Nul ne s’émancipe de vingt-cinq siècles d’une conviction dualiste qui, depuis Platon, oppose radicalement l’âme et le corps, et formate à notre insu nos catégories de langue et de pensée. Tout de l’expérience psychanalytique pourtant, celle de ce « corps étranger interne » qu’est l’inconscient, contribue à brouiller des distinctions trop claires. Il n’est de processus « psychique » qui, à l’image de l’angoisse ou du plaisir, ne dispose de son trajet somatique. Mais Psyché ne se contente pas de passer par le corps, elle en détourne les fonctions, à l’image de la faim de la boulimique, de la constipation chronique de l’obsessionnel ou de l’hypertension du patient « psychosomatique ».
La psychanalyse navigue entre deux écueils, celui d’une différence de nature entre corps et psyché à l’image du dualisme cartésien, ou inversement, celui d’une identité à la Groddeck, qui en vient à supprimer l’hétérogénéité du corps, du soma biologique. Le premier écueil ignore à quel point Psyché est corporelle, le second réduit toute pathologie somatique (cancer compris) à un phénomène psychique. Où s’arrête le corps de Psyché, où commence le soma du biologiste ?
« Psyché est corporelle, n’en sait rien ».

Le mal-être psychique se spécifie de plus en plus, de nos jours, dans ce qu’il est convenu d’appeler les états limites : les dysfonctionnements de la pensée, les difficultés de la procréation, les troubles psychosomatiques, les agirs de la sexualité. La pensée psychanalytique a ainsi entrepris l’analyse métapsychologique de certains concepts ou notions qui guident sa réflexion alors que ceux-ci ne font pas toujours partie du corpus métapsychologique freudien. Elle s’intéresse à la signification de ce qui pourrait leur être attribué comme position limite, d’un point de vue psychique. Cinq volets organisent cet ouvrage : ils traitent de la position et de la signification limite des concepts de pulsion, de perceptif, de pensée, de Moi-idéal ainsi que des liens de ce dernier avec la création et la culture. En filigrane, ces concepts s’articulent avec la notion même de concept qui, à elle seule, occupe déjà une position limite par rapport à la spécificité de la recherche théorique en psychanalyse.

La pratique psychanalytique récente découvre de  » nouveaux patients « . Au-delà des apparences classiques, hystérie ou névrose obsessionnelle, les blessures narcissiques, les risques de psychose, les symptômes psychosomatiques montrent tous une particulière difficulté à représenter. L’espace psychique, cette chambre obscure de notre identité où se réfléchissent à la fois le mal de vivre, la joie et la liberté de l’homme occidental, est-il en train de disparaître? Cet ensemble d’études pose une question alarmante qui révèle non seulement une urgence thérapeutique, mais aussi un problème de civilisation.

Comment ne pas voir, par exemple, que le  » retour des religions  » entraîne une relecture de la Bible et des Evangiles? Que les arts et les lettres s’éclairent d’une nouvelle lumière? Que l’inquiétude sexuelle et métaphysique des femmes en Europe est l’indice d’une mutation profonde au coeur des idéologies en faillite du vieux continent?

Ces  » nouvelles maladies de l’âme  » sont-elles des promesses de créativité? Peut-être, mais à condition de les entendre, de les analyser, de les écrire.
J.K.

La psychanalyse est née dans l’esprit d’un homme, Sigmund Freud. Retracer l’histoire de la psychanalyse, c’est ainsi d’abord faire celle de la découverte freudienne, en comprendre les tâtonnements, les confusions, les erreurs, les succès. C’est montrer aussi qu’il s’agit de l’œuvre d’un homme profondément immergé dans la culture de son temps et qu’elle reste pourtant la matière sur laquelle tous les psychanalystes après lui ont travaillé et travaillent encore. Mais la psychanalyse est à présent plus que centenaire et cet ouvrage nous invite à en suivre aussi les principaux développements théoriques, pratiques comme institutionnels depuis sa naissance jusqu’à nos jours.

« La psychanalyse est un art qui s’applique à comprendre et modifier des phénomènes irrationnels, mais c’est un art rationnel, fondé sur des connaissances positives. Une psychanalyse est toujours une recherche, […] la découverte ne jaillit pas ex nihilo ou des ténèbres de l’inconscient. L’interprétation se forme souvent par tâtonnements progressifs. […] Le psychanalyste n’est ni un devin, ni un sorcier. »
Daniel Lagache nous propose une introduction à l’histoire de la psychanalyse, nous initie aux principes fondamentaux et aux concepts essentiels de cette discipline. Il nous invite à suivre et à comprendre le déroulement d’une cure psychanalytique.

