Voici le sommaire des numéros antérieurs publiés de la revue Filigrane.

Les archives sont disponibles sur le site de Teluq

  • Volume 1 : Le blues du psychothérapeute (1992),
  • Volume 2 : La clinique au quotidien à la fin du XXe siècle (1993),
  • Volume 3 : Vieillissement et capacité thérapeutique chez le psy et son patient (1994),
  • Volume 4 : Ruptures et continuités dans la situation thérapeutique (1995),
  • Volume 5 : Un étranger sur mon divan : différences linguistiques, culturelles et situation thérapeutique (1996).
  • Volume 6, Numéro 1 : « Dis-moi qui tuer ? » : Violence dans le social et en situation thérapeutique
  • Volume 6, Numéro 2 : Migration, culture et psychothérapie.
  • Volume 7, Numéro 1 : Nouvelles sexualités ?
  • Volume 7, Numéro 2 : La bisexualité psychique.
  • Volume 8, Numéro 1 : Malaise dans la clinique 1.
  • Volume 8, Numéro 2 : Malaise dans la clinique 2.
  • Volume 9, Numéro 1 : Sandor Ferenczi
  • Volume 9, Numéro 2 : Discours actuels sur l’enfance
  • Volume 10, Numéro 1 : Histoire de la psychanalyse au Québec
  • Volume 10, Numéro 2 : Histoire de la psychanalyse au Québec
  • Volume 11, Numéro 1 : Tout sur mon père 1
  • Volume 11, Numéro 2 : Tout sur mon père 2
  • Volume 12, Numéro 1 : Perversion : Un peu, beaucoup. Passionnément ! Pas du tout ?
  • Volume 12, Numéro 2 : Perversion : Un peu, beaucoup. Passionnément ! Pas du tout ?
  • Volume 13, Numéro 1 : Les voies du contre-transfert 1
  • Volume 13, Numéro 2 : Les voies du contre-transfert 2
  • Volume 14, Numéro 1 : Sur les traces de D.W. Winnicott
  • Volume 14, Numéro 2 : L’angoisse dans tous ses états
  • Volume 15, Numéro 1 : Journée de travail Otto Kernberg – Paulette Letarte 1
  • Volume 15, Numéro 2 : Journée de travail Otto Kernberg – Paulette Letarte 2
  • Volume 16, Numéro 1 : Les hauts lieux et les non-lieux du rêve I
  • Volume 16, Numéro 2 : Les hauts lieux et les non-lieux du rêve II

Historique de la revue (22 numéros)

Ce manuel présente la logique des processus de la vie psychique à tous les âges de la vie, de la naissance à la vieillesse.
Les auteurs, issus de la pensée psychanalytique, retracent tout d’abord l’histoire de la réalité psychique de la subjectivité. Ils présentent ensuite les logiques, en large partie inconscientes, qui sous-tendent les formes d’expression de la psychopathologie. L’apport des neurosciences dans le champ de la psychopathologie est également abordé. Une approche projective complète enfin cette démarche d’ensemble et fournit une méthode pour médiatiser la subjectivité propre du clinicien.
Ainsi composé, ce manuel s’adresse à tous ceux qui, étudiants, jeunes professionnels et psychologues confirmés, sont soucieux d’une vue d’ensemble et actualisée de l’approche clinique de la vie psychique et des formes de sa pathologie.
Cette deuxième édition a été enrichie des nouvelles thématiques suivantes : le travail de psychothérapie et les médiations thérapeutiques, ainsi que la psychopathologie du sujet vieillissant.

Qui est Michael Balint?

Médecin et psychanalyste anglais né Mihaly Bergsmann (1896-1970)

Né à Budapest dans une famille de la petite bourgeoisie juive, Michael Bergsmann était le fils d’un médecin généraliste. Analysé par Hanns Sachs et contrôlé par Max Eitingon, dans le cadre du prestigieux Berliner Psychoanalytisches Institut (BPI), Balint s’orienta vers la médecine psychosomatique en soignant des patients à l’hôpital de la Charité. Puis il regagna Budapest où il refit une tranche d’analyse avec Ferenczi. En 1939, il prit la route de l’exil et arriva à Manchester.

A partir de 1946, Balint changea de vie. Installé à Londres, il commença à travailler à la Tavistock Clinic où il rencontra les grands “ténors” de l’école psychanalyste anglaise : John Rickman, Wilfred Ruprecht Bion. C’est là aussi qu’il fit la connaissance d’Enid Albu-Eichholtz, sa troisième femme. Analysée par Donald Woods Winnicott, Enid Balint (1904-1994) initia Michael à une nouvelle technique : le case work. Il s’agissait de commenter et d’échanger des récits de cas au sein de groupes composés de médecins et de psychanalystes. Cette expérience donna naissance à ce qu’on a appelé les groupes Balint.

Dans la double lignée de Ferenczi et de l’école anglaise, Balint définit une notion nouvelle, le “défaut fondamental”, désignant sous cette appellation une “zone” préoedipienne caractérisée par l’absence, chez certains sujets, d’une partie tierce structurante et donc de toute réalité objectale extérieure. Le sujet est alors seul et son principal souci est de créer quelque chose à partir de lui-même. L’existence de ce défaut ne permet pas l’instauration d’un contre-transfert. L’analyste est donc obligé dans ce cas de procéder à un réaménagement du cadre technique qui permette d’accepter la régression du patient.

Les groupes Balint permirent par ailleurs d’étendre la technique psychanalytique à une meilleure compréhension des relations entre les médecins et les malades.

