Dans ce livre bref mais aussi fulgurant qu’un  manifeste, Christopher Bollas s’efforce de penser ce “Moment freudien” qui a vu naître la psychanalyse et qui a répondu, selon lui, à une nécessité inscrite dans l’humanité depuis que l’homme a raconté son premier rêve. Soutenant que nous n’avons pas encore fait complètement le tour de l’importante découverte de Freud, il regrette que la psychanalyse n’ait pas été menée à ses dernières conséquences, restant souvent un appendice d’autres disciplines comme la psychologie ou la psychiatrie. En critiquant le rôle paralysant et le sectarisme mortifère des institutions et des écoles psychanalytiques (“Nous passons trop souvent sous silence la corruption et les comportements destructeurs à l’œuvre chez les analystes et au sein des groupes analytiques”), il plaide pour une approche pluraliste des différentes théories analytiques et pour une réelle ouverture d’esprit, capables de donner toute son ampleur à cette pratique qu’il considère comme l’un des grands acquis de l’humanité.

Vincenzo Bonaminio, membre de la Société psychanalytique italienne et professeur à La Sapienza, à Rome, a collaboré à l’ouvrage, en menant les entretiens avec l’auteur. (L’ouvrage est constitué de deux longs entretiens avec V. Bonaminio, suivis d’un recueil d’articles.)

Dire

Printemps 1981

Nouvelle Revue de Psychanalyse (n° 23), Gallimard

Jacques Roubaud, Dire la poésie
François Gantheret, Une parole qui parle d’elle-même
Michel Schneider, Dites-moi que je rêve
Joyce McDougall, Corps et métaphore
Masud Khan, Personne ne peut dire sa folie
Michel de M’Uzan, Dernières paroles
Michel Gribinski, L’avenir des mots
John Forrester, Du sublime au ridicule
Christian David, Si quelqu’un parle, il fait clair
Michel Deguy, Figurer le rythme, rythmer la figure
Liliane Abensour, Transe et transcription poétique
Herbert Read, Mythe, rêve et poésie
Annie Anzieu, Rencontres
Octave Mannoni, Le langage ésopique
Francis Pasche, Poésie et vérité dans la cure
Daniel Widlöcher, L’interprétation entre guillemets
Pierre Fédida, Ouvrir la parole
Jean Starobinski, Dire l’amour

Il est dit d’André Green qu’  » il est le plus grand psychanalyste vivant « , voire que, dans l’après-Freud, il est celui qui véritablement a repensé l’œuvre freudienne dans son ensemble, la complétant avec des notions révolutionnaires telles que travail de négatif ou narcissisme de mort, pour ne citer que les plus connues. En la relançant ainsi vers des espaces que Freud n’eût pas le temps d’explorer, A. Green confère à la pensée psychanalytique contemporaine l’ampleur nécessaire lui permettant enfin d’accéder à certaines pathologies jusqu’à alors rebelles à tout traitement et cause de tant d’échecs de la cure analytique.
Mais, de par son étendue, l’œuvre greenienne aborde également d’autres domaines du savoir de l’homme. C’est pourquoi, participent à cet ouvrage en l’honneur d’André Green et en hommage à son œuvre, aux côtés d’une pléiade de personnalités psychanalytiques du monde entier, des éminents spécialistes des disciplines ayant un lien avec la psychanalyse. Son fil conducteur, la notion de limites, a été choisi pour la double raison qu’elle représente l’un des objets d’étude principaux d’A. Green, et que toute la problématique de l’homme contemporain tourne autour de la quête d’un dépassement des limites, qu’il s’agisse de celles de l’information, de la science ou des arts. Ce livre, qui marquera sans doute une date, est un rendez-vous entre les participants d’une part, plus de soixante-dix, et avec le lecteur d’autre part en vue de s’atteler à la tâche de Penser les limites de la vie psychique, comme de toute discipline et, plus largement, de la pensée de l’homme.

© Mélanie Gribinski

Cette petite fille qui va à la gare avec son père et sa mère prendre le train pour la première fois, on la fait monter difficilement, on l’installe, on abaisse la tablette, on lui donne des jouets, un livre, le train démarre, roule. Tout d’un coup la petite fille s’affole : « Où est le train ? » La mère lui dit « Ben, il est là, nous sommes dedans. » La petite fille dit : « Non, je veux descendre, où est le train ? » Alors à ce moment-là que se passe-t-il ? En général le père ou la mère donne une paire de gifle en disant « tais-toi » pendant que l’autre prend un air penaud d’avoir un enfant aussi sot. Quelque fois un voyageur avisé va prendre l’enfant par la main, la ramener jusqu’à la portière et lui fait faire à rebours tout le trajet de la portière au compartiment en l’accompagnant d’une présence attentive. Hé bien ce voyageur avisé c’est un peu le psychanalyste et les mains dont il se sert ce sont des mots.