Cet ensemble, qui couvre une longue période, de 1890 à 1938, est publié sous le titre Résultats, idées, problèmes. Cet intitulé avait été donné par Freud à quelques notes rédigées par lui en juin, juillet, août 1938, à Londres.
Ce deuxième volume contient des textes écrits entre 1921 et 1938. Certains n’avaient jamais été traduits, d’autres ont paru dans diverses revues françaises mais sont ici retraduits. Parmi les plus importants nous citerons : Psychanalyse et télépathie, Résistances à la psychanalyse, La prise de possession du feu, Pourquoi la guerre ?, L’analyse avec fin et l’analyse sans fin, Constructions dans l’analyse, Le clivage du moi dans le processus de défense.

Si Freud n’a pas construit à proprement parler une théorie de la mémoire, c’est sans doute parce que toute son œuvre, des Études sur l’hystérie à L’homme Moïse, en passant par L’interprétation du rêve et Au-delà du principe de plaisir, ne traite que de la mémoire et de ses défaillances – oublis des noms propres, impressions de «déjà-vu», répétition prenant la place de la remémoration, amnésie infantile..
Comment rendre compte de la complexité de la mémoire humaine, de ses lacunes et de ses troubles, sinon en affirmant l’existence de différents «systèmes mnésiques», autrement dit de plusieurs mémoires? Comment l’éphémère et l’indestructible peuvent-ils aller de pair?

Ce volume contient les textes suivants :
– Sur le mécanisme psychique de la propension à l’oubli
– Un trouble de mémoire surt l’Acropole
– Sur la fausse reconnaissance («déjà raconté») pendant le travail psychanalytique– Sur les souvenirs-écrans
– Éphémère destinée
– Note sur le «bloc-notes magique»
– Remémoration, répétition et perlaboration
– Constructions en analyse

Suffit-il de supprimer les symptômes de la dépression pour en guérir ? Peut-on évacuer si facilement la souffrance psychique qui est au fond de l’état déprimé ? Peut-on, comme par enchantement, retrouver le désir de vivre, de rêver et d’agir ? Psychanalyste, Pierre Fédida montre ici pourquoi la psychothérapie aide à revivre. Les médicaments ont toute leur utilité, mais ils ne guérissent pas du malaise de l’existence. Pour cela, il faut être deux, et donner du temps — pas forcément longtemps. Alors, et alors seulement, la pensée, la parole et l’action redeviennent possibles. Et si la dépression survenait dans ces moments où la vie cherche à se protéger et à se transformer ? Alors, comment faire bon usage de la dépression ?

On pose généralement que le Moi s’édifie à partir de ses identifications successives. Peut-être, pour ce qui est des fonctions étroitement instrumentales. Mais je me demande parfois si ce n’est aussi de cette manière qu’il se falsifie ; car le « Je » le plus vrai ne peut-être ailleurs que dans l’élaboration de l’instinct, c’est-à-dire dans ce qu’il y a de plus essentiel et, comme l’inconscient lui-même, de plus inacceptable pour l’esprit.

Michel de M’Uzan, Contre-transfert et système paradoxal

Les « retraits psychiques » sont des états dans lesquels les patients peuvent se réfugier pour fuir l’angoisse et la souffrance psychique. Lorsque cela se produit, les patients sont limités dans leur vie et ‘bloqués’ dans leur traitement. L’auteur, qui écrit en pensant aux praticiens, psychanalystes et psychothérapeutes, apporte de nouveaux développements à la pensée kleinienne, afin d’élargir la compréhension des problèmes posés par le traitement de patients gravement atteints. Il décrit la manière dont se construisent les retraits psychiques et, à l’aide d’un matériel clinique détaillé, essaye de montrer comment on peut traiter les patients qui cherchent ainsi à fuir la réalité

« Quand il nous arrive de dire « C’était mieux avant », sommes-nous des passéistes en proie à la nostalgie d’une enfance lointaine, d’une jeunesse révolue, d’une époque antérieure à la nôtre où nous avons l’illusion qu’il faisait bon vivre? À moins que cet avant ne soit un hors-temps échappant au temps des horloges et des calendriers. Je me refuse à découper le temps. Nous avons, j’ai tous les âges. » J.-B. Pontalis.

