Fondateur d’un savoir neuf, Freud est aussi et d’abord celui qui pratiqua le premier la psychanalyse. Il fallait donc revenir à cette « fonction » pour l’examiner en elle-même. C’est à quoi s’emploie la présente enquête, sobre et minutieuse reconstitution du déroulement de la séance et de la cure freudiennes. Ainsi se dessine une réponse vivante à la question de ce que signifiait effectivement « être en analyse avec Freud », premier psychanalyste de l’histoire.

Les quatre grandes analyse – Dora, le petit Hans, l’Homme aux rats et l’Homme aux loups – se trouvent restituées en une dramaturgie qui resurgit intact, en son actualité même, de la masse des commentaires qu’elles ont suscitée. Le scénario s’en trouve singulièrement éclairé par de précieuses informations sur l’arrière*-plan familial, synthèse d’une littérature internationale mise ainsi à la disposition du public français. l’accent mis sur « la mère manquante » la désigne comme le possible point aveugle du scénario freudien même.

Une étude-préface de Paul-Laurent Assoun examine ce qui donne à Freud, metteur en scène de cette dramaturgie, la vocation d’un tirer un récit sans précédent – par où il devient « romancier du symptôme », créateur d’un genre littéraire nouveau, requis par cette « œuvre d’art de la nature psychique » qu’est la névrose. Une étude-postface prend occasion de cet ouvrage pour réexhumer la thématique hollandaise qui, de la culture de l’homme Freud à sa théorie de la Kultur, révèle des affinités inédites, jusqu’au cœur du fonctionnement de l’imaginaire métapsychologique.

Quel est le sens de la psychanalyse ? Ses fins, sa portée, ses limites ? Telle est l’interrogation qui renaît de chacun des textes rassemblés ici et qui les résume tous.

Interrogation qui n’est point détachée ; procédant de l’exercice quotidien de la psychanalyse, elle est lestée de beaucoup de clinique ; car si la pratique orthodoxe, même longtemps poursuivie, de la psychanalyse n’est pas toujours garante de la rectitude d’une réflexion théorique, l’auteur croit qu’elle doit en constituer la base naturelle.

Cela toutefois ne suffit pas. Se réclamant de Freud, la fidélité dans l’interprétation de sa pensée lui semble devoir s’imposer. Elle s’impose rarement. Le freudisme, parfois caricaturé jusqu’à prendre les traits d’une Weltanschauung, est une notion dont l’étude mérite autant de rigueur et de soins que celles de marxisme ou de démocratie ; elle n’a pas été moins malmenée qu’elles.

Cette fidélité a pour condition une connaissance globale de l’œuvre en tant compte de ses proportions. Embrasser le tout de cette pensée à chacun de ses moments et la série complète de ceux-ci est le principe de l’élaboration de ces textes où sont critiquées les erreurs, ou les habiletés, de l’attitude contraire. A cet égard cet ouvrage peut être considéré comme polémique.

Ces exigences satisfaites et ces précautions prises, comment apparaît à l’auteur le sujet-objet de l’analyse : n’importe qui ? Une subjectivité, un Je qui, si obscur à lui-même qu’il s’apparaisse et si divisé en lui-même qu’il soit, n’en est pas moins de fondation là où il est, dans la psyché qui l’exprime et où s’articulent : sens, structure et quantité. Une psyché, en chacun quelque peu singulière et qui a la vocation de l’être davantage ; un Je quelque peu libre et qui a la vocation de l’être davantage.

La psychanalyse de cela ne décompose que les mécanismes, le non-vivant, au profit du reste. A ce reste elle ne touche pas, elle le contourne ;  elle ne l’explique pas, elle le dévoile. Les œuvres d’art, de connaissance, d’amour, elle ne les entame pas ; comment serait-elle capable d’en rendre raison ? Mais loin de dissoudre l’homme dans la « Structure », elle lui permet de la déjouer ; loin de le changer en « Discours », elle lui permet de soumettre les mots.

Elle ne sonne donc pas le glas de l’humanisme, elle ne le réinvente pas non plus, elle constitue seulement le préalable à tout humanisme à venir.

Donald W. Winnicott (1896-1971), médecin, pédiatre et psychanalyste, occupe, du fait de l’originalité de sa pensée et de ses apports cliniques et conceptuels, une place unique dans la psychanalyse. Il fut le président, à deux reprises, de la Société britannique de Psychanalyse. Premier recueil d’articles de D. W. Winnicott publié en français en 1969, De la pédiatrie à la psychanalyse préfacé par le Dr Henri Sauguet, demeure l’ouvrage de base pour qui s’intéresse à son oeuvre ainsi qu’aux possibilités thérapeutiques offertes aux psychanalystes, aux pédiatres, aux travailleurs sociaux, à tous ceux, professionnels ou non, curieux de cet éclairage nouveau du psychisme. Ces trente textes de 1935 à 1963, constituent un ensemble privilégié pour suivre Winnicott dans sa longue expérience de la psychanalyse et de la psychothérapie d’enfants et d’adultes : vaste domaine d’exploration de la relation précoce mère enfant mais aussi des cas limite, antisociaux, psychotiques, pour lesquels la cure aménagée à cet effet par Winnicott rend possible la reconstruction de la période d’extrême dépendance infantile. Son indépendance d’esprit, la variété technique et conceptuelle de ses travaux, élargissant la voie frayée par Freud et approfondie par Mélanie Klein, apparaissent tout au long de ce livre essentiel.

La traduction de cette nouvelle édition de 1989 a été entièrement refondue par Jeannine Kalmanovitch qui l’a enrichie de quatre articles inédits ; elle a mis à jour la bibliographie de D. W. Winnicott et a ajouté des annexes.