Sémioticienne, psychanalyste, romancière, spécialiste des états limites de la langue, Julia Kristeva nous éblouit par son génie protéiforme. Elle consent à livrer et à analyser ici les méandres de son parcours, de la culture communiste bulgare
à l’aventure de Tel quel, de son arrivée à Paris dans les années 1960 et de sa rencontre avec Lacan à sa propre analyse, de son intérêt passionné pour les nouvelles maladies de l’âme aux ultimes bouleversements – à la fois éthiques et politiques – qui brouillent les repères ancestraux de nos sociétés. Témoin attentif de notre temps, elle ne cesse, d’un regard aigu et enjoué, d’interroger la figure de l’Étranger, de l’Autre. En aucun cas nostalgique d’un discours religieux passéiste, elle propose une autre morale, à la fois joyeuse et sans illusion, qui invite chacun à entreprendre son propre parcours et à découvrir sa singularité.

Soulèvements populaires, jeunesse indignée, dictateurs détrônés, espoirs et libertés réprimés dans des bains de sang. La révolte serait-elle en train de réveiller l’humanité numérique de son rêve hyper-connecté ? Mais de quelle révolte parlons-nous ? Julia Kristeva s’interroge sur ce qu’est une révolte – entendue à la fois comme rénovation politique, renaissance intime et idéal éthique. Et elle redonne un sens à la pensée révoltée, aussi et surtout si celle-ci est loin des bruits de la rue et du spectacle… Pour l’auteur, nous ne sommes véritablement en vie psychique que si nous nous donnons le temps et l’espace des révoltes : rompre, remémorer, refaire. Cette «révolution» intime, l’expérience psychanalytique, entre autres, mais aussi l’écriture la rendent possible. Julia Kristeva a, pour cette nouvelle édition, dans le contexte de notre actualité et avec son double regard de philosophe et de psychanalyste, écrit une préface particulièrement éclairante.

Ce premier volume des oeuvres complètes de Pierre FÉDIDA (1963-2005), contient les textes parus entre 1963 et 1975. Ces textes reflètent l’histoire de la psychologie et de la psychanalyse ainsi que la construction des objets de recherche. Commençant avec la méthodologie des tests en milieu hospitalier, les travaux vont vite être influencés par la linguistique et le structuralisme, puis par le vif intérêt porté par l’auteur au « terrain ». S’ensuivent les interrogations des apriori institutionnels dans l’esprit des années 70 afin de contribuer à un véritable fondement de la recherche clinique en psychopathologie. L’auteur est un psychanalyste engagé auprès des infirmières, de la formation à la clinique et à l’enseignement et il participa à l’introduction des techniques de relaxation dans la psychothérapie analytique. Dans ses textes il s’interroge sur le rôle de la consultation en psychologie clinique en comparant cette dernière à celle pratiquée en médecine et se demande comment enseigner la psychologie, assurer la formation des psychothérapeutes et adapter la méthodologie de la recherche au phénomène de la perception (phénomène subjectif mais passerelle entre la psychanalyse et la phénoménologie). Reprenant la question du genre, du féminin/masculin trouvé chez Wilhelm Fliess, la pensée de P. Fédida évolue vers des objets psychiques apparaissant dans l’analyse. Ainsi commencent les travaux sur le deuil, le fantasme, la mélancolie, la phénoménologie du geste et de la forme, thématiques qu’on rencontrera tout au cours de son oeuvre jusqu’à la fin de sa vie. Dans ce premier volume le lecteur assiste à la naissance de cette écriture complexe et sensible aux mouvements transférentiels et contre-transférentiels tout en s’insérant dans une réflexion psychopathologique. Le lecteur verra surgir le style d’écriture clinique si typique et propre à Pierre Fédida dès ces premiers écrits. Son élève, puis collègue, le Pr Abbas Makké (Université Libanaise, Beyrouth, Liban) a écrit la préface en témoignage de l’influence du Pr P. Fédida sur son propre parcours.