Les textes rassemblés dans ce volume jalonnent, de 1894 à 1924, l’évolution de la pensée freudienne concernant la psychopathologie. « Définition, délimitation, description des modes de défense spécifiques des névroses, des psychoses et des perversions, c’est la tâche centrale que se propose Freud tout au long de l’élaboration de sa psychopathologie. » (J. Laplanche)

Avec la livraison de ce dernier numéro des Cahiers de Psychologie clinique notre équipe termine la réalisation de cinquante volumes, parus régulièrement tous les six mois au cours de ces vingt-cinq dernières années.

[…]

Nous voulons partager ici notre inquiétude quant au développement de pratiques de soins qui essaient de faire l’économie de la complexité psychique au profit de la rentabilité illusoire du soin. Le temps du psychisme n’est pas le temps de l’entreprise ni celui des politiques d’austérité. Quand des mécanismes psychologiques ont mis dix, vingt, trente, quarante ans à s’installer, il est mensonger, arbitraire et manipulateur, de donner à penser qu’il est possible de les assainir rapidement. C’est le cas aussi quand des traumatismes violents ont traversé plusieurs générations ou quand des traumatismes précoces ont perturbé l’évolution souhaitable de la croissance psychique. Il nous semble indispensable de faire comprendre à quel point une approche clinique de ces pathologies doit pouvoir s’appuyer sur une démarche progressive et processuelle et qu’un renoncement à des formules instantanées ou ultra rapides est la condition sine qua non d’une véritable évolution.

Nous voulons aussi partager notre inquiétude quant au développement de pratiques de soin qui essaieraient de faire l’économie de l’existence des inconscients humains. « Déconditionner », « corriger », faire appel à la volonté, c’est méconnaître la face cachée de l’iceberg et tromper les patients sur leur véritable fonctionnement interne.

Et que dire de toutes les formules magiques qui leur sont proposées et qui exploitent commercialement leur besoin d’espérer voir leur crédulité ?

[…]

© Derek Yarra

La perspective psychanalytique se conçoit à partir d’un certain nombre d’idées majeures, parmi lesquelles je compte : une conception des relations entre les aspects inconscient, préconscient et conscient du psychisme ; le concept de transfert/contre-transfert ; la notion de monde objectal interne ; l’idée d’une expérience engendrée en modes dépressifs, schizoparanoïdes ou autistiques-contigües, accompagnés de leurs formes respectives de subjectivité, d’angoisse, de défense, de relation d’objet et de croissance psychique ; les concepts de clivage, d’identification projective et de défense maniaque ; la notion du besoin humain de vérité ;  l’idée de vitalité (aliveness) et de léthargie (deadness) psychiques ; la conception d’un espace psychique entre réalité et fantasme dans lequel l’individu est susceptible de développer la capacité de penser symbolique, et ainsi venir imaginairement au monde ; la notion de cadre analytique ; la compréhension du rôle décisif que, depuis la naissance, joue la sexualité dans le développement sain ou psychopathologique ; une conception des voies par lesquelles le développement des capacités de symbolisation et de conscience de soi est inséparable de développement des relations d’objets externes et internes (incluant la triangulation œdipienne et le miroir du visage de la mère).

Thomas H. Ogden, Cet art qu’est la psychanalyse

Est-il imaginable que la psychanalyse soit demeurée indemne du désastre du nazisme ? Pulsion, autoconservation, mystique de l’inconscient : entre la masse soudée autour de son Führer et l’effondrement de l’autonomie du droit, les psychanalystes assistèrent à l’entrée en force de la « nature », de ses forces souterraines et de sa « biologie » dans le champ langagier, politique, racial. Ils ont beaucoup lutté. Mais la transformation des conceptions analytiques qu’ils introduisirent alors ne les a-t-elle pas trahis ? Qu’advint-il de l’énigme de la transformation de la haine individuelle en psychose de masse quand le traitement psychanalytique de la Shoah privilégia l’écoute empathique en donnant la prévalence au trauma et à la pathologie des victimes ? Qu’est-il resté du paradoxe de l’engendrement de l’anti-civilisation par la civilisation elle-même ? Les psychanalystes ont-ils pris la pleine mesure de la désorientation, clinique et théorique, infligée par le déchaînement nazi ?

