Carl Gustav Jung (1875-1961) est l’un des pères fondateurs de la psychanalyse. Et sans aucun doute le plus controversé. Pour deux raisons : sa conception du rapport à l’inconscient et ses choix politiques durant la Seconde Guerre mondiale, que ce livre éclaire d’un tout nouveau jour. Pourquoi Jung a-t-il autant dérangé Freud et les freudiens ? Jung était-il antisémite ? A-t-il collaboré avec les nazis ? En 1900, Jung est un jeune psychiatre prometteur, qui travaille dans le prestigieux hôpital du Burghölzli (Zurich) avec le professeur Eugen Bleuler. Ensemble, ils remettent en question le traitement carcéral de la folie pour prendre en compte la psychologie des patients. Jung explore les phénomènes paranormaux, la schizophrénie, et développe les tests sur les associations de mots. C’est l’époque ou’ Freud publie L’Interprétation des rêves, et Jung promeut la théorie freudienne alors largement décriée. Devenu analyste, il est placé à la tête du mouvement psychanalytique par Freud lui-même, qui voit en lui son héritier. Mais il y aura rupture, en 1912. Entre-temps, il a pris une jeune maîtresse, Toni Wolff, qu’il traite comme une seconde épouse en instaurant publiquement une relation triangulaire. La réputation de Jung se trouble. Il voyage beaucoup, étudie avec acharnement : philosophie, mythologie, gnose, alchimie. Puis, en 1933, il y a ce choix fatal : son engagement à la tête de la Société médicale internationale de psychothérapie, alors prise en main par une majorité de psychiatres allemands ralliés au nazisme. Il démissionne en 1939, mais sa réputation est définitivement salie. Pourtant, les services secrets américains le recrutent comme agent spécial… Quand il meurt, en 1961, Jung est l’auteur d’une œuvre monumentale, traduite dans plusieurs langues. Il a élaboré les concepts d’individuation, de Soi, d’archétype, d’inconscient collectif, d’anima, d’animus… Il est célèbre dans le monde entier, avec autant de détracteurs que de partisans. Deirdre Bair s’appuie sur des documents inédits, notamment les archives de la famille Jung récemment ouvertes, pour instruire enfin le « dossier Jung » – un dossier sensible et passionnant. Et elle nous offre une fresque inattendue des débuts de la psychanalyse.

Peut-on se soigner par la danse ? Depuis des millénaires, l’être humain a toujours dansé, se connectant ainsi à des énergies créatrices et transformatrices qui le guérissent.

En s’appuyant sur les fondements anthropologiques, sociologiques et sur l’histoire des religions, cet ouvrage montre les bénéfices de la danse et du rythme sur le corps et la psyché. Non seulement elle permet de réveiller nos forces vitales, mais aussi de réguler les désordres physiques, énergétiques, psychiques et sociaux.

Ainsi la danse représente un élément de réponse originale aux enjeux de notre temps. Elle peut nous aider à communier avec les sources profondes de notre être, pour réinventer une autre façon de vivre ensemble, et retrouver un juste équilibre corps esprit que notre culture occidentale dualiste a indûment séparés. L’expérience de la danse fait comprendre qu’ils ne font qu’un, et que l’Homme fait partie de l’univers…

La psychothérapie apparaît comme un phénomène récent. Ce serait une réponse aux souffrances de l’homme moderne occidental : malaise dans la civilisation, perte du sens de l’existence, délitement du lien social… C’est oublier que le « soin des âmes » était déjà une préoccupation à l’époque antique !
Cet ouvrage présente les fondements des psychothérapies. Il montre comment elles s’enracinent à la fois dans les courants philosophiques, l’évolution de la culture et les découvertes de la science sur la psychologie et le fonctionnement du cerveau humain.
• L’enracinement philosophique des pratiques psychothérapeutiques ;
• Les paradigmes psychanalytiques et existentiels ;
• Les paradigmes systémiques et cognitivistes ;
• L’éclairage des neurosciences.

