Anne Dufourmantelle a péri le 21 juillet 2017 pour sauver des enfants de la noyade en Méditerranée, dont le propre fils de l’auteur.

Elle était psychanalyste, philosophe, romancière, auteure d’une œuvre reconnue de par le monde. Sa notoriété culturelle ne suffit pourtant pas à expliquer l’émotion considérable qui s’est répandue à l’annonce de sa mort, en France et au-delà, jusqu’auprès de gens qui ne l’avaient jamais lue ni entendue.

Ce récit de chagrin livre le portrait d’une femme exceptionnelle, en même temps qu’il médite sur les rapports père-fils, l’origine du sacré et l’aura d’un être qui avait « la passion de l’amitié ».

« Ses traits s’étiraient dès qu’elle voyait autrui heureux. Il n’y a pas beaucoup de gens qui nous donneraient envie d’être heureux rien que pour les rendre heureux. »

Pourquoi le maniement du transfert est-il si difficile ?  Pourquoi rechigne-t-on tant à explorer le contre-transfert ? Freud avait-il raison de nous mettre en garde contre les dangers  “radioactifs” du transfert ?

Ce recueil, constitué de sept essais du grand psychanalyste argentin León Grinberg, offre une réflexion précieuse sur l’un des phénomènes les plus délicats de la technique analytique : le transfert et le contre-transfert. Ces travaux, déjà largement reconnus sur un plan international, sont parus en espagnol ou en anglais dans différentes revues entre 1956 et 1995 ; leur traduction en français est maintenant chose faite. Rédigé dans un langage technique mais facile d’accès, ce livre reprend aussi bien les textes pionniers de l’auteur sur le sujet que des articles de synthèse plus tardifs, suivis d’un texte rétrospectif où Grinberg questionne les fils conducteurs de son parcours de clinicien et de théoricien.

Ouvrage indispensable à l’analyste en formation, il ne manquera pas d’intéresser également, pour son importance historique et critique, les analystes les plus aguerris.

Extrait de la préface à la deuxième édition :

Dans cette nouvelle édition du Dictionnaire freudien il importait d’abord de corriger les inévitables erreurs, artefacts et fautes d’impression, de mettre à jour les références des nouveaux volumes parus aux OCF. Il fallait aussi, prenant du recul, réévaluer l’ensemble en appréciant ce qui devait être amélioré : refondre certains textes, introduire des définitions qui, pour diverses raisons, s’étaient trouvées écartées.

Cinq articles sont refondus : « Construction-reconstruction », « Investissements », « Névrose obsessionnelle », « Paranoïa », « Sublimation ». Deux ont été remplacés : « Inconscient » par « Inconscient, préconscient, conscient », et « Motricité-motilité » par « Motilité, motricité, décharge motrice ». Neuf sont ajoutés : « Animisme », « Biologie », « Civilisation et société », « Croyance, religion », « Détresses », « Inquiétante étrangeté », « Principe de constance », « Psychanalyse appliquée », « Réaction thérapeutique négative ».

« Dictionnaire freudien » parce que, de même que l’inconscient est une découverte de Freud, la psy­chanalyse est sa création. Tous les concepts qui s’y rencontrent sont, de fait, des concepts freudiens, seraient-ils récents.
D’usage aisé pour l’analyste comme pour l’étudiant, voire le lecteur curieux, ce dictionnaire est un outil universel, utilisable tant pour des tâches aussi simples que de retrouver une référence de Freud, que complexes (préparer un livre sur l’un de ses concepts). C’est pourquoi les différentes parties de chaque article (la définition proprement dite ; une mise en situation historique, linguistique et culturelle ; le suivi de la notion dans le texte freudien ; les questions et enjeux qu’elle peut susciter) sont immédiatement repérables par leurs présentations distinctes. Les passages des textes de Freud évoqués (et bien évidemment les citations) sont référés en notes, avec précision, leurs paginations données dans l’édition française « commune », dans les Œuvres complètes de Freud en français et dans le texte allemand des Gesammelte Werke.
En reprenant les évolutions dans la pensée freudienne des notions et des concepts, à travers plus de cent entrées, ce dictionnaire offre une occasion de redécouvrir la pensée de Freud — et aussi, au gré de chacun et pour lui-même, de la réinventer.

