Voici sans doute le plus étrange et le plus freudien des écrits de Freud. Composé par strates successives en trois essais, il garde tout au long des traces de sa fabrication insolite. Étrange aussi par son audacieuse hypothèse de départ – « Si Moïse était un Égyptien ? » -, il est bien loin de s’y réduire. À travers l’histoire de l’homme Moïse, c’est en effet la formation d’une religion, celle de l’identité juive (et de l’antisémitisme), enfin le passage de la sensorialité à la vie de l’esprit qui font ici l’objet de l’enquête, avec, en arrière-plan, la question du père mort qui, tout comme la figure de Moïse, n’a cessé de hanter Freud.
« Roman historique » au dire de son auteur, Bildungsroman ou roman secret – l’homme Moïse, c’est aussi l’homme Freud -, ce livre appelle autre chose qu’une interprétation : une lecture.

« La capacité d’être seul est l’un des signes les plus importants de la maturité. » (Donald W. Winnicott)

La solitude nous angoisse, et pourtant nous avons tous besoin d’être seuls pour nous ressourcer. Winnicott est le premier psychanalyste à s’être penché sur ce paradoxe. Il montre comment le petit enfant, pour mûrir affectivement, fait l’expérience de la solitude bien que sa mère soit à ses côtés. Et il souligne l’importance de respecter le besoin d’isolement des patients pour leur permettre de revivre l’expérience infantile d’une solitude accompagnée et apaisante. Replaçant le rôle du corps au premier plan, il nous rappelle que le bien-être mental peut aussi passer par une simple présence physique.
Par son empathie et sa sollicitude, Donald W. Winnicott (1896-1971) est sans conteste l’un des plus grands psychanalystes de notre époque.

Nous sommes après Freud, bien sûr, et aussi avec Freud, pour penser les problèmes de notre temps. Selon moi, la plupart des analystes français sont freudiens, mais « freudiens » ne veut pas dire orthodoxe. On ne prétend pas que Freud a tout dit, qu’il a réponse à tout.

André Green, Entretiens avec Fernando Urribarri, « Dialoguer avec André Green »

Dès l’invention de la psychanalyse, le groupe fait question. En effet, bien qu’il soit un des modèles majeurs de la représentation du fonctionnement psychique et un des domaines privilégiés de son « application », il sollicite de la prévalence du « on » là où la psychanalyse soutient le mouvement séparateur du Je, la mise au jour de la singularité d’une histoire.

Toutefois depuis un bon demi-siècle, l’élaboration d’un cadre méthodologique a permis de mettre les spéculations sur le groupe a l’épreuve de la clinique, offrant ainsi un dispositif d’accès à des processus et à des formations autrement hors d’atteinte.

René Kaës reprend ici les éléments d’une théorie du groupe dont il avait donné une première formulation dans son ouvrage l’Appareil psychique groupal (Dunod, 1976). La perspective proposée inclut l’espace intrapsychique dans l’investigation psychanalytique du groupe, en même temps qu’elle comprend le groupe comme l’espace intersubjectif qui précède et étaie le sujet de l’inconscient. La notion de sujet du groupe est au coeur de cette problématique, à l’articulation des deux nécessités : celle pour chacun d’être à soi-même sa propre fin, et celle d’être l’héritier, le serviteur et le maillon d’un ensemble intersubjectif.

Ce volume présente les textes du colloque de la Société psychanalytique de Paris qui a eu lieu en janvier 2006. les participants ont confronté leurs pratiques, comparé la situation en France et à l’étranger, analysé les axes théoriques communs, évoqué les principes pouvant orienter vers la psychothérapie considérée comme branche contemporaine de la psychanalyse. Des débats passionnés et passionnants.  

La plus libre des disciples de Freud, cette Lou Andreas-Salomé qu’il appelle par son prénom et à laquelle il a confié la formation analytique de sa fille Anna, adresse au maître en hommage d’affection pour son soixante-quinzième anniversaire cette lettre ouverte. L’amie de Nietzsche et de Rilke, l’écrivain qui a laissé sur chacun d’eux la plus lucide des études, touche au cœur de l’analyse comme de l’écriture. Thérapeute, elle est du sérail. Freud n’hésite pas : il publie le livre aux Éditions psychanalytiques.

Les usages sociaux et culturels accordent à la parole et au silence une alternance qui varie d’un lieu à l’autre et d’une personne à l’autre. Cependant, face au silence les uns éprouvent un sentiment de recueillement, de bonheur tranquille, tandis que d’autres s’en effraient et cherchent dans le bruit ou la parole une manière de se défendre de la peur.