Marie Moscovici (1932-2015), grande figure de la psychanalyse, a proposé des points de vue inédits sur l’oeuvre freudienne dans ses livres et ses articles. Son oeuvre n’est pas seulement un commentaire mais une illustration de ce que la capacité de lire peut apporter à l’écoute clinique et de ce que la capacité d’écrire peut ouvrir dans la réflexion théorique. En même temps, ces deux capacités sont au service d’une façon de prendre soin de la pratique de l’analyse – de l’éthique du métier, en somme – et de donner suite créative aux fondations freudiennes. Elle a aussi dirigé la revue L’Inactuel de 1994 à 2005 et a su, entourée des membres du comité de rédaction, animer cette revue en surpassant les cloisonnements des disciplines académiques. Elle est parvenue à en faire une revue d’intérêt général en amenant à se rencontrer différents champs de la pensée, dans une démarche se questionnant incessamment elle-même dans sa propre temporalité. Il s’agirait, dans ce numéro 13/14 d’Incidence, de tenter de cerner la spécificité du mode d’approche de l’humain, éclairé par la psychanalyse, qui s’est déployé tout au long de ce parcours éditorial.

Écrivain, psychanalyste, professeur émérite à l’université de Paris 7, Julia Kristeva est une représentante de la pensée française dont l’influence ne cesse de s’étendre en France comme à l’étranger. Son œuvre, à la croisée de plusieurs disciplines, a d’abord abordé le champ de la linguistique avec des lectures nouvelles de Lautréamont, Mallarmé, Proust. C’est ensuite sur la psychanalyse que se sont portées ses recherches. Elle est l’auteur d’ouvrages sur l’abjection, la mélancolie, les nouvelles maladies de l’âme, qu’elle étudie à la lumière des textes littéraires, Dostoïevski et Marguerite Duras notamment, et qui l’aident à analyser le nihilisme de l’ère moderne. C’est sur tous ces grands sujets qu’artpress l’a interrogée au fil des années, mais aussi sur l’art : ne fut-elle pas responsable en 1998 de l’exposition Visions capitales au musée du Louvre ?

Par Jacques Henric, Philippe Forest, Catherine Francblin, Laurence Louppe.
Préface de Philippe Forest.

« La polyphonie de l’être : voilà mon obsession. Elle est aussi bien philosophique qu’esthétique »

Dans ce recueil de quatre articles théoriques écrits entre 1976 et 1979,
W. R. Bion aborde certains de ses thèmes fondamentaux : la césure, la turbulence émotionnelle, la preuve de la pertinence d’une interprétation et les difficultés de communication entre analyste et analysant lors de l’expérience analytique. Les deux premiers articles, “Emotional Turbulence” et “On a Quotation from Freud”, ont été d’abord publiés dans les actes du congrès deTopeka (mars 1976), par l’International Universities Press, New York. Les deux autres, “Evidence”
et “Making the Best of a Bad Job” (le dernier article écrit par W. R. Bion), sont parus dans The Bulletin of the British Psycho-Analytical Society. Ces quatre textes ont été réunis par Francesca Bion, en 1987, sous le titre Four Papers et constituent aujourd’hui la troisième partie des Clinical Seminars and Other Works, publiés par Karnac en 2000. L’édition française de ces articles est suivie d’une postface par Pierre-Henri Castel, d’un index et d’une bibliographie, ainsi que d’une reproduction d’un dessin des Carnets de Léonard de Vinci, cité par Bion.

Le père : Pourquoi ?

La femme : Comment ?

Ces deux questions hantent la psychanalyse depuis ses origines. Freud lui-même ressentait l’insuffisance de ses propres réponses.

Ainsi s’annonçait ce livre lors de sa première parution en 1974. Ces questions n’ont loin de là, rien perdu de leur actualité. Cette nouvelle édition, tout en demeurant fidèle au texte originel, a été revue, réaménagée et réactualisée, elle est vraiment « nouvelle », la collection n’existait pas à l’époque, l’esprit de ce livre aurait pourtant convenu.

Jean-Claude Lavie, L’amour est un crime parfait
Dominique Clerc Maugendre, La maladie du moi
Martine Bacherich, À en perdre la tête
Paul-Laurent Assoun, Au premier regard
Edmundo Gómez Mango, Le désordre
Antoine Compagnon, L’amour, l’amour, toujours l’amour
Pierre Pachet, Vies sans amour
Francis Marmande, L’étrange amour de préférence
Jean-Paul Demoule, L’amour passé
Éric Michaud, Un Sauveur : Adolf Hitler ou La tyrannie du visible
Joseph Moingt, L’amour est de rigueur
Charles Baladier, La philosophie de l’amour et du désir au Moyen Âge
Francoise Coblence, Et l’amour, et l’autre
François Gantheret, Unissons-nous?
Evelio Cabrejo Parra, Fête narcissique des premières syllabes
Michela Gribinski, La voie passive
Michel Gribinski, Construire un feu Aimer un père

