Vienne, 26 avril 1921, dans le cabinet du professeur Freud. Allongée sur le divan, Anna G. lui déclare : «Je vous aime d’une façon si indescriptible, comme jamais auparavant je n’ai aimé quelqu’un.» Cette jeune femme de vingt-sept ans est entrée en analyse il y a un mois. Elle a quitté Zurich pour la capitale autrichienne, laissant derrière elle son fiancé, sa famille et le Burghölzli, la clinique où elle exerce le métier de psychiatre. Après sept ans de fiançailles vécues dans l’ambivalence et le doute, son mariage est annoncé pour l’automne. Cependant, Anna G. continue d’hésiter. La découverte posthume de deux cahiers d’écolier, dont Anna G. n’avait jamais parlé et qu’elle ne destinait pas à la publication, jette une lumière inattendue sur Freud : une partie des séances et des propos échangés y sont consignés. À l’écoute des rêves, des associations, des fantasmes sexuels de son analysante, Freud, alors en pleine maturité, explique, interprète, provoque, sonde. Et il évoque ses propres théories : le complexe d’Œdipe, le transfert, le cas Dora, le fantasme de l’enfant battu (que sa fille, prénommée Anna elle aussi, lui a inspiré)… La petite-fille d’Anna G., Anna Koellreuter, docteur en philosophie et analyste à Zurich, a dirigé l’édition de cet ouvrage, paru en 2009 en Allemagne. Elle a convié des historiens et des psychanalystes allemands et anglo-saxons à réagir à ce document exceptionnel, témoignage aussi de la façon dont une jeune femme peut, par l’analyse, sortir d’une souffrance affective et se découvrir un nouveau destin.

Un ouvrage passionnant, rédigé à partir d’archives freudiennes récemment disponibles, en particulier diverses correspondances de Freud lui-même avec ses disciples. Les auteurs se penchent sur la naissance de la psychanalyse et nous présentent la véritable histoire d’une pensée et d’un mouvement accouchés dans la douleur qui n’ont pas fini de marquer notre histoire. Dans la polémique actuelle suscitée par la parution du Livre noir de la psychanalyse, cet ouvrage peut apporter quelques éclaircissements.

Le livre que Freud projetait, mais qu’il n’écrira jamais, sur la pratique psychanalytique (La méthode de la psychanalyse), c’est Ferenczi qui l’a écrit en filigrane à son œuvre. Tout au long de sa vie, fruit de ses expériences, ce livre il l’a écrit, corrigé, réécrit. La technique psychanalytique d’aujourd’hui lui doit, à lui et non à Freud, l’importance attribuée au transfert et au contre-transfert, au rôle de l’analyste, au rôle de la mère et à celui des traumatismes. De nos jours, la communauté psychanalytique ne reconnaît qu’une partie de ces découvertes comme étant les siennes. L’ouvrage d’André Haynal met en lumière cette œuvre originale, maintenue dans l’ombre, pour que la psychanalyse du vingt et unième siècle puisse découvrir l’ensemble de l’héritage de Ferenczi, celui du Journal clinique et de la Correspondance. Freud disait que Ferenczi avait fait de tous les psychanalystes ses élèves : cela pourra-t-il enfin se réaliser ?