(Extraits du dictionnaire de la psychanalyse de E. Roudinesco et M. Plon)

Cette biographie, due à son meilleur connaisseur, met la pensée de Winnicott en tension, voire en crise : il s’agit d’une biographie critique. D’où, peut-être, le fait qu’on ait dû attendre vingt ans pour qu’elle paraisse en français. Dans les années 1980, en effet, le médecin parfois un peu trop positif du couple mère-enfant, que l’on se contentait souvent en France de voir comme un théoricien délicat et original, semblait installé à l’écart des conflits – ceux de la sexualité, ceux du pouvoir, et ceux, s’ils en diffèrent, de la psychanalyse. Il a fallu du temps pour déchanter. La « capacité d’être seul » – titre d’un de ses articles célèbres paru en 1958 – deviendra une vision hautement conflictuelle et quasi négative de l’homme quand, en 1963, Winnicott écrira : « Chaque individu est un isolat, en état permanent de non-communication, inconnu en permanence, en fait jamais découvert. »

Photo Bruno Bourel, L’enjambeur de lumière (détail)

Au cours des années 1915-1917 Freud prononce à l’Université de Vienne vingt-huit conférences destinées à un public «profane» afin d’introduire ses auditeurs à la «jeune science» qu’est la psychanalyse. Il y déploie un rare talent de pédagogue, avançant pas à pas, anticipant les objections (les contradicteurs d’hier sont encore ceux d’aujourd’hui), recourant à des images concrètes qui rendent les développements théoriques plus accessibles. Sa démarche est progressive. Elle n’est pas celle d’un maître d’école, soucieux d’endoctriner. Elle est celle d’un éveilleur.
Les Conférences d’introduction, qui connurent à travers le monde un immense succès, paraissent souffrir aujourd’hui d’un relatif discrédit : «Élémentaire, bon pour les lycéens !» prétendent ceux qui croient tout connaître de la psychanalyse. Rien de plus faux. N’est-il pas nécessaire à chacun – psychanalystes inclus – d’être encore et encore introduit à la psychanalyse, bref de demeurer «profane» face à une terre étrangère que personne ne saurait s’approprier ?
Cette traduction nouvelle, qui s’imposait, invite à lire Freud pour la première fois. Mieux encore : à entendre sa voix.

Comment adapter les thérapies à des demandes de plus en plus variées liées aux mutations de nos sociétés contemporaines ? Comment offrir à chaque patient un cadre “sur mesure”, plutôt qu’un “prêt-à-porter” ?

François Duparc s’appuie sur sa longue pratique clinique et sur ses travaux théoriques pour nous livrer une réflexion sur la nécessaire transformation à laquelle doit se confronter la clinique psychanalytique. Son ouvrage est un plaidoyer pour un accueil de la diversité en clinique.
Face à une méthode standard, il propose une adaptation du cadre de la cure et la mise en place de stratégies de cure qui prendraient davantage en compte la diversité des profils des patients. Il invite à ouvrir la psychanalyse à des indications de doubles prises en charge, de psychothérapies analytiques en face-à-face, de psychodrame, de médiations thérapeutiques (dessins, écrits, ou musique) ou encore de relaxation psychanalytique.
Hystéries, phobies, dépression, anorexie, états limites, psychose, paranoïa… Pour chacune de ces demandes, l’auteur s’attache à comprendre la multiplicité des traumatismes propres aux différents âges de la vie, leurs conséquences en terme de souffrances ou de pathologies, et les stratégies que celles-ci vont rendre nécessaires. Car c’est une véritable stratégie – un terme de combattant – que met en place l’analyste en s’engageant contre la souffrance ou la défaillance psychique des patients qui le consultent.
Un socle de réflexion propre à faire évoluer la pratique psychanalytique en profondeur et un ouvrage qui fera date.

LE DICTIONNAIRE ENCYCLOPÉDIQUE INTER-REGIONAL DE LA PSYCHANALYSE DE L’API

Entrées du dictionnaire

Nos premières entrées sont déjà disponibles :

Le Conflit (uniquement en anglais – les traductions seront disponibles ultérieurement) 
Contenance : Contenant-Contenu (La)
Contre-transfert (Le)
Énaction (L’)
Cadre, (Psychanalytique, Le)
Inconscient (L’)
Transfert (Le)
 (uniquement en anglais – les traductions seront disponibles ultérieurement)

Bientôt
Les concepts actuellement en phase de conception interrégionale:

AMAE
Concepts du champ (Les)
Intersubjectivité (L’)
Nachträglichkeit
Psychologie du moi (La)
Self (Le)
Théorie de la communication (La)
Théories de relation d’objet (Les)
Transformation (La)

Lisez les entrées ici dans notre e-book


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Le groupe familial, la classe d’école, le groupe de travail, l’équipe sportive représentent des ensembles humains que nous approchons sans cesse. Toute communication est échange de signes, de symboles, et met en jeu des rapports d’influence, des mouvements affectifs.
Comment s’organisent ces échanges au sein d’un groupe ? Quelle est leur dynamique repérable et inconsciente et comment parvenir à la discerner et l’analyser ? L’éthologie, la linguistique, la psychanalyse, l’anthropologie et la psychologie nous aident à approcher cette réalité.
Cet ouvrage désormais classique, réactualisé dans cette 7e édition, s’adresse aux étudiants, formateurs, travailleurs sociaux, psychologues et responsables d’équipes.