Après avoir retracé l’itinéraire qui l’a conduit à la compréhension des patients schizophrènes et à la conviction que les états psychotiques pouvaient être traités psychanalytiquement, H. Rosenfeld s’interroge sur les facteurs thérapeutiques et anti-thérapeutiques dans l’analyse. Qu’ils soient liés au rôle de l’analyste ou à celui du narcissisme et de l’identification projective, Rosenfeld démontre que la compréhension de ces deux notions est essentielle pour éviter l’impasse dans l’analyse.

Sa démarche – étayée sur une méthodologie très détaillée et critique – apporte, outre une analyse des phénomènes de collusion, une théorie des relations d’objet narcissique, ainsi qu’une conception originale de l’interprétation, fondée sur une attention très soutenue au transfert et au contre-transfert.

En conclusion, H. Rosenfeld reprend non seulement l’évolution des théories et des techniques analytiques de la psychose et des techniques analytiques de la psychose et des états narcissiques, mais propose, à partir de sa propre évolution, un nouveau modèle d’analyse, qui noue une compréhension précise de l’histoire et de l’organisation mentale du patient au hic et nunc de la situation transférentielle.

« Ce n’est pas la psychanalyse qui est nouvelle, mais Freud. De même que ce n’est pas l’Amérique qui était nouvelle, mais Christophe Colomb. » Par cette formule provocatrice, Arthur Schnitzler prenait acte de la puissance d’innovation liée au nom propre de Freud « découvreur ». C’est un fait que le terme « freudisme » a très tôt doublé la « psychanalyse » — sauf à rappeler que la référence à l’homme Freud ne saurait accréditer quelque « vision du monde », mais ne se légitime que du réel inconscient qu’il a mis au jour.

Cet ouvrage se veut à la fois bilan des effets majeurs de la « pensée Freud », comme contribution majeure de la pensée contemporaine, en ses diverses dimensions, et manifeste de l’engagement freudien. Que mettre sous le terme « freudisme » ? Comment l’expression s’est-elle imposée ? Que signifie « être freudien » ? Quel programme, voire quelle éthique de recherche, soutient la référence au nom de Freud ? Introduire au freudisme, c’est montrer son apport et sa signification sur la triple scène du savoir des processus inconscients (métapsychologie), du symptôme et de la sexualité (clinique) et de la conception de la culture (anthropologie). Ainsi se dessine, au seuil du nouveau siècle, la vitalité chronique de « l’hypothèse de l’inconscient ».

C’est une triple rencontre avec lui-même comme sujet de ses désirs, de sa continuité et de ses ruptures que l’être humain – animal « critique », c’est à dire voué à la crise dans sa vie intérieure comme dans sa vie sociale – se risque lorsqu’il s’engage dans une psychanalyse.
L’objet de cet ouvrage est d’analyser les processus intrasubjectifs, interpersonnels et groupaux mis en jeu par l’expérience d’une rupture dans la continuité de soi. C’est aussi d’établir quel cadre théorique et méthodologique et quel dispositif technique sont aptes à instituer certaines fonctions (de conteneur et d’espace transitionnel principalement) susceptibles à leur tour d’enclencher un travail de la rupture.
Bien que les contributeurs de ce volume n’aient pas tous trouvé leur inspiration dans l’œuvre laissée ouverte par Winnicott, c’est en référence aux phénomènes transitionnels découverts par ce dernier qu’est proposée ici une méthode générale d’analyse transitionnelle permettant, dans les situations de crise, de préparer ou de parachever un travail psychanalytique plus classique soit en cure individuelle, soit en groupe, soit dans des institutions.

« L’importance fonctionnelle du Moi s’exprime en ceci qu’il lui est concédé normalement la maîtrise des passages à la motilité. Il est semblable ainsi, par rapport au Ça, au cavalier censé tenir en bride la force supérieure du cheval, à ceci près que le cavalier tente la chose avec des forces propres, tandis que le Moi le fait avec des forces empruntées. Cette comparaison nous emmène un peu plus loin. De la même façon qu’il ne reste souvent pas d’autre solution au cavalier, s’il ne veut pas se séparer du cheval, que de le conduire là où il veut aller, le Moi a coutume lui aussi de convertir la volonté du Ça en action, comme si cette volonté était la sienne propre. »

Sigmund Freud

 

 

 

 

 

Nul ne nous a obligés à devenir psychanalystes. Mais si nous prenons l’initiative de le devenir, il nous faut avoir le courage d’être sincères et conséquents.

