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Celui qui se livre à l’étude augmente chaque jour (ses connaissances).
Celui qui se livre au Tao diminue chaque jours (ses passions).
Il les diminue et les diminue sans cesse jusqu’à ce qu’il soit arrivé au non-agir.
Dès qu’il pratique le non-agir, il n’y a rien qui lui soit impossible.
C’est toujours par le non-agir que l’on devient le maître de l’empire.
Celui qui aime à agir est incapable de devenir le maître de l’empire.

Jeune médecin installé à Budapest, Sandor Ferenczi (1873-1933) deviendra un praticien et un théoricien de la psychanalyse après sa rencontre avec Freud en 1908. Il est le fondateur de la Société hongroise de psychanalyse. Ses oeuvres témoignent de la vitalité et de la curiosité d’un auteur audacieux, fécond et tourmenté, le plus original peut-être parmi la génération des pionniers. Ilse Barande dégage les lignes de force des écrits de celui qui fut le disciple, l’ami, et le grand vizir secret » de Freud. »

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Lorsque le Tao régnait dans le monde, on renvoyait les chevaux pour cultiver les champs.
Depuis que le Tao ne règne plus dans le monde, les chevaux de combat naissent sur les frontières.
Il n’y a pas de plus grand crime que de se livrer à ses désirs.
Il n’y a pas de plus grand malheur que de ne pas savoir se suffire.
Il n’y a pas de plus grande calamité que le désir d’acquérir.
Celui qui sait se suffire est toujours content de son sort.

La pensée de René Girard (1923-2015) repose sur une idée simple en apparence : l’imitation est le propre de l’homme. En tenant pour acquise la nécessité où nous sommes d’imiter pour vivre en société, Girard s’est intéressé exclusivement aux effets pervers et destructeurs de l’imitation quand elle porte sur les désirs : imiter les désirs des autres, c’est entrer avec eux dans des rapports de rivalité et de violence…
En élargissant son champ d’investigation, d’abord littéraire, à l’anthropologie scientifique pour y intégrer la violence et les religions qui l’ont contenue – aux deux sens du verbe –, Girard s’est avancé au-delà du cloisonnement des sciences humaines, vers une véritable science de l’homme.
La singularité de cette science ? Une lecture tout à fait neuve des textes scientifiques, philosophiques, littéraires, religieux, qui, au milieu du désarroi et du scepticisme ambiants, donne du sens aux temps que nous vivons.

Peut-on soigner par la danse ? Peut-on donner à la danse une place dans l’arsenal thérapeutique ? A-t-elle la capacité de mobiliser la sphère psychique de l’individu qui « entre dans la danse » ? Quel corps la danse met-elle en mouvement ? Comment s’élabore-t-il et comment, par son intermédiaire, le sujet se construit-il du même coup, et avec lui l’espace, le temps et les nuances de la présence qui fondent la relation et les interactions ?

Si, nous dit l’auteur, la danse n’est pas thérapeutique en elle-même – pas plus que l’art ou la parole -, elle peut le devenir grâce au dispositif dans lequel elle s’inscrit. Ainsi à partir d’une longue pratique de la danse-thérapie, Benoît Lesage pose, dans cet ouvrage, les fondements théoriques de cette discipline et livre des outils qui permettent de les incarner. A la croisée de l’art, de la création, de la psychomotricité, de la thérapie à médiation corporelle et de la pratique groupale, le parcours interdisciplinaire qu’il propose s’ouvre à la clinique, abordée ici en relation avec diverses populations : personnes psychotiques polyhandicapées, présentant des troubles du comportement et de la communication, autistes, anorexiques, porteuses de handicap sensorimoteur…

Au-delà des enjeux cliniques et thérapeutiques évoqués ici, la danse-thérapie hérite de la danse la faculté essentielle et fondatrice de convier les hommes à partager le rythme, les images, le plaisir sensoriel et parfois sensuel, en puisant aux mémoires individuelles et communautaires. Cet ancrage immémorial dans les mythes et dans l’enfance en fait une source dynamique qui peut remettre en marche le sujet… pas à pas.

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(Le Saint) est grandement parfait, et il paraît plein d’imperfections ; ses ressources ne s’usent point.
Il est grandement plein, et il paraît vide ; ses ressources ne s’épuisent point.
Il est grandement droit, et il semble manquer de rectitude.
Il est grandement ingénieux, et il paraît stupide.
Il est grandement disert, et il paraît bègue.
Le mouvement triomphe du froid ; le repos triomphe de la chaleur.
Celui qui est pur et tranquille devient le modèle de l’univers.