Varia, XX :
Catherine Chabert, Les trois sœurs
Adam Phillips, The unimportance of being Ernest
Alain Boureau, Revanche du lièvre
Daniel Roche, Heinele
Danielle Margueritat, Le père incorporé
Jean-Philippe Dubois, Le jeu des mots
Georges-Arthur Goldschmidt, Quand Freud entend l’allemand
Bruno Bayen, Une origine pour la nature morte
Georges Didi-Huberman, Une page de larmes, un miroir de tourments

 

Destructivité et champ du négatif

Un parcours avec André Green

https://www.psychanalyse.be/parution/la-destructivite-pulsion-de-mort-travail-du-negatif/

« Frieda Fordham a entrepris la tâche, difficile sous tous les rapports de présenter un résumé clair de mes diverses tentatives pour comprendre mieux, et d’une façon plus large, la psyché humaine. Comme je ne peux prétendre avoir atteint quelque théorie précise expliquant l’ensemble, ou même la plus grande part des complexités psychiques, mon œuvre consiste en une circonvolution autour de facteurs inconnus. Exposer d’une façon claire et simple mes idées est, par conséquent, pour le moins ardu […].

Malgré cet état de choses quelque peu problématique, Frieda Fordham a réussi à se sortir de toutes les occasions de faire des interprétations inexactes. Elle a présenté d’une façon simple et satisfaisante les principaux aspects de mon œuvre psychologique. Je lui dois beaucoup pour ce travail admirable. »

C. G. Jung

Je répète, donc je suis ! Notre vie bat au rythme de la répétition que l’inconscient nous impose. La répétition est positive quand elle nous permet d’apprendre, de créer et de nous affirmer toujours davantage. Mais la répétition peut aussi se révéler pathologique quand elle nous fait rejouer à notre insu les traumatismes de l’enfance, multiplier les ruptures amoureuses, souffrir de troubles obsessionnels compulsifs, dépendre d’une drogue, du jeu ou du sexe, ou échouer de façon répétée devant les mêmes épreuves.

Aussi dirons-nous que l’inconscient est tantôt une force de vie qui nous pousse à répéter les mêmes comportements heureux, tantôt une force de mort qui nous pousse à répéter compulsivement les mêmes comportements d’échecs.

À paraître en janvier 2019

Le concept de transformation est omniprésent dans la psychanalyse, bien qu’il soit rarement utilisé d’une manière spécifique. C’est seulement avec Bion qu’il prend une signification particulière, c’est-à-dire qu’il devient un concept absolument central, définissant une nouvelle théorie et une nouvelle technique pour la psychanalyse. Au départ, Bion ne fait que proposer une théorie de l’observation en psychanalyse plus efficace et susceptible d’augmenter le niveau formel des concepts psychanalytiques. Mais bien vite, il en arrive à la définition d’un nouveau paradigme. Contrairement au paradigme classique, ce dernier peut être défini comme esthétique ou intersubjectif. La relation mère enfant est le modèle central de ce nouveau paradigme. Et la transformation est un outil des plus précieux (« clarificateur [illuminating] ») pour saisir l’évolution de l’expérience émotionnelle de la séance. Le concept de transformation permet de rendre l’analyste plus réceptif au discours inconscient et au spectre des manifestations oniriques en séance : rêverie, transformation en rêve, transformation en hallucinose, flash onirique, rêverie « somatique », etc. C’est cela qu’il s’agit d’analyser dans ce numéro issu des communications du 78e Congrès des psychanalystes de langue française.

À paraître en janvier 2019

L’objectif de ce numéro 235 est d’évoquer -sans prétention exhaustive-, les apports conséquents de plusieurs grands psychanalystes britanniques, pour l’ensemble du corpus clinique et théorique de la psychanalyse. Malgré une diffusion parfois sélective et plus tardive en France qu’en d’autres pays européens et d’Amérique du Sud-, ces apports nourrissent désormais la pratique, et témoignent de la richesse de leurs avancées et perspectives permettant une approche de plus en plus subtile de l’évolution intra et intersubjective de nos psychismes.

