– 41 –

Quand les lettrés supérieurs ont entendu parler du Tao, ils le pratiquent avec zèle.
Quand les lettrés du second ordre ont entendu parler du Tao, tantôt ils le conservent, tantôt ils le perdent.
Quand les lettrés inférieurs ont entendu parler du Tao, ils le tournent en dérision. S’ils ne le tournaient pas en dérision, il ne mériterait pas le nom de Tao.
C’est pourquoi les Anciens disaient :
Celui qui a l’intelligence du Tao paraît enveloppé de ténèbres.
Celui qui est avancé dans le Tao ressemble à un homme arriéré.
Celui qui est à la hauteur du Tao ressemble à un homme vulgaire.
L’homme d’une vertu supérieure est comme une vallée.
L’homme d’une grande pureté est comme couvert d’opprobre.
L’homme d’un mérite immense paraît frappé d’incapacité.
L’homme d’une vertu solide semble dénué d’activité.
L’homme simple est vrai semble vil et dégradé.
C’est un grand carré dont on ne voit pas les angles ; un grand vase qui semble loin d’être achevé ; une grande voix dont le son est imperceptible ; une grand image dont on n’aperçoit point la forme.
Le Tao se cache et personne ne peut le nommer.
Il sait prêter (secours aux êtres) et les conduire à la perfection.

Capacité négative : l’expression vient de Keats. C’est la « qualité qui contribue à former un homme accompli lorsqu’il est capable d’être dans l’incertitude, les mystères, les doutes sans courir avec irritation après le fait et la raison ».

Être un embarras, être perdu, être impuissant – trois capacités négatives, éprouvées dans l’enfance, récusées plus tard de telle sorte que, contrairement à l’enfant, on ne vivra pas pour de bon, on fera semblant. Le plus singulier des essayistes britanniques actuels les fait revivre et montre à quel point elles fondent notre singularité.

Le Dictionnaire de la bêtise est considéré comme une des toutes premières recherches dans le domaine de la contre-culture. Désopilante autant qu’alarmante, la bêtise éternelle, qui existe en chacun de nous et qui par cela même fascinait Flaubert, a pris désormais sa vraie place encyclopédique.
Guy Bechtel est romancier et historien. Jean-Claude Carrière, son ami et complice de longue date, est aussi scénariste et auteur dramatique.

Guy Schoeller

Summer camp (5/5): Monte Verità, la célébration des corps d’une communauté pré-hippie

Au début du XXe siècle, une petite communauté pré-hippie s’installe sur les bords du lac Majeur. Elle va accueillir écrivains, peintres, musiciens ou danseuses dans une célébration naturaliste des corps.

https://www.lesinrocks.com/2012/08/26/arts/summer-camp-monte-verita-11288720/

– 39 –

Voici les choses qui jadis ont obtenu l’Unité.
Le ciel est pur parce qu’il a obtenu l’Unité.
La terre est en repos parce qu’elle a obtenu l’Unité.
Les esprits sont doués d’une intelligence divine parce qu’ils ont obtenu l’Unité.
Les vallées se remplissent parce qu’elles ont obtenu l’Unité.
Les dix mille êtres naissent parce qu’ils ont obtenu l’Unité.
Les princes et rois sont les modèles du monde parce qu’ils ont obtenu l’Unité.
Voilà ce que l’unité produit.
Si le ciel perdait sa pureté, il se dissoudrait ;
Si la terre perdait son repos, elle s’écroulerait ;
Si les esprits perdaient leur intelligence divine, ils s’anéantiraient ;
Si les vallées ne se remplissaient plus, elles se dessécheraient ;
Si les dix mille êtres ne naissaient plus, ils s’éteindraient ;
Si les princes et les rois s’enorgueillissaient de leur noblesse et de leur élévation, et cessaient d’être les modèles (du monde), ils seraient renversés.
C’est pourquoi les nobles regardent la roture comme leur origine ; les hommes élevés regardent la bassesse de la condition comme leur premier fondement.
De là vient que les princes et les rois s’appellent eux-mêmes orphelins, hommes de peu de mérite, hommes dénués de vertu.
Ne montrent-ils pas par là qu’ils regardent la roture comme leur véritable origine ? Et ils ont raison !
C’est pourquoi si vous décomposez un char, vous n’avez plus de char.
(Le sage) ne veut pas être estimé comme le jade, ni méprisé comme la pierre.