Des milliers de femmes et d’hommes aujourd’hui se retrouvent régulièrement sur le parquet de danse, pas seulement pour exprimer leur vitalité en musique, s’amuser ou se séduire, mais aussi pour rejeter des siècles de frustrations, de tabous et de névroses. Se soigner et s’épanouir en dansant, imagine-t-on thérapie plus exaltante ?

Pour nous présenter la danse-thérapie, mélange singulier d’exultation corporelle, d’improvisation rythmée et de psychanalyse de groupe, Catherine Maillard a interrogé cinq écoles :

la danse des cinq rythmes de Gabrielle Roth,
le life art process d’Anna Halprin,
la biodanza de Rolando Toro,
la danse biodynamique de Rafael Baile,
la danse médecine de Susannah et Ya’Acov Darling Khan.

Et pour nous permettre de mieux appréhender cette pratique en pleine floraison, quatre experts ont été invités à en parler :

l’anthropologue et psychanalyste France Schott-Billmann, qui compare danse primitive, psychanalyse et danse-thérapie,
le psychiatre Jean-Pierre Klein, qui dirige la principale école d’art-thérapie française,
les deux grands chorégraphes Carolyn Carlson et Angelin Preljocaj, qui s’accordent à dire que, chaque être humain étant un danseur né, la danse-thérapie s’adresse à tous.

Faire corps avec la nature, est-ce une disposition ou une sensation ? En se fondant dans l’élément, le retour à la nature paraît s’accomplir : intensité, pureté et authenticité seraient les vertus de la nature. Qui peut pourtant nous absorber jusqu’à nous anéantir : présumant de nos forces vitales, notre corps vivant trouve des limites à son adaptation dans le tsunami, la faim ou la sécheresse. Mais dans la nature notre corps peut aussi éveiller en lui des ressources inédites et des émotions : en nous rendant plus vivants, la cosmose immerge notre corps dans le cosmos et éveille la vie capacitaire.

Pour avoir reconnu le tragique de la négligence humaine, la psychanalyse appartient à la tradition classique. La confusion des mémoires tient, en effet, à la négligence des paroles et à la méconnaissance de leur destinataire. Parler trop à n’importe qui, n’importe quand et n’importe comment : peut-être est-ce dans l’excès d’une demande de parler qu’il faudrait reconnaître ce qu’on appelle traumatique. Les travaux ici réunis témoignent d’une démarche sinon commune du moins partagée pour ré-interroger dans la psychanalyse et au contact de l’anthropologie les mémoires et les transferts – dès lors qu’on ne peut plus se satisfaire de leur définition théorique simplifiée

Les fous du Monte Verità 

Sur les rives du lac Majeur, Ascona somnole dans la quiétude d’une après-midi bercée par les reflets du soleil. Les terrasses de la promenade des rives du lac accueillent des badauds détendus dans le climat tessinois. Bercés par la douceur du paysage, ils ne remarquent guère la petite colline qui se gravit à pied non loin de là (quelques centaines de mètres à peine). Mais comment imaginer que la commune la plus basse de Suisse (196 mètres) abrite un « axe du monde », un point de rapprochement vertical entre le Ciel et la Terre, la colline baptisée le Monte Verità, la montagne de la vérité ?

[…]

Delphine Bovey

https://www.vivreensemblelongtemps.ch/les-fous-du-monte-verita-ascona.html

Ce terme créé dans les années 1980 recherche la fusion entre les sciences exactes et les sciences humaines, sans pour autant réduire l’homme à son cerveau. Le rêve d’une science unifiée vise notre analyse de la matière vivante, notre manière de comprendre comment la matière produit de l’homme. Cet ouvrage établit les conditions d’un dialogue fécond entre la philosophie et les neurosciences.