Didier Anzieu, Bienfaits et méfaits de la psychanalyse, émission Apostrophe, 18 mars 1977

« Dictionnaire freudien » parce que, de même que l’inconscient est une découverte de Freud, la psychanalyse est sa création : ainsi, tous les concepts qui s’y rencontrent sont, de fait, des concepts freudiens ; ils s’y fondent et s’en inspirent, fussent-ils d’apparition récente.
« Être un outil » est la raison de ce dictionnaire ; un outil « universel » — au sens où il peut y avoir une clef ou une pince « universelle » — utilisable pour des tâches aussi simples que de retrouver une référence de Freud, aussi complexes que de préparer un livre qui en appelle à tel et tel de ses concepts; d’usage aisé pour l’analyste expérimenté comme pour l’étudiant débutant, voir le lecteur curieux. C’est pourquoi les différentes parties de chaque article (la définition proprement dite ; une mise en situation historique, linguistique et culturelle ; le suivi attentif de la notion dans le texte freudien ; les questions et enjeux qu’elle peut susciter) sont immédiatement repérables par leurs présentations distinctes. Les passages des textes de Freud évoqués (et bien évidemment les citations) sont référés en notes, avec précision, leurs paginations données dans l’édition française « commune », dans les Œuvres complètes de Freud en français, et dans le texte allemand des Gesammelte Werke — avec la volonté de fournir à l’usager du dictionnaire des repères clairs et précis.
Le corpus freudien est extraordinairement riche ; il est surtout évolutif, fait de remises en questions et d’incertitudes avouées, de repentirs et d’intuitions, de corrections soudaines ou graduelles des assertions premières, d’élans inspirés porteurs de conceptions inattendues pouvant parfois, aujourd’hui encore, paraître confondantes. Reprenant pas à pas ce corpus, de notion en concept, ce dictionnaire offre une occasion de redécouvrir la pensée de Freud — voire, au gré de chacun et pour lui-même, de la réinventer.

Véritable somme encyclopédique des techniques psychanalytiques, expliquées, commentées et resituées dans leur contexte théorique, ce livre, issu d’un enseignement donné pendant quarante ans, offre au lecteur une vue complète de toutes les pratiques psychanalytiques. Sigmund Freud, Anna Freud, Melanie Klein, Jacques Lacan ou Donald W. Winnicott : toutes les grandes figures de la psychanalyse sont ici présentées de manière à faire comprendre au lecteur les spécificités de leur technique. Aucun ouvrage de cette envergure n’avait été publié depuis celui d’Edward Glover en 1928.
Les différents thèmes y sont exposés selon une méthodologie historique, en observant comment surgissent et se développent les concepts, comment se nouent et se précisent les idées – comment aussi, parfois, elle s’estompent et se confondent.

Persuadé que la défense obstinée des idées reçues tient davantage à l’ignorance qu’à l’enthousiasme, l’auteur a tenu à s’éloigner des opinions extrêmes comme de l’éclectisme complaisant ou l’intransigeance des positions partisanes. Il en résulte un livre qui résume une longue expérience et qui sera utile à la réflexion des analystes, des étudiants et de tous ceux qu’intéresse l’univers psychanalytique.

Si ce livre peut avoir un certain mérite, c’est dans la mesure où il aidera l’analyste à trouver sa propre voie, à être cohérent avec lui-même.