« Soudain paraît un anthropologue singulier, David Le Breton, jusqu’alors interrogateur du corps socialisé, de l’expressivité des visages, de la douleur et des maux de la chair , qui parle d’abondance du silence. Et qui s’étonne lui-même d’avoir conçu tant de phrases sur » une étoffe de silence » . » – Georges Balandier, Le Monde.

Cette première biographie complète de la plus importante des théoriciennes du mouvement psychanalytique s’appuie sur une grande quantité de lettres et de documents inédits. Personnalité aussi riche que controversée, la  » géniale tripière « , comme l’avait un jour qualifiée Jacques Lacan, apparaît ici au long d’une vie que rien ne semblait prédestiner à tant de découvertes : après une enfance à Vienne, dans une famille juive de la classe moyenne, un mariage malheureux la conduit vers 1910 à Budapest, à la rencontre de la psychanalyse avec Sandor Ferenczi qui l’encouragera rapidement à travailler avec de jeunes enfants. A partir de 1920, elle vit à Berlin, bientôt divorcée et en analyse avec Karl Abraham, avant de se rendre à Londres, invitée par Ernest Jones, en 1926. On connaît la suite : son installation définitive en Angleterre où, imposant sa forte personnalité et ses théories novatrices à la British Psychoanalytical Society, elle se voit au centre des controverses les plus ardentes jusqu’à sa mort, en 1960. Sans complaisance hagiographique, Phyllis Grosskurth reconstruit les pénibles moments de sa relation avec sa fille, et les conflits qui l’opposèrent à Anna Freud durant plus de trente ans. Melanie Klein se révèle une créatrice exigeante, concentrée autour d’une œuvre à imposer. Ce livre nous en éclaire la conception et le développement progressif, constituant ainsi une vivante introduction à des suggestions théoriques et pratiques dont on sait la fécondité.

Inspiré du célèbre Vocabulaire de la psychanalyse de J. Laplanche et J.-B. Pontalis, mais conçu de manière à explorer les concepts freudiens dans une perspective historique, le présent dictionnaire est aussi l’enquête la plus complète à ce jour sur la pensée de Melanie Klein et de ses successeurs.

On sait que, lors d’une réunion conjointe des Sociétés britannique et française de psychanalyse en juin 1939, alors qu’Anna Freud présentait ses premières communications, Melanie Klein prit conscience de la nécessité d’établir son propre groupe de travail. Fréquemment dénoncé par les autres analystes, le Groupe kleinien permit l’apparition d’un mode d’interprétation spécifique et fécond et d’une théorie influente sur la schizophrénie qui allaient rencontrer de larges échos dans de nombreux pays.

Controversés ou non, les travaux de Melanie Klein et de ses successeurs « ont ouvert la voie à ces changements dont le moindre n’est pas l’importance accordée aux découvertes relatives à l’enfance et à la petite enfance ». Le présent ouvrage donne au lecteur toutes les clés nécessaires à leur compréhension et à leur évaluation.

La perlaboration se définit essentiellement comme la répétition de l’élaboration des interprétations qui permettent le passage d’un insight initial à un changement durable dans les réactions ou le comportement du patient.

Ralph R. Greenson, Technique et pratique de la psychanalyse

La clinique de la souffrance narcissique identitaire contraint la psychanalyse à un travail de reprise des fondements de la théorie de la psyché, qui affirmait le primat du principe de plaisir. Pour étayer cette autre clinique, la théorie doit explorer, « au-delà du principe de plaisir », les modèles des fonctionnements psychiques où règne la contrainte de répétition. C’est en reprenant l’histoire de la construction de la théorie freudienne, en l’articulant avec l’apport de Winnicott concernant la transitionnalité, que cet ouvrage essaye de dégager les fondements d’une théorie du processus psychique utilisable pour comprendre et traiter aussi bien les souffrances névrotiques que narcissiques-identitaires.

Un tel ouvrage entend offrir à la lecture et à l’usage des textes psychanalytiques un instrument méthodologique, à la fois critique, historique et thématique. Il est sans précédent : il existe en effet des dictionnaires des notions psychanalytiques, des dictionnaires de psychanalyse à portée historique, ou encore quelques ouvrages qui présentent des résumés d’œuvres psychanalytiques. Mais, pour la première fois, c’est l’ensemble du corpus fondateur de l’œuvre psychanalytique qui est soumis à une analyse textuelle — tant les textes freudiens, ouvrages et articles fondamentaux (quelque 140 textes de Freud), que les textes-souche postfreudiens (quelque 200 textes).