Dans une lettre à Stefan Zweig datée de février 1931, Freud écrit que « le procédé de la libre association paraît à beaucoup l’innovation la plus remarquable de la psychanalyse, et est la clef méthodologique de ses résultats ». Pourtant, à cette date tardive, le « dire ce qui vient » de la règle fondamentale avait depuis longtemps conduit Freud à faire de l’actualisation transférentielle l’axe du processus de la cure. La dimension vécue, relationnelle de son expérience subjective, l’élaboration du contre-transfert qu’elle impliquait devaient assurer à l’interprétation sa portée transformatrice. Mais l’aventure du transfert tendait à subvertir la fonction tierce initialement dévolue à une règle que son registre objectivant, explicitement méthodologique, semblait reléguer au second plan. Pour Freud, cependant, l’association libre restait garante du principe contra-suggestif de sa méthode. Dans le cadre contraignant et séducteur de la situation analysante, le jeu analytique veut que la libre parole croise l’exigence que le transfert se dise, qu’un transfert sur la parole la fasse porteuse du désir et du renoncement.
Après Le divan bien tempéré (1995) et La situation analysante (2005), Jean-Luc Donnet poursuit ici son exploration du site analytique.

UN MUSÉE DE COLOMBIE EXPOSE SES NUS AUX NUDISTES

Un musée de Colombie, consacré à un artiste peintre local connu pour ses tableaux de nus, a ouvert spécialement ses portes aux nudistes, qui durant le weekend ont pu admirer ces oeuvres d’art sans avoir à porter le moindre vêtement.

https://www.capital.fr/lifestyle/un-musee-de-colombie-expose-ses-nus-aux-nudistes-1313419

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Les hommes d’une vertu supérieure ignorent leur vertu ; c’est pourquoi ils ont de la vertu.
Les hommes d’une vertu inférieure n’oublient pas leur vertu ; c’est pourquoi ils n’ont pas de vertu.
Les hommes d’une vertu supérieure la pratiquent sans y songer.
Les hommes d’une vertu inférieure la pratiquent avec intention.
Les hommes d’une humanité supérieure la pratiquent sans y songer.
Les hommes d’une équité supérieure la pratiquent avec intention.
Les hommes d’une urbanité supérieure la pratiquent et personne n’y répond ; alors ils emploient la violence pour qu’on les paye de retour.
C’est pourquoi l’on a de la vertu après avoir perdu le Tao ; de l’humanité après avoir perdu la vertu ; de l’équité après avoir perdu l’humanité ; de l’urbanité après avoir perdu l’équité.
L’urbanité n’est que l’écorce de la droiture et de la sincérité ; c’est la source du désordre.
Le faux savoir n’est que la fleur du Tao et le principe de l’ignorance.
C’est pourquoi un grand homme s’attache au solide et laisse le superficiel.
Il estime le fruit et laisse la fleur.
C’est pourquoi il rejette l’une et adopte l’autre.

Sandor Ferenczi (1873-1933) a été à l’origine d’idées nouvelles sur la régression, le transfert, le traumatisme et la pratique analytique. Son œuvre fait émerger des questions cliniques essentielles toujours actuelles. Elle nous confronte aux impensés à l’origine de la psychanalyse.
Hélène Oppenheim-Gluckman nous convie à une lecture de l’œuvre de Ferenczi qui retrace l’évolution de sa pensée et les questions cliniques qu’il travaille sans relâche. Elle examine avec précisions les enjeux des controverses entre Freud et Ferenczi.

Scène de la colonie du Monte Verità – Revue Initiales n° 4, septembre 2014

Présentation
Monte Verità revisité, constellé, réinitialisé

Après George Maciunas, John Baldessari et Marguerite Duras, c’est à une expérience collective et à un lieu que s’intéresse en 2014 la revue Initiales avec cette quatrième livraison dédiée à Monte Verità.

Une communauté à géométrie variable à laquelle théoriciens et artistes donneront corps à travers les 130 pages de cette revue d’art et de recherche « rétro-prospective ».

Initiales M.V. pour Monte Verità, du nom de cette colline du canton du Tessin en Suisse où s’implanta, en 1900 et jusqu’à la fin de la Première guerre mondiale, une communauté d’artistes et anarchistes pré-hippie.
Un collectif donc, à rebours du travail de décryptage d’une figure unique, puisqu’ici, de l’écrivain Herman Hesse au psychanalyste Otto Gross, en passant par Dalcroze et Laban, deux théoriciens de l’art chorégraphique, les danseuses Mary Wigman et Isadora Duncan ou encore l’économiste Max Weber, c’est toute une galerie de portraits qui s’offre à nous. Et autant de personnalités diverses, réunies temporairement, le temps d’un projet qui connaîtra ses heures de gloire avant une descente aux enfers parfois mal interprétée.
Autre enjeu majeur pour cette revue d’art et de recherche qu’est la revue Initiales, la disparition relative de cet épisode qui échappa longtemps aux radars de l’histoire de l’art, jusqu’à sa redécouverte, à la fin des années 1970, par le commissaire d’exposition Harald Szeemann. Et donc une réflexion plus générale sur la question et la matérialité de l’archive. Installé à Tegna, à quelques kilomètres de Monte Verità, Szeemann fondera successivement, en 1978, 1983 et 1987, trois musées documentant les vestiges de l’ancienne communauté – dont l’un d’entre eux, construit sur le site de l’ancienne Casa Anatta accueille depuis 1981 l’exposition permanente « Les Mamelles de la vérité ». Curateur et théoricien culte, Harald Szeemann sera l’une des figures à hanter ce projet éditorial. Le contexte politique, économique et idéologique de cette période, qui présente bien des similitudes avec notre époque, constituera également un angle de lecture.
De nombreux artistes d’aujourd’hui enfin, de Kaye Donachie à Nico Vascellari en passant par David Evrard, Lola González, Gaëlle Cintré ou Romana Schmalisch viendront également émailler ce quatrième numéro.