R. Horacio Etchegoyen

Cet art qu’est la psychanalyse est une introduction indispensable à la théorie et à la clinique d’un des psychanalystes les plus éminents de notre époque. C’est à travers l’exploration (clinique, surtout) du rôle du rêve dans le monde psychologique que Thomas Ogden nous offre ici une approche novatrice de la psychanalyse contemporaine.
Revenant sur les travaux de Freud, Klein, Winnicott et particulièrement inspiré par Bion, l’auteur développe l’idée que la souffrance psychique est une manifestation de l’échec de l’individu à rêver son expérience. Ses recherches sur le rôle d’un analyste qui, par le biais du transfert/contre-transfert, participerait à l’activité onirique du patient sont illustrées par le compte rendu élégant et très détaillé de sa clinique, proposant ainsi non seulement des perspectives inédites pour la pratique, mais aussi une façon différente d’aborder l’écriture analytique. Le chapitre sur ce qui est vrai dans une séance ou celui sur les valeurs qui guident sa conduite avec ses patients (l’éthique de l’analyste) sont à ce titre des exemples clairs et directs de sa conception de la position d’analyste. Loin de se borner à nous transmettre un ensemble de préceptes ou de techniques, Ogden raconte et explicite, à l’aide de nombreux exemples, une façon d’être avec les patients – avant tout, humanisée, présente, disponible, impliquée et généreuse.

La popularité de la psychanalyse, loin d’affermir son identité, semble en hâter la dissolution. De tous côtés on s’adresse à elle comme panacée des souffrances psychologiques, comme explication du comportement humain, comme clef pour l’étude de la société et de la culture. Il est facile de dénoncer ces excès, il est moins aisé de définir les limites d’une extension justifiée. Toute discipline scientifique est expansionniste par nature, mais une pratique thérapeutique doit mesurer ses possibilités. Ces contradictions rendent incertaine l’identité du psychanalyste. Quelles sont ses attributions, ses responsabilités ? Est-il toujours assuré de partager avec ses collègues la même expérience clinique ? Différences et divergences permettent-elles toujours un travail en commun ?

Cet index thématique permet aux lecteurs de suivre l’évolution de tel concept psychanalytique ou de telle notion non exclusivement psychanalytique, sur lesquels Freud a énoncé son point de vue. Cette troisième édition, revue, augmentée, et mise à jour, comprend 10 entrées supplémentaires, et de nombreuses modifications concernant les systèmes de renvois et les commentaires. Au total, 898 rubriques ont donc été retenues, soit parce qu’elles appartiennent en propre au corpus freudien, soit parce qu’elles seront celles auxquelles beaucoup d’usagers penseront lorsqu’ils voudront interroger les textes de Freud sur une question précise. Depuis la deuxième version achevée à la fin de l’année 2000, d’importants inédits sont parus en langue française, notamment des correspondances, ainsi que de nombreuses traductions nouvelles. Il est donné dans cet ouvrage les références éditoriales et les numéros respectifs des pages de l’ensemble des traductions disponibles en librairie.

Avec le mélange intime de fantaisie et d’autorité qui lui est propre et en allant au plus pressé, Michel de M’Uzan s’explique dans ce recueil sur la nouvelle théorie qu’il a élaborée au long de ses travaux et proposée à la psychanalyse. Il fait jouer son apport conceptuel sur fond de «fable» développementale, recherche une cohérence spatiale, temporelle et économique dans la théorie et chez le psychanalyste lui-même – cohérence dont il se moque avec une belle insouciance quand, par ailleurs, il avance en explorateur sur le territoire, incohérent par nature, des frontières changeantes de l’être. Et parfois, ces frontières donnent à voir des paysages qu’on ignorait. Quand le «jumeau paraphrénique» voyage en terra incognita sur les ailes de la «chimère»… L’inquiétude, là, est l’outil nécessaire à l’acte analytique.
Les textes, qui datent pour la plupart de ces dernières années et dont certains sont inédits, se poursuivent avec un Glossaire des notions de psychanalyse introduites ou critiquées par l’auteur – dû à la rigueur attentive de Murielle Gagnebin.