Paul Denis propose une analyse inédite du complexe d’Œdipe comme un champ permettant à un sujet, enfant ou adulte, de se reconstruire au mieux lorsqu’il est confronté à un événement traumatique tel que la perte, le deuil ou la dépression.
À partir de l’évocation de ces deux expériences psychiques essentielles que sont  la dépression et la séparation, l’auteur envisage différents processus psychiques qui permettent de trouver une ligne créative ou, à l’inverse, contribuent à limiter les mouvements de l’esprit comme « l’isolation » ou ce qui constitue des « fixations ». Il reconsidère la question de la passivité psychique, trop facilement assimilée à une position « féminine » – alors que « le féminin » est une conquête activement gagnée et exercée par les sujets de sexe féminin. La nature et la place des sensations, qu’elles soient le premier temps de la perception ou qu’elles soient cultivées pour elles-mêmes, sont resituées en vue de comprendre leur destin possible vers la douleur dans ses deux versants physique et psychique. Acte, sublimation, création, humour sont alors envisagés dans leur rapport au fonctionnement pulsionnel et à sa régulation par le jeu de forces organisé par le complexe d’Œdipe. Ce serait par cet héritage pulsionnel, nous dit l’auteur, que nous parviendrions à guérir. En un mot : Œdipe deviendrait médecin.

Comme Nietzsche, Julia Kristeva est « nuance » et ne supporte pas les auteurs « qui jouissent de trancher dans le vif de tout ce qui les excite », ce « marketing déprimé ». Elle préfère tout disséquer, puiser dans sa mémoire insatiable, ce qui ne l’empêche pas de s’être forgé des convictions solides au fil de son « voyage » de réflexions. Comme celle sur les femmes : « Je n’ai jamais compris comment les femmes pouvaient se vivre comme le « deuxième sexe ». Pour moi la féminité exprime l’indéniable, l’irréfragable de la vie. »

Bien adaptés socialement, professionnellement, voire familialement, certains sujets peuvent bénéficier d’un ancrage à la réalité apparemment solide. Mais très vite, ils révèlent de grandes fragilités : une estime de soi alternant entre sentiment de toute-puissance et vide sidéral, un monde psychique attaqué par de folles angoisses existentielles, un rapport aux autres marqué par une grande souffrance. Ne rentrant résolument pas dans les modèles qui leur sont proposés, ils questionnent sans cesse le rapport entre norme et folie, vérité et mensonge, amour et haine, vie et mort.
Les états limites ont longtemps été regroupés dans un ensemble aux contours peu nets, entre la névrose et la psychose. En fait, c’est bien la question de la frontière, de la limite, qui est centrale chez ces patients : la notion de choix est ardue pour les personnalités borderline. Cet ouvrage dresse un panorama des connaissances théoriques et cliniques autour de la pathologie des limites du Moi.

Nous savons depuis longtemps que nous devons nous attendre également aux mêmes complexes et aux même conflits chez tous les gens sains et normaux. Nous nous sommes même habitués à supposer chez tout homme civilisé une certaine dose de refoulement des motions perverses, d’érotisme anal, homosexualité et autres, ainsi qu’une part de complexe paternel et maternel, et d’autres complexes encore, tout comme l’analyse élémentaire d’un corps organique nous pouvons déceler en toute certitude les éléments : carbone, oxygène, hydrogène, azote et un peu de soufre. Ce qui distingue les uns des autres les corps organiques, c’est la proportion quantitative de ces éléments et la constitution des liaisons qu’ils établissent entre eux. Ce dont il s’agit chez les normaux et les névrosés, ce n’est donc pas l’existence de ces complexes et conflits, mais la question de savoir si ceux-ci sont devenus pathogènes, et en ce cas quels mécanismes ils ont mis en oeuvre.

Sigmund Freud, Résultats, idées, problèmes T. I

Aimer et travailler constituent les deux grandes entreprises de la vie et de la psychanalyse, selon Freud. L’auteur propose d’y ajouter : « être capable de se quitter ». Car, tout au long de la vie, la séparation scande le rythme de la présence et de l’absence, dans ses passages, ses aléas et ses désordres, dans ses rencontres et dans ses créations. Le rôle de la psychanalyse est aussi de faire cet apprentissage par l’expérience de la fin de la thérapie.
« Maintenant, il faut se quitter » : c’est l’injonction douloureuse qui résonne à nos oreilles lors de scènes de séparation et de disparition. Cet ouvrage les expose et interroge : comment y parvient-on ? Au-delà de la classique trilogie freudienne (angoisse, deuil, douleur), sont abordées les humeurs noires qui annoncent la clinique (dépressions), la métapsychologie (pulsion de mort), l’histoire via la littérature (Shoah), et l’amour maniaque, illustration de la lutte parfois folle, parfois indispensable, contre l’absence et l’oubli.
En traitant des angoisses liées à la séparation et à l’absence, la psychanalyste révèle alors une ultime question : le patient, guéri, peut-il se séparer de son médecin ?

Donald W. Winnicott n’a cessé d’innover, d’inventer, de proposer des solutions inattendues dans la pratique analytique lorsqu’il constatait que l’expérience clinique « ne collait pas avec la théorie ». D’où une œuvre dispersée, aux concepts parfois confus, qu’il était nécessaire de clarifier. Laura Dethiville s’y emploie en reprenant et en expliquant les notions majeures du corpus théorique (objets transitionnels, self, faux self, importance de l’environnement, dissociation…), et en montrant comment Winnicott s’est révélé un étonnant précurseur des soins à apporter aux maux symptomatiques de notre société : pertes d’identité, anorexie ou boulimie, délinquance, maladies psychosomatiques, troubles scolaires… Cette précieuse initiation à la pensée de Winnicott fait de cet ouvrage un outil de réflexion indispensable à la connaissance de cette œuvre.

La pensée habite des champs d’activité divers. Elle peut être philosophique, scientifique ou religieuse. Mais elle ne peut pas, à moins de renoncer à l’exigence théorique qui la fonde, investir le domaine de la clinique. Et pourtant… Comment qualifier le mode de rationalité issu de la pratique psychanalytique ? Comment rendre compte du travail de pensée qui est à l’œuvre dans l’expérience de la cure ? André Green montre de quelle façon il est possible d’introduire en psychanalyse le concept de pensée clinique. Il analyse, en particulier, la modification des tableaux cliniques sur lesquels l’œuvre de Freud s’est édifiée, apportant des innovations et des réponses que le père de la psychanalyse ne pouvait prévoir.

