Sándor Ferenczi a été non seulement l’un des prestigieux fondateurs du mouvement psychanalytique international mais aussi un psychanalyste d’exception. Pendant les vingt-cinq années de son engagement comme praticien et théoricien de l’analyse, de 1908 à 1933, il tint une place essentielle, tant auprès de Freud – dont il fut à la fois le disciple, le patient, l’ami et le confident – que parmi les premiers psychanalystes. Actif et des plus novateurs, il est celui qui, le premier, a indiqué les frayages de la clinique psychanalytique moderne. Un bon nombre de concepts théoriques et d’idée fortes communément adoptées aujourd’hui sont un héritage direct de ses avancées : le concept d’introjection, le contre-transfert mis au service de la cure, les implications métapsychologiques du concept de traumatisme ou encore l’idée de clivage narcissique. Passionné par les « limites de l’analyse » et de « l’analysable », Sándor Ferenczi est le pionnier que de nombreux psychanalystes ont suivi de telle sorte qu’une nouvelle clinique psychanalytique, une nouvelle écoute, et une nouvelle vision de la cure ont pu voir le jour. En ceci on est en droit d’affirmer que Ferenczi reste un « psychanalyste d’aujourd’hui ».

C’est par deux livres A partir de Freud et Le sens de la psychanalyse que Francis Pasche est le plus généralement connu. Cependant son œœuvre, à redécouvrir, compte un nombre très grand d’articles couvrant l’essentiel du champ de la psychanalyse ; Un peu plus jeune que Lacan qu’il côtoie à la Société psychanalytique de Paris avant le départ de celui-ci, il développe des modes de pensée qui sont très différents des formulations lacaniennes. Il n’est pour s’en convaincre que de comparer leurs façons de concevoir la notion de sujet, de  » Je « . Sensible à tous les aspects de l’activité du psychisme y compris au cœur de l’expérience traumatique, les hypothèses qu’il propose ouvrent des voies de réflexion fécondes et d’une grande originalité. Les concepts d’antinarcissisme par exemple, ou de dépression d’infériorité ont renouvelé profondément la compréhension des états dépressifs et des modalités de l’investissement amoureux. La métaphore du bouclier de Persée lui sert de support à une théorie nouvelle des états psychotiques et du fétichisme.

Le parcours de Jean Laplanche, avant d’être celui d’un normalien devenu psychiatre puis praticien et théoricien de la psychanalyse, professeur à la Sorbonne, est d’abord un itinéraire intérieur marqué par une exigence de recherche dont l’aboutissement est la remise en question de toute idée reçue, fût-elle freudienne. De la Résistance à l’action politique, du Vocabulaire de la psychanalyse, élaboré avec J.-B. Pontalis, et de Psychanalyse à l’Université à la traduction des Œuvres complètes de Freud, la même volonté, la même extrême rigueur conduisent la démarche d’une pensée et d’un style qui ont renouvelé la pensée psychanalytique de ces trente dernières années. Critique lucide de Lacan, dont il fut d’abord l’élève, il l’est tout autant de certains aspects de la pensée de Freud dont il considère qu’il s’est engagé dans un « fourvoiement  » biologisant. La question de l’originaire en psychanalyse a conduit Laplanche à la théorie de « la séduction généralisée « , sous le primat de l’autre, et à envisager la pratique psychanalytique à la lumière de la notion de « traduction « .

Formé dans le cadre de l’éphémère Société française de psychanalyse, Guy Rosolato, élève très proche de Lacan qu’il avait suivi lors de la création de l’Ecole freudienne, a été l’un de ceux qui se sont dégagés de l’influence directe du Maître.

Il a rejoint l’Association psychanalytique de France, dont il est devenu l’un des membres les plus écoutés. Tout en utilisant les présupposés théoriques du premier Lacan, il a poursuivi une voie originale se situant dans le droit fil du post-lacanime tout en restant constamment ouverte aux autres courants de la psychanalyse.

Son oeuvre occupe une place de premier plan parmi les recherches psychanalytiques de ces trente dernières années. Elle a déjà produit un ensemble de concepts et dégagé des perspectives dont la valeur est irremplaçable pour la pratique de la théorie et de la clinique. Elle n’est pas pour autant achevée et la continuité de sa recherche laisse présager d’autres surprises, d’autres inventions.