Auteur d’une trentaine d’ouvrages et de quelque 400 articles touchant essentiellement au domaine impliqué dans ce Dictionnaire, Paul-Laurent Assoun a, au long des trente dernières années, longuement séjourné dans l’univers textuel que forme le monde freudien, en sa langue d’origine, en ayant expérimenté sans cesse la précieuse complexité aux fins de la recherche et de la formation. Ayant voyagé dans les œuvres dites « post-freudiennes » se prolongeant dans la richesse des textes analytiques se tenant dans son sillage, il a investi dans ce travail, produit au cours de ces trois décennies, ce que l’on appelle justement le « fruit » de ces recherches.

Outre 900 entrées définissant concepts et notions, ce dictionnaire présente les biographies des principaux psychanalystes, leurs œuvres essentielles, les pays où la psychanalyse s’est développée, ses institutions, les événements marquants de son histoire. Au total, plus de 1500 entrées rédigées par 460 auteurs. Plus qu’un outil de travail spécialisé, cet ouvrage est un instrument de référence sur tout ce qui touche à la psychanalyse depuis ses origines. De conception internationale, le dictionnaire offre un vaste panorama de la psychanalyse, de ses acteurs et de ses problématiques les plus actuelles.

« Être psychanalyste, c’est savoir que toutes les histoires reviennent à parler d’amour. La plainte que me confient ceux qui balbutient à côté de moi a toujours pour cause un manque d’amour présent ou passé, réel ou imaginaire. Je ne peux l’entendre que si je me place moi-même en ce point d’infini, douleur ou ravissement. C’est avec ma défaillance que l’autre compose le sens de son aventure.

En somme, il faut distinguer entre le désir de soulager qui domine la psychothérapie et celui d’analyser, qui implique un travail d’une autre nature. D’où les malentendus entre supervisé et superviseur. Le premier voudra que le superviseur reconnaisse que le patient « a fait des progrès », tandis que celui-ci pourra faire remarquer, sans contester les progrès, que la nature de ceux-ci, ne plaide pas en faveur d’une intégration portant sur la reconnaissance de l’inconscient. Et l’évolution vers l’autoanalyse (F. Busch).

Les mérites des deux méthodes ne sont pas à opposer mais à distinguer, en reconnaissant ce qui est spécifique au travail analytique. Il faut pour cela admettre que l’effet recherché de l’analyse ne se limite pas au « progrès » de l’analysant, et se donner pour but la nécessité de parvenir à une sorte de « conversion » interne […].

André Green, Illusions et désillusions du travail psychanalytique

Durant ces cinquante dernières années, le trouble borderline a navigué entre les névroses et les psychoses, a été appréhendé comme un type de personnalité pathologique, a été rapproché des maladies bipolaires, des désordres narcissiques, des personnalités psychopathiques… Du côté de la psychiatrie, comme de la psychanalyse, la liste de noms donnés à ces folies limites est longue et les qualifications singulières.

Aujourd’hui, l’état limite ne peut plus être défini sérieusement selon une approche extrinsèque  (la définition « ni ni », ni névrotique, ni psychotique) qui risquerait de réduire cette configuration clinique à un fourre-tout privé d’une cohérence interne. Il importe de donner une définition intrinsèque de l’état limite car il ne s’agit ni d’une psychonévrose gravissime, ni d’une prépsychose, ni d’un état passager naviguant entre les structures. Désormais, ce n’est plus tant une pathologie « à la limite de » qu’une pathologie des limites du Moi.

À partir d’une clinique actuelle grandissante, les auteurs soulignent la richesse des débats qui interrogent les limites du système de classification nosographique et poussent à réviser, voire à reconstruire de manière innovante certaines bases théorico-cliniques des techniques de soin.

Nous devons déjà à L. Grinberg et à ses collaborateurs un « premier Bion » (publié en France en 1976), et qui a constitué la première introduction à la pensée fascinante du grand clinicien et théoricien. Leur « introduction » était alors enrichie de résumés de livres et articles de Bion qui incitent le lecteur à vouloir en savoir plus. Mais ce présent livre est en même temps un « nouveau Bion », car les auteurs ont apporté des remaniements importants à chaque chapitre, sans compter un chapitre entièrement nouveau dans lequel on trouvera encore des idées clés. Celles-ci tiennent compte des ultimes « extensions » conceptuelles de Bion, puisées dans des écrits encore inédits, et patiemment recueillis par sa femme, Francesca Bion. L. Grinberg et ses collaborateurs ont su cerner toute l’originalité de la pensée bionienne, sans pour autant la détacher de sa filiation avec Freud ni de l’inspiration kleinienne. Nous pouvons aisément imaginer le plaisir des lecteurs qui n’ont pas encore abordé l’œuvre provocante de Bion, lorsqu’ils découvriront ce que nous avons nous-mêmes éprouvé à la lecture de ses premiers livres. A ceux qui connaissent déjà les fondements de sa pensée, ce livre fera découvrir de façon inattendue que le paysage conceptuel connu s’ouvre encore vers d’autres horizons. Grâce au travail de pionniers que sont nos collègues argentins, nous allons pouvoir, à notre tour, suivre l’expansion continue de l’univers bionien.

