Si ce que l’Occident a retenu sous le nom de zen (chan en chinois) est bien aux antipodes de la sottise qu’on en a faite (le « soyez zen » du discours publicitaire le rabattant en morale lénifiante de substitution, en temps de « crise », à la morale de l’effort) ; si le zen représente d’ailleurs en lui-même plus qu’une tradition particulière, parmi les écoles de l’Extrême-Orient, et constitue bien une expérience essentielle de la pensée -, c’est précisément qu’il enseigne comment c’est par décoïncidence que nous vient la conscience : comment c’est seulement en se désolidarisant brusquement du régime d’adéquation de l’esprit qu’on peut prendre conscience de l' »ainsi ».

« On voudrait croire que, quand les choses en viennent enfin à s’accorder, c’est là le bonheur…

Or, c’est précisément quand les choses se recoupent complètement et coïncident que cette adéquation, en se stabilisant, se stérilise.

La coïncidence est la mort. C’est par dé-coïncidence qu’advient l’essor.

Dieu lui-même dé-coïncide d’avec soi, en mourant sur la Croix, pour promouvoir la vie vivante. Dans la faille de la dé-coïncidence une initiative est à nouveau possible se déployant en liberté.

Or, comme l’Age classique a fait de l’adéquation la définition même de la vérité, ou de la coïncidence avec la Nature le grand précepte de l’art comme de la morale, il est revenu à la modernité de rompre avec ce confort de la pensée.

François Jullien fait jouer ici le concept de « dé-coïncidence » dans la Bible, la peinture, la littérature, la philosophie, pour montrer comment il est à la source de l’art et de l’existence. « 

Pourquoi donc sommes-nous si accrochés à notre maigre « je » ? Pourquoi refusons-nous d’accepter les leçons les plus radicales des neurosciences ou de la psychologie cognitive à propos de notre « identité » ou de ce que nous aimons à considérer comme notre « libre arbitre » ? Quel mal y aurait-il à accepter que nous soyons le résultat de déterminations qui nous dépassent – et que nos choix ne soient que des coli-fichets ayant pour seule fonction de nous rassurer ? Dans Lost Ego, François De Smet répond à toutes ces questions de la meilleure manière qui soit : en mettant le doigt sur les peurs qui continuent à nous voir nous accrocher aux reliques de notre « moi » en miettes et que nous refusons de regarder en face. Non, nous n’existons pas – mais c’est précisément parce que nous n’existons pas que nous pouvons trouver le moyen de vivre. Seuls, et surtout ensemble.

Depuis 1992, tous les dimanches, le café des Phares, place de la Bastille, est devenu un lieu unique. Marc Sautet, philosophe, y anime un débat ouvert à tous : un moment privilégié d’une nouvelle pratique de la philosophie. Non loin de là, dans son Cabinet, il propose aussi des consultations. Ainsi, avec lui, la philosophie sort de son cadre élitiste, redevient un outil quotidien, nous aide à nous poser les bonnes questions. Face à une société en crise, elle nous donne les moyens de réfléchir sur l’Etat, la justice, la violence, notre condition d’homme… Mais pour observer et comprendre le monde d’aujourd’hui, il faut d’abord savoir d’où nous venons. Marc Sautet, avec clarté et passion, nous entraîne à le suivre sur le chemin de l’histoire occidentale : pour le philosophe, interroger le passé, c’est tenter de maîtriser le présent. Mieux : n’est-ce pas voir l’avenir ? Lorsqu’il nous montre Athènes, la cité démocratique, au faîte de sa gloire, il nous rappelle que s’abattent sur elle des fléaux étrangement semblables à ceux qui font vaciller nos consciences. Et nous nous demandons avec lui : Ne sommes-nous pas en train de jouer le même drame ? Si nous répétons les mêmes erreurs, échapperons-nous au dernier acte ? Il y a 2 500 ans, la voix de Socrate s’est élevée pour éveiller les citoyens d’Athènes. L’enjeu pour la philosophie n’est-il pas, maintenant de retrouver sa vraie place dans notre vie ?

Avant ? Justement j’y étais ! Je vais vous raconter…

« Dix Grands-Papas Ronchons ne cessent de dire à Petite Poucette, chômeuse ou stagiaire qui paiera longtemps pour ces retraités :  “C’était mieux avant.” Or, cela tombe bien, avant, justement, j’y étais. Je peux dresser un bilan d’expert. Qui commence ainsi : avant, nous gouvernaient Franco, Hitler, Mussolini, Staline, Mao… rien que des braves gens ; avant, guerres et crimes d’état laissèrent derrière eux des dizaines de millions de morts. Longue, la suite de ces réjouissances vous édifiera. »