– 37 –

Le Tao pratique constamment le non-agir et (pourtant) il n’y a rien qu’il ne fasse.
Si les rois et les vassaux peuvent le conserver, tous les êtres se convertiront.
Si, une fois convertis, ils veulent encore se mettre en mouvement, je les contiendrai à l’aide de l’être simple qui n’a pas de nom (c’est-à-dire le Tao).
L’être simple qui n’a pas de nom, il ne faut pas même le désirer.
L’absence de désirs procure la quiétude.
Alors l’empire se rectifie de lui-même.

Pourquoi le maniement du transfert est-il si difficile ?  Pourquoi rechigne-t-on tant à explorer le contre-transfert ? Freud avait-il raison de nous mettre en garde contre les dangers  “radioactifs” du transfert ?

Ce recueil, constitué de sept essais du grand psychanalyste argentin León Grinberg, offre une réflexion précieuse sur l’un des phénomènes les plus délicats de la technique analytique : le transfert et le contre-transfert. Ces travaux, déjà largement reconnus sur un plan international, sont parus en espagnol ou en anglais dans différentes revues entre 1956 et 1995 ; leur traduction en français est maintenant chose faite. Rédigé dans un langage technique mais facile d’accès, ce livre reprend aussi bien les textes pionniers de l’auteur sur le sujet que des articles de synthèse plus tardifs, suivis d’un texte rétrospectif où Grinberg questionne les fils conducteurs de son parcours de clinicien et de théoricien.

Ouvrage indispensable à l’analyste en formation, il ne manquera pas d’intéresser également, pour son importance historique et critique, les analystes les plus aguerris.

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Lorsqu’une créature est sur le point de se contracter, (on reconnaît) avec certitude que dans l’origine elle a eu de l’expansion.
Est-elle sur le point de s’affaiblir, (on reconnaît) avec certitude que dans l’origine elle a eu de la force.
Est-elle sur le point de dépérir, (on reconnaît) avec certitude que dans l’origine elle a eu de la splendeur.
Est-elle sur le point d’être dépouillée de tout, (on reconnaît) avec certitude que dans l’origine elle a été comblée de dons.
Cela s’appelle (une doctrine à la fois) cachée et éclatante.
Ce qui est mou triomphe de ce qui est dur ; ce qui est faible triomphe de ce qui est fort.
Le poisson ne doit point quitter les abîmes ; l’arme acérée du royaume ne doit pas être montrée au peuple.

« Grandir, vieillir ; mais également l’indifférence qui se creuse, jour après jour, entre les anciens amants, sans même qu’ils s’en aperçoivent ; comme aussi les Révolutions se renversant, sans crier gare, en privilèges, ou bien le réchauffement de la planète : autant de modifications qui ne cessent de se produire ouvertement devant nous, mais si continûment et de façon globale, de sorte qu’on ne les perçoit pas. Mais on en constate soudain le résultat – qui nous revient en plein visage. Or si cette transformation continue nous échappe, c’est sans doute que l’outil de la philosophie grecque, pensant en termes de formes déterminées, échouait à capter cette indéterminable de la transition. De là l’intérêt à passer par la pensée chinoise pour prêter attention à ce même : celui de « transformations silencieuses » qui, sous le sonore de l’événement, rendent compte de la fluidité de la vie et éclairent les maturations de l’Histoire tout autant que de la Nature. De notion descriptive, on pourra alors en faire un concept de la conduite, stratégique comme aussi politique: face à la pensée du but et du plan, qui a tant obsédé l’Occident, s’y découvre l’art d’infléchir les situations sans alerter, d’autant plus efficace qu’il est discret. »