Les liens entre Réalité et Traumatisme posent une question épistémologique que cet ouvrage remet en perspective, et qui est à la base du désaccord entre Freud et Ferenczi. Comme l’a remarqué Balint,  » Le fait historique représenté par le désaccord entre Freud et Ferenczi fit sur le monde analytique l’effet d’un traumatisme (…) Le choc était extrêmement profond et douloureux. Tout se passe en effet comme si cette opposition Freud/Ferenczi autour de la question de l’Origine – externe ou intense – du traumatisme, continuait à être active au sein de la communauté psychanalytique, au point d’interdire toute pensée de leur articulation, alors que les théories de Winnicott, la conception moderne de l’Histoire, ou les travaux de S. Viderman permettent justement une telle articulation !
Cet ouvrage, à travers le notions de  » Noyau traumatique du Moi « , de « Collapsus topique », d' »Animisme à deux » de « Noyau chaud » et de « Noyau froid », issues de la conception freudienne de l’Objet, telle qu’elle apparaît dans « Deuil et Mélancolie » introduit à une réévaluation des liens entre trauma « réel » et trauma « psychique », et postule l’existence de « Traumatismes sans fin » et de « Traumatismes avec fin », la capacité du sujet à constituer au sein de sa psyché une « potentialité » à subir psychiquement un traumatisme, se révélant, en fin de compte, anti-traumatique ; il donne au lecteur, au cœur même de la pratique psychanalytique, des exemples de ces types de traumatismes.

On se hisse à mains nues au-dessus des remblais, et là, vertige. Le rêve commence. Le rêve a ce pouvoir d’annoncer ce qui arrive, et de mettre entre nos mains la possibilité d’y répondre. S’ouvrir à l’intelligence du rêve, à sa promesse, c’est d’abord le distinguer du fantasme et de ses dédales, c’est surtout l’envisager comme une révélation intime, le signe d’une possible liberté qui advient par la voie du désir. L’auteur interroge aussi les figures symboliques de l’ange, du génie poétique et du daimôn, messagers de la parole comme le rêve l’est de notre plus secrète identité.

Après trente-cinq ans de pratique, le psychothérapeute Robert Akeret est tourmenté par une question obsédante : «La thérapie a-t-elle changé quelque chose à la vie de ceux que j’ai soignés ?»
C’est ainsi que, par un beau matin d’avril, il part à la recherche de quelques-uns de ses plus mémorables patients. Que sont donc devenus Naomi, la jeune fille juive maltraitée par ses parents qui se prenait pour une danseuse de flamenco ? Charles, qui était tombé amoureux d’un ours polaire ? Le jeune Seth et ses fantasmes sado-masochistes ? Mary, l’infirmière qui s’accusait de meurtres imaginaires ? Et enfin Sacha, le brillant écrivain français, don Juan impénitent en panne d’inspiration ?
Au terme de sa quête, Akeret pourra vérifier que la psychothérapie a bien été le grand tournant dans l’existence de chacun de ces patients. Quant à savoir si elle les a rendus meilleurs ou plus heureux, au lecteur de se forger lui-même son opinion en lisant le récit de ces retrouvailles, comme autant de fenêtres entrouvertes sur la beauté tourmentée de l’âme humaine.

Capacité négative : l’expression vient de Keats. C’est la « qualité qui contribue à former un homme accompli lorsqu’il est capable d’être dans l’incertitude, les mystères, les doutes sans courir avec irritation après le fait et la raison ».

Être un embarras, être perdu, être impuissant – trois capacités négatives, éprouvées dans l’enfance, récusées plus tard de telle sorte que, contrairement à l’enfant, on ne vivra pas pour de bon, on fera semblant. Le plus singulier des essayistes britanniques actuels les fait revivre et montre à quel point elles fondent notre singularité.

Dans une lettre à Stefan Zweig datée de février 1931, Freud écrit que « le procédé de la libre association paraît à beaucoup l’innovation la plus remarquable de la psychanalyse, et est la clef méthodologique de ses résultats ». Pourtant, à cette date tardive, le « dire ce qui vient » de la règle fondamentale avait depuis longtemps conduit Freud à faire de l’actualisation transférentielle l’axe du processus de la cure. La dimension vécue, relationnelle de son expérience subjective, l’élaboration du contre-transfert qu’elle impliquait devaient assurer à l’interprétation sa portée transformatrice. Mais l’aventure du transfert tendait à subvertir la fonction tierce initialement dévolue à une règle que son registre objectivant, explicitement méthodologique, semblait reléguer au second plan. Pour Freud, cependant, l’association libre restait garante du principe contra-suggestif de sa méthode. Dans le cadre contraignant et séducteur de la situation analysante, le jeu analytique veut que la libre parole croise l’exigence que le transfert se dise, qu’un transfert sur la parole la fasse porteuse du désir et du renoncement.
Après Le divan bien tempéré (1995) et La situation analysante (2005), Jean-Luc Donnet poursuit ici son exploration du site analytique.