André Green

Un ouvrage passionnant, rédigé à partir d’archives freudiennes récemment disponibles, en particulier diverses correspondances de Freud lui-même avec ses disciples. Les auteurs se penchent sur la naissance de la psychanalyse et nous présentent la véritable histoire d’une pensée et d’un mouvement accouchés dans la douleur qui n’ont pas fini de marquer notre histoire. Dans la polémique actuelle suscitée par la parution du Livre noir de la psychanalyse, cet ouvrage peut apporter quelques éclaircissements.

À l’heure du « développement personnel », du « bonheur en vingt leçons » et du devoir de « positiver », la force de la psychanalyse est de ne pas sous-estimer la violence de la vie psychique. Derrière la façade des vies « comme il faut », la folie privée est la chose du monde la mieux partagée.
Ce livre, à travers des instantanés de séances, cherche à faire entendre la parole souvent dérangeante, et en dépit du bon sens, de l’inconscient. Le bouleversement des anciennes rigidités familiales, les nouvelles libertés du choix sexuel ont le « mérite » de révéler mieux que jamais l’âpreté de la relation homme-femme, l’expérience à la fois éprouvante et passionnante de leur altérité.
Les « vérités » de la psychanalyse ne sont pas toujours bonnes à entendre – l’inconscient ignore le « politiquement correct » –, mais au moins elles ne font pas l’impasse sur la complexité des vies intérieures.

Cet Abrégé de psychanalyse essaie de prendre en compte les développements de la psychanalyse au cours du siècle. Cet ouvrage étudie la méthode psychanalytique et ses résultats dans la cure des patients, la théorie générale de la psychanalyse, et enfin son rôle dans la médecine et dans la culture (psychiatrie, philosophie, littérature, arts…)

« Pour quel obscur motif ce mot Limbes dont je prolonge la première syllabe et qui paraît se tenir à mi-chemin entre le clair et le sombre exerce-t-il sur moi un tel attrait ? Souhaiterais-je séjourner dans le limbe des enfants ? N’aimerais-je que les pensées à l’état naissant qui se refusent à être cernées ? Serais-je épris de ces rêves qui tiennent lieu de réalité ? Ne serais-je touché que par ceux qui n’ont pas une identité bien assurée, qui ne sont pas ce qu’ils sont ou croient être, et alors les femmes, plus que les hommes, seraient ces êtres-là, incertains, insaisissables, celles qu’on ne saurait baptiser, celles qui seraient toujours en attente d’on ne sait trop quoi ? »

Le concept de mytho-symbolique apparaît sous différentes formes dans les écrits de Jean Laplanche, en particulier dans un texte sur Les trois acceptions du mot « inconscient » dans la théorie de la séduction généralisée (2003) dans lequel l’« inconscient mytho-symbolique » s’oppose à l’inconscient sexuel refoulé et à l’inconscient enclavé. Le mytho-symbolique est essentiellement au service de la traduction par l’enfant du message énigmatique de l’adulte, c’est-à-dire au service de la liaison. Mais il arrive parfois qu’il joue en sens contraire, en constituant une source d’excitation, ou de façon équivoque en favorisant des modes de liaison rudimentaires, ce qui soulève d’intéressantes questions cliniques et métapsychologiques.

Treize spécialistes de l’œuvre de Laplanche en Europe et en Amérique analysent dans ce livre les différentes dimensions du concept.

A certains stades de certaines analyses, le patient recherche en fait la haine de l’analyste, et ce dont on a alors besoin est une haine qui soit objective. Si le patient recherche une haine objective ou justifiée, il doit pouvoir la rencontrer, sinon il ne pourra pas sentir qu’il peut atteindre un amour objectif.

Donald W. Winnicott, La haine dans le contre-transfert

On a dit que je mettais en danger l’équilibre de la pensée freudienne, ce qui interroge aussitôt le type d’équilibre en question ; équilibre d’une pensée en général, mais spécialement de celle-là.

