Nous sommes après Freud, bien sûr, et aussi avec Freud, pour penser les problèmes de notre temps. Selon moi, la plupart des analystes français sont freudiens, mais « freudiens » ne veut pas dire orthodoxe. On ne prétend pas que Freud a tout dit, qu’il a réponse à tout.

André Green, Entretiens avec Fernando Urribarri, « Dialoguer avec André Green »

Ce volume présente les textes du colloque de la Société psychanalytique de Paris qui a eu lieu en janvier 2006. les participants ont confronté leurs pratiques, comparé la situation en France et à l’étranger, analysé les axes théoriques communs, évoqué les principes pouvant orienter vers la psychothérapie considérée comme branche contemporaine de la psychanalyse. Des débats passionnés et passionnants.  

En somme, il faut distinguer entre le désir de soulager qui domine la psychothérapie et celui d’analyser, qui implique un travail d’une autre nature. D’où les malentendus entre supervisé et superviseur. Le premier voudra que le superviseur reconnaisse que le patient « a fait des progrès », tandis que celui-ci pourra faire remarquer, sans contester les progrès, que la nature de ceux-ci, ne plaide pas en faveur d’une intégration portant sur la reconnaissance de l’inconscient. Et l’évolution vers l’autoanalyse (F. Busch).

Les mérites des deux méthodes ne sont pas à opposer mais à distinguer, en reconnaissant ce qui est spécifique au travail analytique. Il faut pour cela admettre que l’effet recherché de l’analyse ne se limite pas au « progrès » de l’analysant, et se donner pour but la nécessité de parvenir à une sorte de « conversion » interne […].

André Green, Illusions et désillusions du travail psychanalytique

André Green n’a cessé de montrer comment la psychanalyse, tant dans sa théorie que dans sa pratique, ne peut plus se satisfaire du seul recours aux «modèles» freudiens. Ceux-ci ne permettent pas en effet de comprendre ce qu’on a appelé les cas-limites, pourtant de plus en plus fréquemment rencontrés dans la clinique de notre temps.
Ces cas se situent entre les névroses classiques et les psychoses avérées : à la frontière. Car «limite» désigne le fait que la ligne fragile qui sépare le dehors et le dedans, le moi et l’autre, est mal assurée. De là une perturbation de l’identité personnelle, un douloureux sentiment de vide, une aspiration vers le rien. Il arrive qu’Œdipe cède la place à Hamlet…
Toutes inspirées par la riche expérience clinique de l’auteur comme par le souci d’intégrer dans une théorisation personnelle les grands courants de la psychanalyse contemporaine, les onze études ici rassemblées, au-delà de la description des états-limites, dévoilent ce qui est le plus souvent maintenu au secret : notre folie privée.

En présentant douze entretiens tenus entre 1992 et 2011, Fernando Urribarri restitue ici une vingtaine d’années de dialogue avec les plus grandes figures du postlacanisme français. D’abord élèves de Jacques Lacan à l’époque du glorieux
« retour à Freud », Laplanche, Pontalis, Aulagnier, McDougall et Green, allaient bientôt se séparer du « Maître» pour développer leurs propres pensées, inspirées avant tout d’un retour à la clinique.

Comme l’explique Pontalis, auteur du célèbre Vocabulaire de la Psychanalyse, dans l’un de ces entretiens, c’est en appliquant à la lettre la consigne lacanienne du « retour à Freud » que, paradoxalement, les plus brillants parmi cette génération finiront par s’éloigner de Lacan : un exercice de radicalité salutaire puisqu’il jettera les bases d’une pensée psychanalytique renouvelée,
non dogmatique, en phase avec les bouleversements nosologiques
du XXIe siècle.

Dans l’essai introductif, Urribarri revient sur le contexte historique de ces dialogues et en explicite l’importance pour le psychanalyste d’aujourd’hui.

La pensée habite des champs d’activité divers. Elle peut être philosophique, scientifique ou religieuse. Mais elle ne peut pas, à moins de renoncer à l’exigence théorique qui la fonde, investir le domaine de la clinique. Et pourtant… Comment qualifier le mode de rationalité issu de la pratique psychanalytique ? Comment rendre compte du travail de pensée qui est à l’œuvre dans l’expérience de la cure ? André Green montre de quelle façon il est possible d’introduire en psychanalyse le concept de pensée clinique. Il analyse, en particulier, la modification des tableaux cliniques sur lesquels l’œuvre de Freud s’est édifiée, apportant des innovations et des réponses que le père de la psychanalyse ne pouvait prévoir.

