Sándor Ferenczi, médecin hongrois, pionnier de la psychanalyse, membre du Comité secret qui entoure le fondateur, entreprend, avec des séances réparties en trois sessions sur deux ans, une psychanalyse avec Sigmund Freud.
De cette cure, «finie sans être terminée» selon Freud, inachevée pour Ferenczi, nous n’avons aucun témoignage direct. Cependant, il est permis d’en reconstituer l’essentiel à partir de l’importante correspondance échangée entre les deux hommes, comme de leurs publications. C’est ce travail de défrichage inédit que propose Yves Lugrin. Transmission de la psychanalyse, distinction entre auto-analyse, analyse personnelle et analyse didactique, ainsi que durée et fin de la cure sont quelques-unes des questions – longtemps occultées par les instances officielles de la psychanalyse – mises au jour dans cette expérience. Cet ouvrage permet de saisir tout ce que cette cure, aux acteurs exceptionnels et aux accents alternant enthousiasme et déception, soulève d’interrogations toujours actuelles.

En septembre 1931, Sándor Ferenczi écrit à Freud : « J’étais et je suis encore plongé dans un difficile “travail de clarification” intérieur et extérieur, et aussi scientifique. » En mai 1932, Freud lui répond en évoquant « l’île des rêves où vous demeurez avec vos enfants fantasmatiques ». Ces deux remarques font référence aux quelque deux cents notes, presque toutes datées, que Ferenczi a rédigées entre 1930 et fin 1932, et que sa mort a interrompues.
C’est ce corpus que José Jiménez Avello étudie. Il en extrait la richesse et la pertinence du questionnement de l’analyste pour les développements futurs de la psychanalyse. Plus particulièrement, la remise en cause de la pulsion de mort (contre le pessimisme de Freud), la place accordée aux émotions de l’analyste (contre la neutralité et l’abstinence freudiennes), ainsi que l’ouverture à un contrôle possible du contre-transfert.
Mais ce qui retient aussi l’attention du lecteur, c’est l’originalité du projet de Ferenczi, le travail de la pensée qui cherche, qui s’interroge, qui tâtonne, l’extraordinaire liberté de ton et de parole où se mêlent l’analyse, la confidence et l’auto-analyse.