Pendant plus de cinquante ans, Joyce McDougall a pris le risque de parler intimement, non seulement de ses patients, mais aussi de son propre contretransfert. Elle a légué un héritage exceptionnel en donnant à la génération qui l’a suivie le droit de pratiquer un travail psychanalytique plus personnel, plus émotionnel et plus corporel, sans jamais se noyer dans des abstractions métapsychologiques.

Amoureuse de théâtre, elle avait choisi de mettre en scène les diverses configurations psychologiques ou nosographiques sous cette forme particulière : théâtre de l’impossible dans les psychoses, de l’interdit dans les névroses, ou encore le théâtre en rond des narcissiques, ou le théâtre transitionnel pour les états-limites ou les problématiques addictives qui composent aujourd’hui une grande partie des demandes de consultation. Sans oublier, bien sûr, le théâtre du corps, pour tous ces patients n’ayant pas accès à la symbolisation et chez qui seul le langage corporel, non verbal, permet de donner une voix aux souffrances muettes.

À l’initiative de l’École belge de psychothérapie psychanalytique à médiations (PSYCORPS), les auteurs ayant noué avec Joyce McDougall une relation intense et singulière décrivent, de manière toute personnelle, l’impact de cette rencontre sur leur clinique et leur théorisation.

Je suis d’avis que chaque forme de psychopathologie représente, chez l’individu, un type spécifique de limitation de sa capacité d’être pleinement vivant en tant qu’être humain. Le but de l’analyse est dès lors plus large que celui de résoudre un conflit intrapsychique inconscient, réduire la symptomatologie, renforcer la subjectivité réflexive et la connaissance de soi, accroître la faculté d’initiative personnelle. Bien que la sensation d’être vivant soit intimement mêlée à chacune des capacités sus-mentionnées, l’expérience de la vitalité possède, je crois, la qualité de leur être hyperonymique, et doit par conséquent être estimée comme un aspect de l’expérience analytique selon ses propres termes.

Thomas H. Ogden, Analyser les formes de vie et de mort dans le transfert/contre-transfert

78ème CPLF à Gênes (Italie)

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Du jeudi 10 mai 2018 au dimanche 13 mai 2018 (grand week-end de l’Ascension)

Transformations et accomplissements psychiques

Au Centre des Congrès de Gênes

Organisé par la Société Psychanalytique de Paris et l’Association Psychanalytique Italienne, avec la participation l’Association Psychanalytique de France, et des Sociétés Psychanalytiques de Belgique, Brésiliennes de Porto Alegre (SPPA), Rio de Janeiro (Rio 2) et São Paulo (SBPSP), Canadienne, Espagnole, Hellénique, Israélienne, Portugaise, Suisse, des Associations Psychanalytiques d’Espagne, d’Italie et le concours de l’Association Psychanalytique Argentine (APA).

Deux rapports seront présentés :

Sabina LAMBERTUCCI MANN (SPP) :

Giuseppe CIVITARESE (SPI) :

Secrétaires scientifiques : Bernard Chervet, Marilia Aisenstein

Donald W. Winnicott (1896-1971), médecin, pédiatre et psychanalyste, occupe, du fait de l’originalité de sa pensée et de ses apports cliniques et conceptuels, une place unique dans la psychanalyse. Il fut le président, à deux reprises, de la Société britannique de Psychanalyse. Premier recueil d’articles de D. W. Winnicott publié en français en 1969, De la pédiatrie à la psychanalyse préfacé par le Dr Henri Sauguet, demeure l’ouvrage de base pour qui s’intéresse à son oeuvre ainsi qu’aux possibilités thérapeutiques offertes aux psychanalystes, aux pédiatres, aux travailleurs sociaux, à tous ceux, professionnels ou non, curieux de cet éclairage nouveau du psychisme. Ces trente textes de 1935 à 1963, constituent un ensemble privilégié pour suivre Winnicott dans sa longue expérience de la psychanalyse et de la psychothérapie d’enfants et d’adultes : vaste domaine d’exploration de la relation précoce mère enfant mais aussi des cas limite, antisociaux, psychotiques, pour lesquels la cure aménagée à cet effet par Winnicott rend possible la reconstruction de la période d’extrême dépendance infantile. Son indépendance d’esprit, la variété technique et conceptuelle de ses travaux, élargissant la voie frayée par Freud et approfondie par Mélanie Klein, apparaissent tout au long de ce livre essentiel.

La traduction de cette nouvelle édition de 1989 a été entièrement refondue par Jeannine Kalmanovitch qui l’a enrichie de quatre articles inédits ; elle a mis à jour la bibliographie de D. W. Winnicott et a ajouté des annexes.

Le travail analytique mené par W. R. Bion avec des patients psychotiques, l’a conduit à s’interroger sur le processus psychique par lequel une « chose » est convertie en une représentation visuelle ou verbale. Cette recherche théorique sur la formation de la mémoire, de la pensée et du langage s’articule ici autour du concept fondateur (« fonction-alpha ») d’une fonction symbolique primordiale permettant à la personnalité d’enregistrer, d’élaborer et de communiquer la somme d’expériences qui la définit. Cette fonction porte en retour sur les processus d’enregistrement, d’élaboration et de communication que l’analyste est lui-même appelé à développer.  

