Si Freud n’a pas construit à proprement parler une théorie de la mémoire, c’est sans doute parce que toute son œuvre, des Études sur l’hystérie à L’homme Moïse, en passant par L’interprétation du rêve et Au-delà du principe de plaisir, ne traite que de la mémoire et de ses défaillances – oublis des noms propres, impressions de «déjà-vu», répétition prenant la place de la remémoration, amnésie infantile..
Comment rendre compte de la complexité de la mémoire humaine, de ses lacunes et de ses troubles, sinon en affirmant l’existence de différents «systèmes mnésiques», autrement dit de plusieurs mémoires? Comment l’éphémère et l’indestructible peuvent-ils aller de pair?

Ce volume contient les textes suivants :
– Sur le mécanisme psychique de la propension à l’oubli
– Un trouble de mémoire surt l’Acropole
– Sur la fausse reconnaissance («déjà raconté») pendant le travail psychanalytique– Sur les souvenirs-écrans
– Éphémère destinée
– Note sur le «bloc-notes magique»
– Remémoration, répétition et perlaboration
– Constructions en analyse

Les Essais sur le symbolique (1969) étaient axés sur la figure du père, la fonction de la loi, les rapports du langage et de l’inconscient.
Ce nouveau livre de Guy Rosolato nous fait mesurer l’importance de l’autre versant que la référence prévalente au père risque d’autant plus aisément de camoufler qu’il doit demeurer zone d’ombre, garder une affinité avec le non-dit : la relation originelle à la mère dont l’auteur montre qu’elle façonne ce qu’il nomme la relation d’inconnu.
Relation d’inconnu – notion calquée sur celle, usuelle en psychanalyse, de relation d’objet – et non à l’inconnu qui, une fois localisé, serait par là même évacuable. Ce sont plutôt les effets en chacun de nous de cet inconnu, de ce que Breton appelait l’«infracassable noyau de nuit», que le livre rend sensibles, à travers l’étude ainsi renouvelée d’organisations psychopathologiques comme le fétichisme et la dépression, d’instances comme le narcissisme et les idéaux, de formations de l’inconscient comme le souvenir-écran. Des thèmes fantasmatiques tels que celui de l’enfant mort et des concepts originaux – entre autres, l’«oscillation métaphoro-métonymique» et l’«objet de perspective» – peuvent alors être dégagés.