Cristallisé ici sous la forme de six entretiens, menés de 1991 à 2011, le dialogue continu entre André Green et Fernando Urribarri revisite et interroge la totalité de l’œuvre greenienne. Comment répondre à la crise de la psychanalyse ? Comment faire face aux défis posés par un champ clinique qui s’étend désormais au-delà de la névrose ? De quelle façon les apports de Lacan, Winnicott ou Bion viennent-ils renouveler l’édifice freudien ? Comment articuler l’intrapsychique et l’intersubjectif ? Comment la théorie générale de la représentation forgée par Green éclaire-t-elle les échecs de la symbolisation ? Comment repenser le cadre analytique et ses variations, notamment à partir de la notion de cadre interne de l’analyste ? De l’affect à la pensée clinique, en passant par la folie privée et le travail du négatif, nous accompagnons pas à pas la genèse et le déploiement des idées majeures de celui qui s’est efforcé de construire, après Freud et avec Freud, un nouveau modèle théorique et clinique, susceptible de répondre aux enjeux de la psychanalyse contemporaine. En refermant cet ouvrage, le lecteur aura eu accès à une introduction vivante et directe à l’œuvre de Green, et acquis une vision panoramique de sa pensée.

En avril 1976, au Veterans Administration Hospital, à Los Angeles, vingt-cinq psychiatres, psychothérapeutes et psychologues se réunissent pour quatre discussions successives avec le psychanalyste britannique W. R. Bion.
Ce livre est la retranscription des propos recueillis lors de cette rencontre, où l’on questionne l’auteur sur certains de ses concepts, mais avant tout sur sa pratique analytique. Il fait partie de la série des séminaires cliniques donnés par l’auteur.

Le débat sur le statut du psychothérapeute et sur les relations entre psychanalyse et psychothérapie fait l’objet de cet ouvrage qui réunit les contributions de cinq grands noms du domaine. Ce livre détaille les caractéristiques du processus analytique dans les dispositifs psychothérapiques pratiques par les psychanalystes : face à face, psychodrame, situation groupale, travail avec les adolescents.

Cet ouvrage part d’un constat et défend un point de vue, à savoir qu’il existe aujourd’hui une nouvelle psychanalyse qui ne se contente pas d’aborder la réalité psychique interne mais étend son champ à « l’articulation du dedans et du dehors » selon l’expression de Freud. Ce recueil se veut le miroir de l’activité psychanalytique actuelle. Une place centrale est accordée à la clinique contemporaine, à quelques unes de ses « constellations », ainsi qu’à l’exposé de deux situations extrêmes appartenant au domaine de la psychose. Plusieurs exposés présentent les innovations dans quelques domaines phares. Une section théorique termine cet ouvrage, composée d’articles signés de grands auteurs participant à la réflexion psychanalytique contemporaine.

Dans ce livre bref mais aussi fulgurant qu’un  manifeste, Christopher Bollas s’efforce de penser ce “Moment freudien” qui a vu naître la psychanalyse et qui a répondu, selon lui, à une nécessité inscrite dans l’humanité depuis que l’homme a raconté son premier rêve. Soutenant que nous n’avons pas encore fait complètement le tour de l’importante découverte de Freud, il regrette que la psychanalyse n’ait pas été menée à ses dernières conséquences, restant souvent un appendice d’autres disciplines comme la psychologie ou la psychiatrie. En critiquant le rôle paralysant et le sectarisme mortifère des institutions et des écoles psychanalytiques (“Nous passons trop souvent sous silence la corruption et les comportements destructeurs à l’œuvre chez les analystes et au sein des groupes analytiques”), il plaide pour une approche pluraliste des différentes théories analytiques et pour une réelle ouverture d’esprit, capables de donner toute son ampleur à cette pratique qu’il considère comme l’un des grands acquis de l’humanité.

Vincenzo Bonaminio, membre de la Société psychanalytique italienne et professeur à La Sapienza, à Rome, a collaboré à l’ouvrage, en menant les entretiens avec l’auteur. (L’ouvrage est constitué de deux longs entretiens avec V. Bonaminio, suivis d’un recueil d’articles.)