Sandor Ferenczi (1873-1933) a été à l’origine d’idées nouvelles sur la régression, le transfert, le traumatisme et la pratique analytique. Son œuvre fait émerger des questions cliniques essentielles toujours actuelles. Elle nous confronte aux impensés à l’origine de la psychanalyse.
Hélène Oppenheim-Gluckman nous convie à une lecture de l’œuvre de Ferenczi qui retrace l’évolution de sa pensée et les questions cliniques qu’il travaille sans relâche. Elle examine avec précisions les enjeux des controverses entre Freud et Ferenczi.

Pourquoi le maniement du transfert est-il si difficile ?  Pourquoi rechigne-t-on tant à explorer le contre-transfert ? Freud avait-il raison de nous mettre en garde contre les dangers  “radioactifs” du transfert ?

Ce recueil, constitué de sept essais du grand psychanalyste argentin León Grinberg, offre une réflexion précieuse sur l’un des phénomènes les plus délicats de la technique analytique : le transfert et le contre-transfert. Ces travaux, déjà largement reconnus sur un plan international, sont parus en espagnol ou en anglais dans différentes revues entre 1956 et 1995 ; leur traduction en français est maintenant chose faite. Rédigé dans un langage technique mais facile d’accès, ce livre reprend aussi bien les textes pionniers de l’auteur sur le sujet que des articles de synthèse plus tardifs, suivis d’un texte rétrospectif où Grinberg questionne les fils conducteurs de son parcours de clinicien et de théoricien.

Ouvrage indispensable à l’analyste en formation, il ne manquera pas d’intéresser également, pour son importance historique et critique, les analystes les plus aguerris.

Une colline dominant Ascona et le lac Majeur est devenue dès 1900 un haut lieu de la liberté de pensée et de vie. A Monte Verità le jaillissement des esprits fut proprement stupéfiant à un moment où en Europe les interrogations sur un mode de vie alternatif et les condamnations de la société industrielle se faisaient pressantes: recherches croisées et innovations dans tous les arts, ardeur réformatrice jusqu’à la libération des corps et du sexe, ascétisme végétarien, valeurs opposées à la morale bourgeoise dans une succession de groupes et de courants d’idées, chorégraphes d’avant-garde, révolutionnaires russes, Allemands en nombre comme dans une banlieue de Munich, vagabonds-prophètes inspirant Hermann Hesse, chercheurs de grand renom réunis autour de Carl Gustav Jung, historiens des religions tel Mircea Eliade ou inspirateurs futurs du New Age rapprochant l’Orient et l’Occident. Il n’existait pas de livre en langue française pour décrire l’un des feux d’artifice les plus étonnants du 20e siècle. Le voici, dans une approche nouvelle et contemporaine des pouvoirs d’un lieu.

Extrait de la préface à la deuxième édition :

Dans cette nouvelle édition du Dictionnaire freudien il importait d’abord de corriger les inévitables erreurs, artefacts et fautes d’impression, de mettre à jour les références des nouveaux volumes parus aux OCF. Il fallait aussi, prenant du recul, réévaluer l’ensemble en appréciant ce qui devait être amélioré : refondre certains textes, introduire des définitions qui, pour diverses raisons, s’étaient trouvées écartées.

Cinq articles sont refondus : « Construction-reconstruction », « Investissements », « Névrose obsessionnelle », « Paranoïa », « Sublimation ». Deux ont été remplacés : « Inconscient » par « Inconscient, préconscient, conscient », et « Motricité-motilité » par « Motilité, motricité, décharge motrice ». Neuf sont ajoutés : « Animisme », « Biologie », « Civilisation et société », « Croyance, religion », « Détresses », « Inquiétante étrangeté », « Principe de constance », « Psychanalyse appliquée », « Réaction thérapeutique négative ».

Face à la multiplication des savoirs qui prennent désormais pour objet l’individu et son rapport à soi – de la sociologie à la psychanalyse en passant par les sciences cognitives, la philosophie ou la spiritualité –, il est devenu difficile de savoir de quoi il est réellement question quand on parle de « connaissance de soi ».