L’aventure commence pour de bon avec Franz Anton Mesmer àla fm du XVIIIe siècle. L’homme était assez fantasque, peu scrupuleux, odieux à son entourage. Et l’on a peine à imaginer aujourd’hui qu’un tel personnage ait pu convaincre tant de malades de la haute société de le rémunérer aussi largement pour être rassemblés autour d’un baquet rempli d’eau magnétisée, lui qui s’était aliéné la médecine officielle. Le secret de sa réussite? Il guérissait. Certes, pas tous ses patients, mais bon nombre d’entre eux au meilleur de sa carrière. Et si le baquet n’y était pas pour grand-chose – pas plus d’ailleurs que l’orme magnétisé autour duquel le marquis de Puységur, son disciple, soignera plus tard les paysans de Buzancy -, il contribua bel et bien à mettre en évidence que l’activité psychique échappe partiellement à la conscience et détermine le comportement des hommes à leur insu. Il faudra attendre un bon siècle d’expérimentation et de travaux théoriques contradictoires, bien éloignés de l’aristocratique baquet, pour que se mette en place le dispositif thérapeutique et théorique moderne, marqué par les figures de Sigmund Freud, Pierre Janet, Alfred Adler et Carl Gustav Jung. Mais il ne fait pas de doute que la psychanalyse, l’analyse psychologique, la psychologie individuelle et la psychologie analytique procèdent de la même histoire, et que celle-ci plonge ses racines au sièclé des Lumières.
C’est précisément cette histoire que raconte dans cet ouvrage pionnier, et aujourd’hui classique, Henri F. Ellenberger, médecin psychiatre et historien des sciences. Littérature, politique, philosophie, économie, vie sociale : tous les domaines de l’activité humaine sont ici sollicités pour mettre en situation l’aventure des explorateurs de l’inconscient, l’acharnement qu’ils durent souvent déployer pour vaincre l’incrédulité et la résistance des institutions en place, la fécondité de leurs erreurs, la portée intellectuelle et pratique de leurs découvertes.
Les voici en leur temps, blessés par les échecs, tout au plaisir de leurs succès, s’affrontant les uns les autres dans la plus extrême violence, mais unis par la gloire d’avoir contribué à alléger le fardeau moral des hommes.

Traduit de l’anglais par J. Feisthauer.
Présentation par Elisabeth Roudinesco.
Complément bibliographique par Olivier Husson.

Nouvelle édition entièrement revue et corrigée

« Dans les pages qui vont suivre j’apporterai la preuve qu’il existe une technique psychologique permettant d’interpréter des rêves et qu’avec l’application de ce procédé toute espèce de rêve se révèle être une création psychique chargée de sens qui doit être rangée à un endroit localisable dans le fonctionnement psychique actif de l’état de veille. J’essaierai en outre d’expliquer clairement les processus à l’origine du caractère étrange et inconnaissable du rêve, puis d’en tirer une conclusion rétrospective sur la nature des forces psychiques dont la coopération ou l’action antagonique provoque le rêve. Une fois parvenu à ce terme, mon exposé s’interrompra, dès lors qu’il aura atteint le point où le problème de l’activité onirique débouche dans des problèmes plus globaux, dont la solution doit par force être abordée sur la base d’un autre matériau. »

Sigmund Freud

La force d’attraction

Trois essais : le premier porte sur le rêve, ou plutôt le « rêver », à partir d’un roman insolite ; le second sur le transfert, ou plutôt les transferts, à partir de Freud ; le troisième, à partir d’une expérience personnelle, sur l’attrait qu’exerce les mots.

Trois figures de l’altérité, de notre étranger intime, qui disent la force d’attraction qu’exerce sur nous la chose même, à jamais hors d’atteinte.

Ce livre pourrait avoir pour épigraphe le conseil donné jadis par le peintre Caspar David Friedrich : « Clos ton œil physique afin de voir d’abord avec l’œil de l’esprit. Ensuite fais monter au jour ce que tu as vu dans la nuit. »

J.-B. Pontalis (1924-2013)

Psychanalyste, écrivain, éditeur, il a reçu le grand prix de littérature de l’Académie française en 2011 pour l’ensemble de son œuvre.

La pulsion de mort est un concept métapsychologique tardif dans l’oeuvre de Freud. Ses successeurs l’ont utilisé depuis dans des sens très différents. Tantôt il a été réduit à l’automatisme de répétition, tantôt à l’agressivité. Il apparaissait opportun que des psychanalystes d’inspirations diverses confrontent leurs vues et établissent les points d’accord et les raisons des divergences. La Fédération européenne de Psychanalyse, fidèle à sa vocation de lieu d’échange entre psychanalystes de cultures et de langues différentes, a organisé un débat entre cliniciens sur cette question. Des rapports introductifs avaient été préparés à cet effet ; ce sont eux et le compte rendu du panel qui a réuni les rapporteurs qui sont ici présentés.

Depuis que Freud s’est autoproclamé « archéologue de l’âme » dans les Études sur l’hystérie en 1895, les débats sur l’originaire et l’archaïque sont, en plein ou en creux, constitutifs de la psychanalyse elle-même comme science de l’origine.