Michel Serres

On l’imagine souvent retiré dans sa tour pour caresser les muses et élaborer une sagesse intemporelle. Mais Montaigne ne peut se résumer à l’image du philosophe voué à la contemplation. Cest un seigneur à la tête d’un vaste domaine, avec ses paysans, ses vignes et ses champs. Un gentilhomme pétri de culture nobiliaire, dont il brave les certitudes pour leur substituer un idéal inédit : conquérir la grandeur dans la «médiocrité» d’une existence ordinaire. Un ancien magistrat aussi, pénétré d’un riche savoir juridique, qu’il mit pour un temps en œuvre au Parlement de Bordeaux, ville dont il deviendra le maire. Un acteur politique surtout, happé par la tourmente des guerres de religion, la violence des haines confessionnelles et la hantise de la mort qui ensanglante la France.
On ne peut comprendre, écrit Arlette Jouanna, le destin singulier de cet homme d’exception sans mettre en miroir les différentes figures qui composent sa personnalité et le terroir historique dans lequel elles s’enracinent. Cest d’un regard d’historien qu’il faut en effet redécouvrir son itinéraire tumultueux et la fascinante diversité d’une pensée toujours en mouvement.
Si Montaigne nous parle encore, c’est qu’au milieu des troubles civils, il en appelle à la «raison publique» pour transcender les intolérances ; c’est qu’il invite à affranchir l’esprit du poids des conventions arrêtées et des préjugés invincibles. Ni le vestige d’un passé révolu, ni le prédicateur d’un individualisme hédoniste, mais tout simplement notre contemporain.

André Comte-Sponville est probablement l’un des plus grands philosophes français depuis Sartre. Son Petit traité des grandes vertus est devenu un classique qui a complètement bouleversé le champ de la morale, en le débarrassant de l’obsession kantienne, purement formaliste, du devoir, et lui substituant plutôt les vertus dont il convient de faire preuve dans la multitudes des circonstances de la vie. Faire le bien devient ainsi éminemment variable et riche.

Héritier d’Aristote et de Spinoza, Comte-Sponville nous parle de Dieu comme du capitalisme avec le même bonheur. Son livre sur Le goût de vivre (2010) est un petit bijou de la réfl exion courte, entre La Rochefoucauld et Montaigne, un autre de ses maîtres avec le philosophe Alain.

Loin des tréteaux médiatiques, où des philosophes à la banalité déconcertante viennent nous faire la leçon sur la politique ou sur l’amour et la religion, André Comte-Sponville possède la patience du créateur et le sens de la profondeur. La Revue Internationale de Philosophie a toujours honoré la grandeur des philosophes qui ont changé notre façon de penser. Comte-Sponville en fait partie. C’est avec une grande reconnaissance pour avoir renouvelé l’éthique que je terminerai la présentation de ce volume qui lui est consacré.
(Michel Meyer)

Ont participé à ce volume : L. Bove, D. Cohen, A. Comte-Sponville, Ch. Larmore, M. Meyer, M. Seel et B. Vergely

Si la métaphysique continue de susciter curiosité et fascination, nombreux sont ceux qui la confondent avec les aspirations mystiques ou redoutent son caractère trop abstrait. La métaphysique débute souvent par des questions enfantines mais désarmantes : Qu’est-ce qu’un objet ? Les couleurs et les formes existent-elles vraiment ? Est-ce que le temps passe ? Qu’est-ce que l’identité d’une personne ?

En dix courts chapitres, Mumford passe en revue certaines des questions les plus fondamentales de la métaphysique et présente de façon claire et vivante les théories et les débats au coeur de la métaphysique contemporaine.

Comment vivre au quotidien ?

http://biospraktikos.hypotheses.org/

Ce carnet de recherche a pour objectif de partager le travail effectué dans le cadre de mon projet de thèse, qui a pour objet la vie droite dans les philosophies et religions de l’Antiquité tardive (IIIe-VIe siècles). Ce carnet a également pour but de faire connaître les richesses de la pensée tardo-antique, et discuter de l’intérêt des textes de cette période pour le lecteur contemporain : pourquoi lire ces auteurs d’un autre temps ? Que peuvent-ils nous apporter aujourd’hui, notamment dans le domaine éthique ?

Alors que la vie en société prend un tour de plus en plus complexe, nous sommes nombreux à nous interroger sur la meilleure manière de simplifier notre rapport à l’existence. Mais encore faut-il préciser ce que recouvre l’idée de simplicité : cette dernière n’est-elle pas plus mystérieuse qu’il n’y paraît ?

En pratique, à quoi ressemble une activité guidée par l’idéal de sobriété ? Une mathématicienne, un maître d’arts martiaux, une designer, un cuisinier et une spécialiste de l’organisation du travail nous font part de leurs stratégies, sous l’œil bienveillant et acéré du philosophe Olivier Rey, fin lecteur d’Ivan Illich.

S’il y a une pratique qui ignore bien souvent la limpidité, c’est la philosophie ! Les grands penseurs ont-ils raison de sophistiquer leur vocabulaire et leurs argumentations ? Entre Frédéric Schiffter, pour qui la prose des grands moralistes classiques est un modèle, et Françoise Dastur, spécialiste de la phénoménologie, le débat est frontal.

Ce dossier s’achève par un très beau dialogue. Fabienne Verdier est une peintre inspirée par la voie du Tao. Edgar Morin est, depuis la parution de son grand œuvre La Méthode, le penseur de la complexité. Avec une complicité sincère, ils évoquent cet insaisissable instant où émerge un trait, une énergie, une formule qui embrasse, intensifie, transforme l’existence !