Dans un monde en changements constants où l’esprit humain est sans cesse sollicité par ce qui se passe « à l’extérieur », où la connaissance tend à être supplantée par la communication, quelle(s) signification(s) peut prendre la connaissance de soi ? Comment concilier le vivre-au-monde avec cette quête intérieure ? C’est cette question que l’édition 2012 de la Journée de la solidarité humaine se proposait de clarifier en se plaçant au carrefour des savoirs et des disciplines.

Que s’agit-il de connaître en soi ou de soi ? Le « moi » renvoie-t-il à une réalité, ou à un projet ? Et pourquoi, d’ailleurs, chercher à se connaître ?

Philosophie, psychologie et spiritualité ont souvent divergé sur les modalités d’une telle connaissance et les méthodes qui permettent d’y parvenir : approches plus ou moins théoriques ou pratiques, rationnelles ou intuitives, dans la solitude de soi avec soi ou dans la relation avec autrui, par référence à une transcendance ou pas…

De ce foisonnement, peut-on dégager certaines lignes de force et, surtout, des approches concrètes qui permettraient à chacun, aujourd’hui et maintenant, de s’engager à son tour dans cette aventure qu’est la connaissance de soi ?

Le masochiste dont parle Sacha Nacht à la suite de Freud n’est pas un pervers sexuel, mais un névrosé. S’il se rend malheureux, il ne cesse aussi de provoquer inconsciemment son entourage à le rendre plus malheureux encore. En fait, tout son comportement vise à réveiller la part de sadisme qui gît en chacun de nous. Il ne semble à sa place que lorsqu’il est victime…

Une psychanalyse est une enquête risquée, sans assurance d’arriver jamais au terme de la recherche. Pas de certitude d’être dans la vérité d’une origine ni de résolution définitive à l’angoisse. Et pourtant il est question de se trouver. Une trouvaille pareille à nulle autre. Parce qu’il faut du courage pour l’entreprendre, et parce qu’il y a de la douceur aussi dans le cheminement de cette rencontre avec soi.

À partir des souffrances et des angoisses mais aussi des espérances que notre société entretient, Anne Dufourmantelle répond aux questions de Laure Leter. Ce dialogue passionnant explore de nombreuses situations cliniques et les nouvelles maladies de l’âme, comme la fatigue, la solitude affective, l’angoisse, les insomnies… Comment la psychanalyse, tant décriée aujourd’hui, peut-elle encore nous aider à moins souffrir ? En quoi peut-elle donner du sens à ce que nous vivons ?

« En dépit de la révolution qu’il opère, Freud n’est-il pas demeuré dépendant de l’outillage intellectuel européen ? Ne laisse-t-il pas dans l’ombre, de ce fait, certains aspects de la pratique analytique que sa théorie n’a pu explorer ?

Mais comment s’en rendre compte, si ce n’est en sortant d’Europe ?

Je propose ici cinq concepts, abstraits de la pensée chinoise, dans lesquels ce qui se passe dans la cure pourrait se réfléchir et, peut-être, mieux s’expliciter. Chacun opère un décalage : la disponibilité par rapport à l’attention du psychanalyste ; l’allusivité par rapport au dire de l’analysant ; le biais par rapport à l’ambition de la méthode ; la dé-fixation par rapport à l’enjeu même de la cure ; la transformation silencieuse, enfin, par rapport à l’exigence de l’action et de son résultat.

Autant d’approches qui font découvrir la psychanalyse sous un jour oblique, la révélant dans on impensé. Or, cet impensé n’est-il pas aussi celui de la pensée européenne découverte dans ses partis pris ?

De quoi introduire également à la pensée chinoise dont ces notions, en venant sur le terrain de la psychanalyse, se remettent à travailler. »

« Dictionnaire freudien » parce que, de même que l’inconscient est une découverte de Freud, la psy­chanalyse est sa création. Tous les concepts qui s’y rencontrent sont, de fait, des concepts freudiens, seraient-ils récents.
D’usage aisé pour l’analyste comme pour l’étudiant, voire le lecteur curieux, ce dictionnaire est un outil universel, utilisable tant pour des tâches aussi simples que de retrouver une référence de Freud, que complexes (préparer un livre sur l’un de ses concepts). C’est pourquoi les différentes parties de chaque article (la définition proprement dite ; une mise en situation historique, linguistique et culturelle ; le suivi de la notion dans le texte freudien ; les questions et enjeux qu’elle peut susciter) sont immédiatement repérables par leurs présentations distinctes. Les passages des textes de Freud évoqués (et bien évidemment les citations) sont référés en notes, avec précision, leurs paginations données dans l’édition française « commune », dans les Œuvres complètes de Freud en français et dans le texte allemand des Gesammelte Werke.
En reprenant les évolutions dans la pensée freudienne des notions et des concepts, à travers plus de cent entrées, ce dictionnaire offre une occasion de redécouvrir la pensée de Freud — et aussi, au gré de chacun et pour lui-même, de la réinventer.

