Se dépouiller à l’extrême pour danser la vie danse ce qu’elle a de plus pathétique, de plus dramatique, de plus comique parfois, voire de plus sensuel. Renoncer aux fleurs, aux couronnes, aux costumes de quelque époque et de quelque nature que ce soit, aux collants, aux maillots même. Pour aller au plus près de la vérité du corps en mouvement.

Cette mise à nu du danseur correspond à des préoccupations ancestrales. Comme l’attestent aujourd’hui encore diverses cérémonies tribales. mais c’est assurément en ce XXe siècle où le corps s’est libéré de tout ce qui entravait son épanouissement qu’elle a trouvé sa plénitude artistique.

De Ted Shawn à Hans van Manen, en passant par Béjart, Neumeier et Flindt, nombreux sont les chorégraphes qui, à n moment ou à un autre, ont souhaité reculer les barrières du possible et du licite pour permettre au danseur d’être plus que jamais lui-même.

Célébré, exhibé, purifié, rudoyé… c’est toujours le corps vécu en toute vérité qui est ici évoqué.

Daina Ashbee, Serpentine, 2017

Serpentine est une installation-performance, où Ashbee capture l’essence sombre et féminine de ses trois œuvres précédentes. Confrontée à une composition pour orgue électrique à la fois dérangeante et puissante, la danseuse Areli Moran répond par une gestuelle lente qui se métamorphose peu à peu en la présence d’une violence concentrée. 

Assumant pleinement l’abstraction de son langage chorégraphique, Ashbee manifeste néanmoins des images fortes et percutantes sur scène. La répétition joue un rôle clé dans ses trois œuvres passées et la chorégraphe l’utilise à nouveau avec Serpentine. Elle demande ainsi à l’interprète de répéter un cycle de 30 minutes, plusieurs fois par performance.

Ashbee s’intéresse au changement qui s’effectue avec le temps et la répétition. On peut choisir de regarder la pièce une fois en 30 minutes ou se défier à la répétition, en se demandant comment l’espace et l’expérience se transforment à travers la répétition de chaque cycle.