Les idées novatrices de H. Racker furent révolutionnaires à l’époque où il les exposa et provoquèrent d’importantes controverses. Sans nul doute, le thème le plus révolutionnaire fut celui de la « névrose de contre transfert » qu’il présenta pour la première fois en 1948 à Buenos Aires alors que rien n’avait été écrit sur ce sujet. … Dans ce travail, l’attention principale est dirigée sur la « névrose de contre-transfert » dans laquelle il prend en compte le complexe d’Oedipe positif et négatif, le conflit dépressif de base, et les défenses paranoïdes, maniaques et masochistes face à la dépression.
… Racker montre à travers ces thèmes techniques son respect de l’analysant, son désir d’alléger sa souffrance et de continuer à s’interroger non seulement à propos de la pathologie du patient, mais aussi des sentiments de l’analyste dans sa relation avec lui pour mieux le comprendre, et pour ne pas le blesser avec ses propres résidus névrotiques.
Extraits de la préface de L. et R. Grinberg

« Etre capable de soulager la souffrance des êtres humains et d’apporter ma contribution à la connaissance pour y parvenir, était ce que je désirais depuis longtemps avec une intensité particulière. »
Heinrich Racker.

“Freud n’a point conçu le psychisme inconscient comme le siège de la vérité ou le locus de l’âme humaine. Il a admis que les prétentions de l’inconscient à connaître et à constituer la totalité du sujet étaient aussi infondées que celles du sujet conscient et parlant. Il n’a pas idéalisé l’inconscient en y voyant, avec romantisme, un résidu de l’ »homme naturel », pas plus qu’il n’en a fait le vilain de l’histoire… Conscience et inconscience sont conçues comme mutuellement dépendantes, chaque terme définissant, niant et conservant l’autre”, écrit  Thomas Ogden.

Ce que l’on a nommé naguère la “Querelle du sujet”, au cœur des débats philosophiques des années soixante sur l’existence de l’Ego et des illusions du sujet, trouve sans doute une part de ses motifs dans la révolution freudienne visant à destituer les prétentions du Moi et de la conscience. Mais quelle est au juste la place et la nature du sujet dans l’analyse ? Dans cet ouvrage de référence pour la psychanalyse contemporaine, Thomas Ogden réinterprète et précise le concept psychanalytique de sujet à partir d’une lecture originale des contributions de Freud, Klein et Winnicott. Selon Ogden, le Das Ich freudien ne coïncide pas avec le sujet, et ne résulte pas non plus de son simple déplacement derrière la barrière du refoulement. C’est justement dans l’écart, dans la tension entre le conscient et l’inconscient que nous devons chercher cette nouvelle entité conceptuelle : le sujet psychanalytique en tant que tel. 

Appliquée au dispositif analytique, une telle réflexion redéfinit le statut et la place de l’analyste et de l’analysant dans la séance, qui ne sont désormais plus conçus comme des entités séparées et irréductiblement isolées. Leur relation intersubjective, négatrice et conservatrice – instaurée à travers les propriétés dialogiques du cadre analytique –, engendre un sujet tiers, qui devient dès lors l’enjeu de la cure.

Tapis en nous, prêts à surgir, impossibles à éviter, le transfert et son double, le contre-transfert, sont le moteur de la psychanalyse et, au-delà, des relations humaines. Ce livre regroupe les plus célèbres textes de Freud à leur sujet : « À propos de la psychanalyse “sauvage” », « Sur la dynamique de transfert », « Conseils au médecin », « Sur l’introduction du traitement », et « Remarques sur l’amour de transfert ». Ils parlent des émotions du passé, de sentiments amoureux, d’intimité psychique, du pouvoir des médecins, mais aussi de violence faite à l’autre, de peur de l’abandon, de manipulation et de haine.

L’intime désigne le plus intérieur de chaque être humain mais aussi ses relations extérieures avec ses plus proches. La question se pose donc de savoir en quoi consiste exactement ce for intérieur et si chaque moi individuel est bien le mieux placé pour se connaître soi-même, ou bien si ses proches (son entourage familial, amical et amoureux) ne le connaîtraient pas plus intimement qu’il ne le peut lui-même. Mais la question est aussi de savoir si c’est bien du for intérieur de chacun qu’émanent ses pensées, ses paroles et ses actions, ou si celles-ci ne seraient pas influencées voire commandées de l’extérieur, par les autres et surtout par les institutions sans lesquelles ne se peut aucune vie personnelle privée (comme la famille) ni collective et publique (comme l’État et, maintenant, le marché).