François Jullien

Une colline dominant Ascona et le lac Majeur est devenue dès 1900 un haut lieu de la liberté de pensée et de vie. A Monte Verità le jaillissement des esprits fut proprement stupéfiant à un moment où en Europe les interrogations sur un mode de vie alternatif et les condamnations de la société industrielle se faisaient pressantes: recherches croisées et innovations dans tous les arts, ardeur réformatrice jusqu’à la libération des corps et du sexe, ascétisme végétarien, valeurs opposées à la morale bourgeoise dans une succession de groupes et de courants d’idées, chorégraphes d’avant-garde, révolutionnaires russes, Allemands en nombre comme dans une banlieue de Munich, vagabonds-prophètes inspirant Hermann Hesse, chercheurs de grand renom réunis autour de Carl Gustav Jung, historiens des religions tel Mircea Eliade ou inspirateurs futurs du New Age rapprochant l’Orient et l’Occident. Il n’existait pas de livre en langue française pour décrire l’un des feux d’artifice les plus étonnants du 20e siècle. Le voici, dans une approche nouvelle et contemporaine des pouvoirs d’un lieu.

Extrait de la préface à la deuxième édition :

Dans cette nouvelle édition du Dictionnaire freudien il importait d’abord de corriger les inévitables erreurs, artefacts et fautes d’impression, de mettre à jour les références des nouveaux volumes parus aux OCF. Il fallait aussi, prenant du recul, réévaluer l’ensemble en appréciant ce qui devait être amélioré : refondre certains textes, introduire des définitions qui, pour diverses raisons, s’étaient trouvées écartées.

Cinq articles sont refondus : « Construction-reconstruction », « Investissements », « Névrose obsessionnelle », « Paranoïa », « Sublimation ». Deux ont été remplacés : « Inconscient » par « Inconscient, préconscient, conscient », et « Motricité-motilité » par « Motilité, motricité, décharge motrice ». Neuf sont ajoutés : « Animisme », « Biologie », « Civilisation et société », « Croyance, religion », « Détresses », « Inquiétante étrangeté », « Principe de constance », « Psychanalyse appliquée », « Réaction thérapeutique négative ».

– 35 –

Le saint garde la grande image (le Tao), et tous les peuples de l’empire accourent à lui.
Ils accourent, et il ne leur fait point de mal ; il leur procure la paix, le calme et la quiétude.
La musique et les mets exquis retiennent l’étranger qui passe.
Mais lorsque le Tao sort de notre bouche, il est fade et sans saveur.
On le regarde et l’on ne peut le voir ; on l’écoute et l’on ne peut l’entendre ; on l’emploie et l’on ne peut l’épuiser.

– 34 –

Le Tao s’étend partout ; il peut aller à gauche comme à droite.
Tous les êtres comptent sur lui pour naître, et il ne les repousse point.
Quand ses mérites sont accomplis, il ne se les attribue point.
Il aime et nourrit tous les êtres, et ne se regarde pas comme leur maître.
Il est constamment sans désirs : on peut l’appeler petit.
Tous les êtres se soumettent à lui, et il ne se regarde pas comme leur maître : on peut l’appeler grand.
De là vient que, jusqu’à la fin de sa vie, le saint homme ne s’estime pas grand.
C’est pourquoi il peut accomplir de grandes choses.

Face à la multiplication des savoirs qui prennent désormais pour objet l’individu et son rapport à soi – de la sociologie à la psychanalyse en passant par les sciences cognitives, la philosophie ou la spiritualité –, il est devenu difficile de savoir de quoi il est réellement question quand on parle de « connaissance de soi ».

Dans un monde en changements constants où l’esprit humain est sans cesse sollicité par ce qui se passe « à l’extérieur », où la connaissance tend à être supplantée par la communication, quelle(s) signification(s) peut prendre la connaissance de soi ? Comment concilier le vivre-au-monde avec cette quête intérieure ? C’est cette question que l’édition 2012 de la Journée de la solidarité humaine se proposait de clarifier en se plaçant au carrefour des savoirs et des disciplines.

Que s’agit-il de connaître en soi ou de soi ? Le « moi » renvoie-t-il à une réalité, ou à un projet ? Et pourquoi, d’ailleurs, chercher à se connaître ?

Philosophie, psychologie et spiritualité ont souvent divergé sur les modalités d’une telle connaissance et les méthodes qui permettent d’y parvenir : approches plus ou moins théoriques ou pratiques, rationnelles ou intuitives, dans la solitude de soi avec soi ou dans la relation avec autrui, par référence à une transcendance ou pas…

De ce foisonnement, peut-on dégager certaines lignes de force et, surtout, des approches concrètes qui permettraient à chacun, aujourd’hui et maintenant, de s’engager à son tour dans cette aventure qu’est la connaissance de soi ?