Jeune au regard de la science et de la philosophie, la psychanalyse a néanmoins un passé et, plus encore, un présent fait d’une pratique et d’horizons théoriques.
De l’analyse de l’adulte à celle de l’enfant, la pensée de Freud (1856-1939) montre sa force inventive et sa capacité d’évolution face aux difficultés et aux questionnements qui surgissent de la relation analytique et, plus largement, des grands séismes politiques du XXe siècle.
Les entretiens présents ne s’adressent pas d’abord aux psychanalystes. En interrogeant la réflexion et la pratique clinique d’une psychanalyste en exercice, ils s’efforcent d’indiquer le travail de l’analyse à qui n’est pas familier de la pensée de Freud. Ils disent, dans une langue ouverte, l’histoire et la diversité des enjeux d’une œuvre qui demeure l’une des plus grandes affaires intellectuelles de notre temps.
Faire droit à la psychanalyse, c’est faire droit à une manière complexe de voir l’individu et à une manière de voir autrement le monde.

La psychanalyse a révolutionné la manière de concevoir le symptôme. Tandis que du point de vue médical le symptôme n’est qu’un écart pathologique vis-à-vis de la norme, Freud a su reconnaître en lui un compromis résultant d’une conflictualité psychique. En découvrant qu’une satisfaction sexuelle se joue toujours à l’ombre du désagrément subjectif, Freud a pu sortir de l’opposition entre le normal et le pathologique et tirer le fil de l’analogie processuelle entre le symptôme, le rêve et les actes manqués.
Le symptôme est un point de départ fécond de la cure, il s’inscrit d’emblée dans la dynamique transféro-contre-transférentielle. La psychanalyse a donc pour effet de « valoriser » le symptôme, d’en faire une création du sujet inconscient dont la signification est à la fois individuelle et intersubjective.
La tendance actuelle serait de mesurer l’efficacité thérapeutique à la capacité de faire disparaître les symptômes perturbateurs en éludant leur signification subjective. Il importe d’autant plus de faire valoir la portée de l’écoute psychanalytique des symptômes dans ses différentes dimensions, non pas pour se satisfaire de leur persistance, mais pour articuler leur existence à des réalités psychiques singulières et travailler à la possibilité d’autres modalités créatives, moins coûteuses psychiquement.

La journée tragique où Anne Dufourmantelle a sauvé le fils de Jean-Philippe Domecq

C’était il y a un an, le 21 juillet 2017, à Ramatuelle. La philosophe d’ « Eloge du risque » y a laissé la vie. L’écrivain de « Sirènes, sirènes » lui paie sa dette.

Sigmund Freud et Romain Rolland ont entretenu de 1923 à 1936 et ne se sont rencontrés qu’une fois. Au fil d’échanges aussi sobre qu’intenses, ils abordent des thèmes tels que la nature de la croyance et l’origine du sentiment religieux – Freud se considérait comme un « juif athée » face à son ami, chrétien sans Église, et le malaise dans la civilisation, qui les préoccupait l’un et l’autre après les massacres de la première guerre mondiale qui précédèrent la montée des totalitarismes et la menace d’un nouveau conflit.
Si le courant passe entre ces deux créateurs fort différents, c’est que des affinités latentes les rapprochent, comme leur stature de héros romantiques et un lien commun avec Goethe et les romantiques allemands. Mais plus encore, en sourdine, un deuil qui les a affectés l’un et l’autre dans l’enfance.
Freud admirait en Romain Rolland l’intellectuel engagé qui défendait les valeurs de la civilisation en dénonçant l’absurdité de la guerre de 1914-1918 et en s’opposant à Hitler. Mais il était plus lucide sur les illusions idéologiques de son ami qui, dans sa période de soutien à l’URSS, oubliera sa dénonciation du totalitarisme stalinien et s’éloignera momentanément de Freud, confirmant ainsi les ambivalences et les impasses de ce passionnant dialogue qui éclaire l’œuvre entière.