Carl Gustav Jung (1875-1961) est l’un des pères fondateurs de la psychanalyse. Et sans aucun doute le plus controversé. Pour deux raisons : sa conception du rapport à l’inconscient et ses choix politiques durant la Seconde Guerre mondiale, que ce livre éclaire d’un tout nouveau jour. Pourquoi Jung a-t-il autant dérangé Freud et les freudiens ? Jung était-il antisémite ? A-t-il collaboré avec les nazis ? En 1900, Jung est un jeune psychiatre prometteur, qui travaille dans le prestigieux hôpital du Burghölzli (Zurich) avec le professeur Eugen Bleuler. Ensemble, ils remettent en question le traitement carcéral de la folie pour prendre en compte la psychologie des patients. Jung explore les phénomènes paranormaux, la schizophrénie, et développe les tests sur les associations de mots. C’est l’époque ou’ Freud publie L’Interprétation des rêves, et Jung promeut la théorie freudienne alors largement décriée. Devenu analyste, il est placé à la tête du mouvement psychanalytique par Freud lui-même, qui voit en lui son héritier. Mais il y aura rupture, en 1912. Entre-temps, il a pris une jeune maîtresse, Toni Wolff, qu’il traite comme une seconde épouse en instaurant publiquement une relation triangulaire. La réputation de Jung se trouble. Il voyage beaucoup, étudie avec acharnement : philosophie, mythologie, gnose, alchimie. Puis, en 1933, il y a ce choix fatal : son engagement à la tête de la Société médicale internationale de psychothérapie, alors prise en main par une majorité de psychiatres allemands ralliés au nazisme. Il démissionne en 1939, mais sa réputation est définitivement salie. Pourtant, les services secrets américains le recrutent comme agent spécial… Quand il meurt, en 1961, Jung est l’auteur d’une œuvre monumentale, traduite dans plusieurs langues. Il a élaboré les concepts d’individuation, de Soi, d’archétype, d’inconscient collectif, d’anima, d’animus… Il est célèbre dans le monde entier, avec autant de détracteurs que de partisans. Deirdre Bair s’appuie sur des documents inédits, notamment les archives de la famille Jung récemment ouvertes, pour instruire enfin le « dossier Jung » – un dossier sensible et passionnant. Et elle nous offre une fresque inattendue des débuts de la psychanalyse.

Monte Verità
La Montagne de la vérité

France | 1997 | 52 minutes | Betacam SP

Un film de Henry Colomer

A la fin du siècle dernier, naît en Allemagne un mouvement tourné vers le passé, vers la pureté des origines, un idéal de liberté et de beauté : le mouvement de réforme de la vie. Il invite ses adeptes à fuir la ville, ses conflits, ses plaisirs factices. Artistes libertaires, colonies végétariennes, … de nombreuses sectes naissent alors. Le film recherche les racines de ce mouvement dans l’histoire allemande et analyse son implantation en 1900 dans un lieu « inspiré » : le Monte Verita, la colline de la vérité, sur les bords du Lac Majeur, au-dessus d’Ascona. Fondé par Henri Oedenkoven, fils d’un grand industriel d’Anvers et Ida Hoffman, musicienne du Montenegro , ainsi que par Gusto Gräser, le « prophète aux pieds nus » décrit par Hermann Hesse, et quatre autres pionniers, Monte Verità devient un lieu de refuge pour de nombreux rebelles de la politique et des arts : des écrivains et des poètes, comme Hermann Hesse et Erich Müsham, des danseurs, comme Isadora Duncan, Mary Wigman, Rudolf von Laban, le psychanalyste Otto Gross,… Le réalisateur décrit les sectes et les mouvements qui gravitent autour de ce noyau, avec toutes leurs ambiguités, notamment celui des « oiseaux migrateurs », auquel Gusto Gräser a été lié, qui a rendu familières et présentables des idées et des modèles de comportements que l’on retrouvera dans l’idéologie nazie : un passé idéalisé, les valeurs du sol et de l’enracinement, l’attachement organique du groupe à son chef, l’antisémitisme et le racisme.

L’écologie corporelle, comme cosmotique, est le principe de constitution
des relations entre le corps et le monde. Ce monde corporel est une
interaction dynamique pour constituer, tant au plan conscient
qu’inconscient, une écologie corporelle : exploration et apprentissage
du milieu intérieur du corps, redécouverte d’une nature intériorisée.
Bien-être au naturel, être bien dans sa peau, séjours bien-être…
l’injonction est partout et disponible dans une offre de pratiques et
de formations. Le marché du bien-être est désormais un moyen de
proposer des pratiques alternatives dites « douces » : entre nouveaux
thermalismes et masseurs-kinésithérapies, les pratiques de plein air et
sport de pleine nature.
La cosmose décrit ici comment le corps, dans les éléments et les
expériences corporelles, trouve une harmonie et un éveil créatif.

Peut-on se soigner par la danse ? Depuis des millénaires, l’être humain a toujours dansé, se connectant ainsi à des énergies créatrices et transformatrices qui le guérissent.

En s’appuyant sur les fondements anthropologiques, sociologiques et sur l’histoire des religions, cet ouvrage montre les bénéfices de la danse et du rythme sur le corps et la psyché. Non seulement elle permet de réveiller nos forces vitales, mais aussi de réguler les désordres physiques, énergétiques, psychiques et sociaux.