Il est dit d’André Green qu’  » il est le plus grand psychanalyste vivant « , voire que, dans l’après-Freud, il est celui qui véritablement a repensé l’œuvre freudienne dans son ensemble, la complétant avec des notions révolutionnaires telles que travail de négatif ou narcissisme de mort, pour ne citer que les plus connues. En la relançant ainsi vers des espaces que Freud n’eût pas le temps d’explorer, A. Green confère à la pensée psychanalytique contemporaine l’ampleur nécessaire lui permettant enfin d’accéder à certaines pathologies jusqu’à alors rebelles à tout traitement et cause de tant d’échecs de la cure analytique.
Mais, de par son étendue, l’œuvre greenienne aborde également d’autres domaines du savoir de l’homme. C’est pourquoi, participent à cet ouvrage en l’honneur d’André Green et en hommage à son œuvre, aux côtés d’une pléiade de personnalités psychanalytiques du monde entier, des éminents spécialistes des disciplines ayant un lien avec la psychanalyse. Son fil conducteur, la notion de limites, a été choisi pour la double raison qu’elle représente l’un des objets d’étude principaux d’A. Green, et que toute la problématique de l’homme contemporain tourne autour de la quête d’un dépassement des limites, qu’il s’agisse de celles de l’information, de la science ou des arts. Ce livre, qui marquera sans doute une date, est un rendez-vous entre les participants d’une part, plus de soixante-dix, et avec le lecteur d’autre part en vue de s’atteler à la tâche de Penser les limites de la vie psychique, comme de toute discipline et, plus largement, de la pensée de l’homme.

La pulsion de mort est un concept métapsychologique tardif dans l’oeuvre de Freud. Ses successeurs l’ont utilisé depuis dans des sens très différents. Tantôt il a été réduit à l’automatisme de répétition, tantôt à l’agressivité. Il apparaissait opportun que des psychanalystes d’inspirations diverses confrontent leurs vues et établissent les points d’accord et les raisons des divergences. La Fédération européenne de Psychanalyse, fidèle à sa vocation de lieu d’échange entre psychanalystes de cultures et de langues différentes, a organisé un débat entre cliniciens sur cette question. Des rapports introductifs avaient été préparés à cet effet ; ce sont eux et le compte rendu du panel qui a réuni les rapporteurs qui sont ici présentés.

À peine la psychanalyse était-elle inventée, à la fin du siècle dernier, que sa mort prochaine était annoncée (souhaitée ?). Alors où en est-on aujourd’hui, cent ans après sa naissance ?
Un chercheur venu du Québec a mené une enquête en profondeur au cours d’une série d’entretiens avec quelques analystes français dont il connaissait bien les travaux. Il les a interrogés en leur présentant un éventail de questions, celle que chacun peut légitimement se poser. Par exemple : Freud est-il dépassé ? Pourquoi la guerre entre psychanalystes – et les scissions et le babélisme ? Quelle est la spécificité de la psychanalyse française ? En quoi est-elle marquée par l’enseignement de Lacan ? La pulsion de mort, vous y croyez ? L’intervention de l’État, vous la redoutez ? Avez-vous quelque chose à nous dire sur la toxicomanie, la pédophilie, le racisme ? Le «divan» a-t-il un avenir ?
Les neuf analystes interrogés ne se sont pas dérobés. Chacun, avec cette liberté de ton que favorise l’échange oral, s’est aussi donné le temps de développer ses réponses. Elles sont divergentes mais chacune d’elles témoigne à sa manière que la psychanalyse, cent ans après, loin d’être moribonde, reste une jeune science. Menacée sans doute mais irremplaçable sous réserve qu’elle ne cesse d’affirmer la singularité, l’étrangeté de l’expérience qui la fonde.

La lecture critique de ses contemporains a sans nul doute constitué un des moteurs de la pensée d’André Green. En ce sens, Penser la psychanalyse… présente la constellation d’auteurs avec lesquels il a été en constant dialogue.
Constitué d’études exégétiques autour de certains travaux qui ont fait avancer la discipline, ce recueil, préparé par André Green lui-même en 2011, met également en évidence le contexte intellectuel fertile qui a accueilli sa pensée.

L’examen de l’œuvre de W. R. Bion, sous l’angle de la psyché primordiale, conduit à une réflexion sur le travail du négatif. La comparaison des travaux de Lacan et de Winnicott souligne leur évolution distincte et fait ressortir les sources théoriques extra-psychanalytiques du premier, et celles, puisées dans la clinique des limites, du second. Une remarquable enquête sur l’ontologie winnicottienne met la notion d’être à l’épreuve des concepts-clé de créativité, destructivité et sexualité.

Peut-être est-ce là, parmi les textes consacrés à un auteur, le plus inspiré de toute l’œuvre de Green. Point d’orgue historique : ce volume se clôt par une discussion de l’influence, sur Lacan, des théories de Lévi-Strauss et de Saussure. Qu’il s’agisse du sexual de Jean Laplanche, de l’originaire chez Piera Aulagnier, du penser chez Didier Anzieu ou de la relation d’inconnu de Guy Rosolato, ces notions et ces auteurs, commentés par Green, nous conduisent au cœur de la clinique contemporaine.