Ces textes, jusqu’alors inédits, retranscrivent les derniers séminaires donnés par W. R. Bion dans la clinique Tavistock, à Londres, entre 1976 et 1979. En laissant une large part au dialogue, le psychanalyste souligne l’importance de l’observation et de la présence “tierce” en cours de séance, explore le rêve et la conception psychanalytique du temps, aborde le rapport entre l’art et la psychanalyse. L’ouvrage inclut en outre un entretien de Bion avec Anthony G. Bannet, réalisé en 1976.

Le traumatisme s’inscrit, dans la théorie et la pratique psychanalytiques, dans une perspective bipolaire : source classique de désorganisation, il peut aussi avoir des effets positifs pour la psyché. C’est à l’élucidation de cette double perspective que se consacrent les différentes contributions. Le rappel des divergences entre Freud et Ferenczi ouvre sur l’opposition : impact du fantasme ou réalité du traumatisme sexuel ? En privilégiant le traumatisme précoce ne court-on pas le risque d’escamoter l’importance de la conflictualité intra-psychique ? N’est-ce pas la mauvaise qualité de l’environnement primaire qui confère leur caractère désorganisateur aux expériences de perte que l’enfant vit au cours de son premier développement ? Pourtant, ces traumatismes peuvent contribuer au déploiement de la dimension structurante des fantasmes originaires. Dans les traumatismes collectifs, la cruelle expérience des héritiers des génocides confirme aussi une grande inégalité de l’intégration de la souffrance. Comment les effets désintégrateurs peuvent-ils être  » rattrapés  » ? Dans cette clinique du traumatisme, entre désorganisation et réorganisation, l’aptitude du psychisme à faire émerger du nouveau sera dévoilée dans sa complexité créatrice.

La relation qui unissait Freud et Ferenczi est l’un des chapitres les plus passionnants de l’histoire de la psychanalyse. Taraudé par la question du désir à l’œuvre dans chaque analyse, il a fait émerger des concepts cliniques majeurs : le trauma, la confusion des langues, l’enfant dans l’adulte, la thérapie active… Jamais satisfait de la technique analytique, il a toujours cherché à mieux pénétrer les mécanismes du transfert, y compris dans le travail avec les psychotiques. Ses recherches ont laissé de nombreux points aveugles mais aussi des avancées décisives que Lacan a pu continuer à penser et remettre en jeu. C’est donc forts de l’apport lacanien, que les auteurs du présent ouvrage ont souhaité éclairer l’œuvre fondamentale et actuelle de Ferenczi.

En septembre 1918, à Budapest, le Ve Congrès international de psychanalyse est notamment consacré aux névroses de guerre. Parmi les intervenants, Sandor Ferenczi et Karl Abraham, qui, ayant servi depuis le début de la guerre en tant que médecins, ont pu faire d’étonnantes observations. Et ce qu’ils disent des traumatismes psychiques est suffisamment important pour que Freud, qui signe l’introduction aux Actes de ce colloque, ait éprouvé le besoin d’en reparler longuement deux ans plus tard, en 1920, dans Au-delà du principe de plaisir… Gageons que ce livre intéressera les historiens travaillant sur la guerre et les sorties de guerre, mais aussi les psychiatres, psychanalystes, psychologues, travailleurs sociaux et humanitaires qui accueillent, écoutent, aident et soignent aujourd’hui les militaires et les civils confrontés aux nouvelles formes de violences de guerre.

Dans l’inconscient, chacun de nous est persuadé de son immortalité : nous ne pouvons pas nous représenter notre propre mort. Nous sommes déjà beaucoup plus ambivalents en ce qui concerne l’être aimé. Quand à l’étranger ou l’ennemi, nous sommes volontiers le jouet de désirs meurtriers… Pourquoi ?