Ainsi la danse représente un élément de réponse originale aux enjeux de notre temps. Elle peut nous aider à communier avec les sources profondes de notre être, pour réinventer une autre façon de vivre ensemble, et retrouver un juste équilibre corps esprit que notre culture occidentale dualiste a indûment séparés. L’expérience de la danse fait comprendre qu’ils ne font qu’un, et que l’Homme fait partie de l’univers…

Lors de l’inauguration du musée d’art contemporain en 1982, puis de sa réouverture et de sa transformation en LAAC en 2005, Daniel Abadie, témoin vivant de plusieurs générations d’artistes, était là. Pour lui, le LAAC est un musée né de la passion de Gilbert Delaine, semblable à celle qui anime les artistes, en dehors de toute mode, critique ou loi du marché. D’où son vif intérêt à imaginer une exposition comme Un autre œil.

Pour ce projet qui sera montré sur trois lieux consécutifs – au LAAC à Dunkerque, au musée Saint Roch d’Issoudun et enfin au musée de l’Abbaye Sainte Croix des Sables-d’Olonne – Daniel Abadie a choisi près de 150 œuvres rarement montrées, voire inédites qui renouvellent notre regard sur les mouvements artistiques et leur filiation tout en faisant écho à la collection.
Tout est né d’un choc qu’il a ressenti en 1991 à l’Albright-Knox Museum de Buffalo, aux États-Unis, face à trois peintures de 1913, fondamentalement différentes : de Vassily Kandinsky, Fernand Léger et Robert Delaunay. Il comprend alors que ce qui relie les peintres d’une génération est la leçon qu’ils tirent de leurs prédécesseurs : chacun répondant à sa manière aux questions laissées par la génération précédente. C’est la différence des propositions qui fait cohabiter, dans la peinture du XXe siècle, devenue aujourd’hui historique, des mouvements apparemment incompatibles.
L’exposition souligne est ainsi conçue autour de ce paradoxe.

Un autre œil commence après la Seconde Guerre mondiale, en cohérence avec la collection du LAAC, en évoquant les problématiques du début du XXe siècle. L’exposition montre comment les approches successives forment au-delà de leur contradictions apparentes des unités inattendues. Elle tisse des liens entre les problématiques posées et les réponses trouvées, offrant ainsi une lecture nouvelle de ce siècle passé qui nous est si proche. Elle dévoile à quel point, entre incertitudes, débats et contradictions, chaque génération réagit, répercute, résiste ou poursuit la recherche de ses prédécesseurs.

Le patient « bon et docile » n’existe plus. Désormais, le sujet contemporain entend devenir agent de sa santé et refuse de se laisser enfermer dans une simple relation soignant-soigné, vécue sur un mode passif, jusque dans la demande de disposer de son corps. Il s’informe, revendique des droits et entend le faire savoir. En France, la loi dite Kouchner lui garantit, depuis 2002, le droit à accéder à son dossier médical et le devoir des médecins de rechercher le consentement aux soins, tandis que les associations de malades alimentent les forums des sites d’information sur leur vécu.

Un seul diagnostic ne suffit plus à notre patient qui recherche des solutions parfois moins conventionnelles, jugées plus en harmonie avec sa propre sensibilité et son vécu. Loin du simple bricolage thérapeutique ou de la pratique occasionnelle des médecines douces, cette tendance – que l’on peut qualifier d’autosanté – devient alors une expérience d’éducation corporelle et de transformation de soi. Le patient fait appel à des pratiques nouvelles, sources d’habitudes, de croyances psychologiques et d’un nouveau style de vie. Il n’est plus patient, mais agent de sa propre médecine, une médecine à la première personne.

La psychothérapie apparaît comme un phénomène récent. Ce serait une réponse aux souffrances de l’homme moderne occidental : malaise dans la civilisation, perte du sens de l’existence, délitement du lien social… C’est oublier que le « soin des âmes » était déjà une préoccupation à l’époque antique !
Cet ouvrage présente les fondements des psychothérapies. Il montre comment elles s’enracinent à la fois dans les courants philosophiques, l’évolution de la culture et les découvertes de la science sur la psychologie et le fonctionnement du cerveau humain.
• L’enracinement philosophique des pratiques psychothérapeutiques ;
• Les paradigmes psychanalytiques et existentiels ;
• Les paradigmes systémiques et cognitivistes ;
• L’éclairage des neurosciences.

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Qu’est-ce qui nous touche de plus près, de notre gloire ou de notre personne ?
Qu’est-ce qui nous est le plus précieux, de notre personne ou de nos richesses ?
Quel est le plus grand malheur, de les acquérir ou de les perdre ?
C’est pourquoi celui qui a de grandes passion est nécessairement exposé à de grands sacrifices.
Celui qui cache un riche trésor éprouve nécessairement de grandes pertes.
Celui qui sait se suffire est à l’abri du déshonneur.
Celui qui sait s’arrêter ne périclite jamais.
Il pourra subsister longtemps.