Aujourd’hui, les discussions à ce sujet ne laissent jamais indifférente la communauté des analystes. De fait, l’ambition résolument matricielle de ces deux termes est une valeur sûre pour convoquer la complexité mouvante et évolutive de la rencontre transféro/contre-transférentielle.
Cette attractivité s’enracine dans le fort magnétisme de l’énigme des commencements dont l’originaire et l’archaïque sont animés. Ce pouvoir s’étend des délices brûlantes de la séduction aux affres de la répulsion. La fascination, en tout cas, y est dominante, avec ses vertus mobilisatrices et ses vertiges régressifs.
Cette publication des « Monographies et débats de psychanalyse » se propose d’explorer bien distinctement l’originaire et l’archaïque à l’abri des réductions caricaturales et en cernant l’essentiel : les promesses de l’exploration attentive de leurs récurrences polymorphes et insistantes dans la clinique quotidienne.

– Un psychanalyste apathique, c’est un psy qui somnole ?
– Non, c’est quelqu’un qui ne se laisse pas prendre par le pathos.
– Il est indifférent – ce n’est pas mieux.
– Non : il est engagé ! Mais il ne se laisse pas faire par les bons sentiments.
– Tiens, certains se laissent faire ? Qui ?
– Les psychanalystes empathiques. Que ne sont pas les apathiques.
– Je vois. C’est mal, d’être empathique.
– Quand cela permet d’en finir avec la scientificité. L’inconvenance et le mordant de la découverte freudienne sont menacés par une conception anglosaxonne molle du postmoderne.
– C’est grave d’être un patient postmoderne ?
– Cela veut dire que l’on a un psychanalyste postmoderne. Il s’occupera de votre identité ; il s’occupera des traumas de votre « environnement précoce » (langue de bois pour parler de l’enfance) ; il s’occupera de votre unité. Mais que fera-t-il du scandale psychique qui vous fait vivre, et va du sexuel à la création ?

 » Moi qui ne suis ni philosophe, ni psychologue, mais seulement Favez… Je parle comme un paysan qui rentre de ses champs « . C’est dire que derrière les grands débats théoriques, les scissions dramatiques et spectaculaires des chapelles se renvoyant l’anathème, on découvre un praticien à la recherche du véritable sens de l’analyse, dans sa pratique d’artisan qui redoutait d’être entraîné dans les  » grandes surfaces  » psychanalytiques de notre temps.

« Pour comprendre la psychanalyse, écrivait Freud en 1922, le mieux est encore de s’attacher à sa genèse et à son développement. » C’est ce principe d’un dialogue constant entre les origines de la découverte freudienne et son évolution que les auteurs de ce Dictionnaire ont adopté. Leur but est de permettre aux lecteurs d’aujourd’hui de découvrir ou de parcourir l’oeuvre de Freud en suivant la manière dont elle s’est forgée et développée.
Ce Dictionnaire, le premier du genre, revient sur les sources de la psychanalyse de Freud, tout en montrant comment son invention s’inscrit à la croisée de plusieurs traditions. Il s’attache aussi à envisager l’entreprise freudienne en fonction de son héritage et de sa postérité. Il évoque enfin ses échanges avec tous les domaines de réflexion et de création qu’elle n’a cessé de côtoyer (philosophie, littérature, anthropologie, histoire). Ainsi, ce Dictionnaire témoigne de la vitalité d’une oeuvre qui demeure parmi les plus considérables de l’histoire de la pensée.
Soixante-quinze spécialistes de Freud, internationaux et français, associés à des universitaires issus du domaine de la psychanalyse autant que des champs multiples des sciences humaines, explorent l’univers freudien selon une approche renouvelée et diversifiée. Ils offrent autant de points de repère et d’analyses approfondies qui permettent d’en avoir une vision d’ensemble et de le rendre accessible au plus grand nombre.

Freud considérait que le complexe d’Œdipe était au cœur de la clinique des névroses et y voyait un fondement décisif de la société. Mais aujourd’hui l’Œdipe se révèle-t-il toujours aussi scandaleux ou bien devient-il une référence banalisée dans notre culture ? Cette monographie se propose de réinterroger l’universalité et l’actualité du complexe d’Œdipe, à travers ses déclinaisons dans le fonctionnement psychique, dans la clinique contemporaine et dans la culture.