Le 22 mai 1933 meurt, à 60 ans, Sandor Ferenczi, psychanalyste hongrois. De cet homme, son ami et son analysant, Freud lui-même écrira, quatre ans après sa mort, qu’il était devenu de par l’analyse un frère aîné sans reproche, un maître bienveillant promoteur de jeunes talents, ajoutant qu’il était l’ami et le professeur de ses présumés rivaux. Dans l’hommage qu’il lui rendait pour son cinquantième anniversaire, le maître viennois disait que ses articles avaient fait de tous les analystes ses élèves et qu’à lui seul il valait toute une société d’analystes.
Dans ses lettres, il se plaisait à l’appeler son paladin, son grand vizir secret. Il est vrai que Ferenczi a beaucoup écrit, enseigné, cherché, trouvé et cherché encore ; il a fondé l’Association internationale de psychanalyse et fut titulaire en Hongrie de la première chaire de psychanalyse. Et pourtant, à sa mort, il est vilipendé, on le dit égaré par la maladie ; Freud lui-même lui fait d’amers reproches et la postérité l’a, pendant un temps, oublié.
En France, dans les années 1950, l’on ne disposait pas de traductions de l’oeuvre de Ferenczi et les analystes ne connaissaient de lui que ce que l’on en chuchotait. Il aura fallu attendre quarante ans pour que son oeuvre commence à être traduite en France et encore un peu plus de temps pour que les quelque 1200 lettres échangées entre Sigmund Freud et Sàndor Ferenczi puissent être traduites et publiées.
Alors, qui était ce Hongrois, à la fois si proche et si étranger ? Que représentait-il de si dangereux pour les psychanalystes, ses contemporains qui l’ont étouffé et de si précieux pour nous, ses successeurs qui ont enfin la possibilité de le lire ?

Le personnage de Sàndor Ferenczi est resté longtemps en marge bien qu’on la considérât paradoxalement comme une pierre de touche de la psychanalyse. Seuls une crise ou un remous de la collectivité psychanalytique poussaient au questionnement de ses oeuvres et de ses positions institutionnelles.
Le livre de Martin Stanton offre un résumé de l’oeuvre et de la vie de S. Ferenczi en recentrant les questions autour du trauma originaire, de la séduction et de ses effets d’après coup : des questions qui ne surgissent pas avec le célèbre texte de 1932 « Confusion de langue entre enfant et adulte » mais sont en place dès ses premières recherches.
L’auteur donne d’abord une coupe chronologique de la vie de Ferenczi où on le retrouve avec S. Freud, M. Klein, G. Groddeck ; avec Otto Gross, Otto Rank, Clara Thompson, Poul Bjerre, etc. Il propose ensuite de suivre les efforts de Ferenczi à représenter par des images, analogies et allégories voire des projets visionnaires, les tensions du mouvement psychanalytique, du processus analytique, de la séance même, usant lui même de l’analogie de l’amour… Certaines formulations biologisantes étranges et baroques de la théorie ferenczienne (la dimension bio-phylogénétique « thalassique » de la vie sexuelle, la fonction de la vésicule téléplastique, le refuge tératomique) comme les innovations techniques apparaissent comme autant de tentatives passionnantes et passionnées pour théoriser la question du trauma. Destiné à réparer la méconnaissance dans laquelle le public anglais tient l’oeuvre de Ferenczi, ce petit livre rend aussi hommage au premier professeur de psychanalyse européen.

Jules Michelet, Sous les mers
Jean-Claude Lavie, Excellence paradigmatique de la scène primitive
Robert Pujol, La scène primitive : à revoir
Danielle Margueritat, Quand Freud écoute aux portes…
Michel Gribinski, À l’italienne
Philippe Lacoue-Labarthe – Jean-Luc Nancy, Scène
Jean-Loup Rivière, Le chameau, l’ours et la belette
Edmundo Gómez Mango, Le retable des merveilles
Guy Fihman, Sur les scènes animées des ciné-rêves de Grandville
Joyce McDougall, Scènes de la vie primitive
Dominique Suchet, Les choses dernières
Catherine Chabert, Scènes de coups
Jacqueline Carroy, Immaculées conceptions
Vladimir Marinov, L’inconscient est idiot
Aline Petitier, Le roman Guermantes
Guy Rosolato, Les fantasmes originaires et leurs mythes correspondants
Patrice Bidou, Des animaux imparfaits : une théorie infantile de l’origine
Daniel Arasse, Petit pinceau deviendra grand