«  Citons une dernière fois la formule de Montaigne, qui pourrait servir de titre à notre livre  : « C’est chose tendre que la vie, et aisée à troubler… » La philosophie, pour la plupart d’entre nous et quoi qu’ait pu prétendre Épicure, n’abolit pas ce trouble, toujours possible, mais rend cette tendresse-là un peu plus précieuse, un peu plus consciente, un peu plus réfléchie, un peu plus forte, un peu plus libre, un peu plus sage… Puis il y a le plaisir de penser (…). Penser sa vie, et vivre sa pensée, du moins essayer… C’est la philosophie même.  »

Stimulé par les questions de François L’Yvonnet, André Comte-Sponville revient sur son parcours personnel et professionnel, tout en abordant les grandes thématiques qui nous préoccupent tous – le bonheur, la politique, l’art, la morale…

Un ample tour d’horizon biographique et intellectuel. Où l’on saisit toute la complexité d’un penseur médiatique pour qui la lucidité est la première des vertus.  Claire Chartier, L’Express.

Les quatre vertus cardinale d’Aristote et de Saint Thomas d’Aquin :

  • prudencia : avoir le sens de ce qui est possible
  • justicia : avoir le sens de ce qui est bon
  • fortitudo : avoir le sens du tout
  • temperencia : avoir le sens des limites

Cette nouvelle édition commentée des Fragments d’Héraclite est le fruit d’un travail totalement inédit. Alors que les éditions de référence (Hermann Diels en 1922 et Walter Kranz en 1934), comme celle de Jean Bollack et Heinz Wismann, se limitaient à les présenter selon un ordre alphabétique arbitraire, Marcel Conche procède ici à un mouvement d’ensemble du concret vers l’abstrait. Après des règles de méthodes viennent ainsi des lois universelles, puis les réalités elles-mêmes : le monde, les âmes, la cité… Le schéma eût sans doute fait sourire Héraclite (ce qui n’eût pas été marque de désaveu), mais il rappelle qu’un fragment ne doit pas être interprété seul, et que les Fragments sont avant tout le reflet d’un système achevé en constante redéfinition.

Tandis que les psychologues la placent à la racine du développement du nourrisson, que les psychothérapeutes en font leur atout essentiel et que les neurosciences essaient d’en déterminer les fondements biologiques, l’empathie devient presque la bonne à tout faire du management, du marketing, de la médecine, du travail social, de l’éducation, voire de la politique. Pourquoi un vocable aujourd’hui encore absent de certains dictionnaires connaît-il un tel succès ? D’où vient-il et, malgré les confusions qui l’entourent, que signifie-t-il ?

Jacques Hochmann propose un étonnant parcours dans l’histoire de la philosophie et de la psychologie, jusqu’aux recherches les plus fines d’aujourd’hui. Qu’était-ce que l’empathie « avant l’empathie », à l’époque où seule régnait la « sympathie » ? Tantôt moyen de se mettre à la place d’autrui, pour Freud et Husserl, tantôt tonalité affective, chez Scheler, Ferenczi ou encore Rogers et Kohut, quel a été son destin, en philosophie d’abord, puis en psychologie, en psychanalyse et dans les neurosciences ? Pourquoi est-elle centrale pour considérer de manière nouvelle des pathologies lourdes comme l’autisme infantile ou la schizophrénie ?

Auteur notamment d’une Histoire de l’autisme, de Pour soigner l’enfant autiste et de La Consolation, Jacques Hochmann est membre honoraire de la Société psychanalytique de Paris, professeur émérite à l’université Claude-Bernard et médecin honoraire des Hôpitaux de Lyon.

Tout désigne le Nu comme un phénomène qui a si bien « collé » à la culture européenne que nous n’en sommes jamais sortis. Tant il relie l’Occident d’un bord à la lettre, y compris la photographie, et a servi continûment de base dans la formation des Beaux-Arts. L’Église a pu rhabiller le sexe, mais elle a gardé le nu.

En revanche, s’il est espace culturel où le nu n’a jamais pénétré, où il soit resté complètement ignoré, c’est bien en Chine. Or, c’est là une donnée d’autant plus surprenante que la tradition artistique chinoise a largement développé la peinture et la sculpture des personnages.

Une absence aussi radicale, et qui ne souffre pas d’exception, exige donc qu’on l’envisage de plus près. Car elle renvoie à une impossibilité.

Nous voici donc conduits à nous interroger sur la condition de possibilité du nu : à quoi, d’un point de vue théorique, a-t-il dû de s’interposer entre la chair et la nudité, le désir et la honte ? Rouvrant ainsi un accès sensible à l’ontologie, François Jullien en fait le révélateur de notre quête de l’en-soi et de la présence, en même temps qu’il met au jour un nouvel objet d’autant plus intéressant à penser qu’il est à identifier par son absence : « le Nu impossible ».

Quand on avance dans la vie, il est une question qu’on ne peut plus, peu à peu, ne pas se poser : pourquoi est-ce que je continue de vivre ?
Cette question, on peut la maintenir au niveau bas du développement personnel, affublé en « sagesse », et du marché du bonheur.
Ou bien l’affronter philosophiquement pour y chercher une issue plus ambitieuse qui soit la promotion d’une « seconde » vie.
Une seconde vie est une vie qui, du cours même de la vie, se décale lentement d’elle-même et commence de se choisir et de se réformer.
Pour y accéder, il faudra penser ce que sont des vérités, non pas démontrées, mais décantées à partir de la vie même ; ou comment, de l’expérience accumulée, on peut à nouveau essayer ; ou comment la lucidité est ce savoir négatif (de l’effectif) qui nous vient malgré nous, mais qu’on peut assumer ; ou comment la vie peut ouvrir, non sur une conversion, mais sur une vie dégagée.
Ou comment un second amour, fondé, non plus sur la possession, mais sur l’infini de l’intime, peut débuter.
Puis-je, non plus répéter ma vie, mais la reprendre, et commencer véritablement d’exister ?