Ce questionnement ne devient-il pas d’autant plus urgent que notre époque semble être paradoxalement tiraillée entre une exigence de liberté qui fait de la reconnaissance de l’intime l’impératif le plus catégorique qui soit et une exigence de sécurité qui fait de plus en plus consentir les individus contemporains à des conditionnements naturels et culturels qu’ils subissent, alors même que le plus intime de ce qui fait l’humanité des hommes en est de plus en plus surveillé et contrôlé, et donc aliéné ?

Winnicott, dont l’interlocuteur privilégié était l’enfant, se méfiait du langage trop savant des psychanalystes. Il aimait rencontrer ce qu’il appelait des «mères ordinaires» et s’adresser aux auditoires les plus variés pour traiter aussi bien de la dépression que de l’adolescence, du mur de Berlin que de la pilule ou encore de la monarchie britannique.
On trouvera dans ce volume, outre des articles parus dans des revues non spécialisées, des causeries prononcées devant des médecins ou des professeurs de mathématiques, des travailleurs sociaux ou des féministes…
Le propos n’est pas d’enseigner mais de converser et, sans avoir l’air d’y toucher, de jeter quelque trouble dans les idées reçues de tout un chacun. Pour ce faire, rien de plus efficace qu’une pensée complexe dans des mots simples ; rien de plus tonique que la fraîcheur d’esprit, le paradoxe et l’humour.

Des amis, des collègues, racontent Didier Anzieu, son parcours personnel, de chercheur et d’innovateur de la théorie et de la praxis psychanalytique.

« Je ne crois pas à, l’immortalité de l’âme individuelle. Je crois seulement à l’immortalité des pensées. C’est mieux ainsi. Le penser est ce qui donne à la matière humaine sa forme. Il faut que l’individu meure pour que cette forme continue de prendre forme en d’autres formes, continue de se transmettre vivante en d’autres humains.

J’ai reçu, j’ai transmis. Je me sens quitte envers ceux qui m’ont donné. Soyez quitte à votre tour de la même façon que moi. La caravane des individus passe. La conscience, l’inconscient restent. Il n’y a personne d’autre à remercier. »

En plus de 600 entrées, de « abréaction » à « Stefan Zweig », cet ouvrage est le premier dictionnaire international traitant de la psychanalyse sous tous ses aspects et dans ses rapports avec les autres thérapies psychiques : personnages (théoriciens, praticiens, cas cliniques, intellectuels liés à son histoire), écoles et courants, maladies, techniques de cure, différences avec les autres thérapies, histoire par pays, etc. De nombreux renvois, une bibliographie à la fin de chaque article, une chronologie mondiale de l’histoire de la psychanalyse depuis 150 ans et un index en fin de volume complètent cet impressionnant corpus accessible à tous. Le texte a été entièrement revu et mis à jour : entrées supplémentaires, bibliographies actualisées…

Toute cure psychanalytique connaît des moments clés, tournants « inauguraux » d’étapes fondamentales. Si ces étapes se passent mal, si le travail n’atteint pas son but, c’est le risque d’une réaction thérapeutique négative.

La relation analytique est un phénomène à deux. Cependant le patient n’est pas un sujet à observer et l’analyste n’est pas un simple miroir. L’analyste repère les fantasmes et les affects transférentiels de son patient mais aussi les siens et ceux qui relèvent de la réunion des deux participants de la situation analytique. Il y a un « tiers », un espace commun tissé par ces deux inconscients.

La mère qui sort à peine d’une expérience éreintante, a une tâche extrêmement difficile. Elle doit être au fait d’une sorte de puissance par rapport à laquelle ni le sein gonflé ni le sein au repos n’est exactement approprié. Elle est en cela grandement aidée par la puissance génitale de son homme.

Donald W. Winnicott, La nature humaine

André Green n’a cessé de montrer comment la psychanalyse, tant dans sa théorie que dans sa pratique, ne peut plus se satisfaire du seul recours aux «modèles» freudiens. Ceux-ci ne permettent pas en effet de comprendre ce qu’on a appelé les cas-limites, pourtant de plus en plus fréquemment rencontrés dans la clinique de notre temps.
Ces cas se situent entre les névroses classiques et les psychoses avérées : à la frontière. Car «limite» désigne le fait que la ligne fragile qui sépare le dehors et le dedans, le moi et l’autre, est mal assurée. De là une perturbation de l’identité personnelle, un douloureux sentiment de vide, une aspiration vers le rien. Il arrive qu’Œdipe cède la place à Hamlet…
Toutes inspirées par la riche expérience clinique de l’auteur comme par le souci d’intégrer dans une théorisation personnelle les grands courants de la psychanalyse contemporaine, les onze études ici rassemblées, au-delà de la description des états-limites, dévoilent ce qui est le plus souvent maintenu au secret : notre folie privée.