Le livre que Freud projetait, mais qu’il n’écrira jamais, sur la pratique psychanalytique (La méthode de la psychanalyse), c’est Ferenczi qui l’a écrit en filigrane à son œuvre. Tout au long de sa vie, fruit de ses expériences, ce livre il l’a écrit, corrigé, réécrit. La technique psychanalytique d’aujourd’hui lui doit, à lui et non à Freud, l’importance attribuée au transfert et au contre-transfert, au rôle de l’analyste, au rôle de la mère et à celui des traumatismes. De nos jours, la communauté psychanalytique ne reconnaît qu’une partie de ces découvertes comme étant les siennes. L’ouvrage d’André Haynal met en lumière cette œuvre originale, maintenue dans l’ombre, pour que la psychanalyse du vingt et unième siècle puisse découvrir l’ensemble de l’héritage de Ferenczi, celui du Journal clinique et de la Correspondance. Freud disait que Ferenczi avait fait de tous les psychanalystes ses élèves : cela pourra-t-il enfin se réaliser ?

Un psychanalyste qui, depuis plus de trente ans, jour après jour, séance après séance, s’expose à la pensée délirante, à la violence et à l’incohérence schizophrénique, ne saurait être un psychanalyste comme les autres. Les sages préceptes de «neutralité bienveillante» et d’«attention flottante» ne lui sont d’aucun secours. Ni le modèle canonique du transfert quand il est sans cesse pris à partie dans son être visible et caché. L’analyste ne peut alors que travailler sur – et à partir de – ce que son patient induit en lui d’émotions, de haine, de jalousie, de culpabilité et d’espoir, et même de folie. Le contre-transfert, d’obstacle et d’accident qu’il est dans les analyses classiques, devient l’instrument par excellence du traitement. Mais sa définition, généralement un peu lâche, doit par là même être profondément renouvelée. Tel est l’objet de ce livre.

Collectif

L’Emprise

Automne 1981

Nouvelle Revue de Psychanalyse (n° 24), Gallimard

LA RFP LANCE SON SITE !

La création du site de la Revue française de psychanalyse répond à plusieurs désirs. Celui de fêter tout d’abord l’histoire et la vigueur d’une revue de psychanalyse qui, aujourd’hui encore, est une référence. Celui ensuite de poursuivre cet effort de la rédaction, depuis sa création, à être partie prenante de son temps. Celui enfin de s’engager vers de nouveaux projets, de porter de nouvelles envies. Ce site est un point de rencontre entre les supports papier et numérique. Il accompagnera chaque nouvelle parution, cinq fois par an donc, en proposant des textes provenant de la revue papier mais aussi des contenus qui lui sont propres.

« A la une »

Chaque nouveau numéro a pour titre un thème que vous retrouvez sur le site dans le diaporama. Il est accompagné de l’éditorial du numéro et du sommaire. L’un de ses articles ou entretiens est proposé in extenso pour lecture. Vous pouvez acheter le numéro en ligne sur le site des Puf ou un article à l’unité sur Cairn.

« Focus » publie des articles portant sur une question actuelle de la Rfp ou de la psychanalyse en général.

« Re-lecture » donne à lire un article, un débat ou un dossier déjà paru dans la Rfp, revu et enrichi pour le site.

« En librairie » présente la parution d’un ouvrage ou d’un numéro d’une autre revue dont nous vous recommandons la lecture.

« Actualité de la Rfp » annonce les prochains numéros et rappelle les dernières parutions.

« Freud dans le texte »

A chaque parution thématique, nous proposons en résonance un extrait d’un texte de Freud, volontairement sans commentaires. Souvent l’objet de remarques, de critiques et parfois de déformations, nous avons envie de donner à lire ses réflexions « nues ». Ainsi pour illustrer le numéro « Psychanalyse dans la culture » avons-nous avons choisi « Passagèreté », texte au nom étrange et poétique en référence au terme qui existe depuis Buffon pour désigner la migration des oiseaux et qui, comme Laplanche l’indique dans son volume dans la traduction, ne fait qu’élargir son usage pour désigner ce qui est passager…

Enfin, la Rfp est sur twitter ! Abonnez-vous pour suivre notre actualité. Comme pour la revue papier, ce sont les abonnements qui permettent à la Rfp d’exister.

Françoise Coblence, Nahil-Sarah Wehbé

Jean-Luc Donnet est l’un des auteurs marquants de la psychanalyse contemporaine. Chacun de ses livres a été une étape dans la poursuite d’une aventure analytique qui s’étend sur plusieurs décennies. Sa lecture interprétative des textes freudiens a soutenu un remodelage créatif de la métapsychologie. Ses avancées les plus originales portent notamment sur : l’écart théorico-pratique ; le couple site analytique-situation analysante ; l’associativité et la règle fondamentale ; le surmoi et l’humour ; l’agir de parole et le contre-transfert ; le paradoxe et la transitionnalisation du transfert ; la phobie de la pensée et la pensée contra-phobique ; l’écoute en second et l’échange inter-analytique ; la rencontre consultative.

« Une traversée du site analytique », titre déjà choisi par Jean-Luc Donnet pour la journée du 7 janvier 2017, organisée par la Société psychanalytique de Paris autour de son œuvre, marque son désir de revenir sur les traces de son « Odyssée psychanalytique » : une recherche interrogeant les paradoxes d’une méthode qui, face à l’aventure du transfert, entend se porter garante d’une situation analysante. Ce livre réunit tous les textes de la journée, chacun d’eux donnant lieu à un commentaire substantiel de J.L. Donnet.