F.J.

Abrégé du Manifeste convivialiste

Declaration d’interdependance

Jamais l’humanité n’a disposé d’autant de ressources matérielles et de compétences techniques et scientifiques. Prise dans sa globalité, elle est riche et puissante comme personne dans les siècles passés n’aurait pu l’imaginer. Rien ne prouve qu’elle en soit plus heureuse. Mais nul ne désire revenir en arrière, car chacun sent bien que de plus en plus de potentialités nouvelles d’accomplissement personnel et collectif s’ouvrent chaque jour.

Pourtant, à l’inverse, personne non plus ne peut croire que cette accumulation de puissance puisse se poursuivre indéfiniment, telle quelle, dans une logique de progrès technique inchangée, sans se retourner contre elle-même et sans menacer la survie physique et morale de l’humanité. Les premières menaces qui nous assaillent sont d’ordre matériel, technique, écologique et économique. Des menaces entropiques. Mais nous sommes beaucoup plus impuissants à ne serait-ce qu’imaginer des réponses au second type de menaces. Aux menaces d’ordre moral et politique. À ces menaces qu’on pourrait qualifier d’anthropiques.

Le problème premier

Le constat est donc là : l’humanité a su accomplir des progrès techniques et scientifiques foudroyants, mais elle reste toujours aussi impuissante à résoudre son problème essentiel : comment gérer la rivalité et la violence entre les êtres humains ? Comment les inciter à coopérer tout en leur permettant de s’opposer sans se massacrer ? Comment faire obstacle à l’accumulation de la puissance, désormais illimitée et potentiellement auto-destructrice, sur les hommes et sur la nature ? Si elle ne sait pas répondre rapidement à cette question, l’humanité disparaîtra. Alors que toutes les conditions matérielles sont réunies pour qu’elle prospère, pour autant qu’on prenne définitivement conscience de leur finitude.

Nous disposons de multiples éléments de réponse : ceux qu’ont apportés au fil des siècles les religions, les morales, les doctrines politiques, la philosophie et les sciences humaines et sociales. Et les initiatives qui vont dans le sens d’une alternative à l’organisation actuelle du monde sont innombrables, portées par des dizaines de milliers d’organisations ou d’associations, et par des dizaines ou des centaines de millions de personnes. Elles se présentent sous des noms, sous des formes ou à des échelles infiniment variées : la défense des droits de l’homme, du citoyen, du travailleur, du chômeur, de la femme ou des enfants ; l’économie sociale et solidaire avec toutes ses composantes : les coopératives de production ou de consommation, le mutualisme, le commerce équitable, les monnaies parallèles ou complémentaires, les système d’échange local, les multiples associations d’entraide ; l’économie de la contribution numérique (cf. Linux, Wikipedia etc.) ; la décroissance et le post-développement ; les mouvements slow food, slow town, slow science ; la revendication du buen vivir, l’affirmation des droits de la nature et l’éloge de la Pachamama ; l’altermondialisme, l’écologie politique et la démocratie radicale, les indignados, Occupy Wall Street ; la recherche d’indicateurs de richesse alternatifs, les mouvements de la transformation personnelle, de la sobriété volontaire, de l’abondance frugale, du dialogue des civilisations, les théories du care, les nouvelles pensées des communs, etc.

Pour que ces initiatives si riches puissent contrecarrer avec suffisamment de puissance les dynamiques mortifères de notre temps et qu’elles ne soient pas cantonnées dans un rôle de simple contestation ou de palliation, il est décisif de regrouper leurs forces et leurs énergies, d’où l’importance de souligner et de nommer ce qu’elles ont en commun.

Du convivialisme

Ce qu’elles ont en commun, c’est la recherche d’un convivialisme, d’un art de vivre ensemble (con-vivere) qui permette aux humains de prendre soin les uns des autres et de la Nature, sans dénier la légitimité du conflit mais en en faisant un facteur de dynamisme et de créativité. Un moyen de conjurer la violence et les pulsions de mort. Pour le trouver nous avons besoin désormais, de toute urgence, d’un fond doctrinal minimal partageable qui permette de répondre simultanément, en les posant à l’échelle de la planète, au moins aux quatre (plus une) questions de base :

La question morale : qu’est-il permis aux individus d’espérer et que doivent-ils s’interdire ?

La question politique : quelles sont les communautés politiques légitimes ?

La question écologique : que nous est-il permis de prendre à la nature et que devons-nous lui rendre ?

La question économique : quelle quantité de richesse matérielle nous est-il permis de produire, et comment, pour rester en accord avec les réponses données aux questions morale, politique et écologique ?

Libre à chacun d’ajouter à ces quatre questions, ou pas, celle du rapport à la surnature ou à l’invisible : la question religieuse ou spirituelle. Ou encore : la question du sens.

Considérations générales :

Le seul ordre social légitime universalisable est celui qui s’inspire d’un principe de commune humanité, de commune socialité, d’individuation, et d’opposition maîtrisée et créatrice.

Principe de commune humanité : par delà les différences de couleur de peau, de nationalité, de langue, de culture, de religion ou de richesse, de sexe ou d’orientation sexuelle, il n’y a qu’une seule humanité, qui doit être respectée en la personne de chacun de ses membres.