« Un psychanalyste apathique, c’est un psy qui somnole ?
– Non, c’est quelqu’un qui ne se laisse pas prendre par le pathos.
– Il est indifférent – bravo !
– Il est engagé, au contraire, mais lui ne se laisse pas faire par les bons sentiments.
– Qui se laisse faire ?
– Les psychanalystes empathiques. Ce que ne sont pas les apathiques.
– Je vois. C’est mal, d’être empathique.
– Quand cela permet d’en finir avec toute visée scientifique. L’inconvenance et le mordant de la découverte freudienne sont menacés par une conception anglo-saxonne molle du postmoderne.
– C’est grave d’être un patient postmoderne ?
– Cela veut dire que l’on a un psychanalyste postmoderne. Il s’occupera de votre identité ; il s’occupera des traumas de votre « environnement précoce » (langue de bois pour parler de l’enfance) ; il s’occupera de votre unité. Mais que fera-t-il du scandale psychique qui vous fait vivre, et va du sexuel à la création ? »

Laurence Kahn, Le Psychanalyste apathique et le patient postmoderne

À une époque où la sécurité nous est donnée comme valeur principale, où l’exacerbation des peurs de toutes sortes et la servitude volontaire sont encouragées, ce livre fait l’éloge de la prise de risque. Cet ouvrage pose comme question centrale : qu’est-ce que risquer sa vie, à savoir prendre le risque de vivre ? Dans de courts chapitres, sont explorés les divers lieux où le risque se rencontre : la vie amoureuse, la séparation, la dépendance, mais aussi la vie sociale, le langage ou les biotechnologies.

« … Il ne faut pas oublier que la relation analytique est fondée sur l’amour de la vérité, c’est-à-dire sur la reconnaissance de la réalité, et qu’elle exclut tout semblant
et tout leurre… »

Les deux articles rassemblés dans ce volume sont consacrés à la pratique de la psychanalyse. Dans le premier, « L’analyse finie et l’analyse infinie », Freud donne une vue d’ensemble sur les possibilités et les limites de la technique analytique. C’est, de ce fait, un article de référence auquel reviennent inlassablement les théoriciens et les praticiens depuis sa première publication en 1937. Le second texte, écrit la même année, traite d’une des dimensions les plus subtiles du travail du psychanalyste pendant la cure, les « Constructions dans l’analyse », et de la place essentielle qui leur revient à côté de l’interprétation.
Ces deux textes tardifs montrent que Freud est resté constamment préoccupé par les questions techniques de la psychanalyse, jusqu’au soir de sa vie, avant de devoir abandonner son cabinet et ses patients pour prendre la voie de l’exil.

Freud & l’art : une relation surréaliste

par Natacha Nataf

Il a révolutionné nos représentations des pulsions sexuelles et des désirs inconscients, rencontré Breton puis Dalí le « fanatique », analysé des œuvres de Léonard de Vinci et Michel-Ange, collectionné des milliers d’antiques… Alors pourquoi le père de la psychanalyse fait-il aujourd’hui seulement l’objet d’une exposition d’envergure à Paris ? Beaux Arts vous dit tout sur ce maître des paradoxes.

https://www.beauxarts.com/grand-format/freud-lart-une-relation-surrealiste/

L’accès à la psychologie des profondeurs passe par la découverte d’un langage différent des discours psychologiques classiques et traditionnels.

Cet ABC ouvre la voie qui mène à la connaissance et à l’approfondissement des oeuvres de Jung si complexes pour le néophyte.

L’introduction à ce vocabulaire s’appuie sur de nombreux textes de Jung lui-même, permettant ainsi de se familiariser avec l’esprit de son auteur. Grâce à cette vue d’ensemble, le regard peut s’accrocher et s’approcher du fondement de cette oeuvre colossale pour lui donner un sens pratique.

Méthodiquement et progressivement, cet ouvrage
expose les terminologies spécifiques au créateur de cette  » quête des sens  » dont l’aboutissement est le Soi. L’aspect initiatique du processus d’individuation se révèle au fur et à mesure des rencontres avec la persona, l’ombre, l’anima et l’animus ainsi que la révélation des structures psychiques, collectives et individuelles.

En élargissant le concept de l’inconscient, Jung élabore la notion des archétypes dont l’apport considérable ne cesse encore aujourd’hui d’enrichir la psychologie analytique.

Ce livre s’adresse à celles et ceux qui désirent connaître les outils leur permettant de se confronter avec eux-mêmes grâce au passage enrichissant de l’expérience intérieure.

Jung raconte : « Lors de notre premier entretien, Freud me demanda tout à trac : – et que pensez-vous du transfert ?… Je lui répondis qu’à mon avis c’était l’alpha et l’oméga de la méthode. – Alors, me dit-il, vous avez compris l’essentiel. »

Le dialogue entre praticien et patient (ou patiente) est une réalité brûlante. Sur ce point comme sur tant d’autres, Jung avait conscience d’avoir mené à son terme la recherche de son prédécesseur. Cela ne put se faire que par la reconnaissance de la dimension transpersonnelle de l’échange thérapeutique. Pour la mettre en évidence Jung recourt au symbolisme alchimique.

