Personnage central de l’histoire de la psychanalyse, Sándor Ferenczi (1873-1933) n’en reste pas moins encore en marge des auteurs classiques. Cette situation prolonge le malentendu qui a déchiré son compagnonnage avec Freud. Yves Lugrin pressent que ce malaise est l’écho de l’inaboutissement de l’analyse originelle, celle de Sigmund Freud.
Sándor Ferenczi est l’initiateur de la psychanalyse didactique, c’est-à-dire de la nécessité pour chaque psychanalyste d’avoir été analysant. Pour lui, la question, toujours actuelle, de devenir et de rester analyste est donc cruciale. Yves Lugrin montre que son dialogue inachevé avec Freud permet de comprendre la question, à jamais ouverte et combien contemporaine, de la transmission institutionnelle de la psychanalyse. Dialogue qui retrace aussi les péripéties et les rebondissements de la naissance de la psychanalyse, en s’appuyant sur les correspondances de Freud, Fliess, Jung, Ferenczi, Rank, Jones et Eitingon.

En septembre 1931, Sándor Ferenczi écrit à Freud : « J’étais et je suis encore plongé dans un difficile “travail de clarification” intérieur et extérieur, et aussi scientifique. » En mai 1932, Freud lui répond en évoquant « l’île des rêves où vous demeurez avec vos enfants fantasmatiques ». Ces deux remarques font référence aux quelque deux cents notes, presque toutes datées, que Ferenczi a rédigées entre 1930 et fin 1932, et que sa mort a interrompues.
C’est ce corpus que José Jiménez Avello étudie. Il en extrait la richesse et la pertinence du questionnement de l’analyste pour les développements futurs de la psychanalyse. Plus particulièrement, la remise en cause de la pulsion de mort (contre le pessimisme de Freud), la place accordée aux émotions de l’analyste (contre la neutralité et l’abstinence freudiennes), ainsi que l’ouverture à un contrôle possible du contre-transfert.
Mais ce qui retient aussi l’attention du lecteur, c’est l’originalité du projet de Ferenczi, le travail de la pensée qui cherche, qui s’interroge, qui tâtonne, l’extraordinaire liberté de ton et de parole où se mêlent l’analyse, la confidence et l’auto-analyse.

« Si nous plaçons l’inceste, donc la sexualité, comme plaisir des plaisirs nécessitant l’invention d’une règle des règles, la castration apparaît bien comme le régulateur indispensable de la sexualité non seulement pour la vie sociale mais pour la croyance de l’individu en sa propre survie terrestre, aussi longue que possible. […] Le sens de la castration est donc bien symbolique : pas seulement par sa face érotique en relation avec la mère incestueuse du complexe d’Œdipe, mais aussi par sa face meurtrière, vectrice du désir de faire mourir celui qui s’oppose à ce plaisir incestueux. La castration apparaît comme une mesure qui évite la vengeance du talion en punition du désir parricide. Non par mansuétude, mais parce que les raisons du meurtre peuvent être multipliées. […] La sexualité est donc ici reconnue dans sa double valeur : celle de la différence des sexes et celle du rapport de la génération, c’est-à-dire de la perpétuation de la vie. L’inceste et la mort sont réunis à travers le symbole négatif de la castration. »

L’ aphorisme de Lacan selon lequel le psychanalyste ne s’autorise que de lui-même a-t-il un sens véritable par rapport à ce qui conduit un homme à devenir psychanalyste L’accent mis sur l’ autorisation ne risque-t-il pas d’entraîner un gauchissement transgressif de la question Si de nombreux aspects de la théorie psychanalytique font aujourd’hui l’objet de travaux universitaires, ce qui constitue véritablement la psychanalyse et sa pratique ne s’enseigne pas ex cathedra : le devenir psychanalyste se fonde sur la transposition progressive d’une expérience personnelle de la psychanalyse, en tant que patient. Les dimensions de ce mouvement sont multiples et remettent en cause à tout moment les repères que le candidat analyste croyait avoir acquis : tout nouveau patient sollicite ses conflits personnels et le confronte à la nécessité d’inventer, de changer sans cesse, aidé ou gêné en cela par le contexte social et politique et… les idéologies de l’analyse. Plus que jamais, le caractère fondamentalement privé de cette démarche doit être souligné.

La réédition de cet ensemble d’articles de la Revue française de psychanalyse éclaire les aspects les plus essentiels de cette transmutation.

Il y a chez Freud des difficultés, des ambiguïtés, des contradictions. Paul Bercherie l’explique ainsi : Freud a construit non pas un, mais quatre modèles du fonctionnement psychique, et il n’a jamais abandonné l’un pour l’autre. Or, que montre également à l’auteur l’examen du champ actuel de la psychanalyse freudienne ? Qu’il y a quatre courants fondamentaux, qui se trouvent chacun structurés de fait autour de l’exploitation plus ou moins mutative de l’un des quatre modèles freudiens originaires. Qu’est-ce donc que cette métapsychologie qui encadre et sous-tend le développement éclaté de la psychanalyse moderne ? Ce livre propose une réponse, en examinant la Géographie du champs psychanalytique, de ses frontières avec la psychiatrie clinique à ses foyers centraux, où l’intervention des dispositifs et des théories suscite les objets du savoir analytique. Il restitue la place du désir (celui des fondateurs, celui de ceux qui décidèrent d’adhérer à leur démarche et à leur pensée) dans la création et les mutations de ce champ, de ses pratiques, de ses théories et ses cliniques. Après Les fondements de la clinique et Genèse des concepts freudiens, ses deux premiers livres devenus aujourd’hui des classiques, Paul Bercherie achève avec Géographie du champ psychanalytique l’exploration des fondements historiques et épistémologiques de la constitution d’une clinique du sujet.