En présentant douze entretiens tenus entre 1992 et 2011, Fernando Urribarri restitue ici une vingtaine d’années de dialogue avec les plus grandes figures du postlacanisme français. D’abord élèves de Jacques Lacan à l’époque du glorieux
« retour à Freud », Laplanche, Pontalis, Aulagnier, McDougall et Green, allaient bientôt se séparer du « Maître» pour développer leurs propres pensées, inspirées avant tout d’un retour à la clinique.

Comme l’explique Pontalis, auteur du célèbre Vocabulaire de la Psychanalyse, dans l’un de ces entretiens, c’est en appliquant à la lettre la consigne lacanienne du « retour à Freud » que, paradoxalement, les plus brillants parmi cette génération finiront par s’éloigner de Lacan : un exercice de radicalité salutaire puisqu’il jettera les bases d’une pensée psychanalytique renouvelée,
non dogmatique, en phase avec les bouleversements nosologiques
du XXIe siècle.

Dans l’essai introductif, Urribarri revient sur le contexte historique de ces dialogues et en explicite l’importance pour le psychanalyste d’aujourd’hui.

Cet ouvrage, premier tome d’un traité en 4 volumes (tome 1 : Les névroses ; tome 2 : Narcissisme et dépression ; tome 3 : Psychopathologie des limites ; tome 4 : Les psychoses) est consacré aux névroses. Il analyse l’apport de l’oeuvre freudienne à l’étude de ces pathologies.

Voici le sommaire des numéros antérieurs publiés de la revue Filigrane.

Les archives sont disponibles sur le site de Teluq

  • Volume 1 : Le blues du psychothérapeute (1992),
  • Volume 2 : La clinique au quotidien à la fin du XXe siècle (1993),
  • Volume 3 : Vieillissement et capacité thérapeutique chez le psy et son patient (1994),
  • Volume 4 : Ruptures et continuités dans la situation thérapeutique (1995),
  • Volume 5 : Un étranger sur mon divan : différences linguistiques, culturelles et situation thérapeutique (1996).
  • Volume 6, Numéro 1 : « Dis-moi qui tuer ? » : Violence dans le social et en situation thérapeutique
  • Volume 6, Numéro 2 : Migration, culture et psychothérapie.
  • Volume 7, Numéro 1 : Nouvelles sexualités ?
  • Volume 7, Numéro 2 : La bisexualité psychique.
  • Volume 8, Numéro 1 : Malaise dans la clinique 1.
  • Volume 8, Numéro 2 : Malaise dans la clinique 2.
  • Volume 9, Numéro 1 : Sandor Ferenczi
  • Volume 9, Numéro 2 : Discours actuels sur l’enfance
  • Volume 10, Numéro 1 : Histoire de la psychanalyse au Québec
  • Volume 10, Numéro 2 : Histoire de la psychanalyse au Québec
  • Volume 11, Numéro 1 : Tout sur mon père 1
  • Volume 11, Numéro 2 : Tout sur mon père 2
  • Volume 12, Numéro 1 : Perversion : Un peu, beaucoup. Passionnément ! Pas du tout ?
  • Volume 12, Numéro 2 : Perversion : Un peu, beaucoup. Passionnément ! Pas du tout ?
  • Volume 13, Numéro 1 : Les voies du contre-transfert 1
  • Volume 13, Numéro 2 : Les voies du contre-transfert 2
  • Volume 14, Numéro 1 : Sur les traces de D.W. Winnicott
  • Volume 14, Numéro 2 : L’angoisse dans tous ses états
  • Volume 15, Numéro 1 : Journée de travail Otto Kernberg – Paulette Letarte 1
  • Volume 15, Numéro 2 : Journée de travail Otto Kernberg – Paulette Letarte 2
  • Volume 16, Numéro 1 : Les hauts lieux et les non-lieux du rêve I
  • Volume 16, Numéro 2 : Les hauts lieux et les non-lieux du rêve II

Historique de la revue (22 numéros)

Ce manuel présente la logique des processus de la vie psychique à tous les âges de la vie, de la naissance à la vieillesse.
Les auteurs, issus de la pensée psychanalytique, retracent tout d’abord l’histoire de la réalité psychique de la subjectivité. Ils présentent ensuite les logiques, en large partie inconscientes, qui sous-tendent les formes d’expression de la psychopathologie. L’apport des neurosciences dans le champ de la psychopathologie est également abordé. Une approche projective complète enfin cette démarche d’ensemble et fournit une méthode pour médiatiser la subjectivité propre du clinicien.
Ainsi composé, ce manuel s’adresse à tous ceux qui, étudiants, jeunes professionnels et psychologues confirmés, sont soucieux d’une vue d’ensemble et actualisée de l’approche clinique de la vie psychique et des formes de sa pathologie.
Cette deuxième édition a été enrichie des nouvelles thématiques suivantes : le travail de psychothérapie et les médiations thérapeutiques, ainsi que la psychopathologie du sujet vieillissant.

