« Certes, on doit pardonner à ses ennemis, mais pas avant qu’ils ne soient pendus » : cette boutade de Heine, Freud aimait la répéter à ses disciples qui, parfois, devinrent des dissidents. L’école freudienne compta autant de fidèles que de rebelles à la « monarchie absolue » de sa majesté Sigmund. Le « toi aussi, mon fils » dut résonner maintes fois dans l’appartement du 19, Berggasse. Freud accusait ses anciens élèves de « déviation », de plagiat et faisait remarquer que ses disciples étaient comme « des chiens. Ils prennent un os sur la table, et la mâchonnent tout seuls dans un coin. Mais c’est mon os ! »

Les uns, tels Alfred Adler et Wilhelm Stekel, étaient des déserteurs ou des « animaux nuisibles » ; d’autres, tel Otto Rank, mimaient la trahison de Brutus ; d’autres encore, à l’instar de Carl Gustav Jung, poursuivaient « sans scrupules leurs intérêts personnels ». Même les femmes, d’ordinaire si dévouées, ne tardèrent pas à partir à la conquête du pouvoir. Qu’elles se nomment Ruth Mack Brunswick, Hélène Deutsch ou Melanie Klein, elles voulurent instaurer, en psychanalyse, le « régime de cotillons » que Freud abhorrait…

Abandonnons un instant les devant de la scène psychanalytique avec son cortège de complexes et de névroses pour pénétrer dans les coulisses de l’histoire. Là se joue ce que Freud nomma la « tragédie de l’ingratitude ». La saga freudienne, avouons-le, ne manque pas de piquant.