunswick, tantôt d’une authenticité émouvante comme Albert Hirst, ou encore profondément originales tels les époux Strachey.