Principe de commune socialité : les êtres humains sont des êtres sociaux pour qui la plus grande richesse est la richesse de leurs rapports sociaux.

Principe d’individuation : dans le respect de ces deux premiers principes, la politique légitime est celle qui permet à chacun d’affirmer au mieux son individualité singulière en devenir, en développant sa puissance d’être et d’agir sans nuire à celle des autres.

Principe d’opposition maîtrisée et créatrice : parce que chacun a vocation à manifester son individualité singulière il est naturel que les humains puissent s’opposer. Mais il ne leur est légitime de le faire qu’aussi longtemps que cela ne met pas en danger le cadre de commune socialité qui rend cette rivalité féconde et non destructrice.

De ces principes généraux découlent des :

Considérations morales

Ce qu’il est permis à chaque individu d’espérer c’est de se voir reconnaître une égale dignité avec tous les autres êtres humains, d’accéder aux conditions matérielles suffisantes pour mener à bien sa conception de la vie bonne, dans le respect des conceptions des autres

Ce qui lui est interdit c’est de basculer dans la démesure (l’hubris des Grecs), i.e. de violer le principe de commune humanité et de mettre en danger la commune socialité

Concrètement, le devoir de chacun est de lutter contre la corruption.

Considérations politiques

Dans la perspective convivialiste, un État ou un gouvernement, ou une institution politique nouvelle, ne peuvent être tenus pour légitimes que si :

– Ils respectent les quatre principes, de commune humanité, de commune socialité, d’individuation et d’opposition maîtrisée, et que s’ils facilitent la mise en œuvre des considérations morales, écologiques et économiques qui en découlent ;

Plus spécifiquement, les États légitimes garantissent à tous leurs citoyens les plus pauvres un minimum de ressources, un revenu de base, quelle que soit sa forme, qui les tienne à l’abri de l’abjection de la misère, et interdisent progressivement aux plus riches, via l’instauration d’un revenu maximum, de basculer dans l’abjection de l’extrême richesse en dépassant un niveau qui rendrait inopérants les principes de commune humanité et de commune socialité ;

Considérations écologiques

L’Homme ne peut plus se considérer comme possesseur et maître de la Nature. Posant que loin de s’y opposer il en fait partie, il doit retrouver avec elle, au moins métaphoriquement, une relation de don/contredon. Pour laisser aux générations futures un patrimoine naturel préservé, il doit donc rendre à la Nature autant ou plus qu’il ne lui prend ou en reçoit.

Considérations économiques

Il n’y a pas de corrélation avérée entre richesse monétaire ou matérielle, d’une part, et bonheur ou bien-être, de l’autre. L’état écologique de la planète rend nécessaire de rechercher toutes les formes possibles d’une prospérité sans croissance. Il est nécessaire pour cela, dans une visée d’économie plurielle, d’instaurer un équilibre entre Marché, économie publique et économie de type associatif (sociale et solidaire), selon que les biens ou les services à produire sont individuels, collectifs ou communs.

Que faire ?

Il ne faut pas se dissimuler qu’il faudra pour réussir affronter des puissances énormes et redoutables, tant financières que matérielles, techniques, scientifiques ou intellectuelles autant que militaires ou criminelles. Contre ces puissances colossales et souvent invisibles ou illocalisables, les trois armes principales seront :

L’indignation ressentie face à la démesure et à la corruption, et la honte qu’il est nécessaire de faire ressentir à ceux qui directement ou indirectement, activement ou passivement, violent les principes de commune humanité et de commune socialité.

Le sentiment d’appartenir à une communauté humaine mondiale.

– Bien au-delà des « choix rationnels » des uns et des autres, la mobilisation des affects et des passions.

Rupture et transition

Toute politique convivialiste concrète et appliquée devra nécessairement prendre en compte :

– l’impératif de la justice et de la commune socialité, qui implique la résorption des inégalités vertigineuses qui ont explosé partout dans le monde entre les plus riches et le reste de la population depuis les années 1970

– Le souci de donner vie aux territoires et aux localités, et donc de reterritorialiser et de relocaliser ce que la mondialisation a trop externalisé.

– L’absolue nécessité de préserver l’environnement et les ressources naturelles.

– L’obligation impérieuse de faire disparaître le chômage et d’offrir à chacun une fonction et un rôle reconnus dans des activités utiles à la société.

La traduction du convivialisme en réponses concrètes doit articuler, en situation, les réponses à l’urgence d’améliorer les conditions de vie des couches populaires, et celle de bâtir une alternative au mode d’existence actuel, si lourd de menaces multiples. Une alternative qui cessera de vouloir faire croire que la croissance économique à l’infini pourrait être encore la réponse à tous nos maux.

