« Le sexuel » est au foyer même de ce qui organise le psychisme. L’exercice de la sexualité n’en est qu’un aspect. Vu comme une entité, le sexuel subsume un jeu de forces paradoxales : libido, pulsions mais aussi les formes prises par ces forces, le narcissisme par exemple. Il s’agit « d’un principe évolutif qui s’oppose tant à la reproduction à l’identique qu’à la mort ». Principe qui réunit mais également sépare, « troisième terme qui dépasse l’opposition vie/mort »… Paradoxe du sexuel donc, qui ne peut se ranger sous la seule bannière d’Éros. Jean-Louis Baldacci resitue la notion de sexualité infantile, reprend de façon féconde l’opposition sexualisation/désexualisation. Ainsi, au cœur du livre, ce destin essentiel du « sexuel » qu’est la sublimation apparaît, non pas seulement comme un usage des pulsions, mais comme un mouvement organisateur du psychisme « dès le début » et du développement du processus analytique lui-même. Des exemples cliniques, dont l’un est exposé dans ses différents temps, détours et nuances, viennent illustrer cette place particulière de la sublimation, mais aussi l’expérience irremplaçable qu’offre à quelqu’un une psychanalyse « classique ». La pensée clinique singulière de Jean-Louis Baldacci nous conduit à « dépasser les bornes » du conformisme théorique et renouvelle notre appréhension de questions cruciales telles que la transitionnalité, le narcissisme, le transfert sur la parole et le contre-transfert.

Ce livre propose une réflexion théorico-clinique sur un outil psychanalytique encore trop méconnu, que l’auteur intitule : Cet autre divan. Il traite d’une autre façon d’utiliser la méthode psychanalytique de Freud pour les pathologies non névrotiques actuelles. Cet autre divan peut éveiller la curiosité, car ici le divan lui-même est un outil de la cure. Ce concept de la psychothérapie psychanalytique corporelle (PPC) est issu de la rencontre des travaux de Julian de Ajuriaguerra et des recherches post-freudiennes sur les pathologies des limites. Avec de nombreuses illustrations, l’auteur montre que la PPC permet le dégagement de l’archaïque traumatique à l’aide de la médiation corporelle, en prenant au transfert contretransfert les traces mnémoniques de la mémoire du corps pour libérer l’énergie libidinale. Ainsi s’opère la revitalisation des différents niveaux du fonctionnement psychique sans qu’aucun n’écrase l’autre, mais bien au contraire maintient vivant le lien entre eux, étant ainsi source de la créativité. L’originalité de cet abord psychanalytique est de faire travailler les paramètres oubliés parce que silencieux dans le cadre psychanalytique classique qui est mis en difficulté par les patients non névrotiques. Ce livre qui donne au corps toute son importance organisatrice pour la psyché montre que nous pouvons innover à partir de Freud pour aider psychanalytiquement ces personnes qui présentent des souffrances identitaires et narcissiques et qui s’adressent à nous.

Paul Denis propose une analyse inédite du complexe d’Œdipe comme un champ permettant à un sujet, enfant ou adulte, de se reconstruire au mieux lorsqu’il est confronté à un événement traumatique tel que la perte, le deuil ou la dépression.
À partir de l’évocation de ces deux expériences psychiques essentielles que sont  la dépression et la séparation, l’auteur envisage différents processus psychiques qui permettent de trouver une ligne créative ou, à l’inverse, contribuent à limiter les mouvements de l’esprit comme « l’isolation » ou ce qui constitue des « fixations ». Il reconsidère la question de la passivité psychique, trop facilement assimilée à une position « féminine » – alors que « le féminin » est une conquête activement gagnée et exercée par les sujets de sexe féminin. La nature et la place des sensations, qu’elles soient le premier temps de la perception ou qu’elles soient cultivées pour elles-mêmes, sont resituées en vue de comprendre leur destin possible vers la douleur dans ses deux versants physique et psychique. Acte, sublimation, création, humour sont alors envisagés dans leur rapport au fonctionnement pulsionnel et à sa régulation par le jeu de forces organisé par le complexe d’Œdipe. Ce serait par cet héritage pulsionnel, nous dit l’auteur, que nous parviendrions à guérir. En un mot : Œdipe deviendrait médecin.