S’agit-il d’un édifice, d’un bel édifice, dont il ne faut enlever aucune aile, aucune partie ? Faut-il donc l’accepter en bloc – faute de quoi on est déviationniste – comme on a accepté pendant des siècles la pensée aristotélicienne, et comme on continue, dans certains cercles, à agir avec les textes sacrés ? S’agit-il d’être talmudiste ?

« Quelle nécessité de revenir aux fondements et quelle justification à les qualifier de “nouveaux” ? La nécessité, pour moi, est claire : depuis 1969 à Paris VII cet enseignement se poursuit puis se recueille dans la série des Problématiques dont les sous-titres montrent bien de quoi il retourne. Il s’agit, à partir d’un thème d’apparence classique dans la psychanalyse freudienne, de mettre en question, de mettre en cause, de mettre en problème. Mettre en problème c’est ébranler, mettre à l’épreuve jusqu’aux fondements toute l’expérience analytique. Assurément, c’est une problématique privilégiant l’expérience freudienne et centrée sur les concepts freudiens. »
Ce volume conclusif des Problématiques, de « critique incessante des concepts dits fondamentaux qui fondent la psychanalyse », est l’occasion pour l’auteur de repréciser ses positions sur la pulsion, le narcissisme, le langage et bien d’autres thèmes, d’en montrer l’articulation, de revenir au geste fondateur de Freud quand il instaure la psychanalyse, un retour sur Freud qui implique un « travail sur l’œuvre et travail de l’œuvre, travail qui met l’œuvre à la question ».

Ce numéro est consacré à l’un des moments les plus emblématiques et les plus vivants de la psychanalyse : la séance d’analyse. Freud la comparaît à un jeu d’échec, soulignant sa complexité et aussi la difficulté d’en parler. Un siècle plus tard, les pratiques analytiques se sont diversifiées : la séance analytique est désormais proposée selon différents cadres (privés, publiques, voire à distance), aux différents âges de la vie, du nourrisson au grand âge, individuellement ou en groupe. Bien que la référence aux topiques (différences des sexes et des générations) demeure invariable, la diversité des pratiques (psychanalyse sur le divan, thérapie en face à face, psychodrame, thérapie de groupe, consultation, consultation mère/bébé, etc.) introduit des variations dans la nature de la séance, sa fonction, sa fréquence et sa durée. Réfléchir à ces différentes pratiques permet d’interroger les différentes voies curatives proposées par les psychanalystes et de les évaluer.

Persecutio : le mot puise son origine au latin ecclésiastique, de quoi rappeler qu’entre toutes, les persécutions religieuses disposent dans l’histoire d’un triste privilège, inséparable sans doute du jour où un dieu s’est pris pour le seul. L’histoire contemporaine n’y échappe pas, à l’heure ascendante des intégrismes. Les systèmes tota-litaires (non plus un-seul dieu, mais une-seule pensée, un-seul maître) ne sont pas en reste, qui construisent un dedans sans dehors possible. Il arrive que « se sentir persécuté » relève d’une juste perception de la réalité sociale et politique environnante, et non d’une folie projective.

En psychanalyse, le mot doit beaucoup à la paranoïa, qui cultive la persécution jusqu’au délire. Faut-il pour autant en réserver l’usage à la psychose ? La persécution rejette au-dehors la haine, la honte, le désespoir que l’on ne supporte pas au-dedans. Le « il » prend la place du « je ». Car c’est bien, chaque fois, l’étreinte du moi et de l’autre qui s’emballe et tente de se défaire lorsque la peur de ne plus être aimé se transforme en conviction d’être haï. Folie sans doute, mais que celui qui l’écarte complètement jette la première pierre.

« L’homme qui dort se nomme Constantin. C’est un Empereur romain, un conquérant, un guerrier sans merci. Son sommeil paraît paisible, bien qu’il doive livrer bataille le lendemain… À côté de l’homme qui dort, un tout jeune homme assis. Un serviteur sans doute, qui n’a pas de nom. Une sentinelle, mais qui s’abandonnerait à sa propre rêverie. Il est le dormeur éveillé. Sa tête penchée s’appuie sur sa main. Cette scène représentée par Piero della Francesca se situe à la frontière de la nuit et de l’aube, du sommeil et de l’éveil, du songe et de la rêverie…
Le livre dont j’écris ici les premières lignes, j’aimerais qu’il devienne quelque chose comme une mémoire – donc une fiction – rêveuse, qu’il soit une traversée d’images, de souvenirs, d’instants, qu’il ressemble à la rêverie à laquelle s’abandonne le dormeur éveillé, avant que l’excès de clarté n’y mette fin. Il sera bien temps alors d’affronter le jour. »
J.-B. Pontalis.