« J’aime les définitions. J’y vois davantage qu’un jeu ou qu’un exercice intellectuel : une exigence de la pensée. Pour ne pas se perdre dans la forêt des mots et des idées. Pour trouver son chemin, toujours singulier, vers l’universel.
La philosophie a son vocabulaire propre : certains mots qui n’appartiennent qu’à elle, d’autres, plus nombreux, qu’elle emprunte au langage ordinaire, auxquels elle donne un sens plus précis ou plus profond. Cela fait une partie de sa difficulté comme de sa force. Un jargon ? Seulement pour ceux qui ne le connaissent pas ou qui s’en servent mal. Voltaire, à qui j’emprunte mon titre, a su montrer que la clarté, contre la folie des hommes, était plus efficace qu’un discours sibyllin ou abscons. Comment combattre l’obscurantisme par l’obscurité ? La peur, par le terrorisme ? La bêtise, par le snobisme ? Mieux vaut s’adresser à tous, pour aider chacun à penser. La philosophie n’appartient à personne. Qu’elle demande des efforts, du travail, de la réflexion, c’est une évidence. Mais elle ne vaut que par le plaisir qu’elle offre : celui de penser mieux, pour vivre mieux. C’est à quoi ces 1 654 définitions voudraient contribuer. »

«Et quand personne ne me lira, ai-je perdu mon temps de m’être entretenu tant d’heures oisives à pensements si utiles et agréables? Moulant sur moi cette figure, il m’a fallu si souvent dresser et composer pour m’extraire, que le patron s’en est fermi et aucunement formé soi-même. Me peignant pour autrui, je me suis peint en moi de couleurs plus nettes que n’étaient les miennes premières. Je n’ai pas plus fait mon livre que mon livre m’a fait. Livre consubstantiel à son auteur.»
(II, 18, «Du démentir»)

«Et quand personne ne me lira, ai-je perdu mon temps de m’être entretenu tant d’heures oisives à pensements si utiles et agréables? Moulant sur moi cette figure, il m’a fallu si souvent dresser et composer pour m’extraire, que le patron s’en est fermi et aucunement formé soi-même. Me peignant pour autrui, je me suis peint en moi de couleurs plus nettes que n’étaient les miennes premières. Je n’ai pas plus fait mon livre que mon livre m’a fait. Livre consubstantiel à son auteur.»
(II, 18, «Du démentir»)

«Et quand personne ne me lira, ai-je perdu mon temps de m’être entretenu tant d’heures oisives à pensements si utiles et agréables? Moulant sur moi cette figure, il m’a fallu si souvent dresser et composer pour m’extraire, que le patron s’en est fermi et aucunement formé soi-même. Me peignant pour autrui, je me suis peint en moi de couleurs plus nettes que n’étaient les miennes premières. Je n’ai pas plus fait mon livre que mon livre m’a fait. Livre consubstantiel à son auteur.»
(II, 18, «Du démentir»)

Il fut gentilhomme, propriétaire terrien, voyageur, maire de Bordeaux, courtisan, négociateur au service de ses rois. Il fut aussi un lecteur éclairé, l’auteur d’un livre unique, et pendant plus de vingt ans, sur plus de mille pages, le bâtisseur de sa propre image, celle d’un homme retiré, jouissant d’un exil intérieur propice à l’exercice du jugement. C’est dans l’espace qui s’étend entre ces deux figures, l’homme à cheval et l’homme de papier, qu’il faut appréhender Les Essais. Grand amateur de livres, Montaigne juge sévèrement «l’écrivaillerie» de son temps et combat la culture livresque lorsqu’elle conduit au pédantisme. Familier des interminables périodes de ses confrères en «parlerie», il use d’un langage «coupé», d’un style primesautier – «soldatesque», dit-il. Non content d’inventer une forme, l’essai, il se dote d’une écriture qui est le truchement de son âme et, on le sent bien, l’exact reflet de la vivacité de son esprit. De sorte qu’il ne nous enseigne pas : il nous parle – de lui, de l’humain à travers lui, et donc de nous. D’une voix et sur un ton jusqu’alors inouïs, et peu entendus depuis, il sape en ironiste le conformisme intellectuel et, le premier, revendique pour chacun le droit à l’esprit critique et au libre examen dans tous les domaines (celui de la foi excepté). Montaigne est à l’Humanisme ce que le franc-tireur est aux troupes régulières : on ne le trouve jamais là où on l’attend, et c’est le gage de sa survie. C’est pourquoi, alors que tant d’ouvrages contemporains sont oubliés, Les Essais demeurent un livre vivant.
Ce livre, on le publie ici d’après la seule version imprimée de l’ultime état du texte : l’édition posthume de 1595, aujourd’hui majoritairement considérée comme la plus proche du dessein de l’auteur. Afin d’en faciliter la lecture, les notes sur le vocabulaire et la syntaxe, ainsi que la traduction des citations, figurent au bas des pages. Les sentences peintes sur les poutres de la «librairie» de Montaigne et les notes qu’il a portées dans les marges de ses livres complètent le volume.

Michel de Montaigne

Né le 28 février 1533 à Bordeaux. Son père a fait les guerres d’Italie. Il a un  précepteur allemand qui lui a toujours parlé en latin. Il a eu son bac et est magistrat à 21 ans après avoir fait des études de droit. Ami du poète Etienne de la Boétie.

Deux évènements l’ont incité à écrire ses essais : le chagrin de la mort de son père et celle de la Boétie ainsi que son envie de se faire connaître. Il se retire chez lui et écrit mais souffre de calculs rénaux et part en voyage. Pendant ce temps il est élu maire de Bordeaux mais refuse. Il accepte convaincu par le roi. Il est réélu maire. Il est catholique mais tolérant. C’était l’ami d’Henri de Navarre.