Varia, XVII :
Christian Bobin, Le thé sans thé
Jacques André, Autres bruits
François Gantheret, Pléthore
Marcel Battu, Une, deux, gauche, droite
Liudvika Tamulionyté, En regardant les yeux des femmes
Michel Gribinski, Qu’est-ce qu’un ersatz?
J.-B. Pontalis, Selon les saisons, selon les jours

La douceur est une énigme. Incluse dans un double mouvement d’accueil et de don, elle apparaît à la lisière des passages que naissance et mort signent. Parce qu’elle a ses degrés d’intensité, parce qu’elle a une force symbolique et un pouvoir de transformation sur les êtres et les choses, elle est une puissance. En écoutant ceux qui viennent me confier leur détresse, je l’ai entendue traverser chaque expérience vécue. En méditant son rapport au monde, il apparaît que son intelligence porte la vie, la sauve et l’accroît.

Wilhelm Reich (1897-1957) est le disciple de Freud qui prit non simplement au sérieux, mais au pied de la lettre les formulations théoriques du Maître. Marxiste, il trouve dans l thèse du refoulement sexuel la clé du maintien des systèmes d’exploitation de classe. Praticien, il veut faire de la cure psychanalytique une véritable technique. Freud, d’abord gêné, prendra vite ses distances. Avant son exclusion, Reich forme toute la jeune génération des analystes austro-allemands : il est ainsi le véritable fondateur des conceptions techniques de l’orthodoxie psychanalytique.

Il est habituel de présenter les grandes fondations post-freudiennes soit comme des déviations (point de vue de l’orthodoxie freudienne), soit, ainsi qu’elles se conçoivent elles-mêmes, comme des extensions (Klein, Reich), des révisions (Jung, Ferenczi) ou des amplifications (Lacan) de l’œuvre de Freud. Cette approche trop exclusivement centrée sur leur relation à Freud voile l’originalité spécifique de ces fondations, leur autonomie structurale, au-delà de l’étayage initial sur l’œuvre du Fondateur. On s’est au contraire efforcé ici de restituer leur cohérence et leur fécondité par une analyse de leurs présupposés fondamentaux tout d’abord, mais aussi de leur abord de la cure et de leur apport clinique propres – dégageant ainsi la foncière pluralité du champ psychanalytique.

« Le sexuel » est au foyer même de ce qui organise le psychisme. L’exercice de la sexualité n’en est qu’un aspect. Vu comme une entité, le sexuel subsume un jeu de forces paradoxales : libido, pulsions mais aussi les formes prises par ces forces, le narcissisme par exemple. Il s’agit « d’un principe évolutif qui s’oppose tant à la reproduction à l’identique qu’à la mort ». Principe qui réunit mais également sépare, « troisième terme qui dépasse l’opposition vie/mort »… Paradoxe du sexuel donc, qui ne peut se ranger sous la seule bannière d’Éros. Jean-Louis Baldacci resitue la notion de sexualité infantile, reprend de façon féconde l’opposition sexualisation/désexualisation. Ainsi, au cœur du livre, ce destin essentiel du « sexuel » qu’est la sublimation apparaît, non pas seulement comme un usage des pulsions, mais comme un mouvement organisateur du psychisme « dès le début » et du développement du processus analytique lui-même. Des exemples cliniques, dont l’un est exposé dans ses différents temps, détours et nuances, viennent illustrer cette place particulière de la sublimation, mais aussi l’expérience irremplaçable qu’offre à quelqu’un une psychanalyse « classique ». La pensée clinique singulière de Jean-Louis Baldacci nous conduit à « dépasser les bornes » du conformisme théorique et renouvelle notre appréhension de questions cruciales telles que la transitionnalité, le narcissisme, le transfert sur la parole et le contre-transfert.

Ferenczi occupe, dans l’histoire de la psychanalyse, une place particulière. l’un des cliniciens les plus doués, l’un des penseurs les plus inventifs, et sans doute le plus estimé de Freud, il fut aussi l’un des plus controversés.

Nous présentons un Ferenczi « patient et psychanalyste », tout à la fois l’homme de passion et l’homme de savoir. La première partie prend en compte, à partir de sa correspondance avec Freud, ou de son Journal Clinique, la dimension pathétique de son transfert à Freud. La seconde analyse, à travers les aspects les plus originaux de sa pensée et de son œuvre, sa contribution spécifique à la théorie psychanalytique, et son apport, parfois contesté concernant les développements récents dans le champ de la clinique et des thérapeutiques.