Qui est Michael Balint?

Médecin et psychanalyste anglais né Mihaly Bergsmann (1896-1970)

Né à Budapest dans une famille de la petite bourgeoisie juive, Michael Bergsmann était le fils d’un médecin généraliste. Analysé par Hanns Sachs et contrôlé par Max Eitingon, dans le cadre du prestigieux Berliner Psychoanalytisches Institut (BPI), Balint s’orienta vers la médecine psychosomatique en soignant des patients à l’hôpital de la Charité. Puis il regagna Budapest où il refit une tranche d’analyse avec Ferenczi. En 1939, il prit la route de l’exil et arriva à Manchester.

A partir de 1946, Balint changea de vie. Installé à Londres, il commença à travailler à la Tavistock Clinic où il rencontra les grands “ténors” de l’école psychanalyste anglaise : John Rickman, Wilfred Ruprecht Bion. C’est là aussi qu’il fit la connaissance d’Enid Albu-Eichholtz, sa troisième femme. Analysée par Donald Woods Winnicott, Enid Balint (1904-1994) initia Michael à une nouvelle technique : le case work. Il s’agissait de commenter et d’échanger des récits de cas au sein de groupes composés de médecins et de psychanalystes. Cette expérience donna naissance à ce qu’on a appelé les groupes Balint.

Dans la double lignée de Ferenczi et de l’école anglaise, Balint définit une notion nouvelle, le “défaut fondamental”, désignant sous cette appellation une “zone” préoedipienne caractérisée par l’absence, chez certains sujets, d’une partie tierce structurante et donc de toute réalité objectale extérieure. Le sujet est alors seul et son principal souci est de créer quelque chose à partir de lui-même. L’existence de ce défaut ne permet pas l’instauration d’un contre-transfert. L’analyste est donc obligé dans ce cas de procéder à un réaménagement du cadre technique qui permette d’accepter la régression du patient.

Les groupes Balint permirent par ailleurs d’étendre la technique psychanalytique à une meilleure compréhension des relations entre les médecins et les malades.

(Extraits du dictionnaire de la psychanalyse de E. Roudinesco et M. Plon)

Cette biographie, due à son meilleur connaisseur, met la pensée de Winnicott en tension, voire en crise : il s’agit d’une biographie critique. D’où, peut-être, le fait qu’on ait dû attendre vingt ans pour qu’elle paraisse en français. Dans les années 1980, en effet, le médecin parfois un peu trop positif du couple mère-enfant, que l’on se contentait souvent en France de voir comme un théoricien délicat et original, semblait installé à l’écart des conflits – ceux de la sexualité, ceux du pouvoir, et ceux, s’ils en diffèrent, de la psychanalyse. Il a fallu du temps pour déchanter. La « capacité d’être seul » – titre d’un de ses articles célèbres paru en 1958 – deviendra une vision hautement conflictuelle et quasi négative de l’homme quand, en 1963, Winnicott écrira : « Chaque individu est un isolat, en état permanent de non-communication, inconnu en permanence, en fait jamais découvert. »

Photo Bruno Bourel, L’enjambeur de lumière (détail)

Au cours des années 1915-1917 Freud prononce à l’Université de Vienne vingt-huit conférences destinées à un public «profane» afin d’introduire ses auditeurs à la «jeune science» qu’est la psychanalyse. Il y déploie un rare talent de pédagogue, avançant pas à pas, anticipant les objections (les contradicteurs d’hier sont encore ceux d’aujourd’hui), recourant à des images concrètes qui rendent les développements théoriques plus accessibles. Sa démarche est progressive. Elle n’est pas celle d’un maître d’école, soucieux d’endoctriner. Elle est celle d’un éveilleur.
Les Conférences d’introduction, qui connurent à travers le monde un immense succès, paraissent souffrir aujourd’hui d’un relatif discrédit : «Élémentaire, bon pour les lycéens !» prétendent ceux qui croient tout connaître de la psychanalyse. Rien de plus faux. N’est-il pas nécessaire à chacun – psychanalystes inclus – d’être encore et encore introduit à la psychanalyse, bref de demeurer «profane» face à une terre étrangère que personne ne saurait s’approprier ?
Cette traduction nouvelle, qui s’imposait, invite à lire Freud pour la première fois. Mieux encore : à entendre sa voix.