Une théorie générale du transfert est ici mise en place. Le contre-transfert y figure en contrepoint et le plan de l’ouvrage reflète cette opposition dialectique. Par cette mise en place, le concept de transfert se dégage des « mécanismes » ou des « états » avec lesquels on s’efforce de le confondre : introjection, projection, régression ; notions qui, par retour, se trouvent éclairées d’être ainsi distinguées du transfert. Leur origine commune s’y révèle dans le concept de Psychème dont une première théorie est ici esquissée.
L’étude historique s’efforce de retrouver le sens freudien original du transfert et ouvre, par le canal de Maine de Biran, Ferenczi, Melanie Klein, le débat sur la réalité du transfert et de la réalité dans le transfert.
Plusieurs fragments d’analyses sont ici rapportés, qui éclairent le sens de ce quiproquo dans la dialectique de la cure. Les grands thèmes de la répétition, du langage et de la pensée s’y trouvent confrontés aux catégories classiques du transfert positif, négatif ou latéral – et débouchent sur une distinction nécessaire entre transfert direct et indirect.

À peine la psychanalyse était-elle inventée, à la fin du siècle dernier, que sa mort prochaine était annoncée (souhaitée ?). Alors où en est-on aujourd’hui, cent ans après sa naissance ?
Un chercheur venu du Québec a mené une enquête en profondeur au cours d’une série d’entretiens avec quelques analystes français dont il connaissait bien les travaux. Il les a interrogés en leur présentant un éventail de questions, celle que chacun peut légitimement se poser. Par exemple : Freud est-il dépassé ? Pourquoi la guerre entre psychanalystes – et les scissions et le babélisme ? Quelle est la spécificité de la psychanalyse française ? En quoi est-elle marquée par l’enseignement de Lacan ? La pulsion de mort, vous y croyez ? L’intervention de l’État, vous la redoutez ? Avez-vous quelque chose à nous dire sur la toxicomanie, la pédophilie, le racisme ? Le «divan» a-t-il un avenir ?
Les neuf analystes interrogés ne se sont pas dérobés. Chacun, avec cette liberté de ton que favorise l’échange oral, s’est aussi donné le temps de développer ses réponses. Elles sont divergentes mais chacune d’elles témoigne à sa manière que la psychanalyse, cent ans après, loin d’être moribonde, reste une jeune science. Menacée sans doute mais irremplaçable sous réserve qu’elle ne cesse d’affirmer la singularité, l’étrangeté de l’expérience qui la fonde.

La lecture critique de ses contemporains a sans nul doute constitué un des moteurs de la pensée d’André Green. En ce sens, Penser la psychanalyse… présente la constellation d’auteurs avec lesquels il a été en constant dialogue.
Constitué d’études exégétiques autour de certains travaux qui ont fait avancer la discipline, ce recueil, préparé par André Green lui-même en 2011, met également en évidence le contexte intellectuel fertile qui a accueilli sa pensée.

L’examen de l’œuvre de W. R. Bion, sous l’angle de la psyché primordiale, conduit à une réflexion sur le travail du négatif. La comparaison des travaux de Lacan et de Winnicott souligne leur évolution distincte et fait ressortir les sources théoriques extra-psychanalytiques du premier, et celles, puisées dans la clinique des limites, du second. Une remarquable enquête sur l’ontologie winnicottienne met la notion d’être à l’épreuve des concepts-clé de créativité, destructivité et sexualité.

Peut-être est-ce là, parmi les textes consacrés à un auteur, le plus inspiré de toute l’œuvre de Green. Point d’orgue historique : ce volume se clôt par une discussion de l’influence, sur Lacan, des théories de Lévi-Strauss et de Saussure. Qu’il s’agisse du sexual de Jean Laplanche, de l’originaire chez Piera Aulagnier, du penser chez Didier Anzieu ou de la relation d’inconnu de Guy Rosolato, ces notions et ces auteurs, commentés par Green, nous conduisent au cœur de la clinique contemporaine.

Quand un patient m’a dit un jour, jouant sur mon nom : « Vous êtes sale et je peux tout vous dire… », j’ai souri en moi-même et n’ai évidemment rien répondu. Mais cet homme, qui se décidait enfin à parler de « choses sales » me renvoyait sans le savoir à ma propre analyse, il y a des dizaines d’années.

Quelle que soit en effet la distance nécessaire à laquelle le psychanalyste est contraint pour le déroulement de la cure, il reste tributaire de son histoire personnelle, des malheurs, chagrins, blessures, des tragédies parfois qui l’ont marqué et des évènements qui continuent de l’affecter. On n’exerce pas ce métier par hasard, et chaque psychanalyste, avant de devenir le traducteur de l’inconscient a dû se confronter à l’épreuve de la cure, non seulement par obligation professionnelle mais en raison de sa propre souffrance.