A travers la rencontre de deux individus, il montre la mise en présence, à des niveaux divers, de deux archétypes, « le roi et la reine », l’homme et la femme en tant que principes.

S’appuyant sur les figures d’un traité publié en 1550, Le Rosaire des philosophes (Rosarium philosophorum), il décrit les phases dramatiques conduisant aux « noces royales ». La mort et la résurrection des deux partenaires donnent naissance au « fils des sages » ou androgyne, où s’unifient le masculin et le féminin.

Les chatoiements des symboles hermétiques laissent transparaître à chaque ligne l’expérience d’un praticien hardi et doté d’un sens aigu de sa responsabilité éthique, au service de l’âme, « sa seule maîtresse ». Le transfert, périlleuse et irremplaçable voie d’amour, est le cœur de la psychologie des profondeurs.

La pudeur habituelle de Jung ne l’a pas empêché de lever ici un coin du voile. Cet ouvrage servira de guide à quiconque est appelé à plonger, par le dialogue, dans « le feu secret des sages », nom de l’amour transformant, créateur de l’hermaphrodite, l’un des mille noms de la totalité psychique, du Soi jungien.

C’est dans la cadre de son engagement auprès de la SDN pour la paix et le désarmement qu’Einstein propose à Freud, en 1931, de collaborer avec lui à une brochure sur les racines psychologiques de la guerre et les moyens de l’empêcher à l’avenir. l’échange épistolaire entre les deux hommes, qui s’étaient déjà rencontrés et qui s’admiraient à bonne distance, met en lumière leurs divergences aussi bien que leur commune lucidité vis-à-vis des urgences et des périls du siècle : à l’idéal visionnaire d’Einstein, celui d’un arbitrage supranational dont les ressorts restent à penser, Freud répond en insistant sur la puissance de la pulsion de mort et suggère que le chemin de la paix universelle sera encore long et imprévisible. Les nazis, arrivés au pouvoir quelques semaines avant la publication de Pourquoi la guerre ?, en interdiront aussitôt la diffusion.

Manger, tout comme boire, fumer ou se droguer, mais aussi jeûner, peuvent apporter un apaisement momentané lorsque la souffrance psychique est trop intense. S’intéressant, une fois de plus en précurseur, à l’alcoolisme et à la boulimie, Ferenczi montre que l’addiction n’est pas la cause, mais la conséquence d’une souffrance, d’un traumatisme, et qu’en cela elle relève de la stratégie de survie. Avec une fonction tout à fait précise : « soigner » le sujet…

Jeune médecin installé à Budapest, Sandor Ferenczi (1873-1933) deviendra un praticien et un théoricien de la psychanalyse après sa rencontre avec Freud en 1908. Il est le fondateur de la Société hongroise de psychanalyse. Ses oeuvres témoignent de la vitalité et de la curiosité d’un auteur audacieux, fécond et tourmenté, le plus original peut-être parmi la génération des pionniers. Ilse Barande dégage les lignes de force des écrits de celui qui fut le disciple, l’ami, et le grand vizir secret » de Freud. »

Peut-on soigner par la danse ? Peut-on donner à la danse une place dans l’arsenal thérapeutique ? A-t-elle la capacité de mobiliser la sphère psychique de l’individu qui « entre dans la danse » ? Quel corps la danse met-elle en mouvement ? Comment s’élabore-t-il et comment, par son intermédiaire, le sujet se construit-il du même coup, et avec lui l’espace, le temps et les nuances de la présence qui fondent la relation et les interactions ?