Prenant appui sur la théorie de l’appareil psychique développée dans Le moi et le ça, Freud retravaille des concepts présents dès l’origine comme la défense et le refoulement. Une place importante est donnée à la névrose de contrainte et deux histoires de phobie sont réexaminées Le petit Hans et L’homme aux loups. Une nouvelle configuration se fait jour, selon laquelle c’est l’angoisse qui provoque le refoulement, au lieu qu’elle soit produite par lui. En dernière analyse, c’est le trauma de la naissance qui constitue le prototype de toute situation ultérieure de danger ; l’angoisse réapparaîtra chaque fois qu’il y a un danger majeur sous forme d’angoisse de la perte d’objet.

Après un quart de siècle consacré à des recherches en neurophysiologie qui lui valent une renommée internationale, Sigmund Freud, en un geste audacieux de rupture, s’engage dans cette étrange autoanalyse qui lui fait inventer la psychanalyse – sur la base d’un examen de ses propres rêves et d’une perception singulière des hystéries et des névroses.
À vocation clinique, la pensée freudienne se fixe pour tâche d’explorer tous les domaines de la condition humaine : érotique, onirique, esthétique, mais aussi anthropologique, esquissant au passage la possibilité d’une psychanalyse politique.
Roger Dadoun présente le « roman intellectuel » de ce savant qui, longtemps seul, regroupa autour de lui une « horde sauvage » et étendit son emprise bien au-delà de son cabinet. Ainsi se donne à voir le médecin, penseur, humaniste, libérateur, théoricien de la sexualité et de la pulsion de mort, chasseur d’illusions, confronté à l’« inquiétante étrangeté » du monde contemporain.

« L’angoisse est la réaction au danger. »

Vertiges, tremblements ou frissons, nausées, palpitations, maux de ventre, poitrine oppressée – notre corps manifeste de mille façons que nous sommes pris d’angoisse. Mais comment déchiffrer un affect aussi impalpable et protéiforme ? Que nous signale l’angoisse ? Renvoie-t-elle au présent ou au passé ? Peut-on s’en protéger ? Pour le savoir, deux célèbres essais (l’un de 1895, l’autre de 1926) où Freud ‒ éclairant au passage des troubles comme l’agoraphobie, l’anorexie ou la boulimie, mais évoquant aussi bien la douleur et le deuil ‒ se livre à une véritable enquête sur le rôle du corps dans notre vie psychique.

Il semble bien qu’à l’exhortation courante ‘Assez de paroles, des actes’ la psychanalyse réponde par une exigence contraire : ‘Toujours plus de paroles et le moins d’actes possibles’ ! La psychanalyse ou du moins l’idée qu’on s’en fait. C’est cette idée reçue que ce numéro vise à mettre à l’épreuve, en ne s’enfermant pas dans l’opposition schématique du dire et du faire. Actes, tu jactes !

Les recherches d’André Green témoignent d’une attention constante portée à la question du langage en psychanalyse. C’est là une des caractéristiques les plus remarquables de son œuvre, mais sans doute aussi la moins connue. Du signe au discours met maintenant en évidence les principaux jalons de sa réflexion sur ce thème durant ces quinze dernières années. Si Green mobilise ici les apports des théories du langage et sollicite notamment les travaux de Hagège, Culioli, Halliday, Austin ou Peirce, il soutient avant tout la spécificité de la position psychanalytique et propose un modèle original des rapports entre psychanalyse et langage, en défendant la singularité du discours au sein du cadre analytique. Privilégiant une conception complexe, à la fois intrapsychique et intersubjective, du processus de création et de destruction du sens en séance, il explicite les impasses dues au réductionnisme du modèle lacanien, insiste sur l’hétérogénéité de la signification en psychanalyse, fait valoir la dimension de l’affect dans le discours analytique, et montre, enfin, comment seule une théorie de la représentation généralisée peut répondre aux problèmes soulevés par la pratique et la théorie de la psychanalyse contemporaine.