Évidemment, le psychanalyste ne raconte pas sa vie à l’analysant même si celui-ci perçoit de nombreuses facettes de sa personnalité. En fin d’activité – ce qui est mon cas – ils sont fort rares à évoquer leur propre cheminement et leur constant effort d’introspection dans l’écoute de leurs patients. Seule la connaissance continue qu’il a de lui-même et la perception de la place qu’il occupe lui permettent d’affronter les enjeux passionnels de la cure.

C’est ce que j’ai tenté de faire dans ce texte qui est à la fois la mise à nu de ma propre analyse et la manière dont j’ai exercé ce métier avec ses réussites et ses échecs. Voilà ce que j’étais, voilà ce que je suis. Mon seul outil, c’est moi-même et la relation que je noue avec l’autre et qu’il noue avec moi.

J’ai écrit ce livre pour tous ceux – analysants ou non – qui veulent saisir le cœur de l’expérience analytique.

Cécile Sales est psychanalyste, elle a d’abord été membre du centre créé par Maud Mannoni, elle est maintenant proche des Ateliers de Psychanalyse.

Récemment, papa et moi (ces lignes sont d’Anna Freud) sommes tombés d’accord, dans une conversation, pour estimer que l’analyse n’est pas une affaire d’êtres humains, mais qu’on devrait être quelque chose de bien mieux – je ne sais toutefois pas quoi.

Or Anna et son père se trompaient. L’analyse est une affaire d’êtres tout à fait humains et l’analyste ne devrait pas être « quelque chose de bien mieux » qu’un être humain. Contrairement à ce que les médias ont complaisamment laissé entendre en 2011 lors du trentenaire de la mort de Lacan, le psychanalyste n’est pas un héros ni un saint, et l’ordinaire de l’analyse n’est pas une épiphanie – même si, en effet, le transfert peut en donner le sentiment ineffable.

Mais qu’est-ce qu’un psychanalyste (une psychanalyse) ordinaire ? L’ordinaire est-il suffisant ?

Le dispositif psychanalytique de groupe a introduit de nouvelles compétences pour le traitement des « cas difficiles » : enfants très gravement perturbés, certaines pathologies antisociales de l’adolescence, souffrances de l’addiction et séquelles traumatiques, patients adultes psychotiques. Il a aussi contribué à rendre possibles l’expérience et la connaissance de la formation de processus psychiques inconscients, inaccessibles autrement.

Cet ouvrage se propose d’analyser les principales propositions qui soutiennent la théorisation psychanalytique des petits groupes humains, en examinant les répercussions de ces propositions sur une théorie générale des processus psychiques inconscients, objet de la connaissance et de la pratique psychanalytiques.

Consacré à Sigmund Freud, ce Cahier présente un ensemble de textes rassemblés sur la base d’une idée simple et forte, énoncée en un « argument » préalablement soumis aux auteurs sollicités, et dont voici l’essentiel : La visée est de situer les déterminants et la portée de l’oeuvre de Freud dans la culture occidentale, compte tenu du recul dont nous disposons aujourd’hui.

La psychanalyse y est apparue comme un produit du 19ème siècle, née à la confluence d’influences culturelles, de mouvements scientifiques, de traditions philosophiques, de mouvements sociaux, etc., qui lui ont donné, via l’homme Freud, sa figure particulière. Cette oeuvre aura fortement contribué à modeler le siècle suivant. On se propose donc d’organiser ce volume sur le thème « Freud résonateur », par analogie avec le « résonateur » dispositif physique qui vibre en réponse à des actions du milieu, choisit et transforme ces vibrations selon des lois qui lui sont propres, et qui en retour fait vibrer son entourage selon de nouvelles fréquences. Cette métaphore est utile pour évaluer la vie et l’oeuvre d’un Sigmund Freud né en 1856 et à bien des égards produit du 19ème siècle, mort en 1939 au coeur d’un 20ème siècle qu’il aura puissamment contribué à modifier.

Cahier dirigé par Roger Perron et Sylvain Missonnier.