Pourquoi certains hommes ne sont-ils excités que par des femmes déjà « prises » et ayant « une réputation sexuelle sulfureuse » ? Comment expliquer l’impuissance masculine et la frigidité féminine ? Quel est l’enjeu symbolique du premier rapport sexuel ? Les trois textes publiés ici dans une nouvelle traduction – « Un type particulier d’objet chez l’homme » (1910), « Du rabaissement le plus commun de la vie amoureuse » (1912) et « Le tabou de la virginité » (1918) – éclairent plusieurs aspects cruciaux de notre vie sexuelle : la jalousie, les fantasmes sexuels, la peur inconsciente suscitée chez les hommes par la sexualité féminine, le rôle de la tendresse et de la sensualité, l’hostilité de certaines femmes envers les hommes, ou encore le complexe d’OEdipe, qui apparaît ici pour la première fois sous la plume de Freud.

Depuis 2000, date de la première édition de ce livre, les signes d’intérêt et les reprises d’expériences de formation Balint se multiplient. De nouveaux séminaires et groupes de travail s’ouvrent non seulement à l’intérieur des sociétés médicales Balint mais également dans des sociétés analytiques. Un regain d’affluence est noté aux congrès nationaux et internationaux. La méthode Balint a été introduite dans la formation des médecins, et des groupes de réflexion, des séminaires sur la relation médecin-malade et des groupes de parole prennent place dans les services de médecine comme dans les équipes de soins palliatifs. Enfin, des universités ont remis dans leur programme des cours sur la relation médecin-malade et des groupes de discussion de type Balint.

Pour toutes ces raisons, une nouvelle édition de cette biographie intellectuelle s’imposait. Elle conduit le lecteur dans l’intimité de la vie de Michael Balint, tout en reconstituant scrupuleusement son trajet scientifique et institutionnel, depuis ses premiers travaux de chimiste jusqu’à son élection à la présidence de la Société britannique de psychanalyse, et propose une généalogie des groupes Balint à la lumière de témoignages et d’archives inédits.

Le lecteur y trouvera aussi une reconstruction de la fondation de l’« École de Budapest », et, plus largement, un portrait coloré de ce disciple de Ferenczi, qui doit à sa pensée vigoureuse, son sens clinique aigu et son indépendance intellectuelle une place de protagoniste de premier plan de la psychanalyse européenne d’après-guerre.

« On a beau connaître ou croire connaître par cœur les étapes de l’itinéraire de Freud, les différents temps de cette décisive aventure de l’esprit qui fut la sienne, on a beau savoir à quel point il fut convaincu de la portée de la « jeune science » qu’il a pas à pas constituée en se refusant à la limiter à une méthode de traitement des « maladies nerveuses », on reste, à la lecture de ce petit livre, saisi par la passion intransigeante de cet homme, par sa volonté tenace de s’avancer toujours plus loin sur le chemin qu’il a tracé pour nous et d’abord pour lui-même ; on admire sa certitude, qu’aucun échec, qu’aucun obstacle ne parvinrent à ébranler – tout au contraire -, que la psychanalyse, c’est lui, Freud, jusqu’à l’identifier à sa propre vie. »
J.-B. Pontalis.

Ce qui nous fait souffrir c’est le manque de contact avec les différents niveaux de nous-mêmes.

René Roussillon, Le travail technique, conférence présentée à l’hôpital Jean-Talon, Québec, avril 1994

Cet ouvrage rassemble des textes publiés dans différentes revues, liés à un travail d’observation originale sur le fonctionnement des groupes, à partir d’échanges entre les participants dans le cadre de ces réunions de travail. Il permet de faire une synthèse entre les méthodes de la psychanalyse classique centrées sur l’individu et celles de la dynamique des groupes qui révèlent d’autres aspects. Un ouvrage fondamental d’un auteur dont les ouvrages sont de nouveau étudiés.

Gradiva, celle qui avance, tel le dieu Mars allant au combat, mais c’est ici au combat de l’amour. Et Gradiva rediviva, celle qui réapparaît à l’heure chaude de midi et qui va, non sans malice, donner vie, forme, objet au désir d’un archéologue fou.
En cette jeune fille à la démarche inimitable Freud a-t-il reconnu la jeune psychanalyse comme il a pu trouver dans Pompéi, la cité ensevelie et conservée, une métaphore exemplaire du refoulé et de son troublant retour ?
On trouvera à la fin du volume une notice sur le bas-relief qui est à l’origine de la nouvelle ainsi que trois savoureuses lettres (inédites) de Jensen en réponse aux questions indiscrètes que lui posait son interprète.

La psychanalyse entre savoir acquis et méthode de découverte. Choix des analysants et mise en place d’une psychanalyse. La cure : une construction à deux. L’activité du psychanalyste. Le psychanalyste face aux Traumas, aux deuils pathologiques et à leurs influences transgénérationnelles. Le parcours analytique et ses aléas. Méthode psychanalytique et formation des analystes.

Freud avait un faible pour les histoires de «marieurs» dont on trouvera plusieurs échantillons savoureux dans ce livre. C’est que le Witz – le mot ou le trait d’esprit – met en rapport des choses et des pensées hétérogènes : il les condense, il les combine ou, mieux, il les marie, le plus souvent dans une mésalliance qui déclenche le rire de l’auditeur et surprend même celui qui l’énonce. Le Witz réussi a la fulgurance de l’éclair.
Le mot d’esprit est ici analysé, dans sa technique et dans ses visées, comme le furent, quelques années plus tôt, le rêve et les actes manqués. C’est qu’il est comme eux, aux yeux de Freud, une formation de l’inconscient plus qu’une production volontaire.
Le mot d’esprit ou l’esprit des mots.

Qui était vraiment Sigmund Freud ?