Jeune au regard de la science et de la philosophie, la psychanalyse a néanmoins un passé et, plus encore, un présent fait d’une pratique et d’horizons théoriques.
De l’analyse de l’adulte à celle de l’enfant, la pensée de Freud (1856-1939) montre sa force inventive et sa capacité d’évolution face aux difficultés et aux questionnements qui surgissent de la relation analytique et, plus largement, des grands séismes politiques du XXe siècle.
Les entretiens présents ne s’adressent pas d’abord aux psychanalystes. En interrogeant la réflexion et la pratique clinique d’une psychanalyste en exercice, ils s’efforcent d’indiquer le travail de l’analyse à qui n’est pas familier de la pensée de Freud. Ils disent, dans une langue ouverte, l’histoire et la diversité des enjeux d’une œuvre qui demeure l’une des plus grandes affaires intellectuelles de notre temps.
Faire droit à la psychanalyse, c’est faire droit à une manière complexe de voir l’individu et à une manière de voir autrement le monde.

La psychanalyse a révolutionné la manière de concevoir le symptôme. Tandis que du point de vue médical le symptôme n’est qu’un écart pathologique vis-à-vis de la norme, Freud a su reconnaître en lui un compromis résultant d’une conflictualité psychique. En découvrant qu’une satisfaction sexuelle se joue toujours à l’ombre du désagrément subjectif, Freud a pu sortir de l’opposition entre le normal et le pathologique et tirer le fil de l’analogie processuelle entre le symptôme, le rêve et les actes manqués.
Le symptôme est un point de départ fécond de la cure, il s’inscrit d’emblée dans la dynamique transféro-contre-transférentielle. La psychanalyse a donc pour effet de « valoriser » le symptôme, d’en faire une création du sujet inconscient dont la signification est à la fois individuelle et intersubjective.
La tendance actuelle serait de mesurer l’efficacité thérapeutique à la capacité de faire disparaître les symptômes perturbateurs en éludant leur signification subjective. Il importe d’autant plus de faire valoir la portée de l’écoute psychanalytique des symptômes dans ses différentes dimensions, non pas pour se satisfaire de leur persistance, mais pour articuler leur existence à des réalités psychiques singulières et travailler à la possibilité d’autres modalités créatives, moins coûteuses psychiquement.

Sigmund Freud et Romain Rolland ont entretenu de 1923 à 1936 et ne se sont rencontrés qu’une fois. Au fil d’échanges aussi sobre qu’intenses, ils abordent des thèmes tels que la nature de la croyance et l’origine du sentiment religieux – Freud se considérait comme un « juif athée » face à son ami, chrétien sans Église, et le malaise dans la civilisation, qui les préoccupait l’un et l’autre après les massacres de la première guerre mondiale qui précédèrent la montée des totalitarismes et la menace d’un nouveau conflit.
Si le courant passe entre ces deux créateurs fort différents, c’est que des affinités latentes les rapprochent, comme leur stature de héros romantiques et un lien commun avec Goethe et les romantiques allemands. Mais plus encore, en sourdine, un deuil qui les a affectés l’un et l’autre dans l’enfance.
Freud admirait en Romain Rolland l’intellectuel engagé qui défendait les valeurs de la civilisation en dénonçant l’absurdité de la guerre de 1914-1918 et en s’opposant à Hitler. Mais il était plus lucide sur les illusions idéologiques de son ami qui, dans sa période de soutien à l’URSS, oubliera sa dénonciation du totalitarisme stalinien et s’éloignera momentanément de Freud, confirmant ainsi les ambivalences et les impasses de ce passionnant dialogue qui éclaire l’œuvre entière.