Comment adapter les thérapies à des demandes de plus en plus variées liées aux mutations de nos sociétés contemporaines ? Comment offrir à chaque patient un cadre “sur mesure”, plutôt qu’un “prêt-à-porter” ?

François Duparc s’appuie sur sa longue pratique clinique et sur ses travaux théoriques pour nous livrer une réflexion sur la nécessaire transformation à laquelle doit se confronter la clinique psychanalytique. Son ouvrage est un plaidoyer pour un accueil de la diversité en clinique.
Face à une méthode standard, il propose une adaptation du cadre de la cure et la mise en place de stratégies de cure qui prendraient davantage en compte la diversité des profils des patients. Il invite à ouvrir la psychanalyse à des indications de doubles prises en charge, de psychothérapies analytiques en face-à-face, de psychodrame, de médiations thérapeutiques (dessins, écrits, ou musique) ou encore de relaxation psychanalytique.
Hystéries, phobies, dépression, anorexie, états limites, psychose, paranoïa… Pour chacune de ces demandes, l’auteur s’attache à comprendre la multiplicité des traumatismes propres aux différents âges de la vie, leurs conséquences en terme de souffrances ou de pathologies, et les stratégies que celles-ci vont rendre nécessaires. Car c’est une véritable stratégie – un terme de combattant – que met en place l’analyste en s’engageant contre la souffrance ou la défaillance psychique des patients qui le consultent.
Un socle de réflexion propre à faire évoluer la pratique psychanalytique en profondeur et un ouvrage qui fera date.

LE DICTIONNAIRE ENCYCLOPÉDIQUE INTER-REGIONAL DE LA PSYCHANALYSE DE L’API

Entrées du dictionnaire

Nos premières entrées sont déjà disponibles :

Le Conflit (uniquement en anglais – les traductions seront disponibles ultérieurement) 
Contenance : Contenant-Contenu (La)
Contre-transfert (Le)
Énaction (L’)
Cadre, (Psychanalytique, Le)
Inconscient (L’)
Transfert (Le)
 (uniquement en anglais – les traductions seront disponibles ultérieurement)

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Le groupe familial, la classe d’école, le groupe de travail, l’équipe sportive représentent des ensembles humains que nous approchons sans cesse. Toute communication est échange de signes, de symboles, et met en jeu des rapports d’influence, des mouvements affectifs.
Comment s’organisent ces échanges au sein d’un groupe ? Quelle est leur dynamique repérable et inconsciente et comment parvenir à la discerner et l’analyser ? L’éthologie, la linguistique, la psychanalyse, l’anthropologie et la psychologie nous aident à approcher cette réalité.
Cet ouvrage désormais classique, réactualisé dans cette 7e édition, s’adresse aux étudiants, formateurs, travailleurs sociaux, psychologues et responsables d’équipes.

Paul Denis propose une analyse inédite du complexe d’Œdipe comme un champ permettant à un sujet, enfant ou adulte, de se reconstruire au mieux lorsqu’il est confronté à un événement traumatique tel que la perte, le deuil ou la dépression.
À partir de l’évocation de ces deux expériences psychiques essentielles que sont  la dépression et la séparation, l’auteur envisage différents processus psychiques qui permettent de trouver une ligne créative ou, à l’inverse, contribuent à limiter les mouvements de l’esprit comme « l’isolation » ou ce qui constitue des « fixations ». Il reconsidère la question de la passivité psychique, trop facilement assimilée à une position « féminine » – alors que « le féminin » est une conquête activement gagnée et exercée par les sujets de sexe féminin. La nature et la place des sensations, qu’elles soient le premier temps de la perception ou qu’elles soient cultivées pour elles-mêmes, sont resituées en vue de comprendre leur destin possible vers la douleur dans ses deux versants physique et psychique. Acte, sublimation, création, humour sont alors envisagés dans leur rapport au fonctionnement pulsionnel et à sa régulation par le jeu de forces organisé par le complexe d’Œdipe. Ce serait par cet héritage pulsionnel, nous dit l’auteur, que nous parviendrions à guérir. En un mot : Œdipe deviendrait médecin.

Comme Nietzsche, Julia Kristeva est « nuance » et ne supporte pas les auteurs « qui jouissent de trancher dans le vif de tout ce qui les excite », ce « marketing déprimé ». Elle préfère tout disséquer, puiser dans sa mémoire insatiable, ce qui ne l’empêche pas de s’être forgé des convictions solides au fil de son « voyage » de réflexions. Comme celle sur les femmes : « Je n’ai jamais compris comment les femmes pouvaient se vivre comme le « deuxième sexe ». Pour moi la féminité exprime l’indéniable, l’irréfragable de la vie. »