Regroupant une vingtaine de textes, dont certains inédits, Guérir avec Freud révèle déjà par ce titre une orientation profondément clinique. Les différents problèmes posés par la technique psychanalytique – et plus particulièrement le rôle joué dans cette technique par les phénomènes de transfert et de contre-transfert – restent en effet au premier plan des préoccupations et des recherches de l’auteur.

Ce n’est pas un homme, c’est de la dynamite.
Pionnier de la psychanalyse, neurologue visionnaire, anarchiste et féministe radical, fondateur du « mouvement érotique », végétarien convaincu, écologiste avant l’heure et inspirateur des dadaïstes, Otto Gross (1877-1920) est une figure centrale de la modernité.
A Monte Verità, une colonie pré-hippie où se croisent Hermann Hesse, Isadora Duncan et le révolutionnaire Kropotkine, il est le gourou d’une jeunesse en quête de liberté sexuelle et de nature. Disciple rebelle de Sigmund Freud, il fait basculer le destin de Carl Gustav Jung qui le nomme son « frère jumeau » avant de le déclarer dément.
Son internement sur ordre de son père, le professeur Hans Gross, célèbre criminaliste, incendie la presse européenne et mobilise Apollinaire, Blaise Cendrars et toute l’intelligentsia en lutte contre le patriarcat.
Dans cette fresque romanesque qui nous entraîne en Patagonie, à Zurich, Munich, Berlin, Vienne, et jusqu’au cœur de la Grande Guerre, Marie-Laure de Cazotte, auteur de À l’ombre des vainqueurs, récompensé par de nombreux prix littéraires dont le Prix du Roman historique, retrace avec brio et profondeur l’épopée de cet esprit considéré par Michel Onfray comme « le grand oublié de l’histoire de la psychanalyse ».

“Pour approcher la douceur, il faut faire un travail de guerrier  !”

La philosophe Anne Dufourmantelle nous éclaire

Source d’inspiration de notre dossier, Puissance de la douceur , écrit par cette philosophe et psychanalyste, est une incitation à la sérénité. Ou comment, de nos tempêtes et tourments, naît une extraordinaire force de vie.

http://madame.lefigaro.fr/societe/pour-approcher-douceur-faut-faire-travail-de-guerrier-170813-442966

Conteur infatigable, Wladimir Granoff ne dissimulait pas sa vocation : «J’aimerais être celui dont on dise « c’est celui qui raconte des histoires ».» Ici, l’histoire de la psychanalyse, celle des événements, des idées, leurs chocs et leurs trajets, mais aussi l’histoire inépuisable des hommes, des psychanalystes du passé et de l’actualité, d’appareil ou de cabinet, des fervents de l’œuvre freudienne. Ou la sienne. Et sa personne est si présente dans le récit qu’il réussit à faire entendre la vibration très particulière de son énonciation, tout en invitant à relire Freud dans la langue où «pour chacun, on associe le mieux : la langue de son inconscient».
Wladimir Granoff a été une des figures majeures du mouvement psychanalytique français. Membre de la Société française de psychanalyse, il contribua activement, sous l’égide de Jacques Lacan, à l’extraordinaire effervescence de cette société durant les dix années brillantes de son existence, que beaucoup considèrent comme l’âge d’or de la psychanalyse en France.

Psychanalyste didacticien alors qu’il a à peine trente ans, Wladimir Granoff sera tôt reconnu comme un maître par des élèves de Lacan qui lui demandent : «Apprenez-nous l’analyse.» C’est sa passion exigeante pour la psychanalyse qui l’a décidé à suivre Lacan dès la première heure. Il ne reniera jamais son admiration ni sa dette envers celui qui sut l’arracher, lui et certains de sa génération, à l’«orthodoxie» où se fanait la pensée freudienne. Articles devenus introuvables, nombreux inédits (conférences, extraits de sa correspondance, entretiens), les textes de Wladimir Granoff ici réunis traitent tous de la clinique et de la pratique psychanalytiques. Un récit de cas interroge les résistances de l’analyse et montre à l’œuvre le praticien d’exception qu’il fut durant cinq décennies. Des propos à bâtons rompus jettent un éclairage nouveau sur la formation des analystes, l’histoire des transferts et des techniques depuis Ferenczi, Klein, jusqu’aux praticiens qu’il côtoya, Balint, Winnicott, Dolto et Lacan. Enfin, ses lettres révèlent cette radicale nécessité, le désir d’analyse, qui le posséda toute sa vie, lui qui ne pouvait renoncer à faire entendre sa parole, celle de «l’enfant qui demande plus à être compris qu’aimé». Une grande voix de la psychanalyse en France, susceptible de nourrir les débats sur le statut du psychanalyste, le portrait d’un Granoff avec sa vibration et son intensité toujours singulières.

Qui était véritablement Freud ? Un théoricien à prétentions scientifiques détaché des soucis de la clinique, ou un clinicien génial, inventeur d’une nouvelle technique dont il a tracé en même temps les grandes lignes théoriques ? Un maître jaloux de son autorité prêt à exclure tous ceux qui lui résistent – tels Abraham et Jung – ou un praticien soucieux de transmettre son savoir clinique et théorique, préoccupé, donc, par la question de la formation ? Un père de famille de l’ancien temps, entouré d’un vaste cercle d’amis ou un éternel déçu des rapports humains, qu’il s’agisse de ses propres fils ou de ses disciples et amis?