« Le sexuel » est au foyer même de ce qui organise le psychisme. L’exercice de la sexualité n’en est qu’un aspect. Vu comme une entité, le sexuel subsume un jeu de forces paradoxales : libido, pulsions mais aussi les formes prises par ces forces, le narcissisme par exemple. Il s’agit « d’un principe évolutif qui s’oppose tant à la reproduction à l’identique qu’à la mort ». Principe qui réunit mais également sépare, « troisième terme qui dépasse l’opposition vie/mort »… Paradoxe du sexuel donc, qui ne peut se ranger sous la seule bannière d’Éros. Jean-Louis Baldacci resitue la notion de sexualité infantile, reprend de façon féconde l’opposition sexualisation/désexualisation. Ainsi, au cœur du livre, ce destin essentiel du « sexuel » qu’est la sublimation apparaît, non pas seulement comme un usage des pulsions, mais comme un mouvement organisateur du psychisme « dès le début » et du développement du processus analytique lui-même. Des exemples cliniques, dont l’un est exposé dans ses différents temps, détours et nuances, viennent illustrer cette place particulière de la sublimation, mais aussi l’expérience irremplaçable qu’offre à quelqu’un une psychanalyse « classique ». La pensée clinique singulière de Jean-Louis Baldacci nous conduit à « dépasser les bornes » du conformisme théorique et renouvelle notre appréhension de questions cruciales telles que la transitionnalité, le narcissisme, le transfert sur la parole et le contre-transfert.

Plus qu’une histoire de l’impressionnisme, ce sont des histoires qui sont ici racontées par deux spécialistes.
Documentés de façon très précise, mais dans un style romancé, ces trente récits de journées bien réelles retracent l’évolution d’un mouvement qui a révolutionné la peinture. Du scandale d’Impression, soleil levant exposé chez Nadar en 1874, au don par Claude Monet de ses Nymphéas à l’État français en 1918, l’ouvrage nous fait revivre les disputes d’Edgar Degas et Gustave Caillebotte au café Guerbois, le mariage d’Eugène Manet avec Berthe Morisot, le conflit qui oppose Pierre-Auguste Renoir à Camille Pissarro, l’installation du docteur Gachet à Auvers-sur-Oise ou la faillite du marchand Paul Durand-Ruel.
En revenant sur les hauts lieux et les grandes dates de l’impressionnisme, ce « roman vrai » permet de comprendre l’histoire de ce groupe d’artistes qui, en quittant l’atelier pour peindre sur le motif, allaient, par leur travail sur la touche et la lumière, bouleverser le regard.

A paraître le 16 août 2018

Ce manuel présente la logique des processus de la vie psychique à tous les âges de la vie de la naissance à la vieillesse.

Les auteurs issus de la pensée psychanalytique retracent tout d’abord l’histoire de la réalité psychique de la subjectivité. Ils présentent ensuite les logiques en large partie inconscientes qui sous-tendent les formes d’expression de la psychopathologie. L’apport des neurosciences dans le champ de la psychopathologie est également abordé. Une approche projective complète enfin cette démarche d’ensemble et fournit une méthode pour médiatiser la subjectivité propre du clinicien.

Ainsi composé ce manuel s’adresse à tous ceux qui étudiants jeunes professionnels et psychologues confirmés sont soucieux d’une vue d’ensemble actualisée de l’approche clinique de la vie psychique et des formes de sa pathologie.

Cette troisième édition a été enrichie d’un nouveau chapitre sur la délinquance et la criminalité et d’un développement conséquent sur les psychothérapies.

Par petites touches, Brett Kahr montre de l’extérieur ce qu’était la vie de D. W. Winnicott. Nous le voyons en action, comme suivi par une caméra à l’épaule. Nous le surprenons sortant du métro pour se rendre cinq à six fois par semaine au cœur de Bloomsbury, chez son analyste James Strachey. Nous l’imaginons conduisant sa vieille Rolls à deux places, roulant à 30 km à l’heure, tant il est absorbé dans ses pensées ou dans une conversation avec son passager ; nous l’observons, lors de ses consultations dans une pièce remplie d’élèves, d’enfants et de parents ; nous le retrouvons à son séminaire du jeudi soir improvisant sur un cas puis offrant des fraises et des cerises à tout le monde ; nous l’entendons jouer du piano à la fin de sa journée de travail ; enfin, nous le voyons lutter contre la maladie dans ses dernières années, sans jamais réduire ses activités…

Dans son autobiographie à peine esquissée, il écrivait : “Oh Dieu, faites que je sois vivant quand je mourrai. ” On peut penser que ce vœu fut exaucé, car jusqu’à son dernier souffle Winnicott travailla, aima, se réjouit et poursuivit de multiples projets.

