Le baron de Münchhausen, d’après la légende, se prit lui-même par les cheveux pour se sauver, ainsi que son cheval, de la noyade. Est-il possible, à son exemple, de se tirer ou de tirer quelqu’un d’autre de quelque intenable situation en voyant la vie avec des yeux nouveaux ?

Telle est la question à laquelle Paul Watzlawick veut répondre dans ce livre, clair et attrayant. Il nous montre comment nous pouvons changer notre perspective sur la réalité au lieu de nous enfermer dans une vision limitée et rigide ; il pose les bases d’une science paradoxale du changement, et décrit de façon minutieuse et fouillée le modèle théorique qui sous-tend la pratique de l’Institut de Palo Alto.

« La question cruciale pour le genre humain me semble être de savoir si et dans quelle mesure l’évolution de sa civilisation parviendra à venir à bout des perturbations de la vie collective par l’agressivité des hommes et leur pulsion d’autodestruction. Sous ce rapport, peut-être que précisément l’époque actuelle mérite un intérêt particulier. Les hommes sont arrivés maintenant à un tel degré de maîtrise des forces de la nature qu’avec l’aide de celles-ci il leur est facile de s’exterminer les uns les autres jusqu’au dernier. Ils le savent, d’où une bonne part de leur inquiétude actuelle, de leur malheur, de leur angoisse. Il faut dès lors espérer que l’autre des deux « puissances célestes », l’éros éternel, fera un effort pour l’emporter dans le combat contre son non moins immortel adversaire. Mais qui peut prédire le succès et l’issue ? » Sigmund Freud

« Prenons en considération la genèse psychique des représentations religieuses. Celles-ci, qui se donnent pour des dogmes, ne sont pas des précipités d’expériences ni des résultats d’une pensée, ce sont des illusions, des accomplissements des désirs les plus anciens, les plus forts, les plus urgents de l’humanité ; le secret de leur force est la force de ces désirs. »

Sigmund Freud

La plus libre des disciples de Freud, cette Lou Andreas-Salomé qu’il appelle par son prénom et à laquelle il a confié la formation analytique de sa fille Anna, adresse au maître en hommage d’affection pour son soixante-quinzième anniversaire cette lettre ouverte. L’amie de Nietzsche et de Rilke, l’écrivain qui a laissé sur chacun d’eux la plus lucide des études, touche au cœur de l’analyse comme de l’écriture. Thérapeute, elle est du sérail. Freud n’hésite pas : il publie le livre aux Éditions psychanalytiques.

Montrer que les institutions culturelles finissent par acquérir une existence autonome et par se retourner contre l’homme, tel est, ici, le propos de l’auteur de La Dimension cachée. Ce livre refuse le recours trop rapide à des explications politiques, sociologiques ou psychanalytiques. Loin des discours dominants, il remet discrètement en cause certaines idées reçues : il s’agit pour l’individu de dépasser les schémas culturels et les institutions qui le privent de la compréhension de ses possibilités et de ses limites, et l’enferment dans cette dureté à l’égard de l’autre et de lui-même.

Edward T. Hall poursuit ici son examen des « dimensions cachées » de la culture en étudiant la façon dont le temps est appréhendé et vécu dans différentes sociétés. La perception linéaire qu’en ont les Européens du Nord n’est par exemple pas celle, pluridimensionnelle, des cultures du Sud, et les malentendus qu’occasionnent ces différences sont légion.

Ce livre, nourri de recherches expérimentales et d’observations personnelles aussi riches que surprenantes, répond aussi à une visée éthique – car expliciter la variation des comportements d’une culture à l’autre, jusque dans les attitudes les plus profondément enracinées, c’est finalement œuvrer à la compréhension des autres.

La dimension cachée, c’est celle du territoire de tout être vivant, animal ou humain, de l’espace nécessaire à son équilibre. Mais, chez l’homme, cette dimension devient culturelle. Ainsi, chaque civilisation a sa manière de concevoir les déplacements du corps, l’agencement des maisons, les conditions de la conversation, les frontières de l’intimité. Ces études comparatives jettent une lumière neuve sur la connaissance que nous pouvons avoir d’autrui et sur le danger que nous courons, dans nos cités modernes, à ignorer cette dimension cachée : peut-être est-ce moins le surpeuplement qui nous menace que la perte de notre identité.

Edward T. Hall a montré, dans La Dimension cachée, que l’espace interpersonnel est une dimension de la culture. Le Langage silencieux conduit cette réflexion sur d’autres systèmes, et notamment le temps. Qu’est-ce qu’être en retard ? Qu’est-ce qu’attendre ? Le message exprimé là est différent selon qu’il vient d’un Européen, d’un Américain ou d’un Japonais. Ainsi le temps et la culture sont-ils communication, autant que la communication est culturelle. Communication qui cache plus de choses qu’à première vue elle n’en révèle. À travers des exemples aussi précis que cocasses, Edward T. Hall développe la théorie des systèmes de communication non verbaux.

 

Edward T. Hall (1914-2009)

Anthropologue de renommée internationale, il a élaboré, à partir de l’analyse de la communication non verbale, une théorie de la culture originale. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, traduits aux Éditions du Seuil, consacrés notamment à la communication interculturelle.