Dans cet ouvrage, Alain de Mijolla retrace l’histoire du fondateur de la psychanalyse comme on feuillette un album de photos de famille. Par touches, il nous guide à travers l’enfance et l’adolescence de Freud, son auto-analyse, son judaïsme, la guerre… Il éclaire ses relations avec les grands penseurs de son temps : Charcot, Jung…
Et à travers ce récit, c’est l’histoire de la psychanalyse qui se fait jour : naissance, fondements, réception, évolutions… Car Alain de Mijolla le montre bien : raconter la vie de Freud c’est aussi comprendre que la recherche entreprise par Freud pour reconstruire son passé est celle qui a donné progressivement naissance à la psychanalyse que nous connaissons aujourd’hui.
Fragments après fragments, Alain de Mijolla dépeint le portrait d’un homme toujours en mouvement, dont la pensée continue à inspirer profondément les réflexions et les pratiques contemporaines. Le portrait de Freud, vivant.
« Freud, qui a vécu une vie passionnante et que je ne cesse d’admirer, n’est pas une idole à laquelle on ne peut pas toucher. Il est surtout exemplaire par sa démarche, certes bien sinueuse mais, si elle avait été toute droite, il eût été considéré, à raison, comme un dangereux paranoïaque. »

Colloque René Diatkine 2016

Argument

Transitionnalité et sublimation dans la cure

Paul DENIS

Plus que « les mots et les choses » il faut considérer les représentations et les choses. L’investissement des représentations, nées des expériences de satisfaction vécues avec des objets pulsionnels et des objets d’amour, est le fond même du plaisir au fonctionnement du psychisme. Au cours du processus analytique les associations libres déroulent ce jeu des représentations liées les unes aux autres et conduisent finalement à celles dont la charge affective, le potentiel d’excitation, étaient évités jusque-là, ou à ces représentations manquées que sont ces images porteuse d’une charge traumatique  qui vient rompre la continuité du fonctionnement psychique. Les « résistances » à l’analyse sont invariablement organisées par rapport au risque de surgissement d’affects trop violents, d’une excitation trop forte ou d’une rupture de la continuité du tissu psychique. Il s’agit finalement, au cours de l’analyse, d’ouvrir une voie élaborative, une voie psychique à ces foyers d’excitation enfouis, souvent plus réprimés que refoulés, et fauteurs d’agir.

Freud décrit parfaitement le dilemme du psychanalyste face aux résistances et à cette propension du patient à agir pour décharger ou mater son excitation ; dilemme car  l’analyste, malgré lui, se comporte en pompier pyromane. Freud prescrit de lutter contre le feu :

« Afin de maintenir sur le terrain psychique les pulsions que le patient voudrait transformer en actes, il entreprend contre ce dernier une lutte perpétuelle et quand il arrive, grâce au travail de la remémoration, à liquider ces pulsions, il considère ce résultat comme un triomphe du traitement » (Freud, 1914g, p. 112). Mais quels sont les moyens de la lutte ? Et la remémoration, sans doute, est un succès mais comme Freud l’indique ailleurs « c’est le travail qui permet à l’inconscient de devenir conscient qui est l’essentiel » : c’est un travail d’élaboration qui permet finalement que la remémoration apparaisse. Freud à l’époque est assez optimiste pour écrire que « Lorsque le transfert aboutit à un attachement utilisable de quelque façon, le traitement est en mesure d’empêcher tous les actes itératifs les plus importants du malade et d’utiliser in statu nascendi les intentions de celui-ci en tant que matériaux pour le travail thérapeutique » (Ibid). Trop optimiste quant à la possibilité d’empêcher grâce au transfert « tous les actes itératifs (…) du malade » mais raisonnablement optimiste lorsqu’il indique qu’il est possible d’utiliser « les intentions » du patient comme des « matériaux pour le travail analytique ». Il s’agit de convertir « l’intention » en élément pour une élaboration psychique de ce qui sous tendait « l’intention ». D’opérer à la fois une inhibition de but et un déplacement du registre de l’acte vers l’espace psychique. Ne sommes nous pas proches de l’idée de sublimation ? Et quelle serait la place de ce type de mouvement dans le « processus analytique » ?

Et Freud souligne l’importance du champ transférentiel : « Nous rendons cette compulsion [à l’agir] anodine, voire même utile, en limitant ses droits, en ne la laissant subsister que dans un domaine circonscrit. Nous lui permettons l’accès au transfert, cette sorte d’arène où il lui sera permis de se manifester dans une liberté quasi totale … » (Freud, 1914g, p. 113). Il n’y a pas de délit d’intention, il faut laisser l’intention s’exprimer : « Le transfert crée de la sorte un domaine intermédiaire entre la maladie et la vie réelle, domaine à travers lequel s’effectue le passage de l’une à l’autre » (Ibid, p. 113-114). Domaine intermédiaire, forme psychanalytique de l’aire transitionnelle de Winnicott ? Il est du reste possible que cette formulation de celui-ci ait inspiré celui-là. De là à considérer l’analyste, objet du transfert, comme forme d’objet transitionnel il n’y a qu’un pas…

L’idée de Freud d’utiliser des « constructions en analyse » — mais aussi des « représentations d’attente » — serait une façon d’offrir au patient un élément transitionnel, transitionnel dans la mesure où il appartient à ce domaine intermédiaire qui s’établit entre le psychisme du patient et celui de l’analyste.

La notion de jeu dans la technique analytique, introduite par Winnicott qui considère que l’analyse « se situe en ce lieu où deux aires de jeu se chevauchent, celle du patient et celle du thérapeute » (Winnicott, 1975, p. 55) a été reprise par différents auteurs[1],  et explicitement utilisée dans le psychodrame ; l’idée de jeu renvoie aux moyens qui permettent à l’analyste de donner à cette « lutte perpétuelle » par rapport à la propension du patient à recourir à l’agir, les moyens d’une élaboration.

La fréquence avec laquelle on observe l’apparition d’activités sublimatoires au cours d’une analyse est telle que celles-ci pourraient être considérées comme une latéralisation — souvent féconde — de ces mouvements de jeu apparus dans la cure. Certaines d’entre elles ont une valeur de remémoration, de retrouvailles avec des objets d’autrefois…

La sublimation est-elle aussi une forme du souvenir, et la remémoration une forme de sublimation ?

