Nous sommes après Freud, bien sûr, et aussi avec Freud, pour penser les problèmes de notre temps. Selon moi, la plupart des analystes français sont freudiens, mais « freudiens » ne veut pas dire orthodoxe. On ne prétend pas que Freud a tout dit, qu’il a réponse à tout.

André Green, Entretiens avec Fernando Urribarri, « Dialoguer avec André Green »

“Freud n’a point conçu le psychisme inconscient comme le siège de la vérité ou le locus de l’âme humaine. Il a admis que les prétentions de l’inconscient à connaître et à constituer la totalité du sujet étaient aussi infondées que celles du sujet conscient et parlant. Il n’a pas idéalisé l’inconscient en y voyant, avec romantisme, un résidu de l’ »homme naturel », pas plus qu’il n’en a fait le vilain de l’histoire… Conscience et inconscience sont conçues comme mutuellement dépendantes, chaque terme définissant, niant et conservant l’autre”, écrit  Thomas Ogden.

Ce que l’on a nommé naguère la “Querelle du sujet”, au cœur des débats philosophiques des années soixante sur l’existence de l’Ego et des illusions du sujet, trouve sans doute une part de ses motifs dans la révolution freudienne visant à destituer les prétentions du Moi et de la conscience. Mais quelle est au juste la place et la nature du sujet dans l’analyse ? Dans cet ouvrage de référence pour la psychanalyse contemporaine, Thomas Ogden réinterprète et précise le concept psychanalytique de sujet à partir d’une lecture originale des contributions de Freud, Klein et Winnicott. Selon Ogden, le Das Ich freudien ne coïncide pas avec le sujet, et ne résulte pas non plus de son simple déplacement derrière la barrière du refoulement. C’est justement dans l’écart, dans la tension entre le conscient et l’inconscient que nous devons chercher cette nouvelle entité conceptuelle : le sujet psychanalytique en tant que tel. 

Appliquée au dispositif analytique, une telle réflexion redéfinit le statut et la place de l’analyste et de l’analysant dans la séance, qui ne sont désormais plus conçus comme des entités séparées et irréductiblement isolées. Leur relation intersubjective, négatrice et conservatrice – instaurée à travers les propriétés dialogiques du cadre analytique –, engendre un sujet tiers, qui devient dès lors l’enjeu de la cure.

En présentant douze entretiens tenus entre 1992 et 2011, Fernando Urribarri restitue ici une vingtaine d’années de dialogue avec les plus grandes figures du postlacanisme français. D’abord élèves de Jacques Lacan à l’époque du glorieux
« retour à Freud », Laplanche, Pontalis, Aulagnier, McDougall et Green, allaient bientôt se séparer du « Maître» pour développer leurs propres pensées, inspirées avant tout d’un retour à la clinique.

Comme l’explique Pontalis, auteur du célèbre Vocabulaire de la Psychanalyse, dans l’un de ces entretiens, c’est en appliquant à la lettre la consigne lacanienne du « retour à Freud » que, paradoxalement, les plus brillants parmi cette génération finiront par s’éloigner de Lacan : un exercice de radicalité salutaire puisqu’il jettera les bases d’une pensée psychanalytique renouvelée,
non dogmatique, en phase avec les bouleversements nosologiques
du XXIe siècle.

Dans l’essai introductif, Urribarri revient sur le contexte historique de ces dialogues et en explicite l’importance pour le psychanalyste d’aujourd’hui.