Les recherches d’André Green témoignent d’une attention constante portée à la question du langage en psychanalyse. C’est là une des caractéristiques les plus remarquables de son œuvre, mais sans doute aussi la moins connue. Du signe au discours met maintenant en évidence les principaux jalons de sa réflexion sur ce thème durant ces quinze dernières années. Si Green mobilise ici les apports des théories du langage et sollicite notamment les travaux de Hagège, Culioli, Halliday, Austin ou Peirce, il soutient avant tout la spécificité de la position psychanalytique et propose un modèle original des rapports entre psychanalyse et langage, en défendant la singularité du discours au sein du cadre analytique. Privilégiant une conception complexe, à la fois intrapsychique et intersubjective, du processus de création et de destruction du sens en séance, il explicite les impasses dues au réductionnisme du modèle lacanien, insiste sur l’hétérogénéité de la signification en psychanalyse, fait valoir la dimension de l’affect dans le discours analytique, et montre, enfin, comment seule une théorie de la représentation généralisée peut répondre aux problèmes soulevés par la pratique et la théorie de la psychanalyse contemporaine.

Quels modèles théoriques inspirent principalement la psychanalyse actuelle ? Comment comprendre les lois de l’inconscient face à celles de la réalité émotionnelle ? Quelle est la différence entre le transfert et la relation analytique, la dépression mélancolique et la dépression non mélancolique ? Comment travailler avec le contre-transfert ou avec les identifications projectives ? Comment aborder, dans la cure, le narcissisme et la construction des refuges psychiques ? Voici quelques-uns des nombreux sujets auxquels Franco De Masi s’attaque dans cette série de leçons psychanalytiques données à l’Institut de formation de Milan. Pleinement averti des transformations qui agitent la psychanalyse contemporaine, l’auteur passe en revue les fondamentaux de la pratique de l’analyste. Portant haut les couleurs d’une psychopathologie proprement psychanalytique, l’ouvrage contextualise l’émergence de certains concepts-clés et suit leur évolution au fil du temps, fournissant à l’analyste en formation un panorama extrêmement clair et utile de la psychanalyse clinique d’aujourd’hui. 

L’homme est cet être mortel qui, précisément, a la perception de la limite de l’existence. Nous pouvons craindre ou pressentir la mort d’un proche bien avant qu’elle n’ait lieu – nous savons que nous aurons à affronter le vide qui s’en suivra. Mais se préparer au vide qui se rapporte à nous-mêmes ne va pas de soi. Lorsque nous nous demandons comment nous saisissons notre propre mort, nous nous confrontons aux limites de notre pensée.Mais, alors, si notre mort n’est pas pensable, qu’entendons-nous par “peur de la mort” ? Qu’est-ce que cette chose que nous nous représentons comme la “mort” ? Par quoi sommes-nous tourmentés ? Comment, du point de vue psychanalytique, conceptualiser la perception qu’a l’être humain de sa propre mort ? Et de quelle façon la théorie psychanalytique rend-elle compte de la mort ? Bien que la littérature psychanalytique ait exploré la douleur liée aux séparations et aux pertes, jamais elle n’avait traité aussi en profondeur le désarroi que nous éprouvons face à la pensée de notre propre mort. Il Limite dell’Esistenza a remporté, en 2003, le Prix Gradiva du meilleur essai psychanalytique.

Nous sommes après Freud, bien sûr, et aussi avec Freud, pour penser les problèmes de notre temps. Selon moi, la plupart des analystes français sont freudiens, mais « freudiens » ne veut pas dire orthodoxe. On ne prétend pas que Freud a tout dit, qu’il a réponse à tout.

André Green, Entretiens avec Fernando Urribarri, « Dialoguer avec André Green »

“Freud n’a point conçu le psychisme inconscient comme le siège de la vérité ou le locus de l’âme humaine. Il a admis que les prétentions de l’inconscient à connaître et à constituer la totalité du sujet étaient aussi infondées que celles du sujet conscient et parlant. Il n’a pas idéalisé l’inconscient en y voyant, avec romantisme, un résidu de l’ »homme naturel », pas plus qu’il n’en a fait le vilain de l’histoire… Conscience et inconscience sont conçues comme mutuellement dépendantes, chaque terme définissant, niant et conservant l’autre”, écrit  Thomas Ogden.