Dans ses Essais (1571), il y fait son autoportrait, parle beaucoup de la mort, est contre la torture et les procès pour sorcellerie et contre la colonisation de l’Amérique car selon lui elle amène a des violences incroyables. Montaigne est un héritier de l’humanisme mais est presque déjà un penseur baroque car il constate que dans le monde, rien n’est stable.

La Société Internationale des Amis de Montaigne (S.I.A.M.) est une association loi 1901, fondée en juin 1912. L’association a pour objet l’étude et la promotion de l’oeuvre de Montaigne. Constituée d’environ 200 membres, allant de l’universitaire chevronné au lecteur curieux d’en savoir plus sur les Essais, sur Montaigne et son temps, sa principale production depuis un siècle est le Bulletin (B.S.A.M.). Les abonnés sont des particuliers ou des bibliothèques, principalement en France, en Italie, aux Etats-Unis, au Canada et au Japon.

« Pour gouverner les hommes et servir le Ciel,
rien de mieux que la modération.
Pratiquer la modération signifie
se conformer de bonne heure à la Voie.
Se conformer de bonne heure à la Voie
signifie accumuler beaucoup de force vitale (vertu).
Qui a accumulé beaucoup de force vitale,
il n’y a rien dont il ne soit capable.
S’il n’y a rien dont il ne soit capable,
il ne connaît pas les limites de son pouvoir.
Qui ne connaît pas ces limites
peut posséder un royaume. »

Le Tao-Te king, « Livre (king) de la Voie (Tao) et de la Vertu (Te) », l’ouvrage fondateur du taoïsme philosophique, est attribué à Lao-tseu. Selon la légende, Lao-Tseu aurait rencontré Confucius et lui aurait tenu des propos obscurs, ce qui aurait fait dire à ce dernier que Lao-Tseu était « insaisissable comme un dragon ». Entre légende ou réalité, nul ne peut trancher. Mais reste un livre sacré, lui aussi sibyllin, que Marcel Conche, grand philosophe contemporain, a traduit et commenté pour nous, afin d’éclaircir la Voie taoïste de la sagesse en rapprochant la philosophie orientale, qui nous est souvent étrangère, de la philosophie des Antésocratiques, dont Lao-Tseu aurait été le contemporain. En guise d’introduction au texte intégral, Marcel Conche distingue et développe les principaux points de la philosophie taoïste, afin de baliser la lecture de ce texte ardu et essentiel de points de lumière indispensables à la compréhension du texte. Puis, au gré de réflexions, il s’ancre sur certaines notions qu’il développe, comme le rapport de la violence et de la civilisation, et compare aux autres points de vue philosophiques.
Marcel Conche commente le sens du livre, la sagesse, comment l’acquérir selon Lao Tseu. Les éclaircissements apportés permettent enfin de comprendre et d’assimiler les principes de la philosophie taoïste, et font du Tao-Te king un livre accessible digne de figurer parmi les classiques de la philosophie antique. Le Tao-Te king enrichit la pensée occidentale de points de vue différents, d’un autre âge et d’une autre aire culturelle, qui peuvent nous aider à penser les problèmes de notre temps et de notre culture.

Que sommes-nous ? À cette question philosophique, il existe une réponse classique : nous ne sommes pas des choses, mais des personnes. Toutefois, estime Eric T. Olson, cela laisse largement irrésolue la question de notre nature métaphysique la plus fondamentale. Pour saisir notre identité métaphysique, l’auteur explore les principales pistes de l’ontologie des personnes : sommes-nous des êtres matériels ou bien des êtres immatériels ? Dans la première hypothèse, sommes-nous des corps entiers ou bien seulement des cerveaux ? Dans la seconde hypothèse, sommes-nous des âmes ou plutôt des faisceaux de pensées ? Par ailleurs, persistons-nous à travers le temps ou bien notre existence n’est-elle  que momentanée ? Et, au bout du compte, avons-nous réellement une nature métaphysique déterminée ? Examinant les thèses contemporaines aussi bien que les conceptions classiques d’Aristote, de Descartes, de Locke, de Leibniz, de Berkeley, de Hume ou encore de Kant, Que sommes-nous ?, par l’ampleur du champ qu’il couvre, par la clarté de son propos et par la profondeur véritable de ses analyses constitue un outil de compréhension décisif de notre identité métaphysique.

​Eric T. Olson est professeur de philosophie à l’université de Sheffield en Angleterre.

Avons-nous une volonté libre ? Est-il vrai que « le temps passe » ? Y a-t-il des choses dans le monde qui ne sont pas matérielles ? L’identité personnelle n’est-elle qu’une fiction administrative ? Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? L’existence des êtres humains est-elle le fruit du hasard ? La vérité est-elle objective ? Autant de questions qui sont reprises avec une grande originalité par Peter van Inwagen dans cet ouvrage d’introduction à la métaphysique. L’auteur tente d’y apporter des réponses argumentées, en prenant la défense d’un corpus de croyances fondamentales que nous adoptons tous spontanément à propos du réel : la « métaphysique occidentale ordinaire ». S’il nous semble par exemple évident qu’il existe un monde d’objets matériels hors de notre esprit, ou que nous restons bien la même personne tout au long de notre vie, encore nous faut-il examiner les raisons philosophiques qui permettent de fonder de telles croyances. D’où l’intérêt de cet essai, qui propose des justifications rationnelles à notre vision ordinaire du monde dans un style sobre, rigoureux, et néanmoins accessible à tous.