À ces questions, Paul Roazen tente d’apporter des éléments de réponse à travers une galerie de portraits d’anciens patients de Freud qu’il a pu rencontrer, après avoir, dans un livre précédent (Mes rencontres avec la famille de Freud) esquissé ceux de quelques membres de sa famille. Le souci – et l’ambition – de l’auteur est d’offrir un contrepoids à l’image publique et officielle de l’inventeur de la psychanalyse, telle qu’elle apparaît dans ses nombreux écrits publiés, mais aussi par le truchement de la fiction que ses héritiers les plus orthodoxes ont essayé d’imposer.

De ces descriptions de personnages dont certains ont laissé leur nom dans l’histoire de la psychanalyse, émergent des figures tantôt passionnées et tragiques, comme Ruth Brunswick, tantôt d’une authenticité émouvante comme Albert Hirst, ou encore profondément originales tels les époux Strachey.

Le 29 mars 1922, Ernst Blum commence une analyse avec Freud, qu’il achève quatre mois plus tard. Immédiatement après ses séances avec le fondateur de la psychanalyse, et avec son accord, il en retranscrit le contenu.

Les notes de Blum nous montrent Freud hors de toute convention. Elles donnent à voir le psychanalyste au travail et permettent de nous figurer quel clinicien il était : un Freud ouvert, spontané, plein d’idées et d’humour, qui se présente comme partenaire de son analysant. Sur la base d’un dialogue avec Blum lui-même, Manfred Pohlen reprend et présente les procès-verbaux des séances et met en lumière les origines juives de la psychanalyse et la pratique de l’analyse.

Un document unique sur la pensée et l’activité freudiennes.

Freud était-il freudien ? Les conseils et les règles qu’il donnait à ses élèves, les suivait-il lui même ? Fallait-il vraiment être cultivé pour devenir son analysant ? Quelle opinion avait-il de l’homosexualité? De la science ? Du théâtre ? De la formation des analystes ? De la durée de la cure ?

« Impuissance. Trois mois. » écrivait-il à l’un de ses disciples à qui il adressait un patient. Mais aussi : « Une analyse peut durée des années » , et : « Certains patients devront avoir recours à l’analyse tout au long de leur vie »…

Ainsi l’auteur de la Saga freudienne dessine t-il la figure du plus rigoureux et du moins orthodoxe des praticiens de la psychanalyse – son inventeur lui-même, bien placé s’il en est pour savoir que l’analyse se pratique au cas par cas et que l’analyse doit d’abord se plier au savoir de l’inconscient. En témoignent ici les portraits aussi variés que contradictoires que font du maître ses patients et ses élèves.

Sándor Ferenczi a été non seulement l’un des prestigieux fondateurs du mouvement psychanalytique international mais aussi un psychanalyste d’exception. Pendant les vingt-cinq années de son engagement comme praticien et théoricien de l’analyse, de 1908 à 1933, il tint une place essentielle, tant auprès de Freud – dont il fut à la fois le disciple, le patient, l’ami et le confident – que parmi les premiers psychanalystes. Actif et des plus novateurs, il est celui qui, le premier, a indiqué les frayages de la clinique psychanalytique moderne. Un bon nombre de concepts théoriques et d’idée fortes communément adoptées aujourd’hui sont un héritage direct de ses avancées : le concept d’introjection, le contre-transfert mis au service de la cure, les implications métapsychologiques du concept de traumatisme ou encore l’idée de clivage narcissique. Passionné par les « limites de l’analyse » et de « l’analysable », Sándor Ferenczi est le pionnier que de nombreux psychanalystes ont suivi de telle sorte qu’une nouvelle clinique psychanalytique, une nouvelle écoute, et une nouvelle vision de la cure ont pu voir le jour. En ceci on est en droit d’affirmer que Ferenczi reste un « psychanalyste d’aujourd’hui ».

Dans Psychanalyse et Télépathie (1921), Freud évoque certaines analyses au cours desquelles ses patients lui rapportent des phénomènes qui relèvent pour lui de la «transmission de pensée». Comment a-t-il été amené à les identifier ainsi ? Comment les a-t-il nommés ? Quelle place, quelle valeur ou quelle portée leur a-t-il accordées dans sa théorie ?

Wladimir Granoff et Jean-Michel Rey – respectivement psychanalyste et philosophe – se proposent de ressaisir cette dimension encore peu explorée et pourtant essentielle de la pensée freudienne. Ils commentent les différentes positions esquissées par Freud, ses investigations sur la transmission de pensée, mais aussi sur l’occulte, la télépathie, certaines superstitions. Autant de phénomènes qui ont permis au fondateur de la psychanalyse de mettre à l’épreuve ses concepts, ses hypothèses et de redistribuer les frontières reconnues du psychisme en donnant droit de cité à un matériel hétéroclite.

Ce travail est aussi l’occasion pour les auteurs de revenir sur l’élaboration de la psychanalyse comme discipline : son vocabulaire, sa manière de désigner les «faits», ses procédures, ses modalités de développement, ses emprunts à la littérature. Une discipline où les façons de dire et de nommer occupent une place de tout premier plan ; où, par conséquent, les questions de traduction et d’appropriation représentent, aujourd’hui encore, un enjeu majeur.