Ce que l’on a nommé naguère la “Querelle du sujet”, au cœur des débats philosophiques des années soixante sur l’existence de l’Ego et des illusions du sujet, trouve sans doute une part de ses motifs dans la révolution freudienne visant à destituer les prétentions du Moi et de la conscience. Mais quelle est au juste la place et la nature du sujet dans l’analyse ? Dans cet ouvrage de référence pour la psychanalyse contemporaine, Thomas Ogden réinterprète et précise le concept psychanalytique de sujet à partir d’une lecture originale des contributions de Freud, Klein et Winnicott. Selon Ogden, le Das Ich freudien ne coïncide pas avec le sujet, et ne résulte pas non plus de son simple déplacement derrière la barrière du refoulement. C’est justement dans l’écart, dans la tension entre le conscient et l’inconscient que nous devons chercher cette nouvelle entité conceptuelle : le sujet psychanalytique en tant que tel. 

Appliquée au dispositif analytique, une telle réflexion redéfinit le statut et la place de l’analyste et de l’analysant dans la séance, qui ne sont désormais plus conçus comme des entités séparées et irréductiblement isolées. Leur relation intersubjective, négatrice et conservatrice – instaurée à travers les propriétés dialogiques du cadre analytique –, engendre un sujet tiers, qui devient dès lors l’enjeu de la cure.

En présentant douze entretiens tenus entre 1992 et 2011, Fernando Urribarri restitue ici une vingtaine d’années de dialogue avec les plus grandes figures du postlacanisme français. D’abord élèves de Jacques Lacan à l’époque du glorieux
« retour à Freud », Laplanche, Pontalis, Aulagnier, McDougall et Green, allaient bientôt se séparer du « Maître» pour développer leurs propres pensées, inspirées avant tout d’un retour à la clinique.

Comme l’explique Pontalis, auteur du célèbre Vocabulaire de la Psychanalyse, dans l’un de ces entretiens, c’est en appliquant à la lettre la consigne lacanienne du « retour à Freud » que, paradoxalement, les plus brillants parmi cette génération finiront par s’éloigner de Lacan : un exercice de radicalité salutaire puisqu’il jettera les bases d’une pensée psychanalytique renouvelée,
non dogmatique, en phase avec les bouleversements nosologiques
du XXIe siècle.

Dans l’essai introductif, Urribarri revient sur le contexte historique de ces dialogues et en explicite l’importance pour le psychanalyste d’aujourd’hui.

La lecture critique de ses contemporains a sans nul doute constitué un des moteurs de la pensée d’André Green. En ce sens, Penser la psychanalyse… présente la constellation d’auteurs avec lesquels il a été en constant dialogue.
Constitué d’études exégétiques autour de certains travaux qui ont fait avancer la discipline, ce recueil, préparé par André Green lui-même en 2011, met également en évidence le contexte intellectuel fertile qui a accueilli sa pensée.

L’examen de l’œuvre de W. R. Bion, sous l’angle de la psyché primordiale, conduit à une réflexion sur le travail du négatif. La comparaison des travaux de Lacan et de Winnicott souligne leur évolution distincte et fait ressortir les sources théoriques extra-psychanalytiques du premier, et celles, puisées dans la clinique des limites, du second. Une remarquable enquête sur l’ontologie winnicottienne met la notion d’être à l’épreuve des concepts-clé de créativité, destructivité et sexualité.

Peut-être est-ce là, parmi les textes consacrés à un auteur, le plus inspiré de toute l’œuvre de Green. Point d’orgue historique : ce volume se clôt par une discussion de l’influence, sur Lacan, des théories de Lévi-Strauss et de Saussure. Qu’il s’agisse du sexual de Jean Laplanche, de l’originaire chez Piera Aulagnier, du penser chez Didier Anzieu ou de la relation d’inconnu de Guy Rosolato, ces notions et ces auteurs, commentés par Green, nous conduisent au cœur de la clinique contemporaine.