Jean-Jacques Goldman, Brouillard, [Album « Démodé »], 1981

Brouillard et matin
Blanches et froides mes mains
Le poids du sac aux épaules

Brumes dans la tête
Les secondes et les gestes
Le froid qui brûle et qui frôle

L’heure n’est pas aux projets, regrets passés, oubliés rêves et délires
Si tu ne sais pas où tu vas, l’habitude est là pour te le dire

Muscle qui fatigue
C’est l’outil qui te guide
Le feu l’acier qui imposent

Douces dans la tête
Des voix, loin, te répètent
Il y a des rêves qu’on ose

L’heure n’est plus aux projets, regrets passés oubliés rêves et délires
La route est là, ton pas claque pour de vrai, pour ne plus revenir

Je prendrai la nationale
Guidé par une évidence
Par une fièvre brutale et je partirai

Je prendrai les pluies du Sud
Pures et lourdes à bras le corps
Les tiédeurs et les brûlures et je renaîtrai
J’écouterai les secondes dans les pays arrêtés
Elles durent tout un monde, une éternité
Et quand j’atteindrai le terme quand le tour sera joué
Je n’aurai jamais plus jamais les yeux baissés

Oublier les visages
Regretter son sourire
Les larmes au coin de ses cils

Savoir briser partir
Pour ne jamais haïr
C’est tellement difficile

L’heure n’est plus aux projets, regrets passés, oubliés rêves et délires
La route est là, ton pas claque pour de vrai pour ne plus revenir

Jean-Jacques Goldman, A nos actes manqués, album « Fredericks Goldman Jones », 1990

A tous mes loupés, mes ratés, mes vrais soleils
Tous les chemins qui me sont passés à  côté
A tous mes bateaux manqués, mes mauvais sommeils
A tous ceux que je n’ai pas été

Aux malentendus, aux mensonges, à  nos silences
A tous ces moments que j’avais cru partager
Aux phrases qu’on dit trop vite et sans qu’on les pense
A celles que je n’ai pas osées
A nos actes manqués

Aux années perdues à  tenter de ressembler
A tous les murs que je n’aurais pas su briser
A tout c’que j’ai pas vu tout près, juste à  côté
Tout c’que j’aurais mieux fait d’ignorer

Au monde, à  ses douleurs qui ne me touchent plus
Aux notes, aux solos que je n’ai pas inventés
Tous ces mots que d’autres ont fait rimer et qui me tuent
Comme autant d’enfants jamais portés

A nos actes manqués

Aux amours échouées de s’être trop aimé
Visages et dentelles croisés justes frôlés
Aux trahisons que j’ai pas vraiment regrettées
Aux vivants qu’il aurait fallu tuer

A tout ce qui nous arrive enfin, mais trop tard
A tous les masques qu’il aura fallu porter
A nos faiblesses, à  nos oublis, nos désespoirs
Aux peurs impossibles à  échanger

A nos actes manqués

Johnny Hallyday, N’en vouloir à personne, texte d’Isabelle Bernal, album « L’attente », 2012

Quand la vie nous envoie
Dans les yeux
La poussière
Dans la peau
La peur
Dans les mains
La sueur
Rester debout

Quand la vie nous envoie
Dans la tête
La colère
Dans le coeur
La peine
Dans le corps
La douleur
Rester debout
Et malgré tout

N’en vouloir à personne
Et jusqu’au bout
Etre encore qui nous sommes
Prendre des coups
Et accepter la somme
De ce qui fait qu’on touche
Le fond et qu’on pardonne
N’en vouloir à personne

Quand la vie nous envoie
Dans les mains
De l’or
Dans les yeux
Le rêve
Dans l’âme
La paix
Etre à genoux

Quand la vie nous envoie
Dans le coeur
L’amour
Dans la peau
L’envie
Dans le corps
La vie
Etre à genoux
Par dessus tout