Etre analysé par le père de la psychanalyse, comment était-ce ? Très peu de patients du Dr Freud ont gardé des traces écrites de leur analyse et plus rares encore sont ceux qui les ont publiées. Les souvenirs intimes réunis dans ces pages constituent l’un des premiers témoignages d’une analyse conduite par Sigmund Freud.

Le Dr Smiley Blanton, professeur, psychiatre et cofondateur de la Fondation américaine pour la Religion  et la Psychiatrie, a conservé soigneusement des notes et un journal intime de ses rencontres avec Freud. Le lecteur en vient ainsi à connaître la personnalité de Freud aussi bien que celle du Dr Blanton. On apprend également – ce qui est plus important – de quelle façon Freud travaillait : ce qu’il disait, ses diverses réactions, comment le patient était questionné, etc.

Le journal retrace l’analyse du Dr Blanton de septembre 1929 à juin 1930 et durant trois périodes ultérieures : en 1935, 1937 et 1938.

Des notes biographiques et une introduction de Margaret Gray Blanton, veuve de l’auteur, complètent le journal et le replacent dans son contexte historique.

Fondateur d’un savoir neuf, Freud est aussi et d’abord celui qui pratiqua le premier la psychanalyse. Il fallait donc revenir à cette « fonction » pour l’examiner en elle-même. C’est à quoi s’emploie la présente enquête, sobre et minutieuse reconstitution du déroulement de la séance et de la cure freudiennes. Ainsi se dessine une réponse vivante à la question de ce que signifiait effectivement « être en analyse avec Freud », premier psychanalyste de l’histoire.

Les quatre grandes analyse – Dora, le petit Hans, l’Homme aux rats et l’Homme aux loups – se trouvent restituées en une dramaturgie qui resurgit intact, en son actualité même, de la masse des commentaires qu’elles ont suscitée. Le scénario s’en trouve singulièrement éclairé par de précieuses informations sur l’arrière*-plan familial, synthèse d’une littérature internationale mise ainsi à la disposition du public français. l’accent mis sur « la mère manquante » la désigne comme le possible point aveugle du scénario freudien même.

Une étude-préface de Paul-Laurent Assoun examine ce qui donne à Freud, metteur en scène de cette dramaturgie, la vocation d’un tirer un récit sans précédent – par où il devient « romancier du symptôme », créateur d’un genre littéraire nouveau, requis par cette « œuvre d’art de la nature psychique » qu’est la névrose. Une étude-postface prend occasion de cet ouvrage pour réexhumer la thématique hollandaise qui, de la culture de l’homme Freud à sa théorie de la Kultur, révèle des affinités inédites, jusqu’au cœur du fonctionnement de l’imaginaire métapsychologique.

« Certes, on doit pardonner à ses ennemis, mais pas avant qu’ils ne soient pendus » : cette boutade de Heine, Freud aimait la répéter à ses disciples qui, parfois, devinrent des dissidents. L’école freudienne compta autant de fidèles que de rebelles à la « monarchie absolue » de sa majesté Sigmund. Le « toi aussi, mon fils » dut résonner maintes fois dans l’appartement du 19, Berggasse. Freud accusait ses anciens élèves de « déviation », de plagiat et faisait remarquer que ses disciples étaient comme « des chiens. Ils prennent un os sur la table, et la mâchonnent tout seuls dans un coin. Mais c’est mon os ! »

Les uns, tels Alfred Adler et Wilhelm Stekel, étaient des déserteurs ou des « animaux nuisibles » ; d’autres, tel Otto Rank, mimaient la trahison de Brutus ; d’autres encore, à l’instar de Carl Gustav Jung, poursuivaient « sans scrupules leurs intérêts personnels ». Même les femmes, d’ordinaire si dévouées, ne tardèrent pas à partir à la conquête du pouvoir. Qu’elles se nomment Ruth Mack Brunswick, Hélène Deutsch ou Melanie Klein, elles voulurent instaurer, en psychanalyse, le « régime de cotillons » que Freud abhorrait…

Abandonnons un instant les devant de la scène psychanalytique avec son cortège de complexes et de névroses pour pénétrer dans les coulisses de l’histoire. Là se joue ce que Freud nomma la « tragédie de l’ingratitude ». La saga freudienne, avouons-le, ne manque pas de piquant.

Portrait sonore illustré de témoignages du premier cercle, pour tenter d’apprivoiser Freud dans son particulier. Le récit de sa vie, son parcours familial, les lieux où il a vécu, sa passion pour les objets, ses interrogations et ses fulgurances.
Emporté par sa voix et celle de Marie Bonaparte, Anna Freud, Edmund Engelmann, Gaston Bachelard et bien d’autres.