Le processus analytique peut-il être envisagé sous l’angle de l’établissement d’une forme de transitionnalité et du développement de mouvements sublimatoires ?

Paul Denis

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

Freud S. (1914g), Répéter, remémorer, élaborer, La Technique psychanalytique, trad.A. Berman, Paris, Puf, 1953.

Winnicott D.W., Jeu et Réalité, Paris, Gallimard, 1975.

En septembre 1909, Freud débarque en Amérique, accompagné de Ferenczi et de Jung. Il n’y reviendra jamais. Mais la psychanalyse, elle, s’y implantera, pas toujours à la satisfaction du fondateur.
Avant de consacrer quelques jours au tourisme et de rencontrer un porc-épic sauvage dans les monts Adirondacks, Freud prononce en allemand et sans notes cinq conférences à l’occasion du vingtième anniversaire de la Clark University de Worcester que préside Stanley Hall, un vieux monsieur respectable très favorable à la psychanalyse.
Ce n’est pas le cas de tout l’auditoire. Freud doit donc conquérir son public, mais le conquérir en douceur, sans trop le heurter dans ses habitudes mentales, scientifiques et morales. Pas de grandes spéculations donc, peu de théorie, peu de rêves, mais des faits exposés avec une rare clarté, des observations, des comparaisons dont celle, restée fameuse, destinée à illustrer le refoulement et la résistance, de l’intrus qui s’introduit de force dans la salle de conférences. Ce bref séjour de Freud marquera pour lui, selon ses propres dires, le début d’une reconnaissance officielle et la fin de son «splendide isolement». Il constituera aussi le point de départ de l’irrésistible diffusion de la psychanalyse dans le Nouveau Monde.

Nous avons pu montrer ailleurs que l’attitude thérapeutique paradoxale structurait un espace de   jeu et relançait les processus transitionnels  (du moins quand certaines conditions d’utilisation étaient remplies) en même temps qu’elle permettait aux soignants de « contenir » à bon compte thérapeutique l’agressivité contre-transférentielle induite.

Cette activité de relance, cet espace de jeu présente trois propriétés que nous ne ferons qu’ébaucher ici, nous réservant de développer cette analyse ailleurs.

* La première de ces propriétés, non la moindre, bien que les thérapeutes pragmaticiens ne lui accordent qu’une faible importance, est la délimitation d ‘un espace-temps, limite, défini comme situation de soin et qui fonctionne comme appui externe a la constitution d ‘un espace interne. Un cadre est ainsi construit.

* Second aspect : le thérapeute, sans toujours en être conscient, est amené a présenter (formuler ou mettre en forme) des représentations psychiques au patient, il « nourrit » les processus élaboratifs dans une activité que nous avons rapprochée de la capacité de rêverie maternelle décrite par Bion et qui s’apparente, a un niveau métaphorique, à la « présentation d’objet » du maternage, selon Winnicott.

* En troisième lieu, le thérapeute adopte à l’égard de la vie psychique une certaine attitude qui transmet un cadre de référence décale par rapport à celui du patient, cadre de référence qui introduit un certain décollement par rapport aux imagos mobilisées, qui introduit un certain jeu dans les représentations psychiques et dans les processus.

«Il faut bien que la sorcière s’en mêle.» C’est ainsi que Freud, citant dans un de ses derniers écrits le Faust de Goethe, désigne la métapsychologie, et il ajoute : «Sans spéculer ni théoriser – pour un peu j’aurais dit fantasmer – on n’avance pas d’un pas.»
La sorcière métapsychologie, Freud n’a cessé de la convoquer. Mais, en 1915, parvenu au milieu de son trajet, il éprouve le besoin de préciser et de cerner les concepts fondamentaux de la psychanalyse laissés jusqu’alors dans une relative et féconde indétermination. D’ou cette série d’essais portant sur l’inconscient, le refoulement, la pulsion, l’objet perdu (sur l’exemple du deuil et de la mélancolie), la régression (à propos du désir de dormir et de rêver). Autant de textes capitaux où la densité va de pair avec la clarté de l’expression et qui sont à chaque fois l’occasion d’une lecture neuve. Ici la distinction rebattue entre théorie et clinique vole en éclats. C’est que la psychanalyse est d’abord une épreuve de la pensée, une mise à l’épreuve de nos convictions, à commencer par celles héritées de la psychologie.

À la fin de 1899 mais daté de 1900 comme pour marquer un nouveau siècle paraît Die Traumdeutung : c’est le livre du rêve jusque dans sa composition baroque, foisonnante. Un an plus tard paraît ce petit livre-ci, commandé par un éditeur, et dont le propos est bien différent : cette fois, c’est un exposé sur le rêve et qui revêt une forme plus classique, parfois didactique. Comme l’indique Didier Anzieu dans sa préface, la Traumdeutung constituait et constitue toujours une initiation à l’inconscient. Sur le rêve, lui, introduit à la psychanalyse. Y sont énoncés les résultats acquis par une science alors toute nouvelle.
Si l’objet est ici le rêve, Freud n’entend pas pour autant lui conférer une valeur exceptionnelle. Au contraire il se déprend et déprend tout au long son lecteur d’une «surestimation», romantique ou mystique, qui ferait du rêve le lieu de quelque ascension de l’âme vers l’inconnu. Aussi porte-t-il principalement son attention sur les procédés du «travail du rêve» en les illustrant par de nombreux exemples et en nous engageant à les retrouver à l’œuvre dans d’autres productions de l’inconscient.
Sur le rêve, oui, mais surtout pour l’analyse, pour une méthode.