Peter van Inwagen est un philosophe américain. Il enseigne actuellement la métaphysique et la philosophie de la religion à l’université de Notre-Dame, dans l’Indiana. Considéré comme l’un des métaphysiciens contemporains les plus éminents, il a notamment publié An Essay on Free Will (1983), The Problem of Evil (2006), ainsi que Des Êtres matériels, à paraître aux Éditions d’Ithaque.

Nous devons à André Lanly, éminent philologue et professeur émérite à l’université de Nancy, d’avoir servi l’un des monuments les plus difficiles à déchiffrer de la littérature française en osant lui donner sa forme moderne. C’en est fini des obstacles de l’orthographe, du doute sur le sens des mots, de l’égarement suscité par la ponctuation. Lire ce chef-d’œuvre devient ici un pur bonheur.

«Ce ne sont pas mes actes que je décris, c’est moi, c’est mon essence. J’estime qu’il faut être prudent pour juger de soi et tout aussi scrupuleux pour en porter un témoignage soit bas, soit haut, indifféremment. S’il me semblait que je suis bon et sage, ou près de cela, je l’entonnerais à tue-tête. Dire moins de soi que la vérité, c’est de la sottise, non de la modestie. Se payer moins qu’on ne vaut, c’est de la faiblesse et de la pusillanimité, selon Aristote. Aucune vertu ne se fait valoir par le faux, et la vérité n’est jamais matière d’erreur. Dire de soi plus que la vérité, ce n’est pas toujours de la présomption, c’est encore souvent de la sottise. Être satisfait de ce que l’on est et s’y complaire outre mesure, tomber de là dans un amour de soi immodéré est, à mon avis, la substance de ce vice [de la présomption]. Le suprême remède pour le guérir, c’est de faire tout le contraire de ce que prescrivent ceux qui, en défendant de parler de soi, défendent par conséquent d’appliquer sa pensée à soi. L’orgueil réside dans la pensée. La langue ne peut y avoir qu’une bien lègère part.»
Les Essais, Livre II, chapitre VI.

« Mon but est de défendre la liberté de l’esprit. »

La conscience humaine fait partie des derniers mystères non encore résolus. Le Moi n’est-il déterminé que par de la biochimie ? N’est-il que l’interface de notre cerveau, une sorte de scène de théâtre sur laquelle se joue une pièce que nous ne pouvons pas mettre en scène librement ? C’est ce que prétend le neurocentrisme. Cette doctrine issue des sciences de la nature part de l’hypothèse que le Moi est identique au cerveau.

Markus Gabriel émet des doutes légitimes. Contre cette thèse rendant impossible toute connaissance de soi, il défend le libre-arbitre et nous livre une introduction à une réflexion philosophique moderne sur notre conscience.

Avec verve et humour, il s’attaque à l’image scientifique du monde et nous invite à réfléchir à ce que nous sommes – grâce à Kant, Schopenhauer et Nagel, mais aussi en compagnie du Dr. Who, de The Walking Dead et de Fargo.

Traduit de l’allemand par Georges Sturm

De quoi peut bien nous guérir la philosophie ? Sa compétence dépasse celle des chamans, des psychothérapeutes et des chirurgiens : la philosophie guérit la vie. Car vivre ne va pas de soi, et il n’est pas même certain que nous soyons armés pour cela. La vie n’est pas un sport de glisse, où il suffirait de se laisser aller à être soi. Il faut du courage pour exister. Il faut du panache pour affronter la réalité, son indifférence, son injustice et sa bêtise.
Et consoler ne suffit pas. Il nous faut un remède, une médecine. Pas de celles qui préconisent des solutions faciles, mais de celles qui permettent d’affronter les tempêtes, de traverser les orages. C’est cette médecine que délivre la philosophie. Elle ne tue pas ; elle rend plus fort.
Maux du corps et maux de l’âme, vieillesse, burn-out, addictions en tout genre, manque de volonté et mauvaises fréquentations, amour et chagrins d’amour, problèmes d’argent, de voisinage, de famille ou de bureau, coups de foudre et coups de sang, jalousie ou solitude, de Montaigne à Nietzsche en passant par Hegel et Descartes, la philosophie a tout affronté, et cherché à tout soigner.

Laurence Devillairs est agrégée et docteur en philosophie. Elle a notamment publié chez le même éditeur, dans la collection « Que sais-je ? », René Descartes (2013) et Les 100 citations de la philosophie (2015).

« La vie, l’univers et tout le reste… chacun d’entre nous s’est probablement déjà souvent posé la question de savoir ce que tout cela veut dire au juste. Où nous trouvons-nous ? Ne sommes-nous qu’un agrégat de particules élémentaires dans un gigantesque réceptacle qui contient le monde ? (…)

Je vais développer dans ce livre le principe d’une philosophie nouvelle qui part d’une idée fondamentale simple : le monde n’existe pas. Comme vous le verrez, cela ne signifie pas qu’il n’existe absolument rien. Notre planète existe, mes rêves, l’évolution, les chasses d’eau dans les toilettes, la chute des cheveux, les espoirs, les particules élémentaires et même des licornes sur la lune, pour ne citer que quelques exemples. Le principe qui énonce que le monde n’existe pas implique que tout le reste existe. Je peux donc d’ores et déjà laisser entrevoir que je vais affirmer que tout existe, excepté le monde. » Markus Gabriel

Traduit de l’allemand par Georges Sturm