Parmi les nombreux textes de Wladimir Granoff (1924-2000), nous n’en avons retenu que quelques-uns pour constituer ce recueil qui ne prétend donc pas donner une vue d’ensemble des travaux et des intérêts de l’auteur.
Trois noms. Celui de Lacan d’abord. L’entretien «Propos sur Jacques Lacan» donnera au lecteur une idée de ce que fut la relation, intense, difficile, comme l’est tout amour qui connaît la déception, entre Granoff et Lacan.
Ferenczi : Granoff fut le premier à faire connaître en France cet analyste d’exception.
Freud enfin, dont Granoff resta tout au long de sa vie un lecteur fervent. Sa lecture n’était pas celle d’un universitaire ou d’un «freudologue». Ce polyglotte à la croisée des langues , également exercé à la pratique du russe, de l’allemand, de l’anglais, du français, se montra singulièrement attentif à la langue de Freud et en conséquence aux problèmes que pose sa traduction, comme si, pour lui, il n’y avait d’autre voie d’accès à la pensée que ce qui s’inscrit dans les langues et voyage à travers elles. Le méconnaître, ce serait déjà s’apprêter à «quitter Freud», ce à quoi Granoff ne se résolut jamais.
On trouvera en fin de volume les hommages rendus à ses deux vieux compagnons de ce qui, à un moment particulièrement chaud de l’histoire de la psychanalyse, s’appela la «troïka» : François Perrier et Serge Leclaire.

Le Musée d’Israël réunit des chevalières que Freud offrait à ses disciples

Jérusalem – Le musée d’Israël à Jérusalem va exposer ensemble pour la première fois six chevalières que Sigmund Freud avait offert à certains de ses disciples réunis dans une société secrète de psychanalyse défendant ses enseignements.

www.imj.org.il/en/exhibitions/freud-rings

C’’est dans la relation archaïque avec sa mère que l’’enfant acquiert la capacité de se construire en tant que personne autonome. Selon cet apport essentiel de la contribution de Ferenczi à la psychanalyse, l’’ouvrage s’’attache à donner tout son sens à son approche sur l’’origine traumatique de la névrose.
Pour devenir riche de sens, la souffrance doit être auparavant exprimée et soulagée. Au travers de séances menées avec des patients, on peut entrevoir quelle implication revient à l’’analyste et quelle participation est demandée au patient. Bioanalyse, transfert, défense schizophrénique… De la théorie à la pratique, de l’’éthique férenczienne aux cas concrets de la psychanalyse, l’’auteur rend hommage à l’’enfant terrible de la psychanalyse tout en signant une réflexion pertinente sur le rôle du thérapeute.

Cette exposition, proposée à l’occasion des vingt ans du mahJ, est la première présentée en France sur Sigmund Freud (1856-1939). Par un ensemble de 200 pièces – peintures, dessins, gravures, ouvrages, objets et dispositifs scientifiques –, dont des œuvres majeures de Gustave Courbet (L’Origine du monde), Oskar Kokoschka, Mark Rothko ou Egon Schiele, elle jette un regard nouveau sur le cheminement intellectuel et scientifique de l’inventeur de la psychanalyse.

Vienne, 26 avril 1921, dans le cabinet du professeur Freud. Allongée sur le divan, Anna G. lui déclare : «Je vous aime d’une façon si indescriptible, comme jamais auparavant je n’ai aimé quelqu’un.» Cette jeune femme de vingt-sept ans est entrée en analyse il y a un mois. Elle a quitté Zurich pour la capitale autrichienne, laissant derrière elle son fiancé, sa famille et le Burghölzli, la clinique où elle exerce le métier de psychiatre. Après sept ans de fiançailles vécues dans l’ambivalence et le doute, son mariage est annoncé pour l’automne. Cependant, Anna G. continue d’hésiter. La découverte posthume de deux cahiers d’écolier, dont Anna G. n’avait jamais parlé et qu’elle ne destinait pas à la publication, jette une lumière inattendue sur Freud : une partie des séances et des propos échangés y sont consignés. À l’écoute des rêves, des associations, des fantasmes sexuels de son analysante, Freud, alors en pleine maturité, explique, interprète, provoque, sonde. Et il évoque ses propres théories : le complexe d’Œdipe, le transfert, le cas Dora, le fantasme de l’enfant battu (que sa fille, prénommée Anna elle aussi, lui a inspiré)… La petite-fille d’Anna G., Anna Koellreuter, docteur en philosophie et analyste à Zurich, a dirigé l’édition de cet ouvrage, paru en 2009 en Allemagne. Elle a convié des historiens et des psychanalystes allemands et anglo-saxons à réagir à ce document exceptionnel, témoignage aussi de la façon dont une jeune femme peut, par l’analyse, sortir d’une souffrance affective et se découvrir un nouveau destin.

A paraître le 16 août 2018

Ce manuel présente la logique des processus de la vie psychique à tous les âges de la vie de la naissance à la vieillesse.

Les auteurs issus de la pensée psychanalytique retracent tout d’abord l’histoire de la réalité psychique de la subjectivité. Ils présentent ensuite les logiques en large partie inconscientes qui sous-tendent les formes d’expression de la psychopathologie. L’apport des neurosciences dans le champ de la psychopathologie est également abordé. Une approche projective complète enfin cette démarche d’ensemble et fournit une méthode pour médiatiser la subjectivité propre du clinicien.

Ainsi composé ce manuel s’adresse à tous ceux qui étudiants jeunes professionnels et psychologues confirmés sont soucieux d’une vue d’ensemble actualisée de l’approche clinique de la vie psychique et des formes de sa pathologie.

Cette troisième édition a été enrichie d’un nouveau chapitre sur la délinquance et la criminalité et d’un développement conséquent sur les psychothérapies.