N’en vouloir à personne
Et être heureux
De c’que la vie nous donne
Et jusqu’au bout
Etre encore qui nous sommes
Tout ce qui fait qu’au fond
De nous un coeur résonne
N’en vouloir à personne

Et malgré tout
N’en vouloir à personne
Et jusqu’au bout
Etre encore qui nous sommes
Prendre des coups
Et accepter la somme
De ce qui fait qu’on touche
Le fond et qu’on pardonne

Et malgré tout
N’en vouloir à personne
Et être heureux
De c’que la vie nous donne
Et jusqu’au bout
Etre encore qui nous sommes
Tout ce qui fait qu’au fond
De nous un coeur résonne
N’en vouloir à personne

N’en vouloir à personne
N’en vouloir à personne

Véronique Sanson, Indestructible, album « Indestructible », 1998

Dans les antichambres obscures
On se retourne vers l’enfance
Pour y traquer les blessures
Les raisons de nos souffrances

On devine derrière le mur
La beauté d’un ciel immense
Le pardon d’après l’offense
Et la vie paraît moins dure

Indestructible
On est indestructible
Indestructible
Tout nous paraît possible

On déambule en silence
Dans les couloirs de la peur
On se joue l’indifférence
Dans les rues de la douleur

On continue notre errance
Entre le bien et le mal
Entre l’eau pure et l’eau sale
Mais toujours avec élégance

Indestructible
On est indestructible
Indestructible
Une âme inamovible

Une symphonie de malheur
Un opéra de lassitude
J’voudrais partir avant l’heure
Mais l’altitude
Ça me fait bien trop peur

Indestructible
On est indestructible
Indestructible
Le parfait cœur de cible

Une existence à rêver
D’une éternité d’avance
Puis la mort à tutoyer
Comme une vieille connaissance

Indestructible
On est indestructible
Indestructible
Mais beaucoup trop sensible
Indestructible
Une âme inamovible
Indestructible
Un parfait cœur de cible
Indestructible
Tout nous paraît possible

Indestructible
Tout nous paraît possible
Indestructible
Tout nous paraît possible
Indestructible

Johnny Hallyday, Te manquer, texte de Jeanne Cherhal, album « Rester vivant », 2014

Je partirai un soir quand tu m’aimeras encore
Je partirai d’ici pour raviver le feu
Pour tracer de mémoire les contours de ton corps
Je partirai aussi pour le plaisir du jeu

Te manquer, te manquer
Je voudrais te manquer

Je garderai pour toi le plus doux des silences
Je resterai des jours intraçable et muet
Je ferai de ma voix l’écho de mon absence
Et tout cet amour un sentiment parfait

Oui te manquer, te manquer
Je voudrais te manquer

J’inventerai loin de toi un exil volontaire
Mais brisant ma solitude avec des choses de rien
Quelques vers ou le bois d’un arbre centenaire
Que la chaleur du sud aura mis sous mes mains

Oui te manquer, te manquer
Je voudrais te manquer

Je serai l’étranger passant sous ta fenêtre
Je serai l’inconnu au détour d’un sentier
Je serai le danger que tu courras peut être
Je serai devenu ton désir tout entier

Te manquer, te manquer
Je voudrais te manquer

Alors je rentrerai lorsque je serai sur
De t’avoir tant manqué que tu n’en pourras plus
Tu m’ouvriras les bras en moi je te jure
Que tu retrouveras tout ce qui t’avait plu

Je redirai les mots qui te faisaient sourire
Et je te regarderai comme pour la première fois
Je danserai de nouveau dans l’éclat de ton rire
Oui je redeviendrai un mystère quelques fois

Te manquer, te manquer
Je voudrais te manquer
Te manquer, te manquer
Je voudrais te manquer

Francis Cabrel, Elles nous regardent, Album Les beaux dégâts, 2004

Nous, tout petits déjà  durs
Tout dans nos musculatures
Et toutes ces bagarres qu’il nous tarde
Elles, belles, elles nous regardent

