Michel Sapir (Moscou 1915, Paris 2002), médecin, psychiatre et psychanalyste, homme engagé dans tous les défis de son temps, se définissait avec humour comme « anarchiste conservateur ». Lors des 31° journées de formation psychologique d’Annecy dont il a été le fondateur, un jeune soignant posa cette question :  » Mais qui est donc ce Michel Sapir dont vous parlez tous ?  » L’ambition de ce livre est de répondre à cette interrogation en organisant pour le lecteur – qu’il ignore tout de son itinéraire personnel et professionnel ou qu’il l’ait côtoyé d’une manière ou d’une autre – une véritable rencontre avec Michel Sapir, à la fois inventeur de la méthode de la relaxation à induction variable (RIV), animateur de groupes de formation à la relation soignants-soignés (groupe Balint), infatigable formateur et transmetteur dans le champ du soin psychique et somatique, et de la médecine générale en particulier.

Simone Cohen-Léon met ainsi à notre disposition une brève biographie qui retrace les moments forts de sa vie et de son œuvre et un ensemble de réflexions que Michel Sapir a dictées dans la dernière année de sa vie. Comme dans une conversation à battons rompus, ces textes rendent compte de la multiplicité de ses intérêts et de ses engagements, mais aussi témoignent de l’originalité de sa pensée où le fil du corps se mêle sans cesse à celui de la parole, que ce soit dans le champ psychanalytique, médical ou politique.

Depuis 2000, date de la première édition de ce livre, les signes d’intérêt et les reprises d’expériences de formation Balint se multiplient. De nouveaux séminaires et groupes de travail s’ouvrent non seulement à l’intérieur des sociétés médicales Balint mais également dans des sociétés analytiques. Un regain d’affluence est noté aux congrès nationaux et internationaux. La méthode Balint a été introduite dans la formation des médecins, et des groupes de réflexion, des séminaires sur la relation médecin-malade et des groupes de parole prennent place dans les services de médecine comme dans les équipes de soins palliatifs. Enfin, des universités ont remis dans leur programme des cours sur la relation médecin-malade et des groupes de discussion de type Balint.

Pour toutes ces raisons, une nouvelle édition de cette biographie intellectuelle s’imposait. Elle conduit le lecteur dans l’intimité de la vie de Michael Balint, tout en reconstituant scrupuleusement son trajet scientifique et institutionnel, depuis ses premiers travaux de chimiste jusqu’à son élection à la présidence de la Société britannique de psychanalyse, et propose une généalogie des groupes Balint à la lumière de témoignages et d’archives inédits.

Le lecteur y trouvera aussi une reconstruction de la fondation de l’« École de Budapest », et, plus largement, un portrait coloré de ce disciple de Ferenczi, qui doit à sa pensée vigoureuse, son sens clinique aigu et son indépendance intellectuelle une place de protagoniste de premier plan de la psychanalyse européenne d’après-guerre.

Culpabilité excessive, voire monstrueuse, petites manies angoissées, perfectionnisme, sentiment d’être forcé à toucher, à laver, à vérifier, idées horribles qu’on redoute de mettre en œuvre malgré soi, ces symptômes, que la psychiatrie qualifie aujourd’hui d’obsessions-compulsions, n’ont pas toujours existé. Pierre-Henri Castel raconte ici comment toutes ces souffrances, souvent secrètes, se sont compliquées à mesure que la conscience morale devenait la valeur suprême de l’individu occidental.  Des « scrupules religieux » au début du XVIIe siècle à l’invention par Freud de la « névrose obsessionnelle », il retrace, telle une épopée morale, la douloureuse naissance de notre intériorité.

Pierre Henri-Castel est directeur de recherches au CNRS (Paris Sciences et Lettres, Institut Marcel Mauss, EHESS – Laboratoire interdisciplinaire d’études sur les réflexivités, LIER). Ses travaux portent sur l’histoire et l’épistémologie de la médecine mentale, la philosophie de l’esprit et l’anthropologie sociale. Membre de l’Association lacanienne internationale (ALI), il exerce la psychanalyse à Paris.