Sándor Ferenczi, médecin hongrois, pionnier de la psychanalyse, membre du Comité secret qui entoure le fondateur, entreprend, avec des séances réparties en trois sessions sur deux ans, une psychanalyse avec Sigmund Freud.
De cette cure, «finie sans être terminée» selon Freud, inachevée pour Ferenczi, nous n’avons aucun témoignage direct. Cependant, il est permis d’en reconstituer l’essentiel à partir de l’importante correspondance échangée entre les deux hommes, comme de leurs publications. C’est ce travail de défrichage inédit que propose Yves Lugrin. Transmission de la psychanalyse, distinction entre auto-analyse, analyse personnelle et analyse didactique, ainsi que durée et fin de la cure sont quelques-unes des questions – longtemps occultées par les instances officielles de la psychanalyse – mises au jour dans cette expérience. Cet ouvrage permet de saisir tout ce que cette cure, aux acteurs exceptionnels et aux accents alternant enthousiasme et déception, soulève d’interrogations toujours actuelles.

Personnage central de l’histoire de la psychanalyse, Sándor Ferenczi (1873-1933) n’en reste pas moins encore en marge des auteurs classiques. Cette situation prolonge le malentendu qui a déchiré son compagnonnage avec Freud. Yves Lugrin pressent que ce malaise est l’écho de l’inaboutissement de l’analyse originelle, celle de Sigmund Freud.
Sándor Ferenczi est l’initiateur de la psychanalyse didactique, c’est-à-dire de la nécessité pour chaque psychanalyste d’avoir été analysant. Pour lui, la question, toujours actuelle, de devenir et de rester analyste est donc cruciale. Yves Lugrin montre que son dialogue inachevé avec Freud permet de comprendre la question, à jamais ouverte et combien contemporaine, de la transmission institutionnelle de la psychanalyse. Dialogue qui retrace aussi les péripéties et les rebondissements de la naissance de la psychanalyse, en s’appuyant sur les correspondances de Freud, Fliess, Jung, Ferenczi, Rank, Jones et Eitingon.

En septembre 1931, Sándor Ferenczi écrit à Freud : « J’étais et je suis encore plongé dans un difficile “travail de clarification” intérieur et extérieur, et aussi scientifique. » En mai 1932, Freud lui répond en évoquant « l’île des rêves où vous demeurez avec vos enfants fantasmatiques ». Ces deux remarques font référence aux quelque deux cents notes, presque toutes datées, que Ferenczi a rédigées entre 1930 et fin 1932, et que sa mort a interrompues.
C’est ce corpus que José Jiménez Avello étudie. Il en extrait la richesse et la pertinence du questionnement de l’analyste pour les développements futurs de la psychanalyse. Plus particulièrement, la remise en cause de la pulsion de mort (contre le pessimisme de Freud), la place accordée aux émotions de l’analyste (contre la neutralité et l’abstinence freudiennes), ainsi que l’ouverture à un contrôle possible du contre-transfert.
Mais ce qui retient aussi l’attention du lecteur, c’est l’originalité du projet de Ferenczi, le travail de la pensée qui cherche, qui s’interroge, qui tâtonne, l’extraordinaire liberté de ton et de parole où se mêlent l’analyse, la confidence et l’auto-analyse.

« Si nous plaçons l’inceste, donc la sexualité, comme plaisir des plaisirs nécessitant l’invention d’une règle des règles, la castration apparaît bien comme le régulateur indispensable de la sexualité non seulement pour la vie sociale mais pour la croyance de l’individu en sa propre survie terrestre, aussi longue que possible. […] Le sens de la castration est donc bien symbolique : pas seulement par sa face érotique en relation avec la mère incestueuse du complexe d’Œdipe, mais aussi par sa face meurtrière, vectrice du désir de faire mourir celui qui s’oppose à ce plaisir incestueux. La castration apparaît comme une mesure qui évite la vengeance du talion en punition du désir parricide. Non par mansuétude, mais parce que les raisons du meurtre peuvent être multipliées. […] La sexualité est donc ici reconnue dans sa double valeur : celle de la différence des sexes et celle du rapport de la génération, c’est-à-dire de la perpétuation de la vie. L’inceste et la mort sont réunis à travers le symbole négatif de la castration. »