Si, nous dit l’auteur, la danse n’est pas thérapeutique en elle-même – pas plus que l’art ou la parole -, elle peut le devenir grâce au dispositif dans lequel elle s’inscrit. Ainsi à partir d’une longue pratique de la danse-thérapie, Benoît Lesage pose, dans cet ouvrage, les fondements théoriques de cette discipline et livre des outils qui permettent de les incarner. A la croisée de l’art, de la création, de la psychomotricité, de la thérapie à médiation corporelle et de la pratique groupale, le parcours interdisciplinaire qu’il propose s’ouvre à la clinique, abordée ici en relation avec diverses populations : personnes psychotiques polyhandicapées, présentant des troubles du comportement et de la communication, autistes, anorexiques, porteuses de handicap sensorimoteur…

Au-delà des enjeux cliniques et thérapeutiques évoqués ici, la danse-thérapie hérite de la danse la faculté essentielle et fondatrice de convier les hommes à partager le rythme, les images, le plaisir sensoriel et parfois sensuel, en puisant aux mémoires individuelles et communautaires. Cet ancrage immémorial dans les mythes et dans l’enfance en fait une source dynamique qui peut remettre en marche le sujet… pas à pas.

Des milliers de femmes et d’hommes aujourd’hui se retrouvent régulièrement sur le parquet de danse, pas seulement pour exprimer leur vitalité en musique, s’amuser ou se séduire, mais aussi pour rejeter des siècles de frustrations, de tabous et de névroses. Se soigner et s’épanouir en dansant, imagine-t-on thérapie plus exaltante ?

Pour nous présenter la danse-thérapie, mélange singulier d’exultation corporelle, d’improvisation rythmée et de psychanalyse de groupe, Catherine Maillard a interrogé cinq écoles :

la danse des cinq rythmes de Gabrielle Roth,
le life art process d’Anna Halprin,
la biodanza de Rolando Toro,
la danse biodynamique de Rafael Baile,
la danse médecine de Susannah et Ya’Acov Darling Khan.

Et pour nous permettre de mieux appréhender cette pratique en pleine floraison, quatre experts ont été invités à en parler :

l’anthropologue et psychanalyste France Schott-Billmann, qui compare danse primitive, psychanalyse et danse-thérapie,
le psychiatre Jean-Pierre Klein, qui dirige la principale école d’art-thérapie française,
les deux grands chorégraphes Carolyn Carlson et Angelin Preljocaj, qui s’accordent à dire que, chaque être humain étant un danseur né, la danse-thérapie s’adresse à tous.

Pour avoir reconnu le tragique de la négligence humaine, la psychanalyse appartient à la tradition classique. La confusion des mémoires tient, en effet, à la négligence des paroles et à la méconnaissance de leur destinataire. Parler trop à n’importe qui, n’importe quand et n’importe comment : peut-être est-ce dans l’excès d’une demande de parler qu’il faudrait reconnaître ce qu’on appelle traumatique. Les travaux ici réunis témoignent d’une démarche sinon commune du moins partagée pour ré-interroger dans la psychanalyse et au contact de l’anthropologie les mémoires et les transferts – dès lors qu’on ne peut plus se satisfaire de leur définition théorique simplifiée

Carl Gustav Jung (1875-1961) est l’un des pères fondateurs de la psychanalyse. Et sans aucun doute le plus controversé. Pour deux raisons : sa conception du rapport à l’inconscient et ses choix politiques durant la Seconde Guerre mondiale, que ce livre éclaire d’un tout nouveau jour. Pourquoi Jung a-t-il autant dérangé Freud et les freudiens ? Jung était-il antisémite ? A-t-il collaboré avec les nazis ? En 1900, Jung est un jeune psychiatre prometteur, qui travaille dans le prestigieux hôpital du Burghölzli (Zurich) avec le professeur Eugen Bleuler. Ensemble, ils remettent en question le traitement carcéral de la folie pour prendre en compte la psychologie des patients. Jung explore les phénomènes paranormaux, la schizophrénie, et développe les tests sur les associations de mots. C’est l’époque ou’ Freud publie L’Interprétation des rêves, et Jung promeut la théorie freudienne alors largement décriée. Devenu analyste, il est placé à la tête du mouvement psychanalytique par Freud lui-même, qui voit en lui son héritier. Mais il y aura rupture, en 1912. Entre-temps, il a pris une jeune maîtresse, Toni Wolff, qu’il traite comme une seconde épouse en instaurant publiquement une relation triangulaire. La réputation de Jung se trouble. Il voyage beaucoup, étudie avec acharnement : philosophie, mythologie, gnose, alchimie. Puis, en 1933, il y a ce choix fatal : son engagement à la tête de la Société médicale internationale de psychothérapie, alors prise en main par une majorité de psychiatres allemands ralliés au nazisme. Il démissionne en 1939, mais sa réputation est définitivement salie. Pourtant, les services secrets américains le recrutent comme agent spécial… Quand il meurt, en 1961, Jung est l’auteur d’une œuvre monumentale, traduite dans plusieurs langues. Il a élaboré les concepts d’individuation, de Soi, d’archétype, d’inconscient collectif, d’anima, d’animus… Il est célèbre dans le monde entier, avec autant de détracteurs que de partisans. Deirdre Bair s’appuie sur des documents inédits, notamment les archives de la famille Jung récemment ouvertes, pour instruire enfin le « dossier Jung » – un dossier sensible et passionnant. Et elle nous offre une fresque inattendue des débuts de la psychanalyse.