Henri Ellenberger, médecin, psychiatre, criminologue, est né en Afrique en 1905. Il a longtemps vécu en France et en Suisse puis il a passé quelques années aux États-Unis, à Topeka (Kansas), avant de s’établir au Canada, à la fin des années 1950. Il a enseigné à l’université McGill et à l’université de Montréal. Il est l’auteur de l’œuvre monumentale mondialement louée La découverte de l’inconscient (1970), résultat de vingt ans de travail, qui fait l’histoire des différentes interprétations de l’inconscient, depuis les temps les plus reculés jusqu’aux théories psychanalytiques du vingtième siècle. Chercheur irréprochable, il incarne le modèle du savant rigoureux, obstiné, intransigeant avec la vérité des faits. Grâce à ses enquêtes si minutieusement menées, il a ouvert nombre de chemins que les chercheurs ont non seulement empruntés mais encore prolongés pour pénétrer encore plus profondément dans la citadelle du savoir. Cette biographie le suit pas à pas sur trois continents, soucieuse de faire apparaître dans la lumière la plus juste et la plus nuancée la contribution du savant et la nature de l’homme.

La psychanalyse est d’abord une expérience clinique intime et les concepts qu’elle élabore ont un objet particulier : ressaisir les phénomènes spécifiques qui se déroulent dans l’espace singulier d’une cure, quand un patient parle et qu’un analyste l’écoute. C’est à cette dimension-là que s’attache ce glossaire : montrer en somme comment les analystes pensent avec les concepts qu’ils se donnent pour accompagner ceux qui leur confient un moment de leur vie intérieure.
Ceci n’est donc pas un dictionnaire ni un vocabulaire de psychanalyse, qui, comme tous ceux qui existent déjà, situerait les notions classiques dans l’appareil freudien et leur trajectoire dans les différents courants de pensée de la discipline. Au contraire. Chaque contribution, prenant appui sur un fragment de cure, illustre comment telle ou telle notion fait surgir des perspectives imprévues. Elle constitue ainsi un témoignage du travail de pensée qui prend sa source dans les concepts élaborés depuis Freud pour organiser la réflexion clinique au quotidien. Ce glossaire plonge le lecteur dans l’incessant va-et-vient qui, de la clinique à la théorie, conduit la réflexion de l’analyste.

« À moins de trente ans, J.-B. Pontalis a déjà vécu ou pensé dans l’intimité de trois hommes illustres considérés comme des maîtres dans leur discipline et leur temps, Louis Renault, Sartre, Lacan. Philosophe, psychanalyste, grand lecteur, éditeur. Et Écrivain. Tôt occupé par le bonheur et la douleur d’aimer, subjugué par le secret de fabrique du rêve, collectionneur des contrées de l’absence, traqueur d’obscurité, il se tient en sentinelle, à l’affût de chaque vacillement, de tout surgissement. Mieux encore qu’écrire, admirablement, il veut s’écrire. Il invente l’autobiographie, de brefs récits, comme autant de petits romans où la parole se trouve en se perdant, dans le désordre de la mémoire. »
Martine Bacherich.

Une légende tenace tient l’hystérie freudienne pour disparue – trop viennoise, trop misogyne, trop confuse. Christopher Bollas, témoin aux premières loges de l’épidémie de personnalités multiples aux États-Unis dans les années 1980, et de la diffusion incontrôlée du diagnostic d’état-limite, montre ici qu’il n’en est rien. Et pour en retrouver le sens et la raison, il puise chez les grands auteurs de la psychanalyse :  Fairbairn, Winnicott, Masud Khan, Lacan…
Cette hystérie profondément repensée n’est plus, comme chez Freud, centrée sur le père. Elle procède, en amont, des rapports des mères avec leurs tout-petits. Elle n’est pas plus féminine que masculine. On ne saurait enfin la
soigner sans faire part aux patients de la théorie qu’on s’en fait.
À l’appui de ses thèses audacieuses, Christopher Bollas livre ici une foule d’exemples cliniques, où la plume du clinicien trempe dans l’encrier du scénariste et du dramaturge.

Christopher Bollas est psychanalyste, membre de la Société psychanalytique britannique et des Instituts psychanalytiques de Los Angeles et de New York.  Théoricien original et engagé de plain pied dans les développements de la psychanalyse contemporaine, il est aujourd’hui l’un des auteurs psycha­nalytiques les plus lus en langue anglaise. Son ouvrage, Le Moment freudien, un véritable manifeste contre le sectarisme mortifère qui règne au sein de certaines institutions psychanalytiques a été publié par Ithaque en 2012.