La transversalité de la psychanalyse témoigne avec les neurosciences et le sociopolitique de « l’intelligence du corps » mise en forme par la notion d’empathie qui porte en elle-même la limite du soi et de l’autre, du singulier et du collectif. Peut-on parler du corps, ou des corps définis, dont la diversité des approches relationnelles interroge la sensibilité ? Si la conception de l’archaïcité fait sortir d’un dualisme psyché/matière, de quelle sensibilité s’agit-il ? Celle d’un « Je », carrefour de bouleversants impacts émotionnels, traces enracinées à l’insu du sujet dès sa naissance ? Ces traces ne surgissent-elles pas tout au long d’une vie, favorisant la pensée, l’imagination et la rencontre avec autrui ? A travers un point de vue anthropologique, et chacun dans sa spécificité, les auteurs se retrouvent autour des concepts qui animent le Collège International de Psychanalyse et d’Anthropologie.
Cet ouvrage éclaire les nouvelles formes de subjectivation et tente de saisir la complexité de l’empathie, d’en dégager les mouvements et les appartenances qui contribuent à donner à l’homme sa qualité d’être humain.

Entre mots et toucher, le corps en transfert est un ouvrage collectif. Il fait le récit de la naissance d’une méthode, créée il y a quarante ans par Michel Sapir, développe l’évolution de sa théorie illustrée par de nombreux cas et donne à entendre l’expérience d’une équipe. Pour les auteurs, psychanalystes formés à cette pratique, cette technique de relaxation analytique est à la fois un outil thérapeutique et un outil de formation à la fonction soignante. Avec l’évidence du pulsionnel, le poids du refoulement, la prépondérance de l’inconscient, elle met en lumière l’étroite intrication du corps et de la psyché qui prend sens et entrouvre les portes des souvenirs incarnés. Dans un cadre strict, mais ajusté aux rencontres qu’elle met en œuvre, la relaxation psychanalytique, individuelle ou en groupe, déploie pour chaque sujet une histoire enfouie dans les anfractuosités du corps. La relaxation psychanalytique, méthode Sapir, est pratiquée par l’Association de Recherche, d’Étude et de Formation à la Fonction Soignante, AREFFS, fondée en 1975.

Michel Sapir (Moscou 1915, Paris 2002), médecin, psychiatre et psychanalyste, homme engagé dans tous les défis de son temps, se définissait avec humour comme « anarchiste conservateur ». Lors des 31° journées de formation psychologique d’Annecy dont il a été le fondateur, un jeune soignant posa cette question :  » Mais qui est donc ce Michel Sapir dont vous parlez tous ?  » L’ambition de ce livre est de répondre à cette interrogation en organisant pour le lecteur – qu’il ignore tout de son itinéraire personnel et professionnel ou qu’il l’ait côtoyé d’une manière ou d’une autre – une véritable rencontre avec Michel Sapir, à la fois inventeur de la méthode de la relaxation à induction variable (RIV), animateur de groupes de formation à la relation soignants-soignés (groupe Balint), infatigable formateur et transmetteur dans le champ du soin psychique et somatique, et de la médecine générale en particulier.

Simone Cohen-Léon met ainsi à notre disposition une brève biographie qui retrace les moments forts de sa vie et de son œuvre et un ensemble de réflexions que Michel Sapir a dictées dans la dernière année de sa vie. Comme dans une conversation à battons rompus, ces textes rendent compte de la multiplicité de ses intérêts et de ses engagements, mais aussi témoignent de l’originalité de sa pensée où le fil du corps se mêle sans cesse à celui de la parole, que ce soit dans le champ psychanalytique, médical ou politique.

En 1933, poussée par une crise personnelle autant que par les événements historiques, Hilda Doolittle se rend à Vienne pour entreprendre une analyse avec Freud, qui la considérera à la fois comme sa patiente et comme son « étudiante ». Pour l’amour de Freud est le récit de cette analyse, publié pour la première fois aux États-Unis en 1956 sous le titre Tribute to Freud.
Une première traduction française, Visage de Freud, a été publiée en 1977 par Denoël, dans la célèbre collection, dirigée par Jacqueline Rousseau-Dujardin, « Freud et son temps ».
À la belle préface de Françoise de Gruson, traductrice du texte, s’ajoutaient quinze lettres inédites de Freud à H.D. Notre édition propose également des lettres inédites de H.D. à Freud, ainsi que des photographies. Une partie de la correspondance entre H.D. et Bryher, sa compagne, ajoute à ces récits une perspective privilégiée sur l’analyse de H.D., son écriture, et ses rapports avec son entourage.

« Le passé recomposé » est le troisième et dernier livre de F. Pasche constitué de textes qu’il avait choisis. Les lignes de force de son oeuvre apparaissent à travers les thèmes qui regroupent ses travaux indépendamment de l’ordre chronologique. Ce ensemble passionné et cohérent, conduit à ravers l’approche de la mythologie, de l’art et du langage, à un enrichissement des conceptions freudiennes et à la critique de positions extrêmes comme celles de Lacan ou de Viderman. Aucune adhésion à un système préétabli chez F. Pasche pour qui la liberté est une nécessité fondamentale de l’esprit. L’ensemble de ses écris révèle un penseur à la fois généreux et rigoureux, sensible à l’articulation entre psychanalyse et anthropologie.

Le plaisir de penser, de comprendre l’autre ont animé tout le parcours de cet auteur passionné par la psychanalyse.