Peut-on se soigner par la danse ? Depuis des millénaires, l’être humain a toujours dansé, se connectant ainsi à des énergies créatrices et transformatrices qui le guérissent.

En s’appuyant sur les fondements anthropologiques, sociologiques et sur l’histoire des religions, cet ouvrage montre les bénéfices de la danse et du rythme sur le corps et la psyché. Non seulement elle permet de réveiller nos forces vitales, mais aussi de réguler les désordres physiques, énergétiques, psychiques et sociaux.

Ainsi la danse représente un élément de réponse originale aux enjeux de notre temps. Elle peut nous aider à communier avec les sources profondes de notre être, pour réinventer une autre façon de vivre ensemble, et retrouver un juste équilibre corps esprit que notre culture occidentale dualiste a indûment séparés. L’expérience de la danse fait comprendre qu’ils ne font qu’un, et que l’Homme fait partie de l’univers…

La psychothérapie apparaît comme un phénomène récent. Ce serait une réponse aux souffrances de l’homme moderne occidental : malaise dans la civilisation, perte du sens de l’existence, délitement du lien social… C’est oublier que le « soin des âmes » était déjà une préoccupation à l’époque antique !
Cet ouvrage présente les fondements des psychothérapies. Il montre comment elles s’enracinent à la fois dans les courants philosophiques, l’évolution de la culture et les découvertes de la science sur la psychologie et le fonctionnement du cerveau humain.
• L’enracinement philosophique des pratiques psychothérapeutiques ;
• Les paradigmes psychanalytiques et existentiels ;
• Les paradigmes systémiques et cognitivistes ;
• L’éclairage des neurosciences.

Les liens entre Réalité et Traumatisme posent une question épistémologique que cet ouvrage remet en perspective, et qui est à la base du désaccord entre Freud et Ferenczi. Comme l’a remarqué Balint,  » Le fait historique représenté par le désaccord entre Freud et Ferenczi fit sur le monde analytique l’effet d’un traumatisme (…) Le choc était extrêmement profond et douloureux. Tout se passe en effet comme si cette opposition Freud/Ferenczi autour de la question de l’Origine – externe ou intense – du traumatisme, continuait à être active au sein de la communauté psychanalytique, au point d’interdire toute pensée de leur articulation, alors que les théories de Winnicott, la conception moderne de l’Histoire, ou les travaux de S. Viderman permettent justement une telle articulation !
Cet ouvrage, à travers le notions de  » Noyau traumatique du Moi « , de « Collapsus topique », d' »Animisme à deux » de « Noyau chaud » et de « Noyau froid », issues de la conception freudienne de l’Objet, telle qu’elle apparaît dans « Deuil et Mélancolie » introduit à une réévaluation des liens entre trauma « réel » et trauma « psychique », et postule l’existence de « Traumatismes sans fin » et de « Traumatismes avec fin », la capacité du sujet à constituer au sein de sa psyché une « potentialité » à subir psychiquement un traumatisme, se révélant, en fin de compte, anti-traumatique ; il donne au lecteur, au cœur même de la pratique psychanalytique, des exemples de ces types de traumatismes.

On se hisse à mains nues au-dessus des remblais, et là, vertige. Le rêve commence. Le rêve a ce pouvoir d’annoncer ce qui arrive, et de mettre entre nos mains la possibilité d’y répondre. S’ouvrir à l’intelligence du rêve, à sa promesse, c’est d’abord le distinguer du fantasme et de ses dédales, c’est surtout l’envisager comme une révélation intime, le signe d’une possible liberté qui advient par la voie du désir. L’auteur interroge aussi les figures symboliques de l’ange, du génie poétique et du daimôn, messagers de la parole comme le rêve l’est de notre plus secrète identité.