La mort de la psychanalyse a été annoncée dès sa naissance. Une vieille antienne, donc, à ceci près que du temps de Freud elle venait de ses détracteurs, tandis qu’aujourd’hui il arrive qu’on l’entende aussi du côté des psychanalystes eux-mêmes. Est-ce une crainte lucide ? Un espoir ? Un projet ? Un fantasme dépressif, voire hypocondriaque, dont il faudrait analyser la dimension (auto)destructrice ?

Dans cet ouvrage ont été recueillies les réflexions de divers psychanalystes s’interrogeant sur la place possible de la psychanalyse et sur ses capacités transformatives dans un monde en pleine mutation. De l’ensemble de ces textes se dégage l’idée que si l’analyse est selon toute vraisemblance mortelle, elle est bien vivante aujourd’hui, en tant que façon de penser, d’écouter et d’éclairer nos vies et notre monde intérieur, ouvrant toujours un chemin possible vers une façon plus libre, plus heureuse et plus responsable d’être au monde.

La vie psychique de l’adulte reste marquée par les logiques du sexuel infantile, qui organisent son inconscient. Cet ouvrage présente les différents modèles de la sexualité infantile, des fondements de la théorie freudienne aux apports des psychanalystes contemporains, en abordant : les différentes étapes du développement de la sexualité chez l’enfant ; le conflit oedipien ; la période de latence ; la genèse des homosexualités ; les théories sexuelles infantiles.
Il fait aussi le point sur les débats contemporains et certaines thèses freudiennes sont réinterrogées à la lumière des apports récents de la clinique de la première enfance.

« Yin-Yang » est le nom donné en chinois au fonctionnement de tout le vivant. Cette unité changeante, ce mouvement incessant, cette danse de tout l’univers se dit en un seul mot. Or, en français comme dans toutes les langues occidentales, « Yin » et « Yang » sont deux mots. Voilà où commence le quiproquo.
Avec le talent narratif et pédagogique qui a fait le succès de ses nombreux livres, Cyrille Javary nous introduit dans l’esprit chinois à travers cette clé essentielle : « Yin » n’est pas plus une entité que « Yang », ils n’ont pas d’existence propre. Car l’hiver n’est pas « l’hiver », mais ce qui deviendra l’été, avant de redevenir hiver… Chacun est le futur et le passé de l’autre, sans qu’on puisse leur attribuer une substance, une quelconque fixité.
S’il heurte toutes nos habitudes de pensée, ce genre d’énoncés peut nous conduire à une compréhension plus subtile du monde, et nous aider à mieux aborder les problèmes que nous rencontrons. Ainsi que l’écrit Danielle Elisseeff dans sa postface, « cet ouvrage opère une petite révolution. Tout se passe comme s’il parvenait à déplacer le curseur de nos perceptions et de nos émotions… » À travers mille exemples concrets, l’auteur nous entraîne dans un passionnant voyage dans le temps, jusqu’à l’aube du néolithique…

Sigmund Freud a écrit environ 20 000 lettres ; sa correspondance avec Paul Federn ouvre autant sur l’exhumation de situations cliniques que sur des incises théoriques. Ces lettres offrent également un point de vue sur l’homme Freud, sur sa vie relationnelle et sur ses contacts scientifiques, dévoilant le paysage d’une époque.

L’échange épistolaire présenté ici se compose de 143 documents, rédigés essentiellement par Freud, les lettres de Federn ayant été perdues, à quelques exceptions près. Au-delà de la singularité du lien entre les deux hommes, ce sont les débuts de la psychanalyse qui sont revisités. On voit ainsi à quel point Freud a pu s’appuyer sur celui qu’il considérait comme son bras droit pour défendre la cause de l’analyse profane ; par rebond, la publication de ces lettres rétablit la place de Federn dans l’histoire du mouvement psychanalytique. Leurs échanges témoignent de préoccupations qui restent d’une actualité étonnante.