La psychanalyse n’est pas sortie du néant au début du XXe siècle, pour y rentrer, peut-être bientôt. La métapsychologie freudienne a des antécédents millénaires : mythologies, théologies, métaphysiques. Elle a surgi au milieu d’elles, s’en distinguant par différences et oppositions, trouvant sa place et sa spécificité, mais leur restant liée par une sorte de consanguinité qui explique sans doute cet enrichissement mutuel qui se poursuit depuis son apparition. Cela tient à ce qu’elles constituent des modes de défense et une élaboration comparables contre et à partir des premières angoisses ; c’est ce que l’auteur s’est efforcé de montrer à la lumière de l’analyse de certains mythes, de quelques doctrines philosophiques et de textes religieux. Afin de fonder cette approche, il a poursuivi sa réflexion sur la notion d’angoisse primaire et sur les procédés du moi pour s’en dégager et en faire, parfois, son miel. Mais toutes ces élaborations souvent monumentales affirment une finalité qui leur est, à bien des égards, commune en particulier la connaissance de soi, et plus encore. En effet, qu’elles promettent le bonheur, la sagesse, la sainteté, le salut, il s’agit toujours de changer l’homme, de le parfaire, ne fût-ce qu’en le désabusant ; il s’agit de mettre chacun en face de sa vérité. Cela demande rites, secrets ou non, spectacles, transmission orale, prescriptions pour « conduire ses pensées », tête-à-tête avec un personnage plus ou moins sacralisé ; cela demande un mode d’emploi, en un mot : une praxis. L’examen approfondi de la théorie freudienne de la technique complète notre mise en place de la psychanalyse parmi ces entreprises, et se porte ainsi garant de son lignage et de la pérennité de sa fonction.

Par petites touches, Brett Kahr montre de l’extérieur ce qu’était la vie de D. W. Winnicott. Nous le voyons en action, comme suivi par une caméra à l’épaule. Nous le surprenons sortant du métro pour se rendre cinq à six fois par semaine au cœur de Bloomsbury, chez son analyste James Strachey. Nous l’imaginons conduisant sa vieille Rolls à deux places, roulant à 30 km à l’heure, tant il est absorbé dans ses pensées ou dans une conversation avec son passager ; nous l’observons, lors de ses consultations dans une pièce remplie d’élèves, d’enfants et de parents ; nous le retrouvons à son séminaire du jeudi soir improvisant sur un cas puis offrant des fraises et des cerises à tout le monde ; nous l’entendons jouer du piano à la fin de sa journée de travail ; enfin, nous le voyons lutter contre la maladie dans ses dernières années, sans jamais réduire ses activités…

Dans son autobiographie à peine esquissée, il écrivait : “Oh Dieu, faites que je sois vivant quand je mourrai. ” On peut penser que ce vœu fut exaucé, car jusqu’à son dernier souffle Winnicott travailla, aima, se réjouit et poursuivit de multiples projets.

C’est par deux livres A partir de Freud et Le sens de la psychanalyse que Francis Pasche est le plus généralement connu. Cependant son œœuvre, à redécouvrir, compte un nombre très grand d’articles couvrant l’essentiel du champ de la psychanalyse ; Un peu plus jeune que Lacan qu’il côtoie à la Société psychanalytique de Paris avant le départ de celui-ci, il développe des modes de pensée qui sont très différents des formulations lacaniennes. Il n’est pour s’en convaincre que de comparer leurs façons de concevoir la notion de sujet, de  » Je « . Sensible à tous les aspects de l’activité du psychisme y compris au cœur de l’expérience traumatique, les hypothèses qu’il propose ouvrent des voies de réflexion fécondes et d’une grande originalité. Les concepts d’antinarcissisme par exemple, ou de dépression d’infériorité ont renouvelé profondément la compréhension des états dépressifs et des modalités de l’investissement amoureux. La métaphore du bouclier de Persée lui sert de support à une théorie nouvelle des états psychotiques et du fétichisme.

« Notre corps n’est rien sans le corps de l’autre » (Ajuriaguerra). Ce livre parle du lien étroit entre corps et psychisme. Il montre l’impact des zones érogènes du corps sur la constitution du narcissisme du sujet. Certaines personnes présentent une défaillance de ce lien entre le somatique et le psychique (états-limites, personnalités narcissiques, psychosomatiques). La psychothérapie de relaxation (méthode Ajuriaguerra) s’adresse plus particulièrement à ce personnes. On trouvera ici un écho des investigations actuelles des psychanalystes et psychothérapeutes à partir de leur clinique.

Quel est le sens de la psychanalyse ? Ses fins, sa portée, ses limites ? Telle est l’interrogation qui renaît de chacun des textes rassemblés ici et qui les résume tous.

Interrogation qui n’est point détachée ; procédant de l’exercice quotidien de la psychanalyse, elle est lestée de beaucoup de clinique ; car si la pratique orthodoxe, même longtemps poursuivie, de la psychanalyse n’est pas toujours garante de la rectitude d’une réflexion théorique, l’auteur croit qu’elle doit en constituer la base naturelle.

Cela toutefois ne suffit pas. Se réclamant de Freud, la fidélité dans l’interprétation de sa pensée lui semble devoir s’imposer. Elle s’impose rarement. Le freudisme, parfois caricaturé jusqu’à prendre les traits d’une Weltanschauung, est une notion dont l’étude mérite autant de rigueur et de soins que celles de marxisme ou de démocratie ; elle n’a pas été moins malmenée qu’elles.

Cette fidélité a pour condition une connaissance globale de l’œuvre en tant compte de ses proportions. Embrasser le tout de cette pensée à chacun de ses moments et la série complète de ceux-ci est le principe de l’élaboration de ces textes où sont critiquées les erreurs, ou les habiletés, de l’attitude contraire. A cet égard cet ouvrage peut être considéré comme polémique.