Nous, ravis qu’on nous admire
Nous, nos salaires, nos sourires
Et tous ces défauts que l’on farde

Nous, nos trophées, nos armures
Nos mains en dessous des voitures
Et tous ces bars qui nous retardent
Elles, belles, elles nous regardent

Nous, nos envies et nos hormones
Nous, nos treillis verts et jaunes
Nous, devant quand ça bombarde

Saura-t-on jamais ce qu’elles pensent
D’en haut de leurs belles patiences

Est-ce qu’elles nous prennent pour ce qu’on est
Des benêts…
Abonnés aux bonnes manières comme
Les anniversaires fantômes
Des lointains, des touristes
Inconnus chez le fleuriste

Nous, les bobos qui chagrinent
Nous, nos corps à  la médecine
Pour une piqûre, une écharde
Elles, belles, elles nous regardent

Mais nous, jamais dans les cuisines
Nous, confondre vaisselle fine
Avec les verres à  moutarde

Saura-t-on jamais ce qu’elles pensent
D’en haut de leurs belles patiences
Est-ce qu’elles nous prennent pour ce qu’on est
Des benêts…
Abonnés aux bonnes manières comme
Se garer sur les géraniums
Des lointains, des touristes
Inconnus chez le fleuriste

Nous, perdus dans ce mystère
Et puis sans elles, comment faire
Alors…
Toute notre vie on bavarde
D’elles, belles, qui nous regardent

Toute notre vie on bavarde, on bavarde
D’elles, belles, qui nous regardent

Jean-Jacques Goldman, Veiller tard, album [Minoritaire],1982

Les lueurs immobiles d’un jour qui s’achève
La plainte douloureuse d’un chien qui aboie
Le silence inquiétant qui précède les rêves
Quand le monde a disparu l’on est face à soi

Les frissons où l’amour et l’automne s’emmêlent
Le noir où s’engloutissent notre foi, nos lois
Cette inquiètude sourde qui coule en nos veines
Qui nous saisit même après les plus grandes joies

Ces visages oubliés qui reviennent à la charge
Ces étreintes qu’en rêve on peut vivre cent fois
Ces raisons-là qui font que nos raisons sont vaines
Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard

Ces paroles enfermées que l’on n’a pas pu dire
Ces regards insistants que l’on n’a pas compris
Ces appels évidents, ces lueurs tardives
Ces morsures aux regrets qui se livrent à la nuit

Ces solitudes dignes au milieu des silences
Ces larmes si paisibles qui coulent inexpliquées
Ces ambitions passées mais auxquelles on repense
Comme un vieux coffre plein de vieux jouets cassés

Ces liens que l’on sécrète et qui joignent les êtres
Ces désirs évadés qui nous feront aimer
Ces raisons-là qui font que nos raisons sont vaines
Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard

Aphorismes
Georges Moustaki, texte de Sri Aurobindo
Album « Les amis de Georges », 1974

Quand nous avons dépassé les savoirs
Alors nous avons la connaissance
La raison fût une aide
La raison est l’entrave

Quand nous avons dépassé les velléités
Alors nous avons le pouvoir
L’effort fût une aide
L’effort est l’entrave

Quand nous avons dépassé les jouissances
Alors nous avons la béatitude
Le désir fût une aide
Le désir est l’entrave

Quand nous avons dépassé l’individualisation
Alors nous sommes des personnes réelles
Le moi fût une aide
Le moi est l’entrave

Quand nous dépasserons l’humanité
Alors nous serons l’homme
L’animal fût une aide
L’animal est l’entrave

Quand nous dépasserons l’humanité
Alors nous serons l’homme
L’animal fût une aide
L’animal est l’entrave
L’animal fût une aide
L’animal est l’entrave
L’animal fût une aide
L’animal est l’entrave