Ces exigences satisfaites et ces précautions prises, comment apparaît à l’auteur le sujet-objet de l’analyse : n’importe qui ? Une subjectivité, un Je qui, si obscur à lui-même qu’il s’apparaisse et si divisé en lui-même qu’il soit, n’en est pas moins de fondation là où il est, dans la psyché qui l’exprime et où s’articulent : sens, structure et quantité. Une psyché, en chacun quelque peu singulière et qui a la vocation de l’être davantage ; un Je quelque peu libre et qui a la vocation de l’être davantage.

La psychanalyse de cela ne décompose que les mécanismes, le non-vivant, au profit du reste. A ce reste elle ne touche pas, elle le contourne ;  elle ne l’explique pas, elle le dévoile. Les œuvres d’art, de connaissance, d’amour, elle ne les entame pas ; comment serait-elle capable d’en rendre raison ? Mais loin de dissoudre l’homme dans la « Structure », elle lui permet de la déjouer ; loin de le changer en « Discours », elle lui permet de soumettre les mots.

Elle ne sonne donc pas le glas de l’humanisme, elle ne le réinvente pas non plus, elle constitue seulement le préalable à tout humanisme à venir.

L’analyse à transitions corporelles et les Ateliers du Geste s’inspirent du souffle nouveau donné par Ferenczi à la psychanalyse naissante, il y a presque cent ans. Des analystes et thérapeutes d’aujourd’hui, qui ne font aucunement référence à lui, sont pourtant bien dans cet élan de créativité, d’élasticité et de contactivité qu’il a initié par rapport au praticable freudien. Est-ce parce que le monde contemporain produit de plus en plus de sujets pluriels, fracturés, fragiles, limites et complexes que Ferenczi, à notre insu, revient dans les coulisses de la scène analytique secouer notre inventivité ? Michel Galasse est psychologue et psychothérapeute analytique à transitions corporelles. Il a suivi la formation de psycho-somatoanalyse à l’EEPSSA (École européenne de psychothérapie socio et somatoanalytique) créée par le Dr Richard Meyer. Depuis plus de vingt ans, il pratique en service de santé mentale en Belgique. Il rencontre des adolescents, des adultes, des couples et des familles et anime des ateliers thérapeutiques inspirés d’approches artistiques contemporaines, particulièrement la danse et le théâtre. Il intègre les corps, les transes et le jeu dans le processus thérapeutique avec les adultes.

La culture contemporaine a tellement assimilé les principaux apports de la psychanalyse qu’il est devenu difficile de percevoir le scandale que suscita la découverte par Freud, en 1897, de ce qu’il appellera des années plus tard le « complexe d’Œdipe ». En affirmant ainsi l’universalité de ce drame, qui constitue l’un des principes organisateurs de la vie psychique, Freud a mis en évidence un ressort essentiel du fonctionnement psychique humain.
Cette notion, l’une des plus banalisée aujourd’hui, demeure pourtant d’une grande difficulté. Le présent ouvrage vise à apporter, de la façon la plus claire possible, des éléments de réponse aux questions que la dynamique psychique œdipienne, trop souvent mal comprise, ne manque pas de susciter.

La mort de la psychanalyse a été annoncée dès sa naissance. Une vieille antienne, donc, à ceci près que du temps de Freud elle venait de ses détracteurs, tandis qu’aujourd’hui il arrive qu’on l’entende aussi du côté des psychanalystes eux-mêmes. Est-ce une crainte lucide ? Un espoir ? Un projet ? Un fantasme dépressif, voire hypocondriaque, dont il faudrait analyser la dimension (auto)destructrice ?

Dans cet ouvrage ont été recueillies les réflexions de divers psychanalystes s’interrogeant sur la place possible de la psychanalyse et sur ses capacités transformatives dans un monde en pleine mutation. De l’ensemble de ces textes se dégage l’idée que si l’analyse est selon toute vraisemblance mortelle, elle est bien vivante aujourd’hui, en tant que façon de penser, d’écouter et d’éclairer nos vies et notre monde intérieur, ouvrant toujours un chemin possible vers une façon plus libre, plus heureuse et plus responsable d’être au monde.

Les essais de Ferenczi, subversifs et transitoires, introduisaient dans la cure des techniques actives de la relaxation et de l’analyse mutuelle. Ils invitaient l’analyste à s’aventurer davantage dans le contact, dans cette sympathie première avec la vie, le monde et le sujet.
Aujourd’hui, la rencontre analytique avec des sujets aux brisures précoces requiert quelquefois de l’analyste la création d’un nouveau dispositif. Dans un cadre suffisamment fiable et contenant, porteur et étayant, souple et vivant, surprenant et symboligène, l’analyste s’engage en séance dans les transitions corporelles nécessaires pour permettre au sujet de s’ouvrir à nouveau à la vie. Il accepte d’être le partenaire réel de l’analysant, le temps pour celui-ci de redevenir l’interlocuteur de lui-même et d’autrui. Il contient activement plusieurs niveaux de réalité pour que la symbolisation s’opère et sorte l’analysant de l’amalgame. Mais on ne touche pas au corps d’autrui sans une éthique relationnelle particulièrement exigeante.
Cinq vignettes cliniques illustrent cette nouvelle pratique de la rencontre analytique et montrent qu’il est